Gaza: l'Iran accentue ses menaces mais garde ses options ouvertes

Le président iranien Ebrahim Raisi lors d'un entretien avec la chaîne de télévision d'information publique qatarie Al-Jazeera à Téhéran. (Dossier/AFP)
Le président iranien Ebrahim Raisi lors d'un entretien avec la chaîne de télévision d'information publique qatarie Al-Jazeera à Téhéran. (Dossier/AFP)
Short Url
Publié le Dimanche 29 octobre 2023

Gaza: l'Iran accentue ses menaces mais garde ses options ouvertes

  • Au-delà des mots, la stratégie de l'Iran se décide dans l'ombre, laissant ses adversaires déclarés --Israël et Etats-Unis-- et la communauté internationale tenter de deviner ses réelles intentions
  • Raïssi a ainsi accusé dimanche Israël d'avoir franchi "les lignes rouges" en intensifiant son offensive à Gaza, ce qui "pourrait" décider d'autres parties "à passer à l'action"

TEHERAN: L'Iran lance chaque jour des salves d'avertissements et de menaces à Israël et aux Etats-Unis, mais se garde jusqu'à présent de dévoiler son jeu dans l'éventualité d'un embrasement régional du conflit entre Israël et le Hamas palestinien.

Sur le plan de la rhétorique, Téhéran est monté au front dès le premier jour de la guerre en prenant fait et cause pour le Hamas, mouvement islamiste palestinien qu'il soutient depuis des années contre Israël, l'ennemi juré de la République islamique.

Après avoir salué "le succès" de l'attaque sanglante sans précédent du Hamas lancée le 7 octobre contre Israël, ses hauts responsables évoquent la guerre --que l'attaque a déclenchée-- dans chacune de leurs interventions publiques.

Mais, au-delà des mots, la stratégie de l'Iran se décide dans l'ombre, laissant ses adversaires déclarés --Israël et Etats-Unis-- et la communauté internationale tenter de deviner ses réelles intentions.

A Téhéran comme à l'étranger, les experts estiment que le pouvoir garde ses options ouvertes pour s'adapter à l'évolution de la guerre, qui a encore gagné en intensité samedi à Gaza avec de violents bombardements et des affrontements au sol entre combattants du Hamas et soldats israéliens.

A ce stade, "l'Iran n'est pas intéressé par une implication directe dans la guerre", estime Hadi Mohammadi, chercheur en politique internationale à Téhéran.

"Les Iraniens ont fait savoir dès le début qu'ils ne cherchaient pas une implication directe ou la confrontation", renchérit l'Iranienne Sara Bazoobandi, de l'institut Giga pour les études sur le Moyen-Orient, basé en Allemagne.

"L'Iran continue à envoyer des avertissements sur une possible réaction du Hezbollah (libanais) et d'autres groupes de ce qu'il appelle +le front de la résistance+", ajoute-t-elle. Tout en étant "attentifs" à la façon de les formuler car les risques pourraient "être élevés".

Le président Ebrahim Raïssi a ainsi accusé dimanche Israël d'avoir franchi "les lignes rouges" en intensifiant son offensive à Gaza, ce qui "pourrait" décider d'autres parties "à passer à l'action".

"L'Iran considère qu'il est de son devoir de soutenir" "l'axe de la résistance", qui comprend des groupes armés comme le Hamas ou le Hezbollah, a-t-il ajouté dans un entretien à Al-Jazeera. Tout en affirmant que ces groupes étaient "indépendants dans leurs opinions, leurs décisions et leurs actes".

«Eloigné de l'Iran»

Ces affirmations publiques visent à contrer les accusations lancées par Washington, qui impute à l'Iran les attaques ayant visé ces derniers jours les troupes américaines en Syrie et en Irak et blessé une vingtaine de soldats américains.

La Maison Blanche a affirmé que l'Iran "facilite activement" ces attaques tandis que, selon le Pentagone, les organisations "menant ces attaques sont soutenues par les Gardiens de la Révolution", l'armée idéologique du pouvoir iranien.

Le président Joe Biden a adressé "un message direct" au dirigeant suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, pour le mettre en garde contre toute nouvelle attaque de ces groupes.

Selon l'experte Sara Bazoobandi, l'un des objectifs stratégiques de Téhéran est de "garder le conflit éloigné de ses frontières".

Mais, "pour défendre sa position dans la région, il devra soutenir les groupes qui lui sont affiliés durant cette crise". "Le coût pourrait être élevé", juge-t-elle, alors que les Etats-Unis ont renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient.

L'Iran ne s'engagera directement que "si Israël attaque le territoire iranien ou si ses intérêts stratégiques sont menacés dans d'autres pays", avance Hadi Mohammadi.

Le commentateur politique Abbas Aslani souligne aussi qu'il est impossible, à cette heure, de "prévoir ce qui va se passer". Mais "l'Iran devra réagir d'une façon ou d'une autre si le conflit se régionalise ou si d'autres parties visent ses intérêts".

"Tout acte inconsidéré contre l'Iran provoquera une forte réaction", a averti le ministre de la Défense Mohammad Reza Ashtiani avant la tenue de manoeuvres militaires ces derniers jours dans le pays.

Pour Mme Bazoobandi, l'Iran considère en outre que l'attaque surprise du 7 octobre en Israël a "humilié les services de sécurité israéliens", qui n'ont pas pu la prévenir. "J'imagine que, pour Téhéran, cette humiliation publique peut suffire, sans qu'une escalade soit nécessaire".


Le chef de la diplomatie saoudienne participe à des discussions régionales en Jordanie sur la sécurité maritime et la désescalade

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a participé mercredi en Jordanie à une réunion avec ses homologues régionaux afin de discuter des efforts visant à désamorcer les tensions. (KSAMOFA)
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a participé mercredi en Jordanie à une réunion avec ses homologues régionaux afin de discuter des efforts visant à désamorcer les tensions. (KSAMOFA)
Short Url
  • La réunion de quatre parties régionales à Amman a réuni le prince Faisal avec les ministres égyptien, turc et pakistanais

RIYAD : Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a participé mercredi à Amman à une réunion avec ses homologues régionaux afin d'examiner les moyens de réduire les tensions, de renforcer la coordination et de préserver la sécurité maritime.

Cette réunion des quatre parties régionales s'est tenue dans la capitale jordanienne et a réuni le prince Faisal, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Pakistan, Ishaq Dar, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, ainsi que le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan.

Les ministres ont passé en revue les derniers développements régionaux et ont souligné l'importance de renforcer la coordination et de maintenir une approche commune face aux enjeux actuels de la région.

Ils ont également insisté sur la nécessité d'efforts conjoints pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb, préserver la liberté de navigation et soutenir la stabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales ainsi que des marchés de l'énergie.

Les ministres ont salué l'initiative de l'Arabie saoudite visant à créer une alliance multinationale de défense maritime destinée à renforcer la sécurité en mer, protéger les voies navigables internationales et faire face aux menaces pesant sur le transport maritime et le commerce mondial.

Les discussions ont également porté sur les efforts visant à apaiser les tensions régionales et à répondre aux défis sécuritaires persistants. Les ministres ont souligné l'importance des solutions diplomatiques et du soutien aux efforts de médiation menés par le Pakistan et le Qatar.

Ils ont enfin réaffirmé la nécessité de respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale des États dans le cadre des efforts visant à préserver la sécurité et la stabilité de la région. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Le Conseil des ministres saoudien souligne que le dialogue est essentiel à la désescalade régionale

Le prince héritier Mohammed ben Salmane a présidé la réunion à Djeddah. (SPA)
Le prince héritier Mohammed ben Salmane a présidé la réunion à Djeddah. (SPA)
Short Url
  • Les ministres soulignent l’importance de déployer tous les efforts possibles pour parvenir à un apaisement.

RIYAD : Le gouvernement saoudien a réaffirmé que le dialogue demeure indispensable pour parvenir à une désescalade, alors que des informations faisant état de progrès dans les discussions ont été rapportées mardi, laissant entrevoir un possible accord visant à mettre fin au conflit entre les États-Unis et l’Iran.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane, qui a présidé la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres à Djeddah, a souligné l’importance de tout mettre en œuvre pour instaurer un climat d’apaisement, ouvrant la voie à des solutions diplomatiques garantes de la sécurité et de la stabilité régionales.

Washington et Téhéran sont engagés dans une guerre régionale intense depuis le 28 février, date à laquelle Israël et les États-Unis ont lancé des attaques contre l’Iran, entraînant l’assassinat du guide suprême du pays.

Un responsable américain a évoqué la possibilité qu’un accord avec l’Iran soit conclu dès mercredi, ce qui pourrait permettre la réouverture du détroit d’Ormuz.

Le détroit avait été fermé par l’Iran après l’effondrement d’un protocole d’accord signé entre Washington et Téhéran, qui avait brièvement permis la reprise du trafic maritime dans cette voie navigable stratégique.

Le prince héritier a également informé le Conseil des ministres de son entretien téléphonique, tenu durant le week-end, avec le président américain Donald Trump.

« Son Altesse Royale a souligné la nécessité de privilégier le dialogue pour réduire les tensions, ainsi que l’importance de déployer tous les efforts possibles afin de parvenir à une trêve ouvrant la voie à des solutions diplomatiques », a rapporté samedi l’Agence de presse saoudienne (SPA), peu après l’échange entre les deux dirigeants.

Le Conseil des ministres a par ailleurs salué le soutien international croissant et la participation accrue à la coalition multinationale de défense maritime lancée par l’Arabie saoudite.

Le Royaume et treize autres pays ont créé cette coalition jeudi afin de protéger la navigation dans les principales voies maritimes du Moyen-Orient.

Selon le ministère saoudien de la Défense, la Coalition multinationale de défense maritime s’inscrit dans le cadre des efforts visant à renforcer la sécurité maritime, protéger les routes maritimes internationales et faire face aux menaces pesant sur la navigation et le commerce mondial.

Toujours selon la SPA, cette coalition reflète le rôle de premier plan du Royaume dans le renforcement de la sécurité et de la stabilité aux niveaux régional et international.

Elle renforce la coopération multilatérale entre les États et établit un cadre destiné à protéger les voies maritimes internationales, les routes commerciales et les approvisionnements énergétiques face aux menaces croissantes en mer Rouge, dans le détroit de Bab el-Mandeb et dans le golfe d’Aden. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Salam : ceux qui ont entraîné le Liban dans la guerre ne peuvent parler de souveraineté

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam. (Photo d’archives/AFP)
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam. (Photo d’archives/AFP)
Short Url
  • Salam a critiqué ceux qui, selon lui, ont monopolisé les décisions de guerre et de paix en dehors de l’autorité de l’État

DUBAÏ : Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a déclaré mardi que ceux qui « ont entraîné le Liban dans des guerres inutiles » n’avaient aucun droit de donner des leçons de patriotisme ou de souveraineté nationale.

Dans une déclaration qui semblait viser le Hezbollah sans le nommer, Salam a rejeté les accusations selon lesquelles les dirigeants politiques du pays auraient soutenu Israël au lieu de défendre la souveraineté du Liban.

« Quelqu’un vient nous rendre visite et accuse les autorités politiques d’avoir soutenu Israël au lieu de défendre la souveraineté du Liban, puis appelle au dialogue et à l’unité comme si les Libanais n’avaient aucune mémoire », a déclaré Salam.

Selon lui, le plus grand service rendu à Israël a été celui de ceux qui ont entraîné le Liban dans ce qu’il a qualifié de « guerres de soutien inutiles », offrant à Israël un prétexte pour lancer des attaques portant atteinte à la souveraineté du pays, détruisant villes et villages, tuant des civils et déplaçant des centaines de milliers de personnes.

Salam a également critiqué ceux qui, selon lui, ont monopolisé les décisions de guerre et de paix en dehors de l’autorité de l’État, les accusant d’avoir lié le Liban à des agendas régionaux au détriment des intérêts du peuple libanais.

« Il n’y a de souveraineté pour le Liban qu’à travers une décision unique et indépendante, prise par un État doté d’une seule armée exerçant son autorité sur l’ensemble du territoire », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a estimé qu’un véritable dialogue et une véritable unité nationale ne pouvaient être atteints qu’en reconnaissant les erreurs du passé et en assumant la responsabilité de décisions dont les Libanais continuent de subir les conséquences.

Il a réaffirmé l’engagement du gouvernement à mettre fin à l’occupation israélienne de territoires libanais, obtenir la libération des détenus libanais, permettre le retour en toute sécurité des déplacés dans leurs foyers et reconstruire les zones touchées par le conflit.

Salam a également appelé à mettre fin aux accusations de trahison dans le discours politique, estimant qu’un dialogue sincère et une solidarité nationale étaient indispensables pour permettre au Liban de faire face aux défis actuels.

Ces déclarations interviennent alors que le Liban et Israël poursuivent à Rome un nouveau cycle de négociations, sous médiation américaine, visant à mettre en œuvre l’accord-cadre conclu à Washington en juin.

Cet accord prévoit un retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban, le déploiement de l’armée libanaise dans les zones évacuées par Israël ainsi que le désarmement progressif du Hezbollah.

Ces négociations, entamées mardi et prévues jusqu’à jeudi, constituent le septième cycle de discussions sous médiation américaine depuis que le Hezbollah a ouvert un front contre Israël en soutien à l’Iran après le début de la guerre à Gaza, déclenchant des mois d’affrontements transfrontaliers puis une offensive israélienne de plus grande ampleur au Liban.

Plus tôt dans la journée de mardi, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a rejeté ces négociations, estimant qu’elles n’apporteraient au Liban « rien d’autre que la honte, l’humiliation et des compromis successifs ». Il a également critiqué le président Joseph Aoun, l’accusant d’avoir renoncé à son rôle de figure nationale neutre. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com