L'Allemagne demande «pardon» pour les massacres en Tanzanie à l'époque coloniale

Le site du mémorial du génocide des Nama et des Ovaherero sur la péninsule de Shark Island près de Luderiz, en Namibie, le 24 avril 2023. (Photo, HILDEGARD TITUS / AFP)
Le site du mémorial du génocide des Nama et des Ovaherero sur la péninsule de Shark Island près de Luderiz, en Namibie, le 24 avril 2023. (Photo, HILDEGARD TITUS / AFP)
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Publié le Mercredi 01 novembre 2023

L'Allemagne demande «pardon» pour les massacres en Tanzanie à l'époque coloniale

  • Ce mea-culpa, intervenu lors de la visite du président allemand en Tanzanie, est concomitant de la condamnation par le roi Charles III des abus coloniaux au Kenya de son pays, le Royaume-Uni
  • Entre 1905 et 1907, les troupes coloniales allemandes ont massacré entre 200.000 et 300.000 représentants des Maji-Maji après un soulèvement de ces derniers, selon des estimations fournies par les historiens

BERLIN: L'Allemagne a demandé "pardon" mercredi pour les exactions commises par ses forces coloniales en Tanzanie, poursuivant un travail de mémoire sur cette période sombre de son histoire longtemps occultée par les guerres mondiales et la Shoah.

Ce mea-culpa, intervenu lors de la visite du président allemand en Tanzanie, est concomitant de la condamnation par le roi Charles III des abus coloniaux au Kenya de son pays, le Royaume-Uni.

A Songea (sud du pays), lieu d'un massacre de Maji-Maji (Maï-Maï) au début du XXe siècle, le chef de l'Etat allemand Frank-Walter Steinmeier a déclaré "s'incliner devant les victimes de la domination coloniale allemande".

"Je voudrais demander pardon pour ce que les Allemands ont fait subir ici à vos ancêtres", a ajouté le président, dont la fonction est essentiellement honorifique mais qui a un rôle de caution morale du pays.

Massacre 

Entre 1905 et 1907, les troupes coloniales allemandes ont massacré entre 200 000 et 300 000 représentants des Maji-Maji après un soulèvement de ces derniers, selon des estimations fournies par les historiens.

Lors de sa visite, M. Steinmeier a rencontré les descendants de Songea Mbano, un chef de la rébellion à l'époque, pendu et décapité par les Allemands avec 66 de ses combattants.

Ses descendants sont toujours à la recherche du crâne de ce chef, très probablement transporté ensuite en Allemagne dans un musée ou une collection ethnologique, comme de nombreux ossements d'Africains à l'époque coloniale, en vue d'être étudiés.

"Je vous promets que nous nous efforcerons de le retrouver en Allemagne. Mais je ne vous promets pas de réussir", a dit M. Steinmeier, soulignant la difficulté du travail d'identification.

Interrogé au téléphone par l'AFP, John Mbano, avocat de 36 ans vivant à Songea, a salué le discours du président.

"Nous avons pleuré pendant des années. Maintenant il est temps d'arrêter de pleurer et d'ouvrir un nouveau chapitre de bonne relation entre la Tanzanie et l'Allemagne", a dit John Mbano, après avoir rencontré M. Steinmeier avec d'autres membres de sa famille, dont son frère Michael Mbano, maire de Songea.

Dans son discours, M. Steinmeier s'est adressé personnellement aux descendants, disant avoir "honte de ce que les soldats coloniaux allemands ont fait subir".

Il a rendu hommage au "courageux" chef Songea Mbano qui a refusé de trahir son peuple: les colons allemands lui avaient proposé de le laisser en vie à condition qu'il les serve.

L'association allemande Berlin Postkolonial, qui milite depuis des années pour améliorer le travail de mémoire sur la colonisation, a regretté que M. Steinmeier n'ait pas "promis dans son discours de rendre à la Tanzanie tous les objets volés" par l'Allemagne pendant cette période.

"Génocide" en Namibie

Mardi, le président allemand a cependant évoqué à Dar es Salaam, aux côtés de son homologue tanzanienne Samia Suluhu Hassan, la possibilité "de rapatrier des biens culturels et des restes humains".

A Songea, il a promis que son pays allait davantage se pencher sur la période coloniale. Dans les écoles notamment, elle est longtemps passée au second plan en raison de la priorité donnée à de la dictature du IIIème Reich et des horreurs nazies.

"Quiconque en Allemagne en sait plus sur l'histoire coloniale allemande doit être horrifié par l'ampleur de la cruauté" avec laquelle elle a agi, a dit M. Steinmeier.

L'empire colonial allemand, plus petit que ceux des Français ou des Britanniques, s'étendait sur plusieurs pays africains, dont le Burundi, le Rwanda, la Tanzanie, la Namibie et le Cameroun. Il a cessé d'exister après la défaite allemande lors de la Première Guerre mondiale.

Au cours des deux dernières décennies, l'Allemagne a entamé un travail de mémoire sur le sujet qui l'a conduit à procéder à des restitutions, notamment en Namibie, colonisée de 1884 à 1915, où Berlin a reconnu en mai 2021 avoir commis un "génocide".


Des missiles Patriot redéployés en Crète face aux menaces iraniennes

Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
Une policière grecque monte la garde devant un lance-missiles Patriot déployé près du site olympique de slalom en canoë-kayak, lors d'une opération baptisée « Clean up-Locked down » à Athènes, le 29 juillet 2004. Cette opération se poursuivra sur l'ensemble des sites olympiques à seulement 15 jours du début des Jeux olympiques d'été d'Athènes. PHOTO AFP / FAYEZ NURELDINE (Photo de Fayez Nureldine / AFP)
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  • Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer
  • Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale

ATHENES: Une batterie de missiles Patriot était en cours de transfert lundi de l'île de Karpathos, à l'extrême est de la Grèce, jusqu'en Crète, en raison de menaces iraniennes visant des bases américaines en Europe, a rapporté la presse grecque.

Ce redéploiement a débuté dimanche matin avec le départ du groupe du port de Karpathos par barge, ont annoncé plusieurs médias grecs, images à l'appui, montrant les batteries de missiles, montés sur camion, sur le port et attendant d'embarquer.

Ces batteries de Patriot seront transportées vers la Crète, sur le site militaire de Souda qui abrite la plus grande base militaire américaine et de l'Otan en Méditerranée orientale.

Toujours selon la presse, ce redéploiement fait suite à des informations selon lesquelles l'Iran envisagerait des attaques contre des cibles militaires américaines en Europe si le président Donald Trump intensifiait le conflit dans le détroit d'Ormuz.

Le ministère de la Défense grec n'a pas communiqué sur le sujet.

Selon un article du Financial Times (FT) publié la semaine dernière, citant des sources au sein du régime iranien, l'Iran ne se contentera plus de limiter sa riposte au Moyen-Orient et envisage de frapper des cibles américaines en Europe en cas de nouvelle escalade militaire américaine.

Selon ces deux sources, les forces iraniennes ont évalué la possibilité de frapper des installations américaines dans les Balkans et autour de la Méditerranée. Sont notamment évoquées la Bulgarie, où la base aérienne de Bezmer a autorisé son usage pour le ravitaillement d'appareils américains, entre juillet et octobre 2026, et Chypre, où une base britannique avait déjà été visée par un drone en mars.

La Grèce compte de plusieurs bases américaines, à Alexandroupoli – dans le nord du pays – et en Crète, à Souda.

Depuis la publication du FT, le ministère de la Défense nationale et l'état-major "étaient en état d'alerte", selon le quotidien de référence I Kathimerini.

Ce journal explique que la décision de déployer une batterie de Patriot en Crète a été fortement influencée par l'évaluation des capacités de l'arsenal iranien qui, selon les informations transmises à Athènes par les alliés, dispose encore d'un nombre suffisant de missiles balistiques d'une portée supérieure à 2 000 kilomètres, susceptibles de cibler des bases et des infrastructures en Europe du Sud-Est.

Les missiles Patriot avaient été transférés sur l'île de Karpathos,  au voisinage de la Turquie, en mars.

En mars dernier, après une attaque de drones menée par le Hezbollah libanais contre la base anglaise d'Akrotiri à Chypre, la Grèce avait envoyé des F-16 et une frégate équipée d'un système de neutralisation de drones dans l'île.

Une autre batterie de Patriot grecque est par ailleurs déployée en Arabie Saoudite depuis septembre 2021, qui est déjà entrée en action à plusieurs reprises contre des missiles et drones iraniens visant le royaume.


Trump publie une carte du détroit d'Ormuz en "territoire américain"

Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune négociation entre les États-Unis et l’Iran n’était en cours ni prévue, mais que le détroit d’Ormuz était ouvert. (Archives/Reuters)
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  • Donald Trump a relancé l’idée controversée de faire du détroit d’Ormuz un « territoire américain », en publiant une carte sur Truth Social
  • Cette déclaration intervient alors que les négociations entre Washington et Téhéran sont dans l’impasse et que la réouverture de ce passage stratégique reste conditionnée à des exigences jugées incompatibles

WASHINGTON: Donald Trump a publié mardi sur son réseau Truth Social une carte montrant le détroit d'Ormuz et le décrivant comme un "nouveau territoire américain", reprenant ainsi une idée déjà exprimée ces derniers jours.

Le président avait pour la première fois parlé de "territoire américain" à propos de cette artère commerciale stratégique la semaine dernière, pendant un meeting et sur un ton qui laissait penser à une plaisanterie.

Le républicain est revenu à la charge lundi pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau Ovale, en estimant que ce serait une "très bonne idée".

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump, confronté à un obstacle de politique étrangère, lance ainsi une suggestion surprenante ou menaçante d'annexion d'un territoire étranger.

Depuis son retour au pouvoir, il a menacé de faire du Canada le "51e" Etat américain, de s'emparer du Groenland et même évoqué une prise de contrôle de la bande de Gaza, sans passer à l'acte.

Sa suggestion concernant Ormuz intervient alors qu'une issue pacifique au conflit entre l'Iran et les Etats-Unis semble plus lointaine que jamais.

Il y a soixante jours, les deux belligérants avaient signé à grand bruit un protocole d'accord censé déboucher sur un règlement durable, mais qui n'a rien donné.

Washington et Téhéran posent des conditions a priori irréconciliables à la réouverture du détroit, passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole.


Iran: le détroit d'Ormuz restera fermé tant que Washington n'aura pas satisfait les exigences de Téhéran

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Qalibaf, a déclaré mardi que le stratégique détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert tant que les États-Unis n’auront pas répondu aux exigences de Téhéran. (AFP)
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  • Téhéran maintient la fermeture du détroit jusqu’au respect des engagements américains
  • Les négociations avancent, mais la méfiance et les tensions restent fortes

TEHERAN: Le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique au coeur du conflit entre l'Iran et les Etats-Unis, restera fermé tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord de juin, a annoncé mardi le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le détroit d'Ormuz "ne sera pas ouvert tant que les engagements américains stipulés dans le protocole d'accord (...) ne seront pas mis en oeuvre", a déclaré M. Ghalibaf, également chef du Parlement, dans un discours diffusé à la télévision d'Etat.

Il a cité parmi ces conditions "la levée du blocus naval (américain), le déblocage des avoirs (iraniens) gelés, la levée de l'embargo pétrolier" contre Téhéran, ainsi que "la fin des opérations militaires sur tous les fronts".

Après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, Téhéran a riposté par des frappes sur les pays voisins alliés de Washington et verrouillé le détroit, voie de transit majeur des hydrocarbures, faisant s'envoler les cours du pétrole.

Les Etats-Unis ont imposé de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Un cessez-le-feu a été conclu en avril suivi d'un protocole d'accord en juin en vue de négociations de paix, qui a ensuite volé en éclats après avoir brièvement permis une réouverture du détroit.

Si les hostilités ont récemment baissé en intensité, les efforts diplomatiques menés par les médiateurs marquent le pas.

L'émissaire américain et gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a toutefois qualifié lundi de "très positives et animées" les tractations dans le but de conclure un accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

S'il a admis sur Fox News qu'il n'y avait pas "beaucoup de confiance" entre les deux parties, il a précisé qu'elles "s'impliquaient très sérieusement".

"Le président Trump va se montrer très patient, il n'aime pas se précipiter pour conclure un accord. Il conclura le bon accord quand celui-ci sera prêt", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, l'Iran et Oman mènent depuis plusieurs semaines des discussions pour trouver un accord sur le passage des navires dans le détroit d'Ormuz, situé entre leurs côtes, dont Téhéran revendique le contrôle.

"Si Oman se met en travers de notre chemin, on va leur bombarder la gueule", a déclaré lundi l'imprévisible  président américain, interrogé sur ces discussions par le journaliste de Fox News Trey Yingst.