Macron monte en première ligne pour défendre son «  écologie de progrès »

Après plusieurs reports, Emmanuel Macron doit présenter lundi les grands axes de la "planification écologique" dont il entend faire un marqueur de son quinquennat. (AFP).
Après plusieurs reports, Emmanuel Macron doit présenter lundi les grands axes de la "planification écologique" dont il entend faire un marqueur de son quinquennat. (AFP).
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Publié le Lundi 25 septembre 2023

Macron monte en première ligne pour défendre son «  écologie de progrès »

  • Fidèle à sa ligne d'une écologie "non punitive", il a promis d'"accompagner les ménages les plus modestes" dans leur propre transition écologique
  • Les Français, "on aime la bagnole, et moi je l'adore", a lancé Emmanuel Macron

PARIS: Après plusieurs reports, Emmanuel Macron doit présenter lundi les grands axes de la "planification écologique" dont il entend faire un marqueur de son quinquennat, en dépit d’un bilan environnemental jugé jusqu’ici insuffisant.

"Je suis convaincu que nous avons un chemin qui est celui de l'écologie à la française", "une écologie de progrès", "qui n'est ni le déni", "ni la cure qui consiste à dire +ça va être un massacre+", a plaidé le chef de l'Etat dimanche soir lors de son interview télévisée.

Lundi, il réunit à 15H00 à l'Elysée, pour la deuxième fois, le Conseil de planification écologique créé après sa réélection, avec Elisabeth Borne et les ministres concernés. Son discours conclusif sera retransmis.

Selon son entourage, il s'agit du point d'orgue de la séquence lancée par Emmanuel Macron entre les deux tours de la présidentielle. En meeting à Marseille, il avait promis que sa future Première ministre serait "directement chargée de la planification écologique" afin d'aller "deux fois plus vite" pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55% à l'horizon 2030.

Le second quinquennat "sera écologique ou ne sera pas", avait lancé celui dont le premier mandat avait déçu les défenseurs de l'environnement, et qui devait tenter de rallier les électeurs de gauche en vue du ballottage face à la candidate d'extrême droite Marine Le Pen.

La cheffe de gouvernement a orchestré les travaux qui ont permis d'identifier, secteur par secteur (transports, industries, agriculture...), l'effort nécessaire pour tenir les objectifs de décarbonation de la France, et une cinquantaine de "leviers" pour y parvenir. Sept milliards d'euros supplémentaires ont été alloués à la transition écologique pour 2024.

«La bagnole», « je l'adore »

Elisabeth Borne a ensuite défriché le terrain en présentant les contours de ce plan aux chefs de parti et à la société civile la semaine dernière. Si le constat a été jugé "lucide" par les écologistes, ils réclament de passer de la parole aux actes, et de financer ce chantier titanesque au-delà de 2024.

Sujet de crispation, la question de l'articulation entre écologie et pouvoir d'achat s'est invitée dans le débat au moment où les prix de l'énergie et du carburant flambent. Plusieurs opposants ont demandé une régulation très forte du prix de l'électricité.

Sur le pouvoir d'achat, "l'écologie est la réponse", a répondu Emmanuel Macron dimanche.

Mais cette stratégie souffre pour l'instant d'être très technique et donc peu susceptible de mobiliser la société autour de la lutte contre le réchauffement climatique. La Macronie pressait donc le président de la République de monter au créneau pour "incarner" un "grand récit" fédérateur.

Sur TF1 et France 2, il a déjà déclaré dimanche que la France sortirait du charbon d'ici à 2027, en convertissant ses deux dernières centrales, mais il n'a pas fixé de date de sortie du pétrole et du gaz fossile, au grand dam de l'organisation Greenpeace.

Fidèle à sa ligne d'une écologie "non punitive", il a promis d'"accompagner les ménages les plus modestes" dans leur propre transition écologique, et multiplié les messages pour montrer qu'il entendait inciter plutôt qu'interdire.

En renonçant à bannir les chaudières à gaz, après y avoir songé, pour ne pas pénaliser les zones rurales -- le déploiement des pompes à chaleur sera en revanche "accompagné".

Et en faisant un clin d'oeil appuyé aux automobilistes. Les Français, "on aime la bagnole, et moi je l'adore", a lancé Emmanuel Macron. Il a donc prôné, là aussi, un "accompagnement" pour "pousser nos ménages à céder les vieux diesel et les vieux véhicules thermiques" pour aller vers "de l'hybride" et "de plus en plus de l'électrique".

"Mais on doit le faire en étant intelligent, c'est-à-dire en produisant chez nous les véhicules et les batteries", plutôt qu'en les important des Etats-Unis ou de Chine, a ajouté le président, qui veut "réindustrialiser par l'écologie".

Se réserve-t-il de nouvelles annonces ce lundi pour rendre concrète cette ambition? "Il faut être super concret, sans donner de leçon moralisatrice", estime en tout cas une figure du gouvernement impliquée dans le dossier, jugeant que les Français doivent percevoir leur propre "bénéfice" à s'engager dans cette transition.


Budget: "Il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans ce contexte international, affirme Wauquiez

Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
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  • Laurent Wauquiez exclut toute censure du gouvernement, estimant qu’elle serait irresponsable dans le contexte international et budgétaire actuel
  • Le chef des députés LR juge le budget imparfait mais non idéologique, tout en critiquant le manque d’économies et la pression sur les grandes entreprises

PARIS: Le patron des députés LR Laurent Wauquiez a affirmé mercredi qu'il "ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans le contexte international actuel, écartant une censure de l'exécutif de Sébastien Lecornu de la part de la cinquantaine de députés LR.

"Dans le contexte international de danger qui est celui de la France et de menace d'une guerre commerciale, il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement et de laisser la France sans budget", a déclaré Laurent Wauquiez devant l'Association des journalistes parlementaires (AJP).

Le patron des députés LR a nié que ce budget soit "socialiste" comme l'a affirmé le patron de son parti Bruno Retailleau.

"Ce n'est pas un budget socialiste, ce n'est pas un budget de droite. C'est un budget qui est le fruit d'une situation politique pleine de tempêtes dans laquelle il n'y a pas de majorité dans notre Assemblée nationale", a-t-il expliqué.

Laurent Wauquiez a estimé que le travail parlementaire de la droite a permis d'éviter "l'hérésie fiscale" du projet de budget initial, tout en reconnaissant que la version adoptée par 49.3 est "imparfaite".

A ses yeux, le "gros point de noir de ce budget" est le manque d'économies sur les dépenses et le "poids mis sur les grandes entreprises".

Laurent Wauquiez a sévèrement taclé David Lisnard, le maire libéral de Cannes, qui a appelé mardi les élus de droite à faire tomber le gouvernement et dont la députée Alexandra Martin, qui porte les couleurs de son parti Nouvelle Energie au sein du groupe LR, a promis de voter la censure.

"Ceux qui veulent censurer ou ne pas censurer, la meilleure façon c'est d'avoir le courage de se présenter aux élections législatives", a affirmé le député de Haute-Loire, en allusion au patron de l'Association des maires de France (AMF). David Lisnard est candidat à sa réélection à Cannes en mars et il a annoncé qu'il se présenterait à la présidentielle l'an prochain, si la primaire à droite qu'il souhaite n'est pas organisée.


La France demande «un exercice de l'Otan» au Groenland, se dit «prête à y contribuer»

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
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  • "La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française
  • Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan

PARIS: La France veut un "exercice de l'Otan" au Groenland et est "prête à y contribuer", a indiqué mercredi l'Elysée, alors que le président américain Donald Trump répète qu'il veut s'emparer de ce territoire autonome danois.

Ses menaces concernant le Groenland ont jeté un froid dans les relations déjà complexes entre le président américain, qui doit s'exprimer mercredi au Forum de Davos, et les puissances européennes.

"La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française.

Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan, mais en dehors du cadre de l'alliance atlantique et donc sans l'implication des Etats-Unis.

Cela avait provoqué la colère de Donald Trump, qui avait menacé ses alliés participant à ces manœuvres d'imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu'à 25%.

Le dirigeant martèle que le Groenland, par ailleurs riche en minéraux, est vital pour la sécurité des Etats-Unis et de l'Otan face à la Russie et à la Chine. Un exercice de l'Otan à proprement parler permettrait d'impliquer Washington et d'afficher le fait que la sécurité en Arctique est prise au sérieux par les Européens, juge-t-on à Paris.

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez".

"Je pense qu'il va se passer quelque chose qui sera très positif pour tout le monde", a-t-il assuré.


G7, Groenland, Russie: Macron face au défi de ne pas rompre le fil avec Trump

Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
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  • "Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain
  • "Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il

PARIS: Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements.

"Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain.

"Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il.

Il propose d'"organiser une réunion du G7 à Paris jeudi après-midi", et se dit prêt, "en marge" de ce sommet, à "inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes".

Une présence officielle de dirigeants russes à Paris serait inédite depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine il y a bientôt quatre ans. La Russie a été expulsée du G8, redevenu G7, à la suite de l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014, même si Donald Trump a plusieurs fois exprimé le vœu de la réintégrer.

La réponse du président américain n'a pas été rendue publique, et rien ne dit à ce stade que ce sommet se fera. Le Kremlin a assuré n'avoir reçu aucune invitation.

Emmanuel Macron estime avoir appris à gérer sa relation avec Donald Trump lors du premier mandat à la Maison Blanche et depuis son retour il y a un an.

Face à des tensions à nouveau au plus haut en raison de la volonté américaine de s'emparer du Groenland, territoire autonome danois, et des menaces de taxes douanières accrues contre les Etats européens qui s'y opposent, le président français tente de jouer sur les codes de la diplomatie disruptive de son homologue.

"Le président Trump aime faire des opérations. J'ai un peu le même tempérament, donc je comprends très bien", avait reconnu Emmanuel Macron en octobre au sujet de ses "coups" qui sèment souvent la sidération.

Accusé d'être trop accommodant il y a deux semaines sur le Venezuela, le chef de l'Etat français est monté en première ligne pour défendre la souveraineté du Danemark et du Groenland, en dépêchant des militaires sur l'île arctique aux côtés de l'Allemagne notamment.

Puis il a été le plus ferme des dirigeants de l'UE à s'élever contre les menaces douanières, en demandant d'activer son "instrument anti-coercition", considéré comme le "bazooka" en cas de guerre commerciale.

Parallèlement, Paris a été le premier grand pays à dire clairement "non" à l'invitation américaine à un "Conseil de la paix" qui ressemble à un substitut de l'ONU, mais totalement à la main de Donald Trump.

Fin de mandat 

Ce dernier a réagi à ce refus en moquant son homologue français, dont "personne ne veut car il va bientôt terminer son mandat", et en agitant le spectre de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes.

Hasard du calendrier, cette séquence intervient le jour de la diffusion, prévue mardi sur la chaîne France 2, d'un documentaire dans lequel on voit Emmanuel Macron appeler le dirigeant américain en mai depuis Kiev pour lui dire que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accepté sa proposition de cessez-le-feu. "Prix Nobel pour ça!", "tu es le meilleur", répond l'intéressé.

Les deux hommes, qui avaient cassé les codes, chacun à sa manière, pour arriver aux affaires en 2017, avaient d'abord noué une relation particulière, entre séduction et rapport de forces. Mais la vraie-fausse idylle a depuis connu des hauts mais aussi beaucoup de bas.

A tel point qu'Emmanuel Macron est régulièrement accusé, en France et parfois en Europe, d'en faire trop pour plaire à Donald Trump.

L'ex-président François Hollande a estimé que son successeur à l'Elysée avait tort de vouloir ménager l'Américain "pour essayer de l'influencer" et de "tout faire pour garder Donald Trump sur le terrain européen".

C'est bien la stratégie d'Emmanuel Macron: "garder Trump au plus près de nous" lorsque les intérêts européens sont en cause, sur l'Ukraine, le Groenland ou le commerce. "Gérer ses à-coups" et les poussées de tensions, quitte à avaler des couleuvres, quand monter au créneau serait peine perdue.

"Il pense qu'il faut choisir ses batailles", analyse Célia Belin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales. "C'est un principe de réalité: quand la gesticulation ne sert à rien, ça nous rend à la limite plus faibles", dit-elle à l'AFP.

Selon elle, "l'Europe a besoin que la France", pays doté de l'arme nucléaire et porteuse par tradition gaulliste d'une voix à part, "se mette plus en avant dans la confrontation avec Trump".