Bercy et la Banque de France à la manœuvre pour faire repartir le crédit immobilier

Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau (Photo, AFP).
Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 05 décembre 2023

Bercy et la Banque de France à la manœuvre pour faire repartir le crédit immobilier

  • Parmi les trois ajustements décidés lundi, les banques pourront déroger à la limite maximale de la durée d'emprunt, pour aller jusqu'à 27 ans
  • Le HCSF s'est par ailleurs prononcé en faveur d'un accord de Place pour un deuxième examen des dossiers de crédits immobiliers refusés

PARIS: Le ministère de l'Economie et la Banque de France ont ajusté lundi à la marge les règles encadrant le crédit immobilier, pour réveiller un marché en chute libre, et plaidé pour un examen minutieux des refus des banques en la matière.

"J'ai proposé trois ajustements techniques" à l'occasion de la réunion trimestrielle du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) tenue dans la matinée, a expliqué à l'AFP le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau.

"Ces ajustements sont raisonnables: aucun ne touche aux fondamentaux" des règles actuelles encadrant le crédit immobilier, et "aucun ne risque de mettre les ménages en situation de surendettement", a-t-il continué.

Les grands principes restent figés dans le marbre: les banques n'ont pas le droit de signer un crédit immobilier si le montant total des dépenses des emprunteurs liées à l'habitation dépasse 35% de leurs revenus (taux d'effort), ni pour une durée supérieure à 25 ans.

Ces bornes peuvent être contournées dans 20% des cas, à condition que cela concerne en priorité des résidences principales et vise, dans près d'un tiers des cas, des primo-accédants.

Parmi les trois ajustements décidés lundi, les banques pourront déroger à la limite maximale de la durée d'emprunt, pour aller jusqu'à 27 ans, si des travaux représentent 10% du montant total de l'opération.

Le HCSF a également décidé "d'autoriser les établissements de crédit à exclure la charge d'intérêt associée aux prêts relais" dans le calcul du taux d'effort. Le montant du prêt relais ne doit toutefois pas dépasser 80% de la valeur du bien vendu.

Enfin, les banques disposeront de davantage de flexibilité pour déployer leur quota d'exceptions. Elles pourront ponctuellement dépasser la limite de 20% sur un trimestre si elles retombent ce seuil en dessous en comptabilisant les deux trimestres suivants.

Niveau plancher ?

L'objectif du HCSF est de faire repartir la production de crédits immobiliers, passée sous les 10 milliards d’euros mensuels depuis août, selon la Banque de France, du jamais vu depuis plus de 7 ans.

Les ménages sont moins enclins à emprunter à cause de la hausse des taux amorcée par la Banque centrale européenne (BCE) l’an dernier et répercutée par les banques dans leur politique commerciale.

Le taux moyen des nouveaux crédits à l'habitat hors renégociations, qui évoluait sous les 1,1% jusqu’en mars 2022, est passé en un an et demi à 3,73%, selon les données de la Banque de France, pour septembre 2023.

Or dans le même temps les prix de l'immobilier ne s'ajustent que très sensiblement à la baisse.

"Il est souhaitable désormais que la production (de crédits immobiliers) se stabilise puis reparte à la faveur de la stabilisation des taux d'intérêt, et de la stabilisation, voire de la baisse, des prix de l'immobilier", a plaidé M. Villeroy de Galhau.

Interrogé plus tard dans la journée sur le plateau de C à vous, sur France 5, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a évoqué "des mesures d'assouplissement" à la fois "responsables" et "significatives" pour le crédit immobilier.

Elles sont pourtant loin de faire l'unanimité. "Ces règles, d’une complexité croissante au fil des aménagements, et les possibilités dérogatoires millimétriques qui les accompagnent ne sont pas opérationnellement pilotables à l’échelle de réseaux bancaires", a réagi la directrice générale du réseau de courtiers CAFPI Caroline Arnould.

Seconde chance

Le HCSF s'est par ailleurs prononcé en faveur d'un accord de Place pour un deuxième examen des dossiers de crédits immobiliers refusés, une idée lancée par le gouverneur le 17 novembre et reprise par Bruno Le Maire.

Ce dispositif de réexamen "doit être simple, accessible et efficace", a affirmé à l'AFP le gouverneur de la Banque de France.

Il serait "transitoire et temporaire", se ferait au cas par cas, à la demande du candidat à l'emprunt, et entrerait en vigueur début février, selon une source proche du HCSF.

"La profession bancaire réaffirme sa mobilisation pour le financement sain de l'économie française, et ses valeurs d'utilité au quotidien", a réagi la Fédération bancaire française (FBF).

La fédération professionnelle ne reprend cependant pas à son compte l'initiative de cette proposition de réexamen, que lui attribue pourtant le HCSF.


Les exportateurs de gaz, dont la Russie, se réunissent en Algérie

Le président russe Vladimir Poutine et le président algérien Abdelmadjid Tebboune assistent à une cérémonie de signature à l'issue de leurs entretiens au Kremlin à Moscou le 15 juin 2023 (Photo, AFP).
Le président russe Vladimir Poutine et le président algérien Abdelmadjid Tebboune assistent à une cérémonie de signature à l'issue de leurs entretiens au Kremlin à Moscou le 15 juin 2023 (Photo, AFP).
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  • Les marchés du gaz sont sous tension depuis la reprise post-Covid fin 2021 et encore plus depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie
  • L'Algérie est le premier exportateur africain de gaz naturel

ALGER: Les principaux exportateurs de gaz se sont réunis vendredi en Algérie dans un contexte de tensions persistantes sur les marchés depuis l'invasion russe de l'Ukraine, alors qu'une forte croissance de la demande est attendue cette année.

Une réunion ministérielle des représentants des membres du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF) s'est tenue dans la matinée à Alger, à la veille d'un sommet de leurs dirigeants auquel sont notamment attendus autour du président algérien Abdelmadjid Tebboune son homologue iranien Ebrahim Raïssi et l'émir du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani.

Le GECF, fondé en 2001, réunit 12 pays: Algérie, Qatar, Russie, Iran,  Bolivie, Egypte, Guinée équatoriale, Libye, Nigeria, Trinité-et-Tobago, Venezuela et Emirats arabes unis.

Selon ce club, ses membres, et sept autres pays associés, représentent 70% des réserves prouvées de gaz et 51% des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL).

Le ministre algérien de l'Energie Mohamed Arkab a souligné à l'ouverture de la réunion ministérielle la nécessité "d'un dialogue continu et sérieux entre producteurs et consommateurs pour construire une vision prospective commune qui reconnaît le rôle croissant du gaz naturel dans le mix énergétique mondial, en tant que source durable et compétitive à même de garantir la sécurité énergétique".

Dans un résumé de son rapport annuel "Global Gas Outlook 2050" publié jeudi, la GECF a estimé que le gaz naturel "est destiné à rester indispensable pendant des décennies".

"D'ici 2050, la demande de gaz naturel devrait augmenter de manière impressionnante de 34%, faisant considérablement croître sa part dans le mix énergétique mondial, passant de 23% actuellement à 26%".

Dans son dernier rapport trimestriel publié en janvier, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a estimé que la demande mondiale de gaz devrait connaître une "forte croissance" en 2024 comparé à 2023, soutenue par des prévisions de températures plus froides et la baisse des prix.

«Interlocuteur neutre»

Les marchés du gaz sont sous tension depuis la reprise post-Covid fin 2021 et encore plus depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, qui a alimenté les importations par la mer de GNL, notamment en provenance des Etats-Unis pour compenser les réductions drastiques de livraisons de gaz russe dans les pipelines vers l'Europe.

Le ministre russe de l'Energie Nikolaï Choulguinov, qui représente son pays au sommet, a affirmé à l'agence officielle algérienne APS que Moscou s'était employé à "enrichir la Déclaration d'Alger", qui doit être adoptée samedi à l'issue des travaux par les participants.

"Nous nous sommes employés à enrichir la Déclaration d'Alger qui sera très importante pour la coordination concernant l'infrastructure gazière et les moyens de la protéger des incidents", a-t-il dit.

L'Algérie est le premier exportateur africain de gaz naturel. Soucieux de diversifier leurs approvisionnements pour réduire leur dépendance aux hydrocarbures russes, plusieurs pays européens --notamment l'Italie-- se sont tournés vers le gaz algérien.

"L'Algérie se voit comme un important acteur diplomatique international, elle veut montrer qu’elle est capable de réunir l'Iran, le Qatar, la Russie en Algérie, qu'elle est un interlocuteur neutre qui peut réunir des pays d'orientations différentes, organiser le sommet fait partie de cela", a estimé auprès de l'AFP l'expert américain, spécialiste du dossier énergie en Afrique du nord, Geoff Porter.


L'inflation recule en zone euro mais la BCE devrait rester prudente

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde (Photo, AFP).
La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde (Photo, AFP).
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  • Le taux de chômage, à un plus bas historique de 6,4% en janvier, fait craindre des tensions sur les salaires
  • Dans les 20 pays partageant la monnaie unique, l'inflation a été plus que divisée par quatre depuis le record de 10,6% atteint en octobre 2022

BRUXELLES: L'inflation a poursuivi son reflux en février dans la zone euro, envoyant un signal positif mais probablement encore insuffisant pour rassurer la Banque centrale européenne (BCE) qui temporise avant de baisser ses taux d'intérêt.

La hausse des prix à la consommation est revenue à 2,6% sur un an, soit 0,2 point de moins qu'en janvier, grâce à une hausse moins forte des prix alimentaires, a annoncé vendredi Eurostat.

Dans les 20 pays partageant la monnaie unique, l'inflation a été plus que divisée par quatre depuis le record de 10,6% atteint en octobre 2022 quand les tarifs de l'énergie flambaient sur fond de guerre en Ukraine.

Elle se rapproche de l'objectif de 2% fixé par la BCE. Mais le recul de février est un petit peu moins marqué que ce qui était anticipé par les analystes interrogés par Bloomberg et Factset. Ils tablaient en moyenne sur un taux de 2,5%.

Pour calmer l'inflation, la BCE a augmenté les coûts d'emprunt à un rythme sans précédent depuis juillet 2022. Ses taux sont maintenus inchangés à un niveau record depuis octobre 2023, au prix d'une croissance économique en berne. La demande de crédits a été freinée, affectant la consommation et l'investissement des entreprises comme des ménages.

Depuis, les marchés financiers guettent les signes d'une future baisse des taux qu'ils anticipent vers le milieu d'année, après avoir espéré qu'elle intervienne dès avril.

Le chiffre le plus scruté, celui de l'inflation sous-jacente, c'est-à-dire corrigée des prix très volatils de l'énergie et de l'alimentation, a déçu les experts vendredi. Cet indicateur, jugé plus représentatif, a reculé en février à 3,1%, contre 3,3% en janvier, mais les analystes tablaient en moyenne sur un recul plus prononcé à 2,9%.

"Les données de février sur l'inflation semblent être le dernier clou dans le cercueil d'une réduction des taux d'intérêt en avril", a commenté Jack Allen-Reynolds pour Capital Economics. "La plupart des décideurs de la BCE estiment qu'ils ont besoin de plus de temps pour être convaincus que l'inflation retombera durablement à 2%. Les données de février auront renforcé cette conviction", explique-t-il.

Vers une baisse des taux en juin ? 

"La persistance de l'inflation sous-jacente, (...) l'incertitude quant à l'évolution des salaires et la confiance dans un rebond économique de la zone euro empêcheront la BCE de réduire ses taux la semaine prochaine", estime Carsten Brzeski de la banque ING. "Une baisse ne devrait être à l'ordre du jour qu'en juin", prévoit-il.

Le taux de chômage, à un plus bas historique de 6,4% en janvier, fait craindre des tensions sur les salaires qui pourraient à leur tour alimenter la hausse des prix.

Le processus actuel de désinflation "devrait se poursuivre" dans la zone euro, a déclaré lundi la présidente de la BCE, Christine Lagarde, devant le Parlement européen, mais elle a prévenu que la Banque centrale voulait s'assurer que la hausse des prix se maintienne "durablement" à 2%.

Il y a deux semaines, la Commission européenne a nettement revu à la baisse ses prévisions d'inflation pour la zone euro, estimant qu'elle atteindrait 2,7% sur l'ensemble de l'année 2024, contre 3,2% attendu précédemment. Elle prévoit 2,2% l'an prochain.

Contrepartie de l'accalmie sur les prix, la croissance est cependant bien moins bonne qu'attendu. La Commission table désormais sur un PIB en hausse de 0,8% cette année, alors qu'elle s'attendait à 1,2% à l'automne.

En février, le ralentissement de l'inflation est venu principalement d'un moindre renchérissement des prix de l'alimentation. Ils ont progressé de 4% contre 5,6% en janvier.

Les tarifs des biens industriels ont augmenté de 1,6%, contre 2% le mois précédent, et ceux des services de 3,9%, après 4% en janvier.

Les prix de l'énergie ont poursuivi leur mouvement de baisse mais à un rythme inférieur (-3,7%, après -6,1%).


CMA CGM finalise l'acquisition de Bolloré Logistics pour 4,85 milliards d'euros

Pour CMA CGM, Bolloré Logisitics viendra compléter Ceva Logisitics, acquis en 2019 et très fort sur le marché transpacifique et le transport de produits industriels. (AFP).
Pour CMA CGM, Bolloré Logisitics viendra compléter Ceva Logisitics, acquis en 2019 et très fort sur le marché transpacifique et le transport de produits industriels. (AFP).
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  • Le troisième transporteur maritime mondial acquiert donc un groupe de 13.500 salariés et parachève un peu plus sa diversification entamée en 2018.
  • Grâce à cette acquisition, le chiffre d'affaires de la division logistique devrait représenter à l'avenir 40% de celui de CMA CGM, avec 21,5 milliards de dollars

PARIS: Le transporteur maritime CMA CGM a annoncé jeudi avoir finalisé l'acquisition de Bolloré Logistics pour 4,85 milliards d'euros, permettant au groupe de devenir le cinquième logisticien mondial.

"Nous pourrons désormais proposer à nos clients une offre complète de services et étendre notre expertise à de nouveaux business", a salué le PDG de CMA CGM, Rodolphe Saadé, cité dans le communiqué.

Le troisième transporteur maritime mondial acquiert donc un groupe de 13.500 salariés et parachève un peu plus sa diversification entamée en 2018.

"Acquisition la plus importante depuis la création du Groupe CMA CGM en 1978, cette opération constitue une étape majeure dans la stratégie de développement des activités logistiques du Groupe CMA CGM", a détaillé le groupe marseillais dans son communiqué.

Grâce à cette acquisition, le chiffre d'affaires de la division logistique devrait représenter à l'avenir 40% de celui de CMA CGM, avec 21,5 milliards de dollars.

Bolloré Logistics a réalisé en 2022 un chiffre d'affaires de 7,1 milliards d'euros et dispose d'une capacité d'entreposage de 900.000 m2. En 2022 toujours, il a transporté 710.000 EVP (équivalent vingt pieds, l'unité de référence du secteur) de fret maritime et 390.000 tonnes de fret aérien.

Avec cette vente, qui intervient après celle de ses terminaux africains au transporteur maritime italo-suisse MSC en 2022, Bolloré accentue son recentrage sur les médias, via notamment le géant Vivendi (propriétaire de Canal+, Havas et Editis) désormais majoritaire chez Lagardère.

Pour CMA CGM, Bolloré Logisitics viendra compléter Ceva Logisitics, acquis en 2019 et très fort sur le marché transpacifique et le transport de produits industriels, notamment les véhicules finis (automobiles, camions...) et le matériel informatique.

Bolloré Logistics est lui plus centré sur la France, le commerce transatlantique et Asie-Europe. Il est spécialisé dans le transport de produits à haute valeur ajoutée comme les produits de luxe, les parfums, les cosmétiques ou l'aérospatial.

CMA CGM s'est engagé à conserver tous les emplois et à ne procéder à aucune synergie RH pendant au moins un an.

Pour respecter certaines clauses de concurrence, le groupe devra cependant se séparer des activités opérées par Bolloré Logistics en Martinique, Guadeloupe et Guyane française.

En Polynésie française, il devra céder les activités de commissionnaire de transport pour le transport maritime mais pas pour l'aérien.

Enfin, en Nouvelle-Calédonie, la relation commerciale entre Bolloré Logistics et CMA CGM ne devra pas excéder 35% pour favoriser une concurrence sur le territoire.