La gauche se divise sur l'interdiction de l'abaya à l'école

«Tristesse de voir la rentrée scolaire politiquement polarisée par une nouvelle absurde guerre de religion entièrement artificielle à propos d'un habit féminin», a ainsi réagi lundi le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon (Photo, AFP).
«Tristesse de voir la rentrée scolaire politiquement polarisée par une nouvelle absurde guerre de religion entièrement artificielle à propos d'un habit féminin», a ainsi réagi lundi le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mardi 29 août 2023

La gauche se divise sur l'interdiction de l'abaya à l'école

  • En juin dernier, M. Mélenchon avait affirmé que l'abaya n'avait «rien à voir avec la religion», et que le problème de l'école était plutôt «le manque de professeurs»
  • Le député PS Jérôme Guedj rappelle au nom du principe de laïcité, que «notre boussole, c’est l’interdiction des signes ostensibles à l’école»

PARIS: L'interdiction du port de l'abaya à l'école divise sans surprise la Nupes, des élus du PS et du PCF l'approuvant notamment au nom du principe de laïcité, LFI dénonçant une décision islamophobe, et EELV une "stigmatisation".

A peine sortis de la polémique Medine, et alors que les relations ont été tendues dans l'été sur la question d'une liste commune aux Européennes, les partenaires de l'union de gauche expriment une fois encore leurs désaccords, cette fois sur la laïcité.

"C'est un éternel recommencement, le voile, le burkini, etc. Cela fait rejouer à chaque fois tous les clivages de la gauche", avec "trois lignes": celle dite "printemps républicain" d'une "laïcité fermée", celle d'une laïcité un peu plus ouverte et celle dite "islamo-gauchiste", note le politologue Rémi Lefebvre.

"Tristesse de voir la rentrée scolaire politiquement polarisée par une nouvelle et absurde guerre de religion entièrement artificielle à propos d'un habit féminin", a ainsi réagi lundi le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon, en appelant à "la paix civile" et à "la vraie laïcité qui unit au lieu d'exaspérer".

Donnant le ton de l'exaspération des Insoumis à l'annonce dimanche soir de cette interdiction, la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot avait raillé sur X (ex-Twitter) "l'obsession" du ministre de l'Education Gabriel Attal: "Les musulmans. Plus précisément, les musulmanes".

"Jusqu'où ira la police du vêtement ?", s'est indignée aussi la députée LFI Clémentine Autain, jugeant cette décision "anticonstitutionnelle, contraire aux principes fondateurs de la laïcité" et "symptomatique du rejet obsessionnel des musulmans".

En juin dernier, M. Mélenchon avait affirmé que l'abaya n'avait "rien à voir avec la religion", et que le problème de l'école n'était pas ce vêtement mais "le manque de professeurs".

Il allait dans le sens du Conseil français du culte musulman (CFCM), qui avait affirmé que cette longue robe traditionnelle couvrant le corps n'était "pas" un signe religieux musulman.

Chez les écologistes, la décision de Gabriel Attal est vue comme "une polémique rance pour détourner l'attention de la politique de démantèlement de l'école publique de Macron", souligne Cyrielle Chatelain, cheffe du groupe à l'Assemblée, estimant que "la priorité" n'est pas "d'être dans une logique d'exclusion et de stigmatisation".

La députée Sandrine Rousseau, connue pour ses positions féministes, compare cette annonce à un nouveau "contrôle social sur le corps des femmes et des jeunes filles", à l'instar de "l'interdiction du crop top" annoncée en septembre 2022.

Les Verts, souvent taxés d'"islamo-gauchistes", "n'ont jamais été pour l'interdiction du voile", rappelle Rémi Lefebvre.

Mais la cheffe du parti Marine Tondelier, ou l'ex-candidat à la présidentielle Yannick Jadot, ne se sont pas exprimés, peut-être échaudés par la polémique sur la venue à leurs journées d'été du rappeur controversé Medine.

«Boussole»

Au sein du Parti socialiste, la décision est accueillie plus favorablement: le député Jérôme Guedj, activement pro-Nupes, rappelle, au nom du principe de laïcité, que "notre boussole, c’est l’interdiction des signes ostensibles à l’école. Dès l’instant où l’abaya ou le qamis (vêtement long masculin, ndlr) sont portés dans une dimension ostentatoire, alors il faut les interdire comme la loi de 2004 le permet, sans difficultés majeures".

Pour lui, "ce n'est donc pas une police du vêtement mais une police du prosélytisme a l’école". Ce qui ne l'empêche pas de décocher une flèche à Gabriel Attal, invité à "mettre la même énergie pour assurer l'essentiel : garantir un prof devant chaque classe".

Ce soutien à la décision du ministre n'est toutefois guère apprécié par la députée LFI Nadège Abomangoli, mettant en exergue la fragilité de l'alliance de gauche: "Une liste aux européennes avec ça ? Non merci", a-t-elle écrit.

Le maire PS de Montpellier, Michaël Delafosse, hostile lui à la Nupes, a aussi salué la décision du gouvernement, car "le principe de laïcité doit être affirmé avec clarté". La droite du parti, hostile à la Nupes, est "logiquement plutôt sur une laïcité fermée", remarque Remi Lefevbre.

Pour le politologue, la laïcité est "une question très identitaire chez les milieux militants". Il y a "une frontière générationnelle" et "une crispation autour de la laïcité" dans les partis traditionnels, qui ont des militants plus âgés.

Chez LFI, si les vieux sont "plus laïcards", parmi les jeunes, ainsi que "chez Jean-Luc Mélenchon et ses proches", il y a "par idéologie et par électoralisme, une conception plus souple de la laïcité", ajoute le chercheur. Selon un sondage Ifop après le premier tour de la présidentielle de 2022, les musulmans ont placé très largement Jean-Luc Mélenchon en tête.

La députée socialiste a quant à elle Fatiha Keloua Hachi a ironisé sur "LA priorité de cette rentrée", remarquant qu'"il ne manque pas d’enseignants, d’AESH, de médecins scolaires, les classes ne sont pas surpeuplées, la mixité sociale est une réalité partout..."

Réputé pour ses positions parfois à contre-courant au sein de la Nupes, le patron du PCF Fabien Roussel a clairement salué l'interdiction. "Parce que les chefs d'établissement avaient besoin de consignes claires même si ça concerne 150 établissements sur les 60.000 que nous avons dans notre pays", a-t-il expliqué sur Sud Radio.


En France, les canicules à répétition s'invitent dans la recherche de logement

Un piéton passe devant la tour Eiffel et l’herbe desséchée du Champ-de-Mars à Paris, le 15 juillet 2026. (AFP)
Un piéton passe devant la tour Eiffel et l’herbe desséchée du Champ-de-Mars à Paris, le 15 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • La chaleur devient un critère immobilier à part entière : exposition, étage, volets, ventilation, extérieur, arbres et climatisation pèsent davantage dans les choix
  • Face à des canicules plus fréquentes, les acheteurs se projettent sur le confort d’été à long terme et questionnent désormais l’habitabilité réelle des logements

PARIS: Climatisation, volets, arbres: les Français commencent à intégrer les fortes températures dans leurs critères de recherche de nouveau logement, conséquence des vagues de chaleur qui se succèdent et ne sont plus considérées comme des phénomènes isolés.

Exemple de cette évolution des comportements: Christian Tokoto, agent immobilier chez Guy Hoquet, a en vente "un appartement magnifique, avec de grandes vitres" en plein centre de Paris. Malgré "beaucoup de visites, les clients nous disent +trop chaud+, parce qu'il n'est pas traversant. Et donc, pour l'instant, il est toujours sur le marché !"

En France comme dans une grande partie de l'Europe, peu de régions échappent cet été à des températures qui dépassent régulièrement 35 voire 40°C, alors que les logements sont peu adaptés aux canicules et très rarement climatisés.

C'est le cas notamment des immeubles dits haussmanniens emblématiques de Paris, construits au XIXe siècle avec des toits en zinc ravissants sur les cartes postales mais qui chauffent fortement sous l'effet de la chaleur et du soleil.

"Au dernier étage d'un immeuble haussmannien la chaleur à l'intérieur devient vraiment insupportable", observe auprès de l'AFP Joseph Denke, agent immobilier chez FredéLion à Paris.

Il constate une évolution des critères depuis quelques mois, notamment une baisse de la demande pour l'exposition sud synonyme de soleil.

- Horizon "10-15 ans" -

La chaleur ressentie lors de la visite d'un studio de 14 m2 fait d'ailleurs douter un de ses clients, Camille Couturier, 30 ans. "Etre sous les toits c'est quelque chose qui peut être inquiétant, qui pourrait être un point négatif à l'appartement", relève-t-il à côté de la fenêtre ouverte du logement non-traversant.

En achetant un appartement, il se projette "au moins à 10-15 ans" et s'inquiète donc de savoir s'il pourra "utiliser cet appartement de manière vivable" ou "devoir fuir comme tout le monde parce qu'il fait trop chaud".

Alors que l'Europe occidentale a connu son début d'été le plus chaud enregistré selon l'observatoire européen du changement climatique, un logement sur deux en France serait une bouilloire thermique, surnom donné aux habitations qui se réchauffent très vite, estime le cabinet Pouget Consultants et Ignes.

Pour Sophie Bourg, directrice marketing de la plateforme d'annonces leboncoin immobilier, les canicules ne sont plus perçues par les Français "comme des épiphénomènes" mais "sont vraiment intégrées comme étant structurelles dans les choix résidentiels". "La fraîcheur, le confort d'été sont devenus un critère immobilier à part entière", assure-t-elle.

Un tiers des répondants à un sondage mené en ligne par la société en juin disaient ne pas exclure de déménager si les canicules s'intensifient.

- "Plus un tabou" -

Exposition, étage, piscine, volets, possibilité de faire des courants d'air, espaces extérieurs, terrasse ombragée et même présence d'arbres dans le quartier font désormais partie des critères et discussions que les professionnels de l'immobilier interrogés par l'AFP voient émerger.

Quant à la climatisation, sa possible généralisation a fait l'objet d'intenses débats politiques en France en début d'été, car elle est vue par certains comme un simple remède à l'inaction face au changement climatique et provoque des rejets de chaleur à l'extérieur.

Mais lors des recherches de logement, "ce n'est plus du tout un tabou", tranche Yann Jéhanno, président du réseau immobilier Laforêt.

"Les acquéreurs ne regardent plus seulement le logement, mais plutôt son habitabilité. Ils ne vont plus se contenter seulement du diagnostic de performance énergétique, mais interroger les agents immobiliers avec des questions très concrètes sur la température pendant la dernière vague de chaleur, s'il est possible d'aérer la nuit, si on dort bien dans les chambres", détaille-t-il.


Présidentielle: Bayrou souhaite une grande primaire entre "tous ceux qui rejettent les extrêmes"

Le maire sortant de Pau et candidat centriste du MoDem à sa réélection, François Bayrou, s’apprête à voter lors du premier tour des élections municipales françaises de 2026 à Pau, dans le sud-ouest de la France, le 15 mars 2026. (Photo : AFP)
Le maire sortant de Pau et candidat centriste du MoDem à sa réélection, François Bayrou, s’apprête à voter lors du premier tour des élections municipales françaises de 2026 à Pau, dans le sud-ouest de la France, le 15 mars 2026. (Photo : AFP)
Short Url
  • François Bayrou appelle à une grande primaire des forces démocrates et réformistes, de la social-démocratie aux gaullistes, pour désigner un candidat commun d’ici fin janvier ou début février 2027
  • Il estime qu’en l’absence d’un rassemblement, le risque d’un second tour opposant l’extrême droite à l’extrême gauche serait maximal et invite les candidats potentiels à clarifier leurs intentions dès la rentrée

PARIS: Face au "risque" d'un second tour Mélenchon-Le Pen en 2027, l'ex-Premier ministre centriste François Bayrou plaide, dans un entretien dimanche au Figaro, pour une grande primaire de "tous ceux qui rejettent les extrêmes", afin de désigner un candidat unique d'ici février.

Pour François Bayrou, "le risque maximum, c'est un deuxième tour entre l'extrême droite et l'extrême gauche" et cette "catastrophe" se produira "si nous ne portons pas au deuxième tour un candidat capable de rassembler tous les démocrates réformistes".

Or, selon le patron du MoDem, soutien d'Emmanuel Macron en 2017 et 2022, aucun des prétendants déclarés au sein de cet espace politique n'est aujourd'hui en mesure de fédérer aussi largement.

Pas même Edouard Philippe, pourtant le mieux placé dans les sondages: "Il défend sa position, c'est légitime. Mais qui porte le profond renouvellement attendu?", regrette M. Bayrou.

Lui-même trois fois candidat à l'Elysée, l'ex-maire de Pau considère donc que "tous ceux qui rejettent les extrêmes doivent accepter d'organiser une compétition entre les candidats potentiels (...) du Parti socialiste, dans sa version sociale-démocrate, jusqu'aux gaullistes".

Une grande primaire où "chacun défend sa vision de l'avenir et un vote le plus ouvert possible a lieu fin janvier ou début février pour décider", ce qui laissera au lauréat "deux mois pleins de campagne", bien assez pour remporter un scrutin qui "se joue à la fin, parfois la dernière semaine", selon M. Bayrou.

Dans le cas contraire, faute d'une méthode pour départager les postulants, "si ça ne se fait pas par un accord large, parce que tout le monde est déraisonnable, ça se fera par effraction, par bousculade", prédit-il.

Quoi qu'il en soit, "tous ceux qui veulent se présenter doivent maintenant s'exprimer" d'ici septembre, car "la période des présentations, c'est la rentrée", avant "la décantation et la confrontation".

"Il faut sortir de l'ambiguïté générale (...) Il est temps d'y voir clair", insiste le leader centriste, qui énumère une liste de personnalités aux intentions plus ou moins claires, de Bernard Cazeneuve à Michel Barnier, en passant par Xavier Bertrand et Bruno Le Maire, jusqu'à François Baroin et Yaël Braun-Pivet.

Au passage, il vante les mérites de l'ex-commissaire européen Thierry Breton, "enraciné dans la grande famille démocrate et réformatrice" mais qui "n'a pas appartenu au pouvoir sortant" et qui dispose d'une "capacité à réunir très largement en raison de son expérience".


Risque de feux de forêt : la Gironde repasse en vigilance rouge

Une ligne pare-feu, une zone de rupture de la végétation, aménagée par des habitants près de Lège-Cap-Ferret, à l’ouest de Bordeaux, le 29 juillet 2026, lors des incendies de forêt en Gironde, dans le sud-ouest de la France. (AFP)
Une ligne pare-feu, une zone de rupture de la végétation, aménagée par des habitants près de Lège-Cap-Ferret, à l’ouest de Bordeaux, le 29 juillet 2026, lors des incendies de forêt en Gironde, dans le sud-ouest de la France. (AFP)
Short Url
  • La Gironde repasse en vigilance rouge face au risque de feux de forêt, avec des températures pouvant atteindre 38 °C et de nouvelles restrictions pour prévenir les incendieS
  • Le mégafeu de Saumos, désormais maîtrisé mais toujours sous surveillance, a ravagé 42 000 hectares, détruit 240 maisons et entraîné l’évacuation de plus de 220 000 personnes

BORDEAUX: La Gironde, où 42.000 hectares ont brûlé en raison d'un mégafeu "fixé" le 1er août, est repassée samedi midi en vigilance rouge pour les risques de feux de forêt, le quatrième niveau sur une échelle de cinq, a annoncé la préfecture.

La décision, prise "au regard de l'évolution météorologique défavorable", avec des pointes de chaleur avoisinant les 38°C dans le Sud-Ouest selon Météo-France, "entraîne le renforcement des mesures de prévention et de restriction", précise la préfecture dans un communiqué. Les manifestations festives, sportives et culturelles sont notamment interdites dans les "espaces exposés" des "communes à dominante forestière".

Dans l'ensemble du département, plusieurs activités susceptibles de provoquer des incendies sont interdites : utiliser un chalumeau pour débroussailler ou des lanternes volantes, brûler des déchets verts, tirer des feux d'artifice, sauf ceux d'initiative publique depuis une plage, en dehors des zones exposées et en direction du large.

L'incendie déclenché le 22 juillet à Saumos, à l'ouest de Bordeaux, a brûlé 42.000 hectares - une superficie correspondant à quatre fois celle de Paris -, détruit 240 maisons et contraint à l'évacuation de plus de 220.000 personnes. Ce mégafeu, le plus dévastateur depuis 1949, est considéré comme "maîtrisé" par les autorités, mais reste sous surveillance étroite.