Jane Birkin rejoint Serge Gainsbourg au firmament des poètes

La chanteuse franco-britannique Jane Birkin se produit à Paris le 8 mars 2022, lors de l'événement télévisé "United for Ukraine" en direct pour soutenir le peuple ukrainien et toutes les populations touchées après l'invasion de la Russie en Ukraine. (Photo par JULIEN DE ROSA / AFP)
La chanteuse franco-britannique Jane Birkin se produit à Paris le 8 mars 2022, lors de l'événement télévisé "United for Ukraine" en direct pour soutenir le peuple ukrainien et toutes les populations touchées après l'invasion de la Russie en Ukraine. (Photo par JULIEN DE ROSA / AFP)
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Publié le Mercredi 19 juillet 2023

Jane Birkin rejoint Serge Gainsbourg au firmament des poètes

  • La chanteuse, comédienne, scénariste et réalisatrice Jane Birkin s’est éteinte dans l’après-midi de dimanche à son domicile parisien où elle a été trouvée par son aide-soignante
  • En mai 2023, Jane Birkin annonçait l'annulation de ses dates parisiennes en juin (Olympia et Cigale), tout comme sa présence lors des festivals d'été, dans un communiqué de son service de presse

PARIS : Soixante-seize ans mais tant de vie dans sa vie. La chanteuse et comédienne Jane Birkin, également scénariste et réalisatrice, surnommée « la plus parisienne des Anglaises », s’est éteinte dans l’après-midi de dimanche dans son domicile parisien où elle a été trouvée par son aide-soignante.

Muse du chanteur et compositeur Serge Gainsbourg, la fragilité de sa voix, infiniment émouvante, ne l’a jamais empêchée de porter haut et fort les causes des plus faibles. Elle participe aux luttes contre le Sida, le réchauffement climatique, la faim par sa participation aux Spectacles des Enfoirés pour les restos du cœur. En plus d’une trentaine d’albums studio ou live publiés entre 1969 et 2022, on la retrouve à l’affiche de plusieurs dizaines de films dont certains devenus culte.

Parmi les nombreuses distinctions et nominations qu’elle a reçues :

  • Victoires de la musique 1992 : artiste interprète féminine de l'année
  • Gérard du cinéma 2011 : Gérard du désespoir féminin pour Thelma, Louise et Chantal
  • Victoires de la musique 2021 : Victoire d'Honneur
  • César 1985 : César de la meilleure actrice pour La Pirate
  • César 1987 : César de la meilleure actrice pour La Femme de ma vie
  • Molières 1990 : Molière de la comédienne pour Quelque part dans cette vie
  • César 1992 : César de la meilleure actrice dans un second rôle pour La Belle Noiseuse
  • Elle est également officière de l’ Ordre de l'Empire britannique à titre civil (2001)
  • Officière de l'ordre national du Mérite (2015)
  • Commandeure de l'ordre des Arts et des Lettres (2022)

Le président français Emmanuel Macron rend hommage à «une artiste complète»

Le président français Emmanuel Macron a rendu hommage dimanche à Jane Birkin, chanteuse et actrice franco-britannique décédée à 76 ans, une "icône française" qui "incarnait la liberté" et "chantait les plus beaux mots de notre langue".

"Parce qu’elle incarnait la liberté, qu’elle chantait les plus beaux mots de notre langue, Jane Birkin était une icône française. Artiste complète, sa voix était aussi douce que ses engagements étaient ardents. Elle nous lègue des airs et des images qui ne nous quitteront pas", a écrit le chef de l'Etat sur Twitter.

La légende veut que, rencontrant sur un vol Jean-Louis Dumas, alors président de la maison Hermès, elle fait tomber son sac et toutes ses affaires se dispersent. Dumas lui promet de réaliser un sac qui permette de bien organiser le contenu et n’expose pas à ce genre d’incidents. Tous deux auraient alors passé le temps du voyage à dessiner ce sac qui deviendra le fameux Birkin, une icône de la maison de luxe. En 2015 elle demandera que ce sac dans sa version crocodile soit débaptisé en raison du traitement cruel infligé aux animaux.

Après le décès de Serge Gainsbourg en 1991, Jane Birkin est frappée en décembre 2013 par un autre deuil insoutenable, celui de sa fille Kate qu’elle a eue avec le compositeur britannique John Barry. Elle est par ailleurs la mère de Charlotte Gainsbourg et de Lou Doillon, fille du réalisateur français Jacques Doillon.

 

Borne salue «une icône inoubliable»

Elisabeth Borne a salué dimanche en Jane Birkin, décédée à 76 ans, "une icône inoubliable" qui a "transcendé les générations".

"Une icône inoubliable, une voix et un charme unique. Tristesse d’apprendre la disparition de Jane Birkin. Par sa musique et son talent, elle aura transcendé les générations. Merci pour les émotions suscitées et cet héritage qui vivra éternellement", a écrit la Première ministre dimanche sur Twitter.

Concerts annulés

En mai 2023, Jane Birkin annonçait l'annulation de ses dates parisiennes en juin (Olympia et Cigale), tout comme sa présence lors des festivals d'été, dans un communiqué de son service de presse .

"J'ai toujours été une grande optimiste, et me rends compte qu'il me faut encore un peu de temps pour être de nouveau capable d'être sur scène et avec vous. J'aime tellement être avec vous. Vous me manquez. A très bientôt, rendez-vous cet automne. Avec toute ma tendresse...", dit Jane Birkin dans un message joint à ce communiqué.

En mars, la chanteuse avait déjà annulé des concerts à la suite d'une fracture. Le concert de l'Olympia de Paris avait été reporté au 17 juin et celui de La Cigale au 22 juin.

Jane Birkin devait en outre se produire le 26 mai à Bourges, le 30 mai à Montreux (Suisse), le 18 juin à Bruxelles, le 7 juillet aux Nuits des Guitares de Beaulieu-sur-Mer (Var), le 1er septembre au Festival Rêve à sons de La Pommeraye (Maine-et-Loire).

Cependant, 12 décembre 2022, elle avait participé à un concert de solidarité avec le peuple iranien à Paris, avec Arthur H, Barbara Pravi, Souad Massi, Keyvan Chemirani, Imany, Mamani Keita et plusieurs autres artistes, dont les Ukrainiennes du groupe Dakh Daughters. Sur la même scène avaient eu lieu des prises de parole d'intellectuels comme Edgar Morin et les écrivaines Marie Darrieussecq et Camille Laurens.

Le concert, organisé dans la salle du Trianon, est à l'initiative du collectif "Barâyé" qui s'est constitué en France début octobre en soutien au soulèvement en Iran, et qui veut "amplifier le message de cette révolution qui a embrasé toute la société iranienne".

"Barâyé", qui signifie "pour" en persan, fait référence à la composition du musicien Shervin Hajipour qui est devenue l'hymne du soulèvement depuis la mi-septembre.

Jane Birkin avait interprété "La Javanaise" de Serge Gainsbourg. 

Depuis 2012, Jane Birkin souffrait d’une forme de cancer du sang. Le 29 aout 2021, elle avait été victime d’un accident vasculaire cérébral.

Depuis dimanche après-midi le tout-Paris artistique, culturel et officiel lui rend hommage.

Hermès a perdu «une amie chère et complice de la première heure»

La maison de mode Hermès a partagé un communiqué émouvant suite à la disparition de Jane Birkin.

C’est avec beaucoup d’émotion que nous avons appris la disparition de Jane Birkin. Nous pensons avant tout à ses filles et petits-enfants ainsi qu’à ses proches.
Nous perdons une amie chère et complice de la première heure.
Fondée sur une sensibilité partagée, nous avions appris à nous connaître, à découvrir et à apprécier
à quel point l’élégance légère de Jane Birkin révélait une artiste à part entière, engagée, ouverte et curieuse du monde et des autres.
Nous saluons le talent, mais surtout la grande humanité de Jane Birkin et rejoignons sa famille dans son recueillement.


Un nouveau chapitre culturel franco-saoudien : le cinéma s’invite à Villa Hegra

Une photo montre le musée Maraya (« miroirs » en arabe), situé près du site archéologique d’Al-Hijr (Hégra), à proximité de la ville saoudienne d’AlUla, dans le nord-ouest du pays, le 4 décembre 2024. (AFP)
Une photo montre le musée Maraya (« miroirs » en arabe), situé près du site archéologique d’Al-Hijr (Hégra), à proximité de la ville saoudienne d’AlUla, dans le nord-ouest du pays, le 4 décembre 2024. (AFP)
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  • Villa Hegra lance un programme international d’écriture de scénarios à AlUla, renforçant la coopération culturelle franco-saoudienne autour du cinéma
  • Cette initiative s’inscrit dans la Vision 2030 de l’Arabie saoudite, qui ambitionne de faire d’AlUla un nouveau pôle régional de création cinématographique

Paris : À AlUla, oasis minérale nichée dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, le temps semble suspendu entre vestiges antiques et ambitions futuristes, et c’est ici que Villa Hegra, résidence d’artistes inaugurée en 2025, ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre de son histoire en accueillant une nouvelle activité : le cinéma.

À l’occasion du Festival de Cannes 2026, la résidence annonce le lancement d’un programme international d’écriture de scénarios, en partenariat avec Film AlUla et l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA), une initiative qui marque l’entrée officielle du septième art dans l’ADN d’AlUla et, plus largement, dans la stratégie d’influence du royaume.

Depuis sa création, Villa Hegra s’est imposée comme un symbole du dialogue culturel entre la France et l’Arabie saoudite, dans des domaines tels que les arts visuels, la recherche et le spectacle vivant.

L’arrivée du cinéma constitue donc une extension presque naturelle, car, plus que tout autre art, le cinéma est un carrefour entre l’écriture, l’image, la musique, la mémoire et le regard sur le monde.

En lançant la résidence “The Art of Shaping Film Ideas”, Villa Hegra ne se contente pas d’ajouter une corde à son arc, mais se positionne comme un lieu où se fabriquent les récits de demain.

Le choix de s’appuyer sur des partenaires comme le Groupe Ouest et le programme (LIM) Less is More fait écho à l’expertise de ce groupe dans l’accompagnement des auteurs et traduit une ambition claire : privilégier la qualité des histoires avant même leur mise en production.

Ce qui frappe dans cette résidence, c’est aussi sa géographie, puisque le programme se déploie entre la Bretagne, au nord de la France, et AlUla, deux territoires que le cinéma tente de rapprocher.

Ce dialogue entre deux lieux marqués par des paysages rocheux puissants définit l’ambition du projet, qui est de faire se rencontrer des imaginaires, croiser des sensibilités et créer des ponts là où il n’y en avait pas.

Pour comprendre pleinement la portée de cette initiative, il faut la replacer dans le cadre plus large de la transformation que vit l’Arabie saoudite depuis quelques années, dans laquelle le cinéma s’impose comme l’un des piliers de la Vision 2030 portée par le prince héritier Mohammed ben Salmane.

Dans le cadre de cette stratégie, la réouverture des salles de cinéma en 2018, après plus de trois décennies d’interdiction, a constitué un tournant qui a enclenché des investissements dans des studios de tournage, des festivals internationaux et la formation des talents.

Longtemps perçue comme un décor spectaculaire capable d’accueillir des tournages internationaux grâce à ses paysages uniques, AlUla se dote donc d’une nouvelle ambition : transformer ce décor en laboratoire.

Avec Villa Hegra, les studios de production et désormais cette résidence d’écriture, AlUla cherche à devenir un lieu où l’on pense le cinéma. En accompagnant les cinéastes dès la genèse de leurs projets, la résidence entend faire émerger des histoires capables de circuler, de toucher et de faire rêver.

Depuis l’accord intergouvernemental de 2018 ayant conduit à la création d’AFALULA, les collaborations se sont multipliées dans les domaines de la culture, du patrimoine et du tourisme. Le cinéma apparaît aujourd’hui comme un prolongement naturel de cette coopération.

Il offre un terrain d’échange où l’expertise française, notamment en matière d’écriture et de formation, rencontre les ambitions saoudiennes, qui ne pourront s’accomplir que sur le long terme, car la construction d’une identité cinématographique nécessite un temps de maturité.


Em Sherif Monte-Carlo, une escale libanaise incontournable sur la Côte d’Azur

 Sur les hauteurs de Monaco, face à la Méditerranée, Em Sherif Monte-Carlo rouvre ses portes pour une cinquième saison au sein du prestigieux Hôtel de Paris Monte-Carlo. L’établissement, devenu au fil des années une adresse prisée des amateurs de gastronomie levantine. (AFP)
Sur les hauteurs de Monaco, face à la Méditerranée, Em Sherif Monte-Carlo rouvre ses portes pour une cinquième saison au sein du prestigieux Hôtel de Paris Monte-Carlo. L’établissement, devenu au fil des années une adresse prisée des amateurs de gastronomie levantine. (AFP)
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  • Au-delà de la cuisine, Em Sherif Monte-Carlo mise sur une véritable expérience sensorielle
  • Les clients peuvent profiter d’une terrasse offrant une vue imprenable sur la Méditerranée, dans une ambiance animée par des concerts live et des DJ sets organisés du vendredi au dimanche, ainsi que chaque soir durant les mois de juillet et août

MONACO: Sur les hauteurs de Monaco, face à la Méditerranée, Em Sherif Monte-Carlo rouvre ses portes pour une cinquième saison au sein du prestigieux Hôtel de Paris Monte-Carlo. L’établissement, devenu au fil des années une adresse prisée des amateurs de gastronomie levantine, poursuit son hommage à la cuisine libanaise avec une carte enrichie de nouvelles créations et une expérience immersive mêlant saveurs, musique et art de vivre oriental.

Fondé en 2011 par Mireille Hayek, le groupe Em Sherif s’est imposé comme l’un des ambassadeurs de la gastronomie libanaise à travers le monde, avec des établissements à Beyrouth, Londres et Doha. Depuis l’ouverture monégasque en 2022, la table est dirigée par Yasmina Hayek, fille de la fondatrice et diplômée de l’Institut Paul Bocuse.

Sous sa direction, le restaurant continue de faire évoluer sa carte tout en préservant l’ADN culinaire de la maison : une cuisine généreuse, raffinée et profondément ancrée dans les traditions libanaises.

Parmi les nouveautés de cette saison figure « The Lobster », des brochettes de queue de homard bleu mariné accompagnées d’un condiment au fenouil, mais aussi « Le Lahmeh Black Angus », des brochettes de bœuf Black Angus relevées d’un chimichurri au zaatar. Le « Shawarma Lahmeh », un jarret d’agneau confit servi avec des artichauts et de la coriandre, revisite quant à lui un classique du Levant dans une version gastronomique.

La carte fait également la part belle aux mezzés, incontournables de la table libanaise. Houmous, moutabal d’aubergines grillées, Batata Harra épicées ou encore halloumi grillé aux tomates rôties composent une sélection pensée pour le partage et la convivialité.

Les desserts prolongent ce voyage culinaire avec le célèbre « Baklawa Em Sherif », croustillant et généreusement garni de pistaches, mais aussi le Meghli, pudding épicé à base de farine de riz et de fruits secs. Plus contemporain, le « Coconut Riz bi Halib » associe riz au lait à la noix de coco, mangue, fruit de la passion et sorbet à la cardamome.

Au-delà de la cuisine, Em Sherif Monte-Carlo mise sur une véritable expérience sensorielle. Les clients peuvent profiter d’une terrasse offrant une vue imprenable sur la Méditerranée, dans une ambiance animée par des concerts live et des DJ sets organisés du vendredi au dimanche, ainsi que chaque soir durant les mois de juillet et août.

Le Chicha Lounge Bar complète cette immersion orientale avec une sélection de saveurs et de cocktails signatures, proposés avec ou sans alcool. Parmi eux, le « Beirut Mule », mêlant rhum, arak et agrumes, « Oasis on the Rock » à base de gin, thé vert, gingembre et verveine, ou encore le « Rose Royale », associant Champagne, Saint-Germain, citron vert et rose.

Cette saison, le restaurant entend également séduire les amateurs de sport : certains matchs de la FIFA World Cup 2026 seront retransmis dans l’espace lounge.


France: entre nécessité et impuissance, des auteurs libanais au défi de raconter la guerre

L'écrivain Charif Majdalani cherche à saisir les banalités du quotidien que l'actualité ignore.  "Je raconte des petites choses, des anecdotes du quotidien de la guerre qui peuvent paraître très banales mais qui, dans le contexte, sont incroyables", explique ce dernier. (Photo d'archivesAFP)
L'écrivain Charif Majdalani cherche à saisir les banalités du quotidien que l'actualité ignore. "Je raconte des petites choses, des anecdotes du quotidien de la guerre qui peuvent paraître très banales mais qui, dans le contexte, sont incroyables", explique ce dernier. (Photo d'archivesAFP)
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  • "Dans l'absolu, l'art ne sert à rien". Pour Hala Moughanie, invitée ce week-end au festival littéraire de Saint-Malo (nord-ouest), le constat est sans appel: "il ne permet pas de changer les situations, ni de modifier le tracé politique"
  • En revanche, "il a le devoir de témoigner et de dénoncer en posant les formes, qu'elles soient écrites ou artistiques et qui ne [prendront] sens que dans des dizaines d'années"

RENNES: Entre une vie quotidienne en apparence normale à Beyrouth et le bourdonnement des drones, des auteurs libanais, mis à l'honneur au festival français Etonnants voyageurs, racontent leur difficulté à écrire, tiraillés entre le besoin de témoigner et l'impuissance face à une guerre insaisissable.

"Dans l'absolu, l'art ne sert à rien". Pour Hala Moughanie, invitée ce week-end au festival littéraire de Saint-Malo (nord-ouest), le constat est sans appel: "il ne permet pas de changer les situations, ni de modifier le tracé politique de décisions déjà prises".

En revanche, "il a le devoir de témoigner et de dénoncer en posant les formes, qu'elles soient écrites ou artistiques et qui ne [prendront] sens que dans des dizaines d'années", tempère l'autrice à l'AFP.

Comme elle, d'autres auteurs peinent à mettre en récit l'"imprévisible" conflit qui oppose aujourd'hui Israël au Hezbollah libanais.

Si l'illustratrice Michèle Standjofski revendique une démarche  consistant à " raconter ce que l'on voit et ce que l'on vit " dans sa BD "Et toi, comment ça va ?", qui met en dessin ses correspondances avec le dessinateur Charles Berberian, l'écrivain Charif Majdalani cherche à en saisir les banalités du quotidien  que l'actualité ignore.

"Je raconte des petites choses, des anecdotes du quotidien de la guerre qui peuvent paraître très banales mais qui, dans le contexte, sont incroyables", explique ce dernier.

"Car de cette guerre-là, poursuit-il, personne n'en sait absolument rien, ni ce qui se trame, ni ce qu'il y a dessous, ni ce qu'il y a derrière..., on n'en sait rien, ce n'est donc pas la peine de gloser sans arrêt".

Prendre du recul 

Ecrire ou dessiner devient également une manière de prendre du recul face à une réalité écrasante. Michèle Standjofski voit dans le dessin un processus lent et apaisant, qui permet à la fois d'exprimer la colère et de retrouver une forme de calme.

"C'est ce qui manque malheureusement aujourd'hui quand on parle de ce qui se passe dans cette région du monde", déplore-t-elle.

" Pour l'instant, ce n'est pas possible de poser des mots" sur ce qui se passe , estime Hala Moughanie, qui dit observer et "absorber " la situation - "mais je sais que cela va m'amener à écrire".

Au Liban, cette difficulté à dire s'inscrit aussi dans une histoire plus longue . "On n'est pratiquement jamais sortis de la guerre ", rappelle Michèle Standjofski, évoquant la succession de conflits et de crises qui ont jalonné l'histoire du pays et nourrissent un sentiment permanent d'instabilité.

Face à cette complexité, les auteurs interrogés par l'AFP revendiquent avant tout une posture modeste. "Si vous avez compris quelque chose au Liban, c'est qu'on vous l'a mal expliqué ", résume Mme Standjofski, consciente des limites de toute tentative de synthèse.

Une difficulté d'autant plus grande que la guerre se mêle au quotidien  puisque dans la capitale Beyrouth, raconte Charif Majdalani, si la vie est "actuellement tout à fait normale", l'auteur explique être sous le bourdonnement permanent de drones au-dessus des têtes.

Dans ce contexte, et sans prétendre dire la vérité d'un pays fragmenté, Michèle Standjofski s'attache à témoigner " à [sa] petite hauteur ", avec son regard et sa sensibilité, ce qu'il se passe dans son pays.

Une approche que partage Hala Moughanie, qui cherche à englober " autant que possible toutes les nuances " d'un Liban éclaté, composé d'une multitude de réalités sociales et de communautés, sans le réduire à un récit unique.