En France, la fin du «fossé de genre» vis-à-vis du vote d'extrême droite

Marine Le Pen, chef du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN) (Photo, AFP).
Marine Le Pen, chef du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN) (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 18 juin 2024

En France, la fin du «fossé de genre» vis-à-vis du vote d'extrême droite

  • Observé depuis 2012, l'alignement des comportements électoraux féminin et masculin vis-à-vis du principal parti d'extrême droite s'est encore accentué lors des élections européennes
  • Sorti vainqueur du scrutin, le RN a ainsi gagné dix points dans l'électorat féminin entre les élections européennes de 2019 et de 2024

PARIS: Longtemps plus réticentes à donner leur voix à des partis de droite radicale populiste, les femmes françaises ont ces dernières années comblé l'écart avec les hommes, séduites par la rhétorique moins viriliste de Marine Le Pen, figure de proue du Rassemblement national (RN) arrivé en tête des Européennes, selon sociologues et chercheuses.

Observé depuis 2012, l'alignement des comportements électoraux féminin et masculin vis-à-vis du principal parti d'extrême droite s'est encore accentué lors des élections européennes de dimanche dernier.

Sorti vainqueur du scrutin, le RN a ainsi gagné dix points dans l'électorat féminin entre les élections européennes de 2019 et de 2024, passant de 19% à 30% (et de 28 à 32% chez les hommes), selon un sondage Ipsos. Un sondage Ifop indique, lui, que les femmes ont voté à 32% pour le RN, légèrement devant les hommes (31%).

A titre de comparaison, Jean-Marie Le Pen, alors président du parti - et père de son actuelle figure de proue, Marine Le Pen - avait recueilli 26% des suffrages masculins lors de la présidentielle de 2002, contre 11% des suffrages féminins.

"La France a longtemps été un parfait exemple du +radical right gender gap+" (un terme forgé par la politiste américaine Terri Givens pour décrire un rejet plus fort de l'extrême droite par les femmes lors des élections), déclare à l'AFP Anja Durovic, chercheuse en sciences politiques au CNRS et à l’université Paris-Saclay. "Mais ce temps est révolu, le genre n'a plus d’impact sur le vote RN", analyse-t-elle.

«Un vrai tournant»

"On ne peut plus parler de +gender gap+" (fossé genré) en ce qui concerne le RN, "c’est une égalisation à tous égards", abonde Mariette Sineau, sociologue, directrice de recherche honoraire au CNRS et à Sciences Po.

Parmi les thèses avancées pour expliquer ce glissement, l'une repose sur le recul de la culture catholique en France, notamment chez les femmes perçues comme plus sensibles aux discours de l'Eglise s'opposant à la politique xénophobe de Jean-Marie Le Pen, ancien officier parachutiste pendant la guerre d'Algérie, réputé pour ses saillies antisémites et racistes, qui a cofondé en 1972 le parti Front national devenu ensuite le Rassemblement national, selon les spécialistes.

L'autre tient en la stratégie menée par Marine Le Pen dont l'arrivée à la tête du mouvement a marqué "un vrai tournant dans le vote des femmes", souligne Mariette Sineau. "Jean-Marie Le Pen utilisait volontiers une rhétorique virile et sexiste et il laissait exprimer une violence non seulement verbale mais physique".

"Marine Le Pen a fait, elle, un usage stratégique de son genre en s'adressant directement aux femmes en leur disant +moi aussi je suis une femme, je lutte, j'ai des enfants à élever, je suis divorcée+", ajoute-t-elle. "Cette stratégie s'est avérée payante, notamment parmi les plus précaires qui ont pu la considérer comme une ressource pour lutter contre la vie chère".

"Il y a bien un +effet Marine+", abonde Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherche CNRS au Cevipof, mais également un "effet (Jordan) Bardella" auprès des femmes, avec un côté "gendre idéal" de ce jeune loup de l'extrême droite âgé de 28 ans, président du RN depuis 2021 et tête de liste aux dernières européennes.

«Braquer une arme contre soi»

Effacées pour le RN, les différences de genre face à l’extrême droite ont en revanche ressurgi dans le vote en faveur du fondateur du parti Reconquête, le sulfureux polémiste Eric Zemmour, qui a tenu pendant la campagne présidentielle de 2022 des propos sexistes. A l'époque, 5% des femmes avaient voté pour lui, contre 9% d'hommes.

Pour Anja Durovic, le refus du RN de s’allier avec Reconquête ! serait "en partie" lié à cette question : "le RN a beaucoup travaillé pour se débarrasser de ce +gender gap+ et ne voudrait pas le retrouver en s’alliant avec Eric Zemmour".

Après la débâcle de son camp aux européennes dimanche, le président français Emmanuel Macron a dissous l'Assemblée nationale et convoqué des élections législatives pour les 30 juin et 7 juillet, un scrutin dans lequel le RN arrive en tête des sondages.

Dans les rangs des associations féministes, la fin du "fossé de genre" est scrutée de près et suscite l'inquiétude face à ce "féminisme de façade" décrit par Anja Durovic.

"Les femmes votent (presque) autant que les hommes pour le RN alors que les femmes seront ciblées" par ses politiques, s'est alarmée cette semaine notamment Céline Piques d'Osez le féminisme !

Marine Le Pen prend "le prétexte de la défense des femmes pour pointer la principale menace qui pèserait" sur les femmes, "l'islam", analyse de son côté la philosophe spécialiste de la pensée féministe Camille Froidevaux-Metterie dans une tribune au Monde publiée jeudi.

"Voter pour le RN, c’est braquer une arme contre soi", estime-t-elle.

Ainsi les élus RN ont-ils voté contre la loi de 2018 visant à renforcer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, tandis que Marine Le Pen s'est opposée à l'allongement de l'accès à l'IVG comme à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, rappelle Mme Froidevaux-Metterie.

Vendredi plus d'une centaine d'associations féministes ont appelé à une journée de mobilisation partout en France le dimanche 23 juin contre l'extrême droite, dénonçant son "immense obsession" à "casser les droits et libertés" notamment des femmes.


LFI dépose une proposition de loi d'abrogation de la réforme des retraites, le RN veut la voter

La députée française et chef du groupe parlementaire du parti de gauche La France Insoumise (LFI) Mathilde Panot vote au second tour pour élire le président de la chambre basse à l'Assemblée nationale française à Paris le 18 juillet 2024. (AFP).
La députée française et chef du groupe parlementaire du parti de gauche La France Insoumise (LFI) Mathilde Panot vote au second tour pour élire le président de la chambre basse à l'Assemblée nationale française à Paris le 18 juillet 2024. (AFP).
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  • Les insoumis vont déposer mardi à l'Assemblée nationale une proposition de loi d'abrogation de la réforme des retraites, a annoncé la cheffe de file des députés LFI, Mathilde Panot, sur France inter
  • L'Assemblée nationale ayant suspendu ses travaux, cette proposition de loi ne sera pas débattue avant plusieurs mois

PARIS: Les insoumis vont déposer mardi à l'Assemblée nationale une proposition de loi d'abrogation de la réforme des retraites, a annoncé la cheffe de file des députés LFI, Mathilde Panot, sur France inter.

"Aujourd'hui (mardi), nous déposons une proposition de loi pour abroger la réforme de la retraite à 64 ans", a-t-elle déclaré.

L'Assemblée nationale ayant suspendu ses travaux, cette proposition de loi ne sera pas débattue avant plusieurs mois.

Sauf si d'ici là le Nouveau Front populaire accédait au gouvernement, auquel cas il déposerait un projet de loi en ce sens puisque cela fait partie de ses mesures prioritaires.

Dans ce cas, "chacun prendra ses responsabilités pour savoir s’il veut oui ou non faire tomber un gouvernement sur la question de l'abrogation de la retraite à 64 ans", a ajouté Mme Panot, en réponse au fait qu'un tel gouvernement sans majorité absolue risquerait de se heurter rapidement à une motion de censure à l'Assemblée nationale.

Le texte sera voté par le RN, a fait savoir sur BFMTV Laurent Jacobelli, député du parti d'extrême droite. "C'était dans notre programme", a-t-il précisé.


JO-2024: Avant la fête, le Comité international olympique se réunit à Paris

Avant la fête, la Tour Eiffel teste ses jeux de lumière. (AFP).
Avant la fête, la Tour Eiffel teste ses jeux de lumière. (AFP).
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  • Sans Kylian Mbappé mais entraîné par Thierry Henry, les Bleus du foot entameront eux aussi leur quête de médaille tout comme l'Espagne
  • Ils seront quelque 300.000 vendredi à saluer les bateaux et les milliers d'athlètes embarqués pour une parade inédite, première cérémonie d'ouverture à sortir d'un stade dans l'histoire des Jeux olympiques

PARIS: Les sportifs arrivent à bon port et découvrent les sites, les délégations désignent leurs porte-drapeaux et le Comité international olympique (CIO) a entamé mardi sa traditionnelle session d'avant-Jeux, à la veille du coup d'envoi des premières épreuves.

Si la cérémonie d'ouverture, très attendue, a lieu vendredi sur la Seine, les premiers tournois olympiques commencent dès mercredi, avec l'équipe de France masculine de rugby à VII, emmenée par Antoine Dupont, qui ambitionne de détrôner les doubles champions en titre fidjiens.

Sans Kylian Mbappé mais entraîné par Thierry Henry, les Bleus du foot entameront eux aussi leur quête de médaille tout comme l'Espagne qui, après son triomphe à l'Euro en Allemagne, vise un doublé sous les yeux des premiers spectateurs.

Ils seront quelque 300.000 vendredi à saluer les bateaux et les milliers d'athlètes embarqués pour une parade inédite, première cérémonie d'ouverture à sortir d'un stade dans l'histoire des Jeux olympiques. Elle sera entourée d'un dispositif de sécurité exceptionnel.

En attendant, un silence inhabituel s'est installé dans la rue de Rivoli, qui longe le musée du Louvre et le jardin des Tuileries, coeur touristique de Paris où les visiteurs se pressent d'ordinaire par milliers. Pour quelques jours encore, ils sont cantonnés derrière les grilles dressées pour sanctuariser les berges de Seine.

"Les JO, ça bloque pas mal de choses", constate Catherine Samson, du Finistère, de passage pendant deux jours dans la capitale avec sa famille. Elle se "fiche" des JO et explique avoir "tourné pendant une heure" avant d'atteindre la tour Eiffel.

Emmanuel Macron a répété lundi que la France était prête à accueillir les 10.500 sportives et sportifs et les millions de visiteurs attendus pour l'événement sportif majeur de la planète, qui s'achèvera le 11 août.

Trois ans après l'édition de Tokyo soumise à de strictes conditions sanitaires en raison de la pandémie de covid, près de neuf millions de billets ont été vendus, selon les organisateurs, qui se félicitent d'avoir battu le record d'Atlanta en 1996.

Des réserves sur 2030?

Mardi, les membres du CIO ont entamé leur session pour un ultime point sur les préparatifs des Jeux de Paris.

"Maintenant le moment de vérité est arrivé: la compétition commence, pour les athlètes et les organisateurs", a souligné leur président, Thomas Bach.

Dans un contexte géopolitique marqué par les guerres à Gaza et en Ukraine, les membres du CIO devraient se féliciter d'avoir réussi à rassembler "206 comités nationaux olympiques", préservant la promesse olympique d'universalité. Une trentaine de Russes et de Bélarusses participeront à titre individuel et sous bannière neutre, leurs comités ayant été exclus. Le Comité olympique palestinien a demandé de son côté l’exclusion de la délégation israélienne.

Mais le CIO devra surtout préparer l'avenir, au-delà des deux prochaines éditions prévues à Milan-Cortina à l'hiver 2026 et Los Angeles à l'été 2028: mercredi, la session est censée attribuer les Jeux d'hiver 2030 aux Alpes françaises et ceux de 2034 à Salt Lake City.

Si la désignation de la capitale de l'Utah ne fait aucun doute, "la situation politique rend les choses un peu plus compliquées" pour le dossier français, reconnaissait samedi Mark Adams, le porte-parole de l'instance.

Faute de gouvernement de plein exercice, la France n'a pas pu fournir la garantie de livraison des Jeux signée par le Premier ministre, alors que Thomas Bach a répété jeudi dernier qu'il n'y aurait pas de "décision inconditionnelle" sans ce document.

Danseurs mécontents 

Deux possibilités se dessinent: un report du scrutin, simple à organiser pour le CIO mais qui ferait mauvais effet pour le pays hôte, ou une désignation sous réserves, inédite dans l'histoire des Jeux.

"Il n’y aura pas de report du vote, je suis très affirmatif", a déclaré à l'AFP une source à la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui porte le projet des Alpes françaises avec la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. "Ce vote confirmera l’attribution des JO à la France", "le CIO peut émettre une réserve" mais "rien n’est remis en cause", insiste, optimiste, cette source.

Emmanuel Macron va se rendre mercredi devant le CIO pour appuyer la candidature de la France. Il va également préciser ses intentions après les législatives et définir la "trêve olympique et politique" qu'il invoque, face à une gauche qui réclame toujours de gouverner malgré ses divisions et une droite qui propose une entente a minima.

L'avant-Jeux et notamment la cérémonie d'ouverture seront l'occasion de nombreux échanges entre chefs d'Etat et de gouvernement. Le prince Albert de Monaco, féru de sport, a été parmi les tout premiers dignitaires à arriver lundi à Paris sous un ciel nuageux.

Selon Météo-France, des pluies éparses pourraient toucher Paris dans l'après-midi mais la cérémonie d'ouverture devrait être épargnée, avec de possibles éclaircies.

Les organisateurs doivent tenir mardi une nouvelle réunion de négociations avec le syndicat défendant les artistes interprètes (SFA-CGT), qui a déposé un préavis de grève pour vendredi. Le syndicat dénonce de "criantes inégalités de traitement" (droits à l'image, défraiements) entre les danseurs recrutés.


JO-2024 - Les pompiers de Lyon déposent un préavis de grève

Vue du site de skateboard à la Concorde à Paris le 22 juillet 2024, avant les Jeux Olympiques de Paris 2024. (Photo AFP)
Vue du site de skateboard à la Concorde à Paris le 22 juillet 2024, avant les Jeux Olympiques de Paris 2024. (Photo AFP)
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  • Les pompiers de Paris, mobilisés lors des Jeux olympiques et paralympiques, pourront bénéficier d'une prime de 1.600 euros, et les policiers et gendarmes travaillant en Île-de-France jusqu'à 1.900 euros.
  • Le syndicat souhaite également que la prime soit prise en charge intégralement par l’État, et non à moitié avec les collectivités locales qui "ne veulent pas donner un centime".

DIJON : Le syndicat Sud des Sapeurs-pompiers du département du Rhône et de la métropole de Lyon, qui accueillera à partir de mercredi des tournois de foot des JO-2024, a déposé un préavis de grève pour l'ensemble des Jeux.

Soulignant que les sapeurs-pompiers ont reçu pour consigne de ne pas prendre plus de deux semaines de congés cet été -au lieu de trois normalement-, Sud réclame une "véritable compensation", au-delà de la prime de 200 euros obtenue, a expliqué à l'AFP Rémy Chabbouh, porte-parole du syndicat Sud, largement majoritaire chez les sapeurs-pompiers du Rhône.

Les pompiers de Paris, mobilisés lors des Jeux olympiques et paralympiques, pourront bénéficier d'une prime de 1.600 euros, et les policiers et gendarmes travaillant en Île-de-France jusqu'à 1.900 euros.

"Nous, en province, on n'a rien", s'insurge le syndicaliste, soulignant que "cinq départements en France", accueillant des épreuves des JO hors Paris, sont dans la même situation, notamment la Seine-et-Marne, le Nord et le Pas-de-Calais, où les pompiers envisagent, eux aussi, de déposer un préavis de grève, selon M. Chabbouh.

Lyon accueille onze matchs de groupe des épreuves du football des JO, à partir de ce mercredi, et avant les finales masculine et féminine à Paris, les 9 et 10 août.

Les pompiers "réclament d'avantage que les 200 euros obtenus afin de couvrir l'impact d'une semaine de congés en moins", explique M. Chabbouh.

Le syndicat souhaite également que la prime soit prise en charge intégralement par l’État, et non à moitié avec les collectivités locales qui "ne veulent pas donner un centime", selon lui.

Le préavis de grève est déposé dès ce mercredi et jusqu'à la fin des Jeux, selon Sud.