Migrations: A Calais, de rares psychologues face au «lourd fardeau» de l'exil

Des migrants marocains, à Calais le 16 septembre 2022 (Photo, AFP).
Des migrants marocains, à Calais le 16 septembre 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 01 août 2023

Migrations: A Calais, de rares psychologues face au «lourd fardeau» de l'exil

  • Sur le littoral du nord de la France, l'offre de soins, déjà insuffisante pour les habitants, est quasi inaccessible pour les étrangers de passage
  • Mohamed, 32 ans, qui a quitté El-Geneina au Darfour début 2023 aux prémisses de la guerre ravageant désormais le Soudan, sait qu'il aura besoin de soutien psychologique

CALAIS: "Quand tu penses à ta famille, au pays, c'est un lourd fardeau": à Calais, où il tente de passer la Manche, Mohamed Yasir sait sa santé mentale affectée par son long périple migratoire. Mais pour ce Soudanais, la priorité est d'arriver au Royaume Uni.

Comme nombre de migrants, il a quitté un pays en proie aux violences et mis sa vie en péril dans l'espoir d'une vie meilleure. Dans l'immédiat, il campe dans les taillis à la périphérie de Calais.

Sur le littoral du nord de la France, l'offre de soins, déjà insuffisante pour les habitants, est quasi inaccessible pour les étrangers de passage, qui sont actuellement environ 800, selon Médecins sans frontières (MSF). L'ONG y a en conséquence relancé ses opérations au printemps.

Chaque semaine, une équipe comprenant une psychologue, une infirmière et des médiateurs interculturels, va à la rencontre des migrants en transit, sur un terrain vague entouré de plusieurs campements.

Des résidents, en majorité soudanais dans la zone, s'installent le temps de charger leurs téléphones portables. Autour d'une table avec quelques jeux et du café chaud, les langues se délient.

«Prendre soin de moi»

Mohamed, 32 ans, qui a quitté El-Geneina au Darfour début 2023 aux prémisses de la guerre ravageant désormais le Soudan, sait qu'il aura besoin de soutien psychologique.

"Quand je me suis retrouvé au milieu de la mer (Méditerranée NDLR), sur un petit bateau en plastique, il n'y avait pas assez d'essence, le capitaine n'était pas formé, il y avait des vagues de deux mètres, là j'ai regretté" d'être parti, dit-il.

Secouru par une ONG en mer, il a rencontré un psychiatre à bord. "Il m'a dit de prendre soin de moi avant d'aider les autres (...) et m'a donné un papier avec un diagnostic", indique-t-il, sans en dévoiler le contenu.

Depuis des mois, il est sans nouvelle de son épouse et leur enfant de deux ans, qui vivaient avec une quinzaine de proches dans la maison familiale au Darfour. Il ne peut qu'espérer qu'ils ont pu fuir au Tchad.

"Là je dois d'abord traverser", vers la Grande-Bretagne, dit-il, espérant reprendre des études d'architecture. Mais "quand j'arriverai, dès que je serai posé, j'entamerai des séances", assure-t-il.

Pour ceux qui sont en transit, "je ne vais pas aller gratter", explique Chloé Hannebow, psychologue MSF. "Je vais leur expliquer les mécanismes derrière certains symptômes", comme crises d'angoisse, maux de ventre ou idées noires, et "leur donner quelques techniques pour les gérer".

«Traités comme des objets»

Beaucoup se plaignent d'abord de maux physiques et sont reçus par l'infirmière, Palmyre Kühl, avant d'être éventuellement orienté vers la psychologue.

Dans sa tente ce matin-là, Mme Kühl ausculte un trentenaire arrivé en mai, qui se plaint de douleurs aux genoux. "Il avait des cicatrices, je lui ai demandé ce que c'était, et il a commencé à me raconter qu'il avait été torturé", au Soudan, raconte-t-elle.

"Je lui ai proposé d'en parler à quelqu'un, et il a dit oui tout de suite".

Parmi les pathologies les plus fréquentes observées: stress post-traumatique et dépression.

Depuis 2022, les associations ont recensé au moins trois suicides d'exilés sur le littoral.

D'autres perdent pied, comme ce Soudanais reclus dans une tente depuis des mois. Ses amis ont réussi à traverser et il est resté seul, s'isolant de plus en plus, raconte MSF, parti à sa rencontre avec une équipe mobile du centre médico-psychologique de Calais.

Le Centre Primo Levi, spécialisé dans le suivi des victimes de violences politiques, estime le nombre d'exilés souffrant de troubles psychologiques à 140.000, sur l'ensemble du territoire national, contre 125.000 en 2012.

Plus de la moitié des migrants installés en France ou y passant ont connu des violences extrêmes, souligne Valentin Hecker, psychologue dans ce centre.

"Tous ne sont pas traumatisés", mais "leur santé mentale est un enjeu majeur", afin qu'ils deviennent "pleinement sujets dans la société, après avoir été traités comme des objets, presque des déchets", explique-t-il, déplorant le "manque de moyens criants".


Guerre au Moyen-Orient : le porte-avions français Charles de Gaulle est arrivé en Méditerranée

Le porte-avions Charles de Gaulle, envoyé par la France au Moyen-Orient pour protéger ses ressortissants et ses alliés frappés par l'Iran, est entré vendredi en tout début d'après-midi en mer Méditerranée en franchissant le détroit de Gibraltar, a constaté un journaliste de l'AFP. (AFP)
Le porte-avions Charles de Gaulle, envoyé par la France au Moyen-Orient pour protéger ses ressortissants et ses alliés frappés par l'Iran, est entré vendredi en tout début d'après-midi en mer Méditerranée en franchissant le détroit de Gibraltar, a constaté un journaliste de l'AFP. (AFP)
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  • Emmanuel Macron, qui estime que l'offensive américano-israélienne est menée "en dehors du droit international", avait assuré mardi que la France était dans une posture "strictement défensive"
  • Il a annoncé le déploiement d'importants moyens militaires, dont le porte-avions Charles de Gaulle, en Méditerranée orientale car la France doit "prendre des dispositions pour sa sécurité, celle de ses ressortissants et de ses bases"

TARIFA: Le porte-avions Charles de Gaulle, envoyé par la France au Moyen-Orient pour protéger ses ressortissants et ses alliés frappés par l'Iran, est entré vendredi en tout début d'après-midi en mer Méditerranée en franchissant le détroit de Gibraltar, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le bâtiment, qui a encore plusieurs jours de trajet devant lui avant d'être sur zone, était déployé dans le nord de l'Europe dans le cadre d'une mission de l'Otan quand le président français Emmanuel Macron a annoncé son envoi au Moyen-Orient.

Emmanuel Macron, qui estime que l'offensive américano-israélienne est menée "en dehors du droit international", avait assuré mardi que la France était dans une posture "strictement défensive".

Il a annoncé le déploiement d'importants moyens militaires, dont le porte-avions Charles de Gaulle, en Méditerranée orientale car la France doit "prendre des dispositions pour sa sécurité, celle de ses ressortissants et de ses bases ainsi que celle de ses alliés dans la région".

La France est notamment liée par des accords de défense avec le Qatar, le Koweït et les Emirats.

 


La France "ne fait pas la guerre" au Moyen-Orient, assure le président Macron

Un écran diffusant l’allocution du président français, le président Emmanuel Macron, sur la guerre en Iran et ses répercussions au Moyen-Orient, depuis le palais de l’Élysée à Paris, le 3 mars 2026. (AFP)
Un écran diffusant l’allocution du président français, le président Emmanuel Macron, sur la guerre en Iran et ses répercussions au Moyen-Orient, depuis le palais de l’Élysée à Paris, le 3 mars 2026. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron affirme que la France ne participe pas à la guerre au Moyen-Orient et n’a pas l’intention de s’y engager militairement
  • Paris renforce toutefois sa présence militaire pour protéger ses ressortissants, ses alliés et sécuriser les voies maritimes, tout en cherchant à jouer un rôle de médiateur entre Israël, les États-Unis et le Liban

PARIS: "On n'est pas au combat": le président français Emmanuel Macron a assuré jeudi soir sur Instagram que la France ne faisait "pas la guerre" au Moyen-Orient et qu'elle n'allait pas s'y "engager".

"Je comprends très bien et j'entends votre inquiétude mais je voulais être très clair", a-t-il dit en réponse à une internaute qui s'inquiétait des répercussions de l'offensive israélo-américaine en Iran.

"La France ne fait pas partie de cette guerre. Nous on n'est pas au combat et on ne va pas s’engager dans cette guerre", a déclaré le chef de l'Etat.

"La France ne fait pas la guerre dans cette région. Elle protège les Françaises et les Français, les alliés et elle est aux côtés du Liban", a-t-il ajouté.

La France, ex-puissance mandataire au Liban, garde un attachement fort avec ce pays, où elle dispose encore de leviers d'action et ambitionne de continuer à jouer un rôle. Le Liban constitue de fait un de ses derniers relais d'influence historiques dans la région.

Le pays a envoyé des renforts militaires au Proche et Moyen-Orient - dont le porte-avions Charles de Gaulle - pour protéger ses ressortissants, ses alliés touchés en représailles par l'Iran, les aider "à intercepter les drones, les missiles", a expliqué Emmanuel Macron.

"De manière tout à fait pacifique on est en train de se mobiliser pour essayer de sécuriser le trafic maritime", a-t-il poursuivi.

Le président a annoncé mardi qu'il cherchait à bâtir une coalition afin de sécuriser les "voies maritimes essentielles à l'économie mondiale" dans la région.

"On essaiera d'être les plus raisonnables et les plus pacifiques possible parce que c’est le rôle de la France", a-t-il ajouté.

Comme lors de la dernière campagne de frappes israéliennes visant à détruire les capacités du Hezbollah en 2024, Emmanuel Macron tente de nouveau de faire office de médiateur entre Israël, les Etats-Unis et le Liban.

Après des échanges mercredi avec Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, puis de nouveau jeudi avec les principaux acteurs libanais, il a annoncé vouloir "établir un plan en vue de mettre un terme aux opérations militaires" du Hezbollah et Israël.


Macron a parlé à Trump et Netanyahu, appelle au respect de l'intégrité territoriale du Liban

Le président français Emmanuel Macron s’exprime lors d’une réunion du Conseil de défense nationale au Palais de l'Élysée à Paris, le 1er mars 2026, à la suite des frappes américaines et israéliennes contre Iran. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron s’exprime lors d’une réunion du Conseil de défense nationale au Palais de l'Élysée à Paris, le 1er mars 2026, à la suite des frappes américaines et israéliennes contre Iran. (AFP)
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  • Emmanuel Macron a appelé Benjamin Netanyahu à préserver l’intégrité territoriale du Liban et à éviter une offensive terrestre, tout en exigeant que le Hezbollah cesse immédiatement ses attaques contre Israël
  • Il a également échangé avec Donald Trump sur la situation régionale, promis une aide humanitaire aux déplacés libanais et réaffirmé le soutien français aux forces armées libanaises

PARIS: Le président français Emmanuel Macron s'est entretenu mercredi avec son homoloque américain Donald Trump et avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qu'il a appelé "à préserver l'intégrité territoriale du Liban et à s'abstenir d'une offensive terrestre".

Dans un message sur X, relatant ses conversations avec Benjamin Netanyahu ainsi qu'avec le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, Emmanuel Macron dit également avoir "réaffirmé la nécessité que le Hezbollah cesse immédiatement ses attaques contre Israël et au-delà".

"Cette stratégie d'escalade constitue une faute majeure qui met en péril l'ensemble de la région", a jugé le chef de l’État français.

Son entourage a fait savoir qu'il avait également échangé avec Donald Trump mercredi soir et avait "alerté" le président américain "sur la situation au Liban à laquelle la France demeure très attentive".

"Le président Trump a contacté le président de la République ce soir pour l'informer de l'état des opérations militaires menées par les États-Unis en Iran", a indiqué l'entourage d'Emmanuel Macron.

À ses interlocuteurs libanais, le président français a promis que "la France prendra des initiatives immédiates pour soutenir les populations libanaises déplacées" face à "l'urgence humanitaire dans le sud du Liban" depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient par Israël et les États-Unis.

Il a assuré que la France poursuivrait également "son soutien aux efforts des Forces armées libanaises, afin qu'elles puissent assumer pleinement leurs missions de souveraineté et mettent un terme à la menace posée par le Hezbollah".

La discussion entre Emmanuel Macron et Benjamin Netanyahu était la première depuis le début de l'été 2025. Leurs relations ont connu une brouille au mois d'août lorsque la France a annoncé son intention de reconnaître l’État de Palestine.

Le chef du gouvernement israélien avait alors accusé Emmanuel Macron "d'alimenter le feu antisémite" en France.

Dans un échange de lettres acerbe, Emmanuel Macron lui avait alors reproché d'"offenser la France toute entière" et l'avait appelé "solennellement" à sortir de sa "fuite en avant meurtrière" dans la guerre à Gaza.

Dans son message sur X, le président français se limite à évoquer la situation au Liban qu'il juge "très préoccupante". Il ne dit pas s'il a discuté avec Benjamin Netanyahu de l'Iran où Israël et les États-Unis ont déclenché depuis dimanche une offensive militaire massive.

L'armée israélienne a indiqué dans un communiqué mercredi avoir déployé "sur plusieurs positions" du sud du Liban des soldats, avec des unités "de l'infanterie, des blindés et du génie".

Le Hezbollah a affirmé de son côté que ses combattants étaient engagés dans des affrontements "directs" avec des soldats israéliens entrés dans la ville libanaise de Khiam, à six kilomètres de la frontière avec Israël

Mardi, lors d'une allocation solennelle, Emmanuel Macron avait dénoncé la "responsabilité première" de l'Iran dans la guerre, notamment à cause de son "programme nucléaire dangereux", mais estimé que les opérations militaires américano-israélienne se déroulaient "en dehors du droit international".