Les divisions tribales du Sahel compromettent la sécurité de la région

Le coup d'État du 26 juillet au Niger est le dernier en date dans la région, après des prises de pouvoir similaires au Mali et au Burkina Faso (Photo, AFP).
Le coup d'État du 26 juillet au Niger est le dernier en date dans la région, après des prises de pouvoir similaires au Mali et au Burkina Faso (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 29 août 2023

Les divisions tribales du Sahel compromettent la sécurité de la région

  • Du Niger au Soudan, comprendre le rôle du tribalisme est essentiel pour analyser les conflits et les coups d'État récents
  • Les experts en sécurité affirment que les groupes militants profitent de la géographie, des réseaux criminels et des divisions tribales pour recruter

NAIROBI, Kenya: L'Afrique est riche de cultures, d'histoires et d'identités entremêlées qui forment un tissu social complexe. Le Sahel est sans doute la région qui illustre le mieux les complexités politiques et sociales du continent.

Situé entre le désert du Sahara au nord-ouest et la savane du Soudan à l'est, le Sahel s'étend sur plus de 5 000 kilomètres à travers 14 pays.

En raison de son climat aride, la région est en proie à la sécheresse et à la désertification rampante, favorisant le déclenchement de conflits et de violences politiques.

Au cours des derniers mois et des dernières années, le Sahel a été le théâtre d'une série de coups d'État militaires qui ont lourdement pesé sur la stabilité politique de la région et sur sa transformation démocratique autrefois prometteuse, instaurant ainsi une nouvelle ère d'incertitude et d'insécurité.

Le coup d'État du 26 juillet au Niger est le dernier en date à frapper la région, après des prises de pouvoir similaires au Mali et au Burkina Faso. Parallèlement, sur le flanc oriental du Sahel, le Soudan continue de subir des troubles internes tandis que des factions militaires rivales se disputent le pouvoir.

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Du Niger au Soudan en passant par le Mali, comprendre le rôle de l'identité tribale dans la région du Sahel est essentiel pour analyser les récents conflits et coups d'État (Photo, AFP).

Les pays du Moyen-Orient, comme l'Arabie saoudite et l'Égypte, ont historiquement influencé le Sahel par le biais du commerce, des migrations et des échanges culturels.

De nombreuses tribus sahéliennes ont des liens historiques étroits avec les communautés arabes, favorisés par les routes commerciales transsahariennes et la diffusion de l'islam. Ces liens ont influencé la langue, la religion et les coutumes sociales, créant un mélange unique de cultures dans la région.

Au cœur de cette complexité se trouve toutefois le tribalisme, un phénomène séculaire qui a à la fois façonné et mis à l'épreuve la dynamique des nations.

Le Sahel abrite de nombreux groupes ethniques, des communautés agricoles Songhaï et Bambara aux nomades Peuls et Amazighs.

Dans cette vaste étendue diversifiée, où les frontières s'estompent et les groupes ethniques s'entremêlent, il est essentiel de comprendre le rôle des liens tribaux pour déchiffrer le passé, le présent et l'avenir de la région.

Les liens tribaux au Sahel et au Moyen-Orient étaient souvent associés à l'émergence de divers groupes armés. Cependant, considérer ce lien comme un facteur de causalité direct constituerait une simplification excessive.

Au contraire, l'interaction historique entre les groupes ethniques et tribaux a donné lieu à des activités organisées qui vont du commerce légitime aux transactions illicites.

Ces activités se sont toujours concentrées sur des groupes spécifiques qui exerçaient une influence sur les routes commerciales, les ressources ou les emplacements stratégiques.

Lorsque les frontières ont été tracées au cours des périodes coloniale et postcoloniale, les tribus se sont retrouvées séparées ou confinées au sein de nouveaux États-nations, alimentant ainsi des tensions et des rivalités qui persistent encore aujourd'hui.

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Les liens tribaux au Sahel et au Moyen-Orient ont souvent été liés à l'émergence de divers groupes armés (Photo, AP).

Selon les experts, les interactions ethniques dans la région sont un mélange d'harmonie et de discorde, de camaraderie et de méfiance.

«Les Fulanis d'Afrique de l'Ouest et d'autres groupes témoignent de la complexité des dynamiques ethniques», explique à Arab News Aneliese Bernard, directrice de la société de conseil Strategic Stabilization Advisors, basée à Washington.

«Lorsque certains groupes ont pris le contrôle des commerces illicites et exercé le pouvoir, certaines communautés ont été mises à l'écart, ce qui les a rendues plus vulnérables et plus exposées au recrutement des groupes armés émergents.»

«Par la suite, d'autres groupes se sont mis à les stigmatiser, ce qui a rendu la coexistence encore plus difficile.»

Le rôle des liens tribaux dans l'émergence des groupes armés est toutefois complexe et sa compréhension exige une évaluation approfondie des histoires, des allégeances et des sensibilités.

«Plutôt que de provoquer directement l'émergence de groupes extrémistes, certains groupes ethniques et tribaux ont historiquement joué un rôle central dans diverses activités organisées, notamment le commerce illicite et le contrôle de ressources spécifiques. Ces dynamiques existaient avant la colonisation moderne et le tracé des frontières dans la région», précise Mme Bernard.

«Au fil du temps, certains groupes ont pris le contrôle des activités criminelles, et ce contrôle n'était pas limité à un seul groupe. L'accès aux armes et aux opérations organisées a permis à plusieurs groupes de dominer certains trafics illicites, comme celui des stupéfiants.»

Alors qu'une partie des tribus profitent de l'environnement politique et socio-économique actuel, de nouveaux leaders émergent et tirent parti de l'absence de développement qui continue de sévir dans la région.

LE SAHEL EN BREF

  • La région s'étend sur plus de 5 000 km à travers 14 pays.
  • Les taux de mortalité infantile sont parmi les plus élevés au monde.
  • Au moins 65% de la population a moins de 25 ans.
  • La zone où se rejoignent le Mali, le Burkina Faso et le Niger est considérée comme l'épicentre de la violence au Sahel.

Beatrice Bianchi, analyste politique et experte du Sahel pour le groupe de réflexion italien Fondation Med-Or, souligne le cas du groupe islamiste Ansar ul-Islam, basé au Burkina Faso.

Selon Mme Bianchi, ce groupe recrute principalement au sein de l'ethnie peul, «en s'appuyant sur les frustrations locales dues à l'appauvrissement, où les liens tribaux jouent un rôle».

«Ce phénomène a un effet de contagion parmi les communautés de la région aux frontières libres», poursuit-elle.

La diversité ethnique du Sahel rend les efforts de sécurité et la construction de l'État encore plus difficiles pour les gouvernements africains. C'est pourquoi il faut adopter une approche plus nuancée pour gérer les sensibilités des différents groupes et traiter les griefs historiques.

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Le Sahel abrite de nombreux groupes ethniques, des communautés agricoles Songhaï et Bambara aux nomades Peuls et Amazighs (Photo, AFP).

Les efforts de développement, souvent menés par des acteurs extérieurs, se sont heurtés à l'incapacité de comprendre les subtilités des cultures et des identités locales, ce qui a conduit à des politiques qui, par inadvertance, ignorent ou sapent ces fondements.

Le passé colonial de la région, au cours duquel l'ouest du Sahel a été colonisé par la France aux XIXe et XXe siècles, ainsi que les interactions interrégionales, ont également influencé la langue et l'identité.

«Si les langues coloniales constituent des formes communes de communication, elles ont également contribué à créer un sentiment d'unité au sein de populations diverses», souligne Mme Bernard.

L'inconvénient, explique-t-elle, est que l'imposition coloniale de langues étrangères a parfois érodé les langues maternelles, mettant en péril le patrimoine culturel.

Cette érosion linguistique se reflète dans les défis de la gouvernance, du développement et de la diplomatie, où le manque de maîtrise des langues locales peut entraver l'efficacité de l'engagement.

«S'engager avec des groupes tribaux et ethniques divers présente des défis considérables dans les efforts de résolution des conflits», explique Royce de Melo, spécialiste du Moyen-Orient et de l'Afrique et consultant en sécurité et en défense, à Arab News.

«Pour comprendre l'impact du tribalisme sur la sécurité, la paix et les alliances politiques, il est essentiel de reconnaître que les dynamiques culturelles influencent souvent l'efficacité des stratégies.»

Efem Nkam Ubi, professeur associé à l'Institut nigérian des affaires internationales, affirme que les divisions historiques créées par les frontières coloniales ont involontairement affecté le paysage tribal.

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Des jeunes se rassemblent pour s'inscrire comme volontaires et combattre pour le pays dans le cadre d'une initiative de volontariat, à Niamey, au Niger (Photo, AP).

«Les activités des insurgés extrémistes sont principalement ancrées dans la criminalité plutôt que dans les affiliations tribales», révèle-t-il à Arab News.

«La composition multiethnique et multitribale du Sahel, associée à la porosité de ses frontières coloniales, a parfois créé un environnement dans lequel les groupes armés exploitent les divisions ethniques et tribales existantes pour le recrutement et le soutien.

Au Soudan, par exemple, le croisement du tribalisme avec la politique est plus évident que jamais, en particulier depuis que le pays a été plongé dans le conflit dévastateur qui a touché sa capitale Khartoum et ses régions ethniquement mixtes du Darfour et du Kordofan.

Janjawids, précurseurs des Forces de soutien qui défient actuellement les Forces armées s, sont issus d'affiliations tribales, ce qui montre comment ces liens peuvent être cooptés à des fins politiques.

Tout comme les rangs des Janjawids ont été renforcés par la tribu des Rizeigat, plus de 4 000 combattants nigériens de la branche Mahamid de cette tribu servent dans les Forces de soutien rapide.

«En Afrique, le tribalisme est une force puissante qui peut être source d'unité et de division», souligne Mme Bernard.

«Les identités tribales et ethniques, mêlées aux croyances religieuses, influencent les choix individuels et collectifs dans les conflits et poussent même à rejoindre des groupes extrémistes.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Iran: Trump fait soudain miroiter une fin du conflit et un «changement de régime»

Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington. (AFP)
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  • Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique
  • Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran

PALM BEACH: Donald Trump, ravissant les marchés et prenant de court la communauté internationale, a annoncé lundi que les Etats-Unis négociaient la fin des hostilités avec des responsables iraniens non identifiés, parmi lesquels il espère trouver un futur dirigeant compatible avec Washington.

Le président américain a parlé sur son réseau Truth Social de "très bonnes et productives discussions pour une cessation totale" des hostilités.

Interrogé par téléphone par l'AFP, il a assuré peu après que "tout se passait très bien" avec Téhéran.

Des médias iraniens, citant le ministère des Affaires étrangères, ont démenti lundi l'existence de négociations entre Washington et la République islamique.

Donald Trump a précisé dans son message sur Truth Social que les discussions "continueraient cette semaine" et a surtout fait part d'un report "de cinq jours" de toute frappe sur des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques en Iran.

Khamenei "indisponible" 

Après cette volte-face, il a longuement parlé aux journalistes avant de quitter la Floride pour un déplacement rapide à Memphis (sud), mais ses propos ont suscité plus de questions qu'ils n'ont apporté d'éclaircissements.

Il a évoqué des "points d'accord majeurs" lors de négociations menées sans le nouveau guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, qu'il a dit être "indisponible".

"Nous négocions avec des gens que je trouve très raisonnables, très solides (...) Ils sont très respectés et peut-être que l'un d’entre eux sera celui que nous cherchons", a-t-il dit.

"Il y a automatiquement un changement de régime" parce que "tous les représentants du régime ont été tués", a encore déclaré le président américain lors de ce dialogue au pied de l'avion.

Le milliardaire, comme souvent quand il évoque l'Iran, a donné l'exemple du Venezuela, où les Etats-Unis ont capturé l'ancien dirigeant Nicolas Maduro et traitent depuis avec l’ancienne vice-présidente Delcy Rodriguez, qu'il présente régulièrement comme une interlocutrice "formidable".

Uranium enrichi 

Le républicain, coutumier des déclarations contradictoires, a aussi menacé de "continuer à bombarder allègrement" l'Iran si les discussions échouaient, et dit qu'il ne "garantissait rien" quant à une fin des hostilités, débutées le 28 février par des frappes israélo-américaines, suivies de ripostes iraniennes.

"Nous voulons l'uranium enrichi" des Iraniens, a aussi déclaré Donald Trump, mais sans préciser comment il comptait en prendre possession.

Son message sur Truth Social, écrit intégralement en lettres capitales, a eu au moins un effet immédiat, celui de faire baisser le cours du pétrole et grimper les marchés.

"JE SUIS CONTENT DE RAPPORTER QUE LES ETATS-UNIS D'AMERIQUE ET LE PAYS DE L'IRAN ONT EU, CES DEUX DERNIERS JOURS, DE TRES BONNES ET PRODUCTIVES DISCUSSIONS POUR UNE CESSATION TOTALE ET COMPLETE DE NOS HOSTILITES AU MOYEN-ORIENT", a annoncé Donald Trump sur sa plate-forme.

Il avait donné samedi à l'Iran un ultimatum de 48 heures pour rouvrir le détroit d'Ormuz avant de frapper les infrastructures énergétiques iraniennes, et n'avait pas fait état récemment de négociations.

Mines 

Il a précisé que le moratoire de cinq jours sur des frappes sur les sites énergétiques dépendait "DU SUCCES DES REUNIONS ET DES DISCUSSIONS EN COURS", en concluant son annonce par sa formule habituelle: "MERCI DE VOTRE ATTENTION".

Les dernières annonces venues auparavant du Moyen-Orient ne laissaient pas présager d'un apaisement.

Défiant l'ultimatum émis samedi par le président américain, l'Iran a menacé lundi de poser des mines navales dans le Golfe.

Tôt lundi, l'armée israélienne a elle annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale.


L'eau, enjeu dangereux de la guerre au Moyen-Orient

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  • Dans le viseur de Téhéran désormais: les usines de dessalement d'eau dans la région.
  • "Le premier qui ose s'attaquer à l'eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu'on a aujourd'hui", prévient l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg

PARIS: Les attaques contre l'eau sont peu fréquentes en temps de guerre mais elles ont fait leur apparition dans le conflit au Moyen-Orient avec notamment des frappes sur des usines de dessalement d'eau de mer, un secteur vital pour des millions d'habitants dans la région.

Après un ultimatum de Donald Trump, menaçant de détruire les centrales électriques iraniennes si Téhéran ne rouvrait pas rapidement le détroit d'Ormuz, l'Iran a fait monter les enchères. Dans son viseur désormais: les usines de dessalement d'eau dans la région.

"Le premier qui ose s'attaquer à l'eau déclenche une guerre qui est bien plus faramineuse que celle qu'on a aujourd'hui", prévient l'économiste de l'eau Esther Crauser-Delbourg, interrogée début mars par l'AFP.

Quelles infrastructures ont été touchées?

En Iran, les installations liées à la gestion de l'eau ont subi d'importants dégâts à la suite des frappes américano-israéliennes, selon le gouvernement.

"Des dizaines d'installations de transmission et de traitement de l'eau" ont été visées lors de ces attaques qui ont "détruit des parties des réseaux d'approvisionnement critiques", a détaillé dimanche le ministre de l'énergie, Abbas Aliabadi.

A Bahreïn, c'est une station de dessalement de l'eau de mer qui a été endommagée le 8 mars par une attaque de drones de Téhéran, menée en riposte à une attaque attribuée aux Etats-Unis contre une usine de désalinisation iranienne.

L'eau désalinisée, pourquoi c'est important?

Dans une région parmi les plus arides du monde où la disponibilité de l'eau est dix fois inférieure à la moyenne mondiale selon la Banque mondiale, les usines de désalinisation ont un rôle vital pour l'économie et la consommation d'eau potable de ses millions d'habitants.

Environ 42% de la capacité mondiale de dessalement est présente au Moyen-Orient, montre une récente étude publiée dans la revue Nature. Aux Emirats arabes unis, 42% de l'eau potable provient de ces usines, 90% au Koweït, 86% à Oman et 70% en Arabie saoudite, détaille une note de l'Institut français des relations internationales (Ifri) de 2022.

"Là-bas, sans eau désalinisée, il n'y a rien", résume Esther Crauser-Delbourg. Cela est particulièrement stratégique dans les grandes métropoles comme Dubaï et Ryad.

Déjà en 2010, une note d'analyse de la CIA affirmait que "la perturbation des installations de dessalement dans la plupart des pays arabes pourrait avoir des conséquences plus graves que la perte de toute autre industrie ou matière première".

Et en 2008, le site Wikileaks révélait un câble diplomatique américain disant que "Ryad devrait évacuer dans un délai d'une semaine", dans le cas où l'usine de désalinisation de Jubail qui l'alimente, ou ses oléoducs, étaient "gravement endommagés ou détruits".

Quelles menaces pèsent sur elles?

Outre les frappes, ces usines sont vulnérables aux coupures du courant qui les alimente et à d'éventuelles contaminations de l'eau de mer, notamment de marées noires, affirment plusieurs connaisseurs.

"On a renforcé la sécurité d'accès, les contrôles dans le périmètre immédiat des usines", détaille Philippe Bourdeaux, directeur de la zone déléguée Afrique/Moyen-Orient de l'entreprise française Veolia, qui alimente en eau désalinisée les régions de Mascate, Sour, et Salalah, à Oman, et de Jubail en Arabie saoudite.

"Les récents événements nous poussent bien sûr à être très attentifs. Nous suivons de très près la situation des installations", ajoute-t-il, précisant que "dans certains pays, les autorités ont mis des batteries de missiles autour des plus grosses usines, contre la menace drone ou missile".

Pour les marées noires, les opérateurs disposent d'outils pour en diminuer les nuisances.

Quels sont les précédents?

Quelques attaques contre des usines de désalinisation se sont produites au cours des dix dernières années: le Yémen et l'Arabie saoudite se sont mutuellement attaqués, et Gaza a subi des frappes israéliennes, rapporte le groupe de réflexion californien Pacific Institute qui tient un registre des conflits liés à l'eau.

Avant 2016, il faut remonter à 1991 et la guerre du Golfe pour voir de telles attaques.

Quels effets en cas d'attaque?

Ils peuvent aller de perturbations ponctuelles à des conséquences beaucoup plus lourdes si la situation dure.

"On va potentiellement voir des grandes villes en exode. Et puis des rationnements", imagine Esther Crauser-Delbourg, avec des effets en chaîne sur l'économie: tourisme, industrie, et centres de données, très consommateurs d'eau pour être rafraichis.

Des garde-fous existent, tempère Philippe Bourdeaux de Veolia: les usines de désalinisation sont souvent interconnectées, ce qui peut limiter les conséquences de l'arrêt d'une seule usine, détaille-t-il.

Il ajoute qu'elles ont en général plusieurs jours, de deux à sept, de consommation en réserve, de quoi contenir les pénuries tant que les pannes ne durent pas trop longtemps.

 


Israël frappe Téhéran, l'AIE met en garde contre une grave crise de l'énergie

Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. (AFP)
Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. (AFP)
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  • La crise se cristallise autour du détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.
  • Donald Trump a lancé un ultimatum à l'Iran, qui le bloque quasi intégralement: si Téhéran ne le rouvre pas d'ici la nuit prochaine - 23H44 GMT lundi, selon l'heure de son message sur Truth Social - les Etats-Unis "anéantiront" les centrales électriques

TEHERAN: La guerre au Moyen-Orient pourrait provoquer la crise mondiale de l'énergie la plus grave de ces dernières décennies, a prévenu l'Agence internationale de l'énergie (AIE), alors qu'Israël a dit s'attendre à "plusieurs semaines de combats" et a frappé de nouveau Téhéran lundi matin.

La crise se cristallise autour du détroit d'Ormuz, stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures. Donald Trump a lancé un ultimatum à l'Iran, qui le bloque quasi intégralement: si Téhéran ne le rouvre pas d'ici la nuit prochaine - 23H44 GMT lundi, selon l'heure de son message sur Truth Social - les Etats-Unis "anéantiront" les centrales électriques iraniennes.

En réponse, Téhéran a menacé de fermer complètement le détroit et cibler "toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l'information et de dessalement d'eau appartenant aux Etats-Unis", a prévenu l'armée iranienne, selon l'agence Fars.

La crise de l'énergie a fait réagir le directeur de l'AIE, Fatih Birol, depuis l'Australie. Selon lui, "à ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies" des années 1970.

Dans les faits, le détroit d'Ormuz est quasiment fermé depuis le début de la guerre, le transit de marchandises s'y étant effondré de 95%, selon la société d'analyse Kpler. Seul un petit nombre de cargos et de pétroliers ont réussi à le franchir. Or, d'ordinaire, 20% de la production mondiale d'hydrocarbures y transite.

"Aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie. Il est donc nécessaire de mener une action à l'échelle mondiale", a lancé M. Birol, évoquant une "menace majeure" pour l'économie de la planète.

Dans l'espoir d'endiguer la flambée de l'or noir, les Etats-Unis ont même autorisé vendredi pour un mois la vente et la livraison du pétrole iranien se trouvant sur des navires. Mais Téhéran a affirmé n'avoir aucun surplus de pétrole brut en mer.

Outre le blocage du détroit et le fait que Téhéran vise des navires croisant le Golfe, nombre de sites énergétiques des pays du Golfe sont sous le feu de l'Iran. D'après le chef de l'AIE, au moins 40 infrastructures énergétiques sont "gravement ou très gravement endommagées" dans neuf pays du fait de la guerre lancée le 28 février par les frappes américano-israéliennes contre l'Iran.

Nouvelles attaques à Téhéran 

Tôt lundi, l'armée israélienne a annoncé mener "une large vague d'attaques" à Téhéran, où des agences iraniennes ont signalé des explosions. D'après Fars, les frappes ont touché le nord, le centre, l'est et l'ouest de la capitale. Un épais panache de fumée noire se dégage toujours dans le ciel d'au moins un point plus d'une heure après l'explosion, a constaté un journaliste de l'AFP.

A Bandar Abbas, dans le sud du pays, l'attaque d'un transmetteur radio "par l'armée terroriste américano-sioniste" a par ailleurs fait un mort et un blessé, a rapporté dans la nuit la radio-télévision publique iranienne Irib.

Dans la capitale iranienne, l'angoisse domine. "La seule chose commune que nous ressentons dans cette période est l'incertitude sur l'issue" de cette guerre, a décrit Shiva, Téhéranaise de 31 ans.

La nuit a aussi été le théâtre d'attaques dans plusieurs pays du Golfe.

Le ministère de la Défense des Emirats arabes unis a dit répondre à une attaque de missiles et de drones en provenance d'Iran. Deux missiles et un drone ont aussi visé l'Arabie saoudite, selon le gouvernement, tandis que le Bahreïn a fait sonner l'alerte, d'après son ministère de l'Intérieur.

Si Washington entretient le flou sur la fin de ses opérations militaires, entrées dans leur quatrième semaine, Israël a indiqué dimanche se préparer à "encore plusieurs semaines de combats contre l'Iran et le Hezbollah" pro-iranien au Liban.

L'armée israélienne compte "intensifier les opérations terrestres ciblées et les frappes" au Liban pour repousser le Hezbollah "loin de la frontière", a indiqué son chef d'état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir.

Dimanche, elle avait détruit un pont stratégique dans le sud du Liban, utilisé selon elle par le Hezbollah. Des images de l'AFP ont montré de la fumée s'élever après l'attaque contre le pont de Qasmiyeh, situé sur la principale route côtière reliant la région de Tyr au reste du pays.

Le président libanais Joseph Aoun a estimé qu'il s'agissait d'un "prélude à une invasion terrestre" et dénoncé "une escalade dangereuse et une violation flagrante de la souveraineté du Liban", où la guerre a fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.

Inquiétude sur le nucléaire 

Si Israël et les Etats-Unis affirment avoir fortement affaibli le pouvoir iranien depuis le lancement de leur offensive le 28 février, Téhéran poursuit ses attaques et ses menaces.

La préoccupation grandissante concerne les attaques ciblant des sites nucléaires.

Samedi soir, deux frappes iraniennes particulièrement destructrices ont fait plus d'une centaine de blessés dans le sud d'Israël. Un des missiles a touché une zone résidentielle à quelques kilomètres d'un centre stratégique de recherche nucléaire à Dimona, site ultra-secret.

"Nous pensions que nous étions en sécurité. Nous ne nous attendions pas à ça", a déclaré à l'AFP Galit Amir, soignant de Dimona, âgé de 50 ans.

Le directeur de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus a appelé "urgemment toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue militaire et à éviter toute action susceptible de déclencher des incidents nucléaires".