Au Soudan en guerre, des prisonniers torturés dans les deux camps

Cette séquence vidéo publiée sur les médias sociaux le 8 août montre un membre des Forces armées soudanaises (SAF) tirant avec une tourelle de mitrailleuse automatique montée à l'arrière d'un camion (technique) en direction de positions tenues par les Forces de soutien rapide (RSF) dans le centre d'Omdurman. (AFP)
Cette séquence vidéo publiée sur les médias sociaux le 8 août montre un membre des Forces armées soudanaises (SAF) tirant avec une tourelle de mitrailleuse automatique montée à l'arrière d'un camion (technique) en direction de positions tenues par les Forces de soutien rapide (RSF) dans le centre d'Omdurman. (AFP)
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Publié le Dimanche 10 septembre 2023

Au Soudan en guerre, des prisonniers torturés dans les deux camps

  • Les deux camps ont commis «des crimes de guerre» et des «crimes contre l'humanité»: «morts, enlèvements, arrestations illégales, détentions illégitimes, disparitions forcées, tortures et viols d'hommes et de femmes»
  • Armée et FSR, eux, démentent tout mauvais traitement

WAD MADANI : Othmane Hassan, chauffeur routier de 54 ans, imaginait déjà comment il allait dépenser l'argent de sa dernière course, de Khartoum à l'Etat d'al-Jazira, plus au sud. Mais en route, il est tombé sur un barrage des paramilitaires.

"Ils ont confisqué mon camion et m'ont emmené dans une maison à Kafouri", dans la banlieue de Khartoum-Nord, raconte-t-il à l'AFP.

"Il y avait d'autres prisonniers et des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) nous ont fait asseoir et nous ont fouettés en nous accusant d'être des espions de l'armée" en guerre contre les FSR depuis près de cinq mois, poursuit-il.

Les coups de fouet n'ont cessé que quand un homme, visiblement un commandant, l'a ordonné. Puis l'"interrogatoire" a commencé.

D'abord, trois jours dans cette maison. Puis deux semaines à la centrale électrique de Khartoum-Nord. A chaque fois, sous les coups, tenaillé par la faim, la soif et assis à même le sol.

Ces lieux de détention, créés pendant la guerre qui a fait des milliers de morts et des millions de déplacés, le Comité des avocats en recense des dizaines à Khartoum: 44 des FSR et huit de l'armée, indique-t-il dans un rapport.

Ce groupe, l'un des piliers de la lutte pour la démocratie et les droits humains au Soudan, a recueilli pendant deux mois les témoignages de 64 personnes.

Crimes de guerre

Pour ces avocats, les deux camps ont commis "des crimes de guerre" et des "crimes contre l'humanité": "morts, enlèvements, arrestations illégales, détentions illégitimes, disparitions forcées, tortures et viols d'hommes et de femmes".

Armée et FSR, eux, démentent tout mauvais traitement.

Après plus de deux semaines, Othmane Hassan a été relâché. "Je suis sorti mais je n'ai jamais revu mon camion", dit-il, sans pouvoir expliquer vraiment sa libération.

Mohammed Salaheddine, lui, sait pourquoi il a été libéré: sa famille a payé 1 700 dollars aux FSR.

Arrêté à Khartoum à un barrage des FSR sans papier d'identité, cet employé du privé âgé de 35 ans, sorti pour acheter des médicaments pour sa mère malade, a été "menacé de mort", accusé d'être "un espion" et "un islamiste" de l'ancienne dictature d'Omar el-Béchir, que les FSR accusent de se cacher derrière l'armée.

"Je suis resté assis jusqu'au soir et ils m'ont transporté à la Cité des sports", dans le sud de Khartoum, où il est resté un mois avec d'autres civils à subir les coups et les accusations, raconte-il à l'AFP.

Les témoins interrogés par le Comité des avocats rapportent que, dans les centres de détention des FSR comme de l'armée, les prisonniers n'ont pas accès aux toilettes ou à l'eau dans une humidité étouffante.

Dans les geôles des deux camps, d'anciens prisonniers ont rapporté au Comité des "menaces de viol", des "viols à plusieurs reprises" et "un détenu exécuté parce qu'il résistait".

Le tout, sous les bombardements et dans le fracas des combats.

Yeux bandés

"J'ai reçu une balle perdue dans la jambe", affirme Mohammed Salaheddine, qui attend désormais d'être opéré à Wad Madani, ville épargnée par les violences à 200 km au sud de Khartoum, où sa famille a trouvé refuge comme de très nombreux habitants de la capitale.

La famille de Majdi Hussein, elle, est partie vers le nord du pays pour fuir la guerre. Ce Soudanais de 25 ans s'était porté volontaire pour garder la maison familiale à Khartoum, les FSR investissant des habitations désertées.

"Le 15 juillet, on a frappé à la porte, j'ai ouvert et trouvé six paramilitaires juchés sur un pick-up avec une batterie anti-aérienne", raconte-t-il à l'AFP.

Ils l'ont passé à tabac, embarqué sur leur véhicule les yeux bandés et l'ont emmené dans une cave surpeuplée et plongée dans les ténèbres.

Lundi, l'armée déclarait avoir "contacté le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pour remettre 30 membres mineurs" des FSR "capturés depuis le début de la guerre", ajoutant qu'un "autre groupe de 200 rebelles non-mineurs" suivrait.

Le CICR annonce aussi régulièrement avoir procédé à des échanges de combattants faits prisonniers.

Selon le Comité des avocats, civils et combattants --mineurs et femmes inclus-- sont détenus. Tous subissent "des interrogatoires sous la torture et les mauvais traitements comme être accrochés par les pieds, subir des électrocutions et des brûlures de cigarettes".

Certains prisonniers doivent aussi "creuser des fosses communes ou de réaliser des travaux forcés".

Les médecins volontaires du dispensaire de campagne de la banlieue est de Khartoum, eux, "n'ont ni bu ni mangé, ni même été interrogés" depuis qu'ils ont été enlevés à un barrage des FSR samedi, rapporte le dispensaire.

"On leur a pris tout ce qu'ils avaient sur eux et plusieurs ont perdu connaissance à cause de leur séquestration", poursuit un communiqué.

Majdi Hussein a fini par voir le bout du tunnel. Au bout de dix jours, "ils m'ont amené sur l'avenue 60 (à Khartoum) et m'ont dit de déguerpir". Sans aucune forme de procès. Et sans autre explication.


Le chef de la diplomatie iranienne accuse depuis Saint-Pétersbourg les Etats-Unis de l'échec des discussions au Pakistan 

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. (AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. (AFP)
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  • "Les approches américaines ont fait que le précédent cycle de négociations, malgré des progrès, n'a pas atteint ses objectifs en raison d'exigences excessives"
  • Il a également affirmé que "la sécurité du passage dans le détroit d'Ormuz est une question mondiale importante", alors que les Etats-Unis et l'Iran poursuivent leurs blocus sur ce détroit stratégique

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères a accusé lundi les Etats-Unis d'être responsables de l'échec des pourparlers de paix au Pakistan, après son arrivée en Russie où il doit rencontrer le président Vladimir Poutine.

"Les approches américaines ont fait que le précédent cycle de négociations, malgré des progrès, n'a pas atteint ses objectifs en raison d'exigences excessives", a-t-il déclaré, cité par les médias d'Etat iraniens. Il a également affirmé que "la sécurité du passage dans le détroit d'Ormuz est une question mondiale importante", alors que les Etats-Unis et l'Iran poursuivent leurs blocus sur ce détroit stratégique.

 

 


Liban: le Hezbollah refuse «catégoriquement» les négociations directes avec Israël

Israël et le Liban ont déjà tenu deux sessions de pourparlers au niveau des ambassadeurs à Washington, à propos de la guerre dans laquelle le Liban a été entraîné le 2 mars par des tirs du Hezbollah contre son ennemi juré israélien, en soutien à l'Iran visé par une offensive israélo-américaine. (AFP)
Israël et le Liban ont déjà tenu deux sessions de pourparlers au niveau des ambassadeurs à Washington, à propos de la guerre dans laquelle le Liban a été entraîné le 2 mars par des tirs du Hezbollah contre son ennemi juré israélien, en soutien à l'Iran visé par une offensive israélo-américaine. (AFP)
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  • "Nous refusons catégoriquement de négocier directement avec Israël" et il est de la responsabilité du pouvoir libanais d'éviter une "erreur dangereuse qui entraîne" le pays "dans un cycle d'instabilité"
  • Le président libanais dit au Hezbollah que "la trahison" est d'entraîner le pays dans la guerre

BEYROUTH: Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a réaffirmé lundi son refus des négociations directes entre Beyrouth et Israël, estimant qu'elles risquaient d'entraîner le Liban dans un "cycle d'instabilité".

"Nous refusons catégoriquement de négocier directement avec Israël" et il est de la responsabilité du pouvoir libanais d'éviter une "erreur dangereuse qui entraîne" le pays "dans un cycle d'instabilité", a déclaré le chef du groupe pro-iranien dans un communiqué lu par la chaîne al-Manar, qui lui est affiliée.

Israël et le Liban ont déjà tenu deux sessions de pourparlers au niveau des ambassadeurs à Washington, à propos de la guerre dans laquelle le Liban a été entraîné le 2 mars par des tirs du Hezbollah contre son ennemi juré israélien, en soutien à l'Iran visé par une offensive israélo-américaine.

 


Israël: deux anciens chefs de gouvernement s'unissent pour battre Netanyahu

L'ancien Premier ministre Naftali Bennett et le chef de l'opposition Yaïr Lapid, qui avait été brièvement chef du gouvernement en 2022, se présenteront aux prochaines élections sur une liste commune, ont annoncé les deux hommes dimanche.
L'ancien Premier ministre Naftali Bennett et le chef de l'opposition Yaïr Lapid, qui avait été brièvement chef du gouvernement en 2022, se présenteront aux prochaines élections sur une liste commune, ont annoncé les deux hommes dimanche.
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  • Naftali Bennett (droite) et Yaïr Lapid (centre) avaient formé ensemble un gouvernement en juin 2021 auquel a succédé fin 2022 le gouvernement actuel dirigé par Benjamin Netanyahu
  • Selon les sondages, M. Bennett apparaît comme le candidat le mieux placé pour battre M. Netanyahu aux législatives prévues en octobre

HERZLIYA: L'ancien Premier ministre Naftali Bennett et le chef de l'opposition Yaïr Lapid, qui avait été brièvement chef du gouvernement en 2022, se présenteront aux prochaines élections sur une liste commune, ont annoncé les deux hommes dimanche.

"Je suis heureux d'annoncer que ce soir, avec mon ami Yaïr Lapid, je réalise l'acte le plus sioniste et patriotique que nous ayons jamais accompli pour notre pays. Ce soir, nous nous unissons et fondons le parti "Beyahad" ("Ensemble", NDLR) sous ma direction, un parti qui mènera à une grande victoire et à l'ouverture d’une nouvelle ère pour notre beau pays", a déclaré M. Bennett lors d'une conférence de presse.

Naftali Bennett (droite) et Yaïr Lapid (centre) avaient formé ensemble un gouvernement en juin 2021 auquel a succédé fin 2022 le gouvernement actuel dirigé par Benjamin Netanyahu.

Selon les sondages, M. Bennett apparaît comme le candidat le mieux placé pour battre M. Netanyahu aux législatives prévues en octobre.

"Cette initiative conduit à l'unification du bloc du "camp du changement" et permet de concentrer tous les efforts pour conduire Israël vers la réparation nécessaire", a affirmé M. Lapid.

"Bennett est un homme de droite, mais de droite honnête, et il y a de la confiance entre nous", a encore dit M. Lapid.

M. Bennett a promis que si il était élu, il nommerait une commission nationale d'enquête sur les défaillances ayant conduit au massacre du 7 octobre 2023, ce que refuse le gouvernement actuel.

Il a aussi appelé l'ancien ministre Gadi Eizenkot (chef du parti centriste Yashar "Droit") à les rejoindre sur cette liste commune.

Fils d'immigrants américains, Naftali Bennett, 54 ans, ancien entrepreneur high-tech, qui a revendu sa start-up en 2005 pour 145 millions de dollars (110 millions d'euros), joue beaucoup sur son image d'ex-officier commando de l'armée israélienne, un profil lui assurant le soutien d'une partie de la jeunesse, surtout après plus de deux ans de guerre.

Ancien conseiller de Benjamin Netanyahu, M. Bennett s'est transformé au fil des années en farouche adversaire de la politique de son ancien mentor.

Il a dirigé plusieurs formations de droite avant de former un gouvernement d'union large en 2021 avec notamment le soutien d'une formation arabe.

Son nouveau colistier, Yaïr Lapid, 62 ans, est le fils du défunt journaliste et ministre Tommy Lapid, un rescapé de la Shoah, et de l'auteure reconnue Shulamit Lapid.

Journaliste vedette de la télévision, il est entré en politique en 2012 en créant le parti Yesh Atid ("Il y a un avenir"), s'imposant comme la seconde formation politique du pays et devenant depuis le chef de l'opposition, en dehors de la parenthèse de pouvoir et d'une brève participation à un gouvernement Netanyahu en 2014.