«Chroniques de Téhéran» au cinéma : le visage invisible du pouvoir iranien

Le réalisateur iranien Alireza Khatami et le réalisateur iranien Ali Asgari posent lors d'un photocall pour le film "Ayeh Haye Zamini" (Vers terrestres) à la 76e édition du Festival de Cannes, dans le sud de la France, le 24 mai 2023 (Photo, AFP) .
Le réalisateur iranien Alireza Khatami et le réalisateur iranien Ali Asgari posent lors d'un photocall pour le film "Ayeh Haye Zamini" (Vers terrestres) à la 76e édition du Festival de Cannes, dans le sud de la France, le 24 mai 2023 (Photo, AFP) .
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Publié le Mardi 12 mars 2024

«Chroniques de Téhéran» au cinéma : le visage invisible du pouvoir iranien

  • Le tournage à Téhéran avait été entamé deux semaines avant le mouvement de contestation déclenché avec la mort en septembre 2022 de Mahsa Amini
  • Des scènes a priori banales mais qui très vite virent à l'absurde

Paris: C'est Big Brother, version iranienne: à travers des scènes montrant des gens ordinaires aux prises avec un pouvoir sans visage, le film iranien "Chroniques de Téhéran" d'Ali Asgari et Alireza Khatami dissèque un système dans toute son absurdité.

"Tout le monde nous dit que nous sommes kafkaïens", avait affirmé à l'AFP Ali Asgari, lors de la présentation du film --qui sort mercredi en France-- au festival de Cannes, dans la section Un certain regard.

Le tournage à Téhéran avait été entamé deux semaines avant le mouvement de contestation déclenché avec la mort en septembre 2022 de Mahsa Amini, décédée trois jours après avoir été arrêtée par la police des moeurs qui lui reprochait d'avoir enfreint le code vestimentaire strict imposant aux femmes notamment le port du voile.

Après avoir filmé à huis clos trois tableaux, les deux réalisateurs avaient fait une pause au plus fort de la contestation.

"C'était très triste de voir la prophétie de ce film se réaliser dans la rue. Raconter ces histoires ne pouvait être plus opportun", a indiqué Alireza Khatami.

Sous forme de "vignettes" et sur un ton non dénué d'humour, les séquences montrent chaque citoyen en plan fixe, le spectateur n'entendant que la voix de leur interlocuteur.

"C'était important qu'on ne voie pas le visage; c'est comme si c'était une seule personne, un seul système", précise Ali Asgari.

Un homme venu enregistrer le nom de son nouveau-né, une mère et sa fillette dans un magasin de vêtements, une jeune femme passant un entretien d'embauche, une dame cherchant son chien perdu au commissariat.

Des scènes a priori banales mais qui très vite virent à l'absurde.

«Oeuvre philosophique»

L'homme qui veut appeler son fils David se voit refuser ce prénom "car c'est européen et pas iranien". "Pourquoi pas Daoud?", lui intime le fonctionnaire du registre civil.

La fille qui cherche à être embauchée est victime d'un harcèlement sexuel insidieux; un autre homme cherchant un emploi est longuement interrogé pour vérifier qu'il est pratiquant; et la dame qui cherche son chihuahua est sermonnée sur le fait que les "chiens sont impurs". "Pourquoi n'adoptez-vous pas un canari?", dit le policier.

Alireza Khatami ne veut pas parler de "portraits d'Iran", car "nous ne voulons pas prétendre représenter l'esprit de toute une nation... mais chaque Iranien se reconnaîtra dans l'une de ces scènes". "C'est plus une oeuvre philosophique sur le fonctionnement d'un système qu'un manifeste politique", dit-il.

L'idée est née après l'interdiction d'un tournage qu'il voulait faire. "On se disait combien les conversations que nous avions eues avec les autorités étaient absurdes", se souvient-il.

Le dernier tableau montre d'ailleurs un réalisateur, qui veut faire un film sur sa mère battue par le père. Un responsable lui demande de "retirer" 12 pages du scénario. "Vous ne pouvez faire tuer votre père dans le film", le sermonne-t-il.

"Cette conversation est à 95% vraie. La plupart des dialogues sont basés sur des histoires vraies... et tout ce que vous voyez dans le film n'est pas nouveau, c'est juste raconté différemment", explique M. Khatami.

"J'ai six soeurs et certains personnages sont inspirés de choses qu'elles m'ont racontées", indique M. Asgari.

Un tableau en particulier fait écho à l'affaire Mahsa Amini. Dans le film, une femme se voit menacée de confiscation de sa voiture car des images de caméra surveillance ont montré qu'elle avait enlevé brièvement son voile. "C'est un crime", lui assène son interlocuteur.


Goodbye Julia, grand gagnant des Prix de la critique pour les films arabes à Cannes

La 8e édition des Prix de la critique pour les films arabes s’est déroulée en marge du Festival de Cannes. (Instagram)
La 8e édition des Prix de la critique pour les films arabes s’est déroulée en marge du Festival de Cannes. (Instagram)
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  • Le documentaire hybride Les Filles d’Olfa, de la réalisatrice tunisienne Kaouther ben Hania, a remporté trois prix
  • Inchallah un fils, d’Amjad al-Rasheed, a remporté le prix de la meilleure actrice pour la star palestinienne Mouna Hawa et celui de la meilleure photographie pour Kanamé Onoyama

DUBAÏ: Goodbye Julia, du réalisateur soudanais Mohamed Kordofani, a remporté les prix du meilleur long métrage et du meilleur scénario lors de la 8e édition des Prix de la critique pour les films arabes, qui s’est déroulée samedi en marge du festival du Festival de Cannes.

Le compositeur franco-tunisien Amin Bouhafa, qui a travaillé sur Hajjan, a remporté le prix de la meilleure musique pour ce film qui se déroule en Arabie saoudite.

Le documentaire hybride Les Filles d’Olfa, de la réalisatrice tunisienne Kaouther ben Hania, qui n’a pas remporté le prix du meilleur documentaire aux Oscars cette année, a remporté trois récompenses: meilleure réalisatrice pour Ben Hania, meilleur documentaire et meilleur montage.

Inchallah un fils, d’Amjad al-Rasheed, a remporté le prix de la meilleure actrice pour la star palestinienne Mouna Hawa et celui de la meilleure photographie pour Kanamé Onoyama.

L’acteur palestinien Saleh Bakri a décroché le prix du meilleur acteur pour son rôle dans The Teacher, tandis que I Promise You Paradise, du cinéaste égyptien Morad Mostafa, est arrivé premier dans la catégorie du meilleur court métrage.

La cérémonie de remise des prix est organisée par le Centre du cinéma arabe (Arab Cinema Center, ACC), situé au Caire. Les vainqueurs sont élus par un jury de 225 critiques venus de plus de 70 pays.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Paul Kupelian, artiste informel et chroniqueur du côté coloré de la vie

L’art de Paul Kupelian échappe aux catégories et n’obéit qu’à la nécessité de peindre. (fournie)
L’art de Paul Kupelian échappe aux catégories et n’obéit qu’à la nécessité de peindre. (fournie)
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  • A force de peindre son quotidien, ses lieux familiers et le chaos de Beyrouth, il devient le chroniqueur visuel d'événements importants, tout comme de sa propre évolution
  • Sa signature artistique se caractérise par un style vibrant et coloré, joyeux et dynamique, ce qui ne l’empêche pas de trouver, dans les infinies nuances de sa palette lumineuse, une harmonie chromatique qui se révèle au premier coup d’œil

BEYROUTH : Figuratif ? Naïf ? L’art de Paul Kupelian échappe aux catégories et n’obéit qu’à la nécessité de peindre. Né en 1975, cet artiste autodidacte de nationalité libanaise et française dont les racines remontent à l'Arménie, a grandi dans une famille d'artistes. Il n’a que 7 ans quand sa grand-tante l’initie à la technique reine, et donc complexe, de la peinture à l’huile. Dès lors, le reste de son enfance est ébloui par d’innombrables heures passées à dessiner et à peindre tout ce qui l’entoure. Il met toute sa passion à se perfectionner, aborde de nouveaux médiums tels que l'encre de Chine, l'acrylique, le pastel gras, le fusain ou la sanguine. Savait-elle, cette bienveillante aïeule, qu’elle lui offrait à travers l'art l'exutoire thérapeutique suprême, un moyen d'exprimer ses émotions et d'affronter les complexités de la vie ?  A force de peindre son quotidien, ses lieux familiers et le chaos de Beyrouth, il devient le chroniqueur visuel d'événements importants tout comme de sa propre évolution, projetant ses troubles sur la toile et y gagnant en retour paix intérieure et stabilité.

Paul Kupelian, chroniqueur des événements et de sa propre vie (fournie)
Paul Kupelian, chroniqueur des événements et de sa propre vie (fournie)

Sa signature artistique se caractérise par un style vibrant et coloré, joyeux et dynamique, ce qui ne l’empêche pas de trouver, dans les infinies nuances de sa palette lumineuse, une harmonie chromatique qui se révèle au premier coup d’oeil. Il y a dans ses oeuvres une joie contagieuse que confirme le sourire spontané de tout spectateur qui y est confronté. Ce pouvoir n’échappe pas au regard avisé de la galeriste Nadine Begdache, commissaire de l’espace Janine Rubeiz, à Beyrouth. En 2016, elle lui offre son exposition inaugurale : "Looking at the Bright Side" (Regard sur le côté lumineux de la vie). Une présentation saluée par les critiques d'art et les collectionneurs.

Paul Kupelian, chroniqueur des événements et de sa propre vie (fournie)
Paul Kupelian, chroniqueur des événements et de sa propre vie (fournie)

Qu’on ne se trompe pas sur la « naïveté » de cet artiste autodidacte. Sa profonde compréhension des proportions, de la perspective et des détails complexes n’échappe pas à un regard averti.  Ses peintures, bien que légères, servent de canal à ses émotions. Dans ses œuvres récentes, Paul Kupelian utilise principalement la peinture acrylique à grande échelle, un médium dont il apprécie la polyvalence et le potentiel expressif.

Chroniqueur des événements et de sa propre vie (fournie)
Chroniqueur des événements et de sa propre vie (fournie)

Bien qu’il n’ait pas donné d’exposition depuis un certain temps, il confie à Arab News en français qu’il vit à présent à Dubai où il occupe un poste de direction dans le retail.  « Je peins dès que j’en ai le temps, le soir et surtout les weekends » poursuit-il. « La peinture est mon exutoire, je peux y passer des heures sans voir le temps passer. Cela me permet de tout oublier et m’apporte énormément de joie » ajoute Paul Kupelian qui affirme que, comme pour beaucoup d’artistes, son art est sa thérapie. Ajoutez à cette passion celle de l’histoire, la géopolitique, la philosophie, la musique, les voyages, le sport, vous obtenez, dans chaque toile, une nouvelle fenêtre ou un nouveau miroir où chacun peut trouver une réponse à ses propres questionnements.

 


Deuxième jour de la RSFW: défilé historique de maillots de bain et dentelle élégante

La collection d’EAU comprenait des maillots de bain simples – une pièce en V profond, motifs à épaules dénudées, tops bandeau et divers paréos. (Photo fournie)
La collection d’EAU comprenait des maillots de bain simples – une pièce en V profond, motifs à épaules dénudées, tops bandeau et divers paréos. (Photo fournie)
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  • Certains looks élégants étaient associés à des couvre-chefs soyeux et à des sacs à main sophistiqués
  • La collection de Sara Altwaim, comprenait un certain nombre de robes blanches fluides en dentelle et en mousseline

MER ROUGE: La marque marocaine EAU a marqué l’histoire en lançant, vendredi, la deuxième série de défilés de la Red Sea Fashion Week. En effet, c’est la première fois que des maillots de bain font leur entrée sur un podium saoudien.

Avec la piscine scintillante de St. Regis et les palmiers ondulants en arrière-plan, la deuxième RSFW a mis en valeur l’une des pièces incontournables de l’été.

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EAU. (Photo fournie)

La collection comprenait des maillots de bain simples – une pièce en V profond, motifs à épaules dénudées, tops bandeau et divers paréos. Bleu roi, jaune moutarde, vert chasseur et rouge marron dominaient la collection, créant une palette d’automne plutôt singulière, mais bienvenue, pour la saison estivale à venir.

Certains looks élégants étaient associés à des couvre-chefs soyeux et à des sacs à main sophistiqués, notamment des paniers tressés parsemés de strass, des sacs de plage en paille et des pochettes à franges.

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Sarah Altwaim. (Photo fournie)

La mode affluait à mesure que la mer Rouge brillait. La collection de Sara Altwaim comprenait un certain nombre de robes blanches fluides en dentelle et en mousseline. Chacune des pièces est attrayante, grâce à une touche individuelle, de subtiles perles, des coupes superposées ou un mélange de tissus.

Altwaim a présenté un tissu en mousseline d’inspiration sous-marine présentant des croquis de créatures des fonds marins, comme les poissons, les crevettes et les crabes, qui ont fait leur apparition dans une variété d’ensembles.

Les cols de perles très superposés, les jupes en forme de paréo, les résilles ornées de bijoux, les tissus métalliques et les vêtements fluides étaient également inspirés de la vie marine.

La créatrice saoudienne Yasmina Q a introduit les vêtements d’intérieur, clôturant les défilés avec une collection de robes en tricot effet côtelé dans des tons vert menthe, bleu écume de mer, jaune vif, corail et bien plus encore.

Il y avait aussi des manches évasées et une taille ajustée qui se transformait en une forme trapèze. Certaines pièces étaient également sans manches pour un look estival plus décontracté. La collection, composée de lunettes de soleil et de chapeauxestivaux, présentait également une gamme de vêtements d’intérieur, allant des bas côtelés aux hauts ajustés simples, en passant par les chemises côtelées, les hauts kimonos et les pulls amples.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com