Roussel: l'extrême droite sur «l'autoroute de la guerre civile»

L'extrême droite «est en train de nous mener vers l'autoroute de la guerre civile en Europe» en «attisant la haine» en Irlande ou en France, a fustigé lundi le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel qui a accusé certains médias de l'encourager. (AFP)
L'extrême droite «est en train de nous mener vers l'autoroute de la guerre civile en Europe» en «attisant la haine» en Irlande ou en France, a fustigé lundi le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel qui a accusé certains médias de l'encourager. (AFP)
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Publié le Lundi 27 novembre 2023

Roussel: l'extrême droite sur «l'autoroute de la guerre civile»

  • L'extrême droite met «en cause nos institutions, les paroles du procureur de la République», a déploré M. Roussel.
  • Il s'en est pris «aux médias de Bolloré, CNews, Europe 1, le JDD» qui ont mis «ce sujet en une» pour «faire en sorte» que l'extrême droite s'en empare

PARIS: L'extrême droite "est en train de nous mener vers l'autoroute de la guerre civile en Europe" en "attisant la haine" en Irlande ou en France, a fustigé lundi le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel qui a accusé certains médias de l'encourager.

"Ces forces politiques d'extrême droite attisent la haine et envoient leurs milices provoquer des émeutes urbaines comme en Irlande (...) ou organiser la +ratonnade+ à Romans-sur-Isère", a-t-il dénoncé

Une centaine de militants d'ultradroite venus de différentes villes du pays ont défilé samedi soir, encagoulés, à Romans-sur-Isère (Drôme), dans le but d'en "découdre" avec les jeunes du quartier sensible de La Monnaie, dont sont originaires une partie des agresseurs impliqués dans la mort de Thomas en marge d'un bal le 18 novembre.

Neuf jeunes, dont trois mineurs, ont été mis en examen samedi pour différents chefs dont "meurtre en bande organisée", "tentatives de meurtre" ou "violences volontaires commises en réunion.

Alors que l'extrême droite fait de ce fait divers l'illustration d'un "racisme anti-blanc", le parquet de Valence a mis en garde samedi "contre les interprétations hâtives". L'enquête ne permet pas à ce stade d'affirmer que les victimes ont pu être visées en raison de leur appartenance à une "prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée", a précisé le procureur.

"Ils (l'extrême droite, NDLR) mettent en cause nos institutions, les paroles du procureur de la République", a déploré M. Roussel.

Il s'en est pris "aux médias de Bolloré, CNews, Europe 1, le JDD" qui ont mis "ce sujet en une" pour "faire en sorte" que l'extrême droite s'en empare.

"Marine Le Pen, Bardella, Marion Maréchal, Zemmour et compagnie ont tweeté toutes les heures pour imposer ce sujet dans l'actualité en faisant un trait d'égalité entre meurtre, immigration, délinquance et terrorisme pour certains", a-t-il constaté.

"J'alerte chacun à mesurer les propos qui peuvent être tenus dans ces médias", a-t-il insisté.


Agriculteurs: Le «grand débat», marque de fabrique de Macron, tourne au fiasco

Des agriculteurs conduisent leurs tracteurs à côté de la station de métro Sèvres-Lecourbe, dans le centre de Paris, le 23 février 2024 (Photo, AFP).
Des agriculteurs conduisent leurs tracteurs à côté de la station de métro Sèvres-Lecourbe, dans le centre de Paris, le 23 février 2024 (Photo, AFP).
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  • Emmanuel Macron a été contraint vendredi de renoncer au grand débat
  • Le ricochet a été tout aussi cinglant du côté de la grande distribution Michel-Edouard Leclerc a dénoncé une «annonce foireuse»

PARIS: Un fiasco avant même l'ouverture du Salon de l'agriculture: Emmanuel Macron a été contraint vendredi de renoncer au grand débat qu'il avait concocté pour le lendemain, ajoutant un couac de communication majeur au dossier déjà explosif de la crise des agriculteurs.

L'image était déjà dans toutes les têtes: comme au temps des Gilets jaunes, le chef de l'Etat allait monter sur le "ring" pour échanger "sans filtre", des heures durant, avec tous les acteurs de la crise et en ressortir fort d'un cap nouveau.

C'est raté: l'annonce de l'invitation du collectif écologiste Soulèvements de la Terre, connu pour ses actions violentes sur des enjeux agricole mais dont la présence pouvait symboliser la pluralité du débat à l'heure où l'exécutif essuie des critiques autour de l'écologie, a tourné au psychodrame. Suscitant l'incompréhension jusqu'au gouvernement - qui entendait encore il y a quelques mois dissoudre lesdits Soulèvements -, le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau qualifiant l'invitation "d'inopportune".

La FNSEA, syndicat agricole majoritaire, a aussitôt vu rouge, refusant de s'asseoir à la même table que ceux dont le "coktail Molotov est le mode d'expression" - selon les mots de M. Fesneau - et fustigeant un président de la République qui n'a "rien compris aux problématiques" des agriculteurs.

Après une journée d'atermoiements, l'Elysée a renoncé. "Les syndicats agricoles (...) avaient voulu un +débat+ ouvert. Ils en demandent aujourd'hui l'annulation. Donc acte", a écrit le chef de l'Etat sur le réseau X, ajoutant qu'il recevrait leurs représentants samedi matin avant l'ouverture du Salon.

L'Elysée, qui avait cité jeudi ce collectif parmi les associations environnementales invitées au côté des agriculteurs, industriels et de la grande distribution, avait dans un premier temps tenté d'éteindre l'incendie en plaidant "l'erreur" de communication.

Une "erreur" attribuée par plusieurs sources aux conseillers de l'Elysée suivant le dossier, Benoît Faraco, ancien porte-parole de la Fondation Hulot et ancien conseiller de l'eurodéputé Renaissance Pascal Canfin, et Mathias Ginet, ce dernier étant également conseiller agriculture du Premier ministre.

«Lapin sorti du chapeau»

"À ce niveau d'inconséquence ce n'est plus une connerie, c'est un symptôme, à tout le moins une alerte", juge un cadre de la majorité.

Le ricochet a été tout aussi cinglant du côté de la grande distribution. Michel-Edouard Leclerc, médiatique représentant du leader du secteur E.Leclerc, a dénoncé une "annonce foireuse" et décliné l'invitation avant même de l'avoir reçue.

Cette idée de grand débat, élargie à toute la filière, suscite aussi nombre d'interrogations alors que les agriculteurs ont déjà beaucoup échangé avec le Premier ministre Gabriel Attal et attendaient avant tout des actes du président.

"J'ai dit qu'on avait déjà débattu, qu'un nouveau débat, pendant des heures, avec des représentants nationaux des syndicats ne servirait à rien", a indiqué Véronique Le Floc'h, présidente de la Coordination rurale à l'AFP.

"Il y avait un dialogue qui s'était établi, un semblant de confiance, et on était au stade où il y avait des attentes sur la concrétisation des annonces qui avaient été faites", renchérit le politologue Eddy Fougier, déplorant un "lapin qu'on sort du chapeau" à chaque crise via un grand débat ou une convention citoyenne.

Cette fois, Emmanuel Macron "s'est pris un mur", juge-t-il.

«Un peu usé»

Pour Benjamin Morel, maître de conférence en droit public à l'université Paris 2 Panthéon-Assas, le chef de l'Etat est pourtant "plutôt bon dans ce type d'exercice", "dans l'interaction" avec le public.

Très attendu au Salon, il entendait monter à son tour en première ligne et dénouer la crise après avoir laissé son Premier ministre poser les jalons de la désescalade ces dernières semaines.

Mais le grand débat c'est un outil "plutôt adapté" en l'absence "d'interlocuteur" bien identifié, "structuré", comme les gilets jaunes, pas pour le monde agricole, analyse Benjamin Morel.

"Cette méthode de sortie de crise apparaît comme étant un peu usée", estime-t-il aussi. Elle a véhiculé "l'idée qu'on aurait jeté du sable pour endormir les gilets jaunes, une image pas forcément positive", selon lui.

Dans la majorité, au contraire, certains y voient une méthode éprouvée qui peut encore faire ses preuves, eu égard à toute la "solennité" de l'exercice et au "charisme" du chef de l'Etat.

"Le président de la République va entendre les demandes, prendre l'opinion publique à témoin (de ce qu'il est possible de faire, NDLR) et tracer la route de la souveraineté", veut croire un cadre de la majorité.


L'imam tunisien expulsé «va se défendre» en justice pour retourner en France

Il était notamment reproché à Mahjoub Mahjoubi la diffusion d'une vidéo dans laquelle il qualifiait le "drapeau tricolore" - sans préciser s'il s'agissait du drapeau français - de "drapeau satanique" qui n'aurait "aucune valeur auprès d'Allah". (Photo, AFP)
Il était notamment reproché à Mahjoub Mahjoubi la diffusion d'une vidéo dans laquelle il qualifiait le "drapeau tricolore" - sans préciser s'il s'agissait du drapeau français - de "drapeau satanique" qui n'aurait "aucune valeur auprès d'Allah". (Photo, AFP)
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  • Imam de la petite ville de Bagnols-sur-Cèze dans le sud de la France, Mahjoub Mahjoubi a été interpellé puis expulsé jeudi vers la Tunisie
  • Installé en France depuis le milieu des années 1980, marié et père de cinq enfants, l'imam était dans la ligne de mire du ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin

SOLIMAN, Tunisie: Un imam tunisien expulsé jeudi par la France où les autorités l'accusent d'avoir tenu des propos haineux, a dénoncé auprès de l'AFP une décision "injuste" et "arbitraire", et annoncé qu'il allait saisir la justice pour la faire annuler et retourner auprès de sa famille.

Imam de la petite ville de Bagnols-sur-Cèze dans le sud de la France, Mahjoub Mahjoubi a été interpellé puis expulsé jeudi vers la Tunisie où il est arrivé peu avant minuit à bord d'un vol en provenance de Paris.

Installé en France depuis le milieu des années 1980, marié et père de cinq enfants, l'imam était dans la ligne de mire du ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qui avait demandé dimanche le retrait de son titre de séjour.

Il était notamment reproché à Mahjoub Mahjoubi la diffusion d'une vidéo dans laquelle il qualifiait le "drapeau tricolore" - sans préciser s'il s'agissait du drapeau français - de "drapeau satanique" qui n'aurait "aucune valeur auprès d'Allah" (Dieu en arabe).

Il s'était défendu en évoquant un "lapsus", expliquant qu'il dénonçait en réalité les rivalités entre supporters des pays du Maghreb au cours de la récente Coupe d'Afrique des Nations (CAN) de football.

"La décision administrative du ministre de l'Intérieur est bien sûr injuste, je vais me défendre et tout faire pour revenir auprès de ma femme et de mes enfants", a-t-il déclaré à l'AFP dans la maison de sa belle-famille à Soliman, à une trentaine de km à l'est de Tunis.

Sa femme et ses enfants, dont le petit dernier, âgé de sept ans, est hospitalisé pour un cancer, dépendent entièrement de lui: "ils sont seuls, c'est impossible qu'ils puissent vivre sans moi", a souligné ce patron d'une entreprise de construction. "Je suis un contribuable, un homme sans problèmes", s'est-il encore défendu, en émettant des inquiétudes sur le sort de sa société.

«Décision arbitraire»

"Mon avocat va saisir la justice en France et si le tribunal ne me rend pas justice, je ferai appel, et ensuite je ferai un recours devant la Cour européenne" des droits de l'Homme, a-t-il précisé.

L'imam, âgé de 52 ans et dont les enfants ont la nationalité française selon lui, a dit "croire et avoir confiance dans la justice française dont M. Darmanin s'est emparé alors qu'il y a la séparation des pouvoirs".

"Il n'y a aucun doute qu'il y a une injustice à mon égard, la loi immigration a été votée il y a à peu près 3 semaines, et je suis la première victime de cette loi", a estimé l'imam.

M. Darmanin a affirmé jeudi sur X que l'expulsion de l'imam était "la démonstration que la loi immigration, sans laquelle une telle expulsion aussi rapide n'aurait pas été possible, rend la France plus forte". "La fermeté est la règle", a ajouté le ministre, fustigeant un "+imam+ radical aux propos inacceptables".

Niant catégoriquement toute "insulte envers la communauté juive ou le drapeau français", il a dit être connu des autorités de sa ville comme "un homme de paix, du juste milieu". "Je n'ai jamais prôné ni la haine, ni le radicalisme bien au contraire, tout le monde me connaît", a-t-il ajouté.

"Mon expulsion s'est faite sur une décision arbitraire du ministre de l'Intérieur. Monsieur Darmanin cherche à faire du buzz autour de la loi immigration en se servant de Mahjoub Mahjoubi", a rétorqué l'imam, soulignant la rapidité de la décision d'expulsion.

"C'est une question constitutionnelle, juridique, au niveau européen: on ne peut pas expulser un homme et l'éloigner de ses enfants, des enfants mineurs", a-t-il dit.

"M. Darmanin surfe sur le terrain du Rassemblement national, avec les élections européennes qui arrivent" en juin, où la majorité présidentielle est distancée par le RN dans les sondages, a ajouté M. Mahjoubi.


Tour Eiffel: l'intersyndicale a voté la reconduction de la grève

La Tour Eiffel est fermée au public le quatrième jour de grève de son personnel (Photo, AFP).
La Tour Eiffel est fermée au public le quatrième jour de grève de son personnel (Photo, AFP).
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  • Si elle devait perdurer au-delà de dimanche après-midi, cette grève serait la plus longue de l'histoire récente de la Tour
  • A l'automne 1998, le monument était resté fermé six jours et demi

PARIS: Les syndicats du personnel de la Tour Eiffel, mécontents de la gestion du site, ont voté vendredi midi la reconduction de la grève, qui a provoqué la fermeture de la Dame de Fer depuis lundi, a indiqué à l'AFP le délégué syndical CGT Stéphane Dieu.

A cinq mois des Jeux olympiques (26 juillet - 11 août), le célèbre monument s'achemine donc vers un sixième jour consécutif de fermeture samedi, la CGT et FO ayant prévu une nouvelle assemblée générale samedi matin.

Record 

Si elle devait perdurer au-delà de dimanche après-midi, cette grève serait la plus longue de l'histoire récente de la Tour, régulièrement émaillée de mouvements sociaux.

A l'automne 1998, le monument était resté fermé six jours et demi.

Ce vendredi, "l'assemblée générale a voté la reconduction de la grève" car la "seule avancée" obtenue jeudi est "que la mairie s'est mise à la table des négociations", a estimé Stéphane Dieu.

"On a aucune proposition écrite précise pour l'instant", a-t-il ajouté.

La veille, lors d'une réunion jugée "constructive" par le président de la Société d'exploitation (Sete) Jean-François Martins, la direction a proposé "la création d'une instance de suivi permanent" de la trajectoire financière "afin de renforcer le dialogue avec la Ville" de Paris.

L'intersyndicale demande à la direction qu'elle "explicite les modalités pratiques et marges de manœuvre" de cette future instance "en cas de dérapage du modèle économique", a répondu le délégué syndical CGT.

La Sete a également évoqué un accord "signé dans les quinze jours" au sujet des "conditions d'emploi et de rémunération" des salariés.

"On a refusé, ce n'était pas le sujet", a rétorqué vendredi Stéphane Dieu. L'intersyndicale n'a pas fait état de revendications salariales et dit se battre uniquement contre le modèle économique "intenable" imposé par la mairie.

Ce conflit avait déjà entraîné la fermeture du monument le 27 décembre, jour du centième anniversaire de la disparition de son architecte Gustave Eiffel.

L'équilibre économique de la Tour Eiffel, qui a retrouvé en 2023 une fréquentation supérieure à ce qu'elle était avant le Covid-19, avec 6,3 millions de visiteurs, a été fragilisé par quelque 130 millions d'euros de manque à gagner lors des deux années de crise sanitaire du Covid-19 (2020 et 2021).