Les eaux britanniques riches en poissons, pomme de discorde du Brexit

Le Premier ministre français Jean Castex, flanqué du maire de Boulogne sur Mer, Frédéric Cuvillier, rencontre différents représentants du port de pêche lors d'une visite sur les préparatifs en vue de la fin de la période de transition du Brexit le 31 décembre, 2020, à Boulogne sur Mer, France, le 3 décembre 2020 (AFP)
Le Premier ministre français Jean Castex, flanqué du maire de Boulogne sur Mer, Frédéric Cuvillier, rencontre différents représentants du port de pêche lors d'une visite sur les préparatifs en vue de la fin de la période de transition du Brexit le 31 décembre, 2020, à Boulogne sur Mer, France, le 3 décembre 2020 (AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 24 décembre 2020

Les eaux britanniques riches en poissons, pomme de discorde du Brexit

  • Au cœur des discussions sur un accord post-Brexit, l'accès aux très poissonneuses eaux britanniques, vital pour les pêcheurs européens
  • Dans l'Atlantique du nord-est et la mer du Nord, une grosse centaines d'espèces sont ainsi en gestion partagée entre le Royaume-Uni et l'UE

BRUXELLES : D'âpres pourparlers centrés sur la pêche compliquaient jeudi la conclusion d'un accord post-Brexit entre l'Union européenne et le Royaume-Uni : au cœur des discussions, l'accès aux très poissonneuses eaux britanniques, vital pour les pêcheurs européens.

Les règles du partage :

À l'origine, le Royaume-Uni possède, comme chaque État, une zone économique exclusive (ZEE) qui s'étend jusqu'à 200 milles au large de ses côtes. Dans le contexte communautaire, il a été décidé que ces zones sont mises en commun par les États membres de l'UE, entérinant une gestion commune.

Orchestrée par Bruxelles, la politique commune de la pêche (PCP) régit ces activités en Europe et le Royaume-Uni a accepté de l'appliquer en intégrant l'UE – participant jusqu'à cette année à la répartition des quotas aux pêcheurs de chaque pays pour les différents stocks.

Dans l'Atlantique du nord-est et la mer du Nord, une grosse centaines d'espèces sont ainsi en gestion partagée entre le Royaume-Uni et l'UE.

Un accès «restreint» existe par ailleurs pour plusieurs États européens à des zones situées dans les 6-12 milles marins au large des côtes britanniques, dans les eaux territoriales, en reconnaissance d'activités traditionnelles anciennes.

Accès essentiel pour les pêcheurs de l'UE :

Les prises des pêcheurs de l'UE dans les eaux britanniques pèsent quelque 650 millions d'euros chaque année. Les flottes de huit pays de l'UE capturent au total 40% en valeur des prises effectuées dans la zone économique exclusive britannique, selon un rapport du Parlement européen. La Norvège y est aussi présente.

Un quart des prises françaises en volume (environ 20% en valeur) proviennent des eaux britanniques. La dépendance est encore plus forte pour la Belgique (50% de ses prises en valeur), l'Irlande (35%), le Danemark (30%) et les Pays-Bas (28%), selon des chiffres 2011-2015. Espagne, Allemagne et Suède sont aussi concernées pour une part moins importante.

Les principales espèces sont des poissons pélagiques (de haute mer) : hareng, maquereau, merlan... auxquelles s'ajoutent quelques espèces démersales (proches des fonds): sole, plie, lieu noir.

Au  niveau commercial, le Royaume-Uni exporte entre 60% et 80% de ses produits de la mer et l'UE absorbait l'an dernier presque 70% des exportations britanniques de poissons.

Des eaux riches en poissons:

Les eaux britanniques sont riches en ressources halieutiques, du fait de mécanismes biologiques.

Les œufs de poissons s'installent le long des côtes françaises et jusqu'au Danemark, zones nourricières car assez peu profondes et sableuses. «Quand ils deviennent adultes, ils partent vers les eaux un peu plus profondes, plus froides et plus oxygénées du nord», selon l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). Soit dans les eaux britanniques.

Un phénomène accentué par le changement climatique et particulièrement sensible pour le cabillaud et la plie, espèces très présentes en mer du Nord.

Inquiétudes dans la dernière ligne droite:

Pour l'accord post-Brexit, l'UE a proposé de renoncer à environ 25% de la valeur des produits pêchés en eaux britanniques par les flottes européennes, à l'issue d'une période de transition de six ans.

Londres a répondu en proposant à Bruxelles de renoncer à 35% pour les espèces non-pélagiques, soit 60% en incluant les espèces pélagiques, sur une période de trois ans - inacceptable pour les Européens.

Dernière offre britannique sur la table: que l'UE renonce à 25% à l'issue d'une période de transition de cinq ans et demi, après laquelle les règles d'accès réciproque aux zones de pêche seraient renégociées tous les ans, selon une source proche de la négociation..

Mais «il y a encore beaucoup d'incertitudes sur le périmètre : espèces sous quotas ou pas, problèmes d'accès...», et une renégociation annuelle qui empêchera toute visibilité et bloquera les investissements, déplore l'organisation de pêcheurs française CNPMEM.

Le négociateur européen Michel Barnier a lui-même averti qu'il jugeait impraticable la demande britannique de renégocier chaque année : «Nous parlons de 100 espèces (partagées entre l'UE et le Royaume-Uni), pas de cinq comme avec la Norvège», avec qui l'UE ajuste ses règles annuellement.

Par ailleurs, les Britanniques ont dénoncé le principe des 6-12 milles et ne souhaitent plus reconnaître ces activités traditionnelles, en vigueur depuis des dizaines, voire des centaines d'années, ce qui est contesté par certains pays de l'UE qui souhaitent maintenir les principes de partage et de réciprocité prévus depuis 1964.


Witkoff et Kushner au Pakistan dans l’incertitude autour de pourparlers avec l’Iran

Short Url
  • Des négociations indirectes entre les États-Unis et l’Iran pourraient reprendre à Islamabad via des médiateurs pakistanais, malgré des désaccords sur la tenue de discussions directes
  • Sur le terrain, la situation reste fragile : trêve précaire au Liban, violences persistantes et blocage stratégique du détroit d’Ormuz qui continue d’impacter l’économie mondiale

ISLAMABAD: Une possible reprise des pourparlers entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre se profile samedi, avec l'envoi de négociateurs des deux camps à Islamabad, sans garantie de discussions directes, deux semaines après l'échec d'une précédente tentative.

Parallèlement, la trêve au Liban, autre théâtre du conflit, semble toujours aussi précaire.

Déclenchée par une attaque des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran le 28 février, la guerre au Moyen-Orient a fait des milliers de morts, essentiellement en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

Islamabad, la capitale du Pakistan, attend depuis des jours une reprise des pourparlers américano-iraniens, entamés il y a deux semaines et interrompus au bout d'une quinzaine d'heures, même si le cessez-le feu a été unilatéralement prolongé sine die depuis par les Etats-Unis.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, est arrivé vendredi soir à Islamabad, pour des entretiens avec de hauts responsables pakistanais.

Mais "aucune rencontre n'est prévue entre l'Iran et les Etats-Unis", a affirmé sur X le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, précisant que les positions de son pays seraient transmises à la partie américaine vie les médiateurs pakistanais.

Les émissaires du président américain Donald Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, se rendront samedi au Pakistan en vue de pourparlers "avec des représentants de la délégation iranienne", a pourtant déclaré auparavant la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, assurant que cette rencontre était une demande de Téhéran.

Le vice-président JD Vance, qui conduisait la délégation américaine il y a deux semaines, ne devrait pas cette fois être du voyage mais pourrait les rejoindre ultérieurement en cas de progrès, a précisé Mme Leavitt.

Après le Pakistan, M. Araghchi doit poursuivre une tournée régionale qui le mènera à Oman et en Russie.

- "Vitale pour le monde" -

Pendant ce temps, le trafic maritime reste à l'arrêt dans le détroit d'Ormuz, par où transitait avant le conflit 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux, et qui est désormais soumis à un double blocus iranien et américain.

Les marchés mondiaux ont accueilli avec un enthousiasme très mesuré la perspective de nouvelles négociations entre Washington et Téhéran. Le baril de WTI américain a reculé de 1,51% à 94,40 dollars et le Brent, référence internationale, a modéré sa hausse, clôturant à 105,33 dollars (+0,25%).

Sur le front libanais, le cessez-le-feu, dont une prolongation de trois semaines a été annoncée jeudi soir par Donald Trump après des discussions entre représentants israéliens et libanais à Washington, est déjà mis à rude épreuve.

Le ministère libanais de la Santé a fait état de six tués et deux blessés vendredi par des frappes israéliennes dans le sud du pays.

L'armée israélienne a affirmé que ses soldats avaient tué six membres du Hezbollah lors d'une escarmouche, après avoir déclaré que le mouvement chiite pro-iranien avait abattu l'un de ses drones.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a accusé le Hezbollah de tenter de "saboter" le "processus pour parvenir à une paix historique entre Israël et le Liban".

Le mouvement chiite, qui a entraîné le Liban dans la guerre en rouvrant les hostilités avec Israël le 2 mars, a pour sa part appelé l'Etat libanais à "se retirer des négociations directes avec Israël" et estimé que la prolongation de la trêve n'avait "pas de sens" au vu des "actes d'hostilité" persistants d'Israël.

- "Nous rentrons chez nous" -

L'armée israélienne a par ailleurs émis vendredi un appel à évacuer un village du sud du Liban, le premier de ce type depuis l'annonce de la prolongation du cessez-le-feu. L'agence de presse officielle libanaise ANI a ensuite fait état d'une frappe israélienne sur Deir Aames.

Une négociation directe avec Israël "signifierait une reconnaissance de l'ennemi", explique à l'AFP Ahmad Choumari, 74 ans, qui après avoir hésité, a décidé de quitter la ville de Saïda où il s'était mis à l'abri et de regagner son village, à la faveur de la prolongation de la trêve.

"Nous rentrons chez nous", dit-il, entouré de sacs et de matelas, exprimant l'espoir "que le cessez-le-feu deviendra permanent".

Par ailleurs, la Finul, la force de l'ONU, a annoncé vendredi la mort d'un de ses Casques bleus indonésien blessé le 29 mars dans le sud.


L'OMS salue les résultats de sa campagne de «grand rattrapage» de vaccination des enfants

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait état vendredi d'avancées dans sa campagne de "grand rattrapage" des vaccinations des enfants, une initiative lancée il y a deux ans après le ralentissement enregistré lors de la pandémie de Covid-19. (AFP)
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait état vendredi d'avancées dans sa campagne de "grand rattrapage" des vaccinations des enfants, une initiative lancée il y a deux ans après le ralentissement enregistré lors de la pandémie de Covid-19. (AFP)
Short Url
  • La pandémie de Covid-19 avait fortement fragilisé les systèmes de santé et perturbé les campagnes de vaccination, avec pour conséquence un regain des maladies contagieuses comme la rougeole et la poliomyélite
  • Aussi en 2023, l'OMS, avec l'Unicef et Gavi, organisme international qui aide les pays pauvres à introduire des vaccins, avait lancé une campagne de "grand rattrapage" des vaccinations des enfants

GENEVE: L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait état vendredi d'avancées dans sa campagne de "grand rattrapage" des vaccinations des enfants, une initiative lancée il y a deux ans après le ralentissement enregistré lors de la pandémie de Covid-19.

La pandémie de Covid-19 avait fortement fragilisé les systèmes de santé et perturbé les campagnes de vaccination, avec pour conséquence un regain des maladies contagieuses comme la rougeole et la poliomyélite.

Aussi en 2023, l'OMS, avec l'Unicef et Gavi, organisme international qui aide les pays pauvres à introduire des vaccins, avait lancé une campagne de "grand rattrapage" des vaccinations des enfants.

Cette initiative a pris fin le 31 mars.

Les données finales sont encore en cours de compilation, mais "l'initiative mondiale semble être en bonne voie pour atteindre son objectif qui est de toucher au moins 21 millions d'enfants non vaccinés ou insuffisamment vaccinés", ont indiqué les trois organisations dans un communiqué.

De 2023 à 2025, ce programme a permis de vacciner environ 18,3 millions d’enfants âgés de 1 à 5 ans dans 36 pays, grâce à plus de 100 millions de doses de vaccins essentiels.

Parmi ces enfants, environ 12,3 millions n'avaient jamais été vaccinés et 15 millions n'étaient pas vaccinés contre la rougeole.

Le programme a permis d'administrer 23 millions de doses de vaccin antipoliomyélitique inactivé (VPI) à des enfants insuffisamment ou non vaccinés.

"En protégeant les enfants qui n'ont pas pu se faire vacciner en raison des perturbations des services de santé causées par le Covid-19, le programme Grand Rattrapage a contribué à inverser l'une des principales conséquences négatives de la pandémie", a déclaré le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, cité dans le communiqué.

Ce "plus vaste effort international jamais entrepris pour vacciner les enfants non vaccinés avec des vaccins essentiels, montre ce qu'il est possible d'accomplir lorsque les gouvernements, les partenaires et les communautés unissent leurs efforts pour protéger les plus vulnérables", a indiqué pour sa part la directrice générale de Gavi, Sania Nishtar, également citée dans le communiqué.

Lors d'un point de presse, le directeur du département Vaccination à l'Unicef, Ephrem Lemango, a appelé à poursuivre les efforts de vaccination de routine, au-delà de l'initiative.

"Le principal enjeu est de mettre en place des systèmes de vaccination capables d'atteindre et de protéger chaque enfant à temps, avant qu'il n'atteigne l'âge limite pour la vaccination. Actuellement, chaque année, 14,3 millions d'enfants ne reçoivent aucun vaccin dans le cadre des programmes de vaccination de routine", a-t-il relevé.

Kate O'Brien, directrice du département vaccins de l'OMS, a elle appelé à lutter contre le scepticisme vis-à-vis de la vaccination, indiquant être très préoccupée par "la politisation croissante des vaccins et de la santé".


Trump dit ne pas vouloir utiliser l'arme nucléaire contre l'Iran

Donald Trump a dit jeudi ne pas avoir l'intention d'utiliser l'arme nucléaire contre l'Iran, pendant un échange avec la presse dans le Bureau ovale. (AFP)
Donald Trump a dit jeudi ne pas avoir l'intention d'utiliser l'arme nucléaire contre l'Iran, pendant un échange avec la presse dans le Bureau ovale. (AFP)
Short Url
  • "Non, je ne l'utiliserais pas. Il ne devrait jamais être possible pour quiconque d'utiliser l'arme nucléaire"
  • "Nous n'en avons pas besoin. Pourquoi poser une question aussi stupide?"

WASHINGTON: Donald Trump a dit jeudi ne pas avoir l'intention d'utiliser l'arme nucléaire contre l'Iran, pendant un échange avec la presse dans le Bureau ovale.

"Non, je ne l'utiliserais pas. Il ne devrait jamais être possible pour quiconque d'utiliser l'arme nucléaire", a dit le président américain, à qui une journaliste a demandé s'il envisageait de recourir à la bombe atomique.

"Nous n'en avons pas besoin. Pourquoi poser une question aussi stupide? Pourquoi utiliserais-je l'arme nucléaire alors que nous les avons complètement anéantis, de manière très conventionnelle?" a-t-il déclaré.