«Du jamais vu» : au Kazakhstan, les pires inondations depuis des décennies

Vue du village inondé de Pokrovka, à environ 90 km de la ville de Petropavl, dans le nord du Kazakhstan, près de la frontière avec la Russie, le 9 avril 2024. (Photo Evgeniy Lukyanov  AFP)
Vue du village inondé de Pokrovka, à environ 90 km de la ville de Petropavl, dans le nord du Kazakhstan, près de la frontière avec la Russie, le 9 avril 2024. (Photo Evgeniy Lukyanov AFP)
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Publié le Jeudi 11 avril 2024

«Du jamais vu» : au Kazakhstan, les pires inondations depuis des décennies

  • A bord de canots, les sauveteurs frappent aux vitres des maisons pour s'assurer que leurs habitants ont bien quitté les lieux
  • «Nous devons être prêts pour le scénario du pire», a averti le vice-Premier ministre kazakh Roman Skliar, en déplacement dans cette région d'une superficie comparable à celles du Portugal ou de la Corée du Sud

POKROVKA, Kazakhstan : «Je n'ai jamais vu ça en 57 ans», dit Raouchan Aoubakirova de son village du nord du Kazakhstan, où la steppe de cet immense pays d'Asie centrale est désormais sous les eaux à la suite des pires inondations depuis des décennies.

Plus de deux semaines après le début de ces catastrophes naturelles, environ 100.000 personnes dont un tiers d'enfants ont déjà été évacuées, en majorité dans les régions de l'ouest et du nord, frontalières de la Russie, elle aussi touchée, dans l'Oural et en Sibérie.

Des villages entiers sont sans électricité, des autoroutes sont bloquées sur des centaines de kilomètres, des ponts se sont effondrés et plus de 4.000 maisons sont déjà noyées, selon le ministère kazakh des Situations d'urgence.

Comme à Pokrovka, une bourgade de quelque 1.500 habitants dans la région du Kazakhstan-Septentrional, où vit Mme Aoubakirova. A 57 ans, elle dit avoir juste «réussi à sortir les meubles» à temps.

Dans ce village bordé par l'Ichim (une rivière encore appelée Esil, en kazakh), les rues sont recouvertes jusqu'à un mètre d'eau par endroit. Des tracteurs passent, tirant des charrettes qui transportent réfrigérateurs et machines à laver en provenance de logements inondés.

A bord de canots, les sauveteurs frappent aux vitres des maisons pour s'assurer que leurs habitants ont bien quitté les lieux. Les personnes qui ne peuvent pas marcher sont portées, comme cette vieille dame qui se laisse faire en se lamentant, tandis que les autorités ont laissé planer la menace d'évacuations forcées pour sauver des vies.

«L'eau est arrivée très vite. J'ai veillé toute la nuit et, au matin, elle avait déjà atteint la maison, on en avait jusqu'à la taille», raconte à l'AFP Inga Todorovskaïa, une assistante sociale de 30 ans.

«On a pu évacuer tous nos chiens et nos poulets avec l'aide de la mairie», poursuit-elle. Dans d'autres régions du nord, le ministère des Situations d'urgence a diffusé des images de chameaux secourus, après avoir été pris de panique à la vue inhabituelle de l'eau dans la steppe.

Si Mme Todorovskaïa a pu sauver ses documents d'identité et quelques meubles, elle se retrouve «sans logement», un an et demi après avoir emménagé.

- «Garder espoir» -

D'autres habitants de Pokrovka sont plus fatalistes.

«On espère être épargnés», dit ainsi à l'AFP Iouri Stepanenko, un conducteur de bus, dans une phrase qui résonne comme un vœu pieux tant l'Ichim poursuit sa crue.

Les réservoirs ne peuvent plus contenir les eaux brunâtres mêlées de plaques de neige qui débordent de partout, sous l'effet combiné de la fonte des neiges et de fortes précipitations.

«Et si ce n'est pas le cas, eh bien, c'est comme ça. Que faire ? Le plus important, c'est de garder espoir et de ne pas paniquer», poursuit M. Stepanenko, 61 ans, qui va évacuer sa femme avant d'abandonner sa maison.

A une centaine de kilomètres plus au nord, c'est la capitale régionale Petropavlovsk qui est désormais menacée par la vague arrivant de Pokrovka. D'après les prévisions des autorités, elle doit atteindre cette ville de 220.000 habitants ce week-end, avant un pic prévu pour autour du 22-23 avril.

«Nous devons être prêts pour le scénario du pire», a averti le vice-Premier ministre kazakh Roman Skliar, en déplacement cette semaine dans cette région de près de 100.000 kilomètres carrés, une superficie comparable à celles du Portugal ou de la Corée du Sud.

Pour faire face aux inondations, près de 25.000 personnes sont mobilisées à travers ce pays de quelque 20 millions d'habitants : outre les sauveteurs du ministère des Situations d'urgence, l'armée, la garde nationale et les services secrets ont été réquisitionnés et des volontaires participent aux opérations humanitaires.

Entre Pokrovka et Petropavlovsk, des soldats remplissent des sacs de sable pour renforcer les digues, au milieu d'un ballet de tractopelles et de camions-bennes.

Quant aux médias étatiques, ils reprennent le slogan «La force est dans l'unité», face à une catastrophe naturelle que le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev qualifiait samedi de «peut-être la plus grave de ces dernières années».

La semaine prochaine, le sud et l'est du Kazakhstan, relativement épargnés jusqu'ici, pourraient également se retrouver sous l'eau, en raison de la fonte des neiges à laquelle se superposent des précipitations, a averti l'agence météorologique kazakhe.


Les Etats-Unis frappent l'Iran pour la troisième nuit de suite et vont rétablir le blocus des ports

Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
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  • Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna
  • Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible".

Pendant une mission de cinq heures, "les forces américaines ont frappé des cibles militaires" dans plusieurs villes portuaires du sud de l'Iran, comme Bouchehr et Bandar Abbas, a détaillé le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans la matinée.

Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna.

Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom.

"Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain", avait déclaré lundi Donald Trump dans une interview radio. Pour le président américain, les dirigeants iraniens "ne peuvent absolument rien faire contre" ces frappes.

Comme la veille, les Gardiens de la Révolution iraniens ont, eux, revendiqué une opération à Bahreïn - entre autres contre un bâtiment hébergeant les troupes américaines sur la base de Juffair.

L'armée idéologique iranienne a aussi annoncé avoir ciblé en Jordanie "des installations clé et les forces américaines sur une base aérienne jordanienne", dans un communiqué cité par l'agence Tasnim. L'armée jordanienne a annoncé pour sa part l'interception de quatre missiles iraniens.

Deux tankers attaqués 

Dans le détroit d'Ormuz, les Emirats arabes unis ont déploré des attaques de missiles iraniens contre deux de leurs tankers, tuant un membre d'équipage indien.

Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump a tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible".

Avant cela, il avait annoncé sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz et que le blocus des ports iraniens serait rétabli.

Il entrera en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, le président américain a dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Le pétrole remonte 

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dont le pays a pris le contrôle du détroit au début de la guerre, a rétorqué sur X: "l'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours".

Donald Trump "a tout à fait raison. Quiconque assure le passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz devrait être rémunéré", a-t-il ironisé, ajoutant: "20%, c'est évidemment trop. Nous serons équitables".

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont accusé les Etats-Unis de mettre en péril l'approvisionnement mondial en pétrole.

Au lendemain d'une envolée spectaculaire de plus de 9%, les cours du pétrole continuaient leur ascension dans ce contexte. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, gagnait 1,19% à 84,29 dollars vers 02H00 GMT.

Après quasiment 40 jours de bombardements dans le conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord.

Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".

La semaine dernière, le président américain a d'ailleurs envoyé une notice officielle au Congrès indiquant que le conflit avec l'Iran avait repris, a confirmé la Maison Blanche à l'AFP.

Et au total, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi, selon un décompte de l'AFP à partir des médias iraniens et sources officielles.

 Protocole d'accord "en crise" 

Pour le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, "il ne fait aucun doute" que le protocole d'accord "est en crise".

"Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a-t-il tancé lors d'une conférence de presse lundi à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.

Les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman se poursuivent afin de "prévenir une escalade", a-t-il toutefois assuré.

Le protocole d'accord prévoyait la réouverture du détroit, Téhéran n'autorisant toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", avait averti dimanche le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï.


L'armée américaine dit avoir conclu une série de frappes en Iran contre «des dizaines de cibles»

  • L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran
  • Elle a "visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations"

WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran, pour la deuxième journée consécutive, se disant prête à "garantir que la liberté de navigation reste assurée" dans le détroit d'Ormuz.

Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

 


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.