L'Europe se réunit à Grenade, l'Azerbaïdjan grand absent

Des gens se tiennent devant un logo du Sommet politique européen, à la veille du sommet de la Communauté politique européenne au Palacio de Congreso à Grenade, dans le sud de l'Espagne, le 4 octobre 2023. (Thomas COEX / AFP)
Des gens se tiennent devant un logo du Sommet politique européen, à la veille du sommet de la Communauté politique européenne au Palacio de Congreso à Grenade, dans le sud de l'Espagne, le 4 octobre 2023. (Thomas COEX / AFP)
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Publié le Jeudi 05 octobre 2023

L'Europe se réunit à Grenade, l'Azerbaïdjan grand absent

  • L'objectif de la CPE, imaginée par Emmanuel Macron, est de rassembler beaucoup plus large que l'Union européenne: au delà 27 membres du bloc, 20 pays ont été invités pour ce troisième sommet
  • «L'absence d'Erdogan pour la deuxième fois consécutive affaiblit la CPE imaginée pour traiter avec Ankara dans un autre format que l'UE, à laquelle sa candidature est gelée», souligne un expert

GRENADE: Près de 50 dirigeants européens se rassemblent jeudi à Grenade, dans le sud de l'Espagne, dans l'espoir d'afficher leur volonté d'avancer ensemble, mais l'absence du président de l'Azerbaïdjan risque d'affaiblir la portée de ce rendez-vous.

Si elle restera un symbole fort, la photo de famille de ce troisième sommet de la Communauté politique européenne n'aura pas l'éclat espéré.

L'absence d'Ilham Aliev et celle, attendue, de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, est un revers pour ce forum dont l'une des fonctions premières est d'offrir un cadre informel où apaiser des tensions régionales.

Deux semaines après l'offensive éclair des forces azerbaïdjanaises qui a poussé la quasi-totalité de la population arménienne à fuir la république autoproclamée du Haut-Karabakh, le format semblait idéal pour une rencontre.

Mais à la veille de ce sommet, agacé par les marques de soutien européennes à l'Arménie, Ilham Aliev a fait savoir qu'il ne serait pas au rendez-vous.

Dénonçant une "atmosphère anti-azerbaïdjanaise", il n'a pas jugé "nécessaire" de participer aux négociations dans ce format, a déclaré un responsable azerbaïdjanais.

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, qui sera bien présent à Grenade, s'est dit déçu. "Nous étions dans un état d'esprit constructif et optimiste, nous pensions qu'un document pourrait être signé", a-t-il déclaré. "Jusqu'à ce matin, cela semblait très probable".

Lors du dernier sommet de la CPE, en juin en Moldavie, les deux dirigeants s'étaient rencontrés autour d'une table avec le président du Conseil européen Charles Michel, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz.

L'objectif de la CPE, imaginée par Emmanuel Macron, est de rassembler beaucoup plus large que l'Union européenne: au delà 27 membres du bloc, 20 pays ont été invités pour ce troisième sommet.

Derrière cet acronyme, on trouve des pays aux trajectoires radicalement différentes vis-à-vis de l'UE: des candidats déclarés (et impatients) à l'adhésion, des pays qui savent que la porte leur est fermée pour longtemps et le Royaume-Uni, qui a choisi il y a sept ans de quitter l'UE avec fracas.

Sunak veut parler immigration 

"L'absence d'Erdogan pour la deuxième fois consécutive affaiblit la CPE imaginée pour traiter avec Ankara dans un autre format que l'UE, à laquelle sa candidature est gelée", souligne Sébastien Maillard, de l'Institut Jacques Delors.

"Sans la Turquie, ni l'Azerbaïdjan, la Communauté politique devient plus strictement européenne et apparaît plus anti-Poutine, à quelques dirigeants près", ajoute-t-il.

"Il reste à savoir si ces absences sont provisoires ou définitives", poursuit-il, soulignant que l'appartenance à la CPE reste souple.

La rencontre très attendue sur le Haut-Karabakh n'ayant pas lieu, ce rendez-vous en Andalousie pourrait se porter sur la crise migratoire, que le Premier ministre britannique Rishi Sunak espère placer au coeur des débats.

Mercredi, les 27 se sont mis d'accord sur un texte destiné à organiser une réponse européenne en cas d'afflux massif de migrants dans un Etat de l'UE, comme au moment de la crise des réfugiés de 2015-2016.

Mais en attendant la finalisation d'une laborieuse réforme du système migratoire européen, l'Italie et le Royaume-Uni veulent agir au plus vite.

"Les niveaux d'immigration illégale vers l'Europe continentale sont au plus haut depuis près d'une décennie", a déclaré mercredi le Premier ministre britannique.

"Avec des milliers de personnes qui meurent en mer, la situation est à la fois immorale et intenable. Nous ne pouvons laisser des organisations criminelles décider qui arrive sur les rives européennes".

Selon Downing Street, Rishi Sunak et la Première ministre italienne Giorgia Meloni organiseront une réunion en marge du sommet et annonceront "une action conjointe" sur ce thème.

La guerre de la Russie contre l'Ukraine sera aussi à l'agenda des discussions, les puissances européennes souhaitant réaffirmer leur soutien à Kiev au moment où la crise politique à Washington suscite des interrogations sur la poursuite du soutien américain.


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
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  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.

 

 


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.