A trois jours du scrutin, la dramatisation des enjeux de législatives historiques

Les partisans tiennent un écriteau intitulé « Dissolution ? Solution », alors qu'ils assistent à un rassemblement de soutien à la coalition du Nouveau Front populaire (NFP), à Marseille, dans le sud de la France, le 26 juin 2024, avant le premier tour du Parlement français élections. (AFP)
Les partisans tiennent un écriteau intitulé « Dissolution ? Solution », alors qu'ils assistent à un rassemblement de soutien à la coalition du Nouveau Front populaire (NFP), à Marseille, dans le sud de la France, le 26 juin 2024, avant le premier tour du Parlement français élections. (AFP)
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Publié le Jeudi 27 juin 2024

A trois jours du scrutin, la dramatisation des enjeux de législatives historiques

  • Sondages après sondages, l'extrême droite est inlassablement donnée largement en tête du scrutin de dimanche, avec 36% à 37% d'intentions de vote selon Ifop-Fiducial
  • Une majorité seulement relative ouvre par ailleurs la perspective d'un éventuel blocage institutionnel, renforcée par le refus de Jordan Bardella de constituer un gouvernement s'il ne dispose pas d'une majorité absolue

PARIS: Les Français n'ont plus que trois jours avant le premier tour d'élections législatives historiques pour faire leur choix entre une gauche qui peine à maintenir son unité, un Rassemblement national toujours largement favori et une majorité macroniste qui affirme ne pas se résigner.

Les jeux sont-ils faits? Sondages après sondages, l'extrême droite est inlassablement donnée largement en tête du scrutin de dimanche, avec 36% à 37% d'intentions de vote selon Ifop-Fiducial comme Harris Interactive-Toluna, nettement devant l'alliance du Nouveau Front populaire (27% à 28,5%) et davantage encore la majorité présidentielle (21%).

Mais les 577 élections, dans chaque circonscription, recèlent de nombreuses inconnues, les équations étant par ailleurs appelées à être profondément bouleversées entre les deux tours selon les maintiens, désistements voire consignes de votes.

Et, si Harris Interactive Toluna projette un hémicycle composé de 250 à 305 députés RN - soit potentiellement une majorité absolue, fixée à 289 sièges -, Ifop-Fiducial ne crédite les lepénistes que d'une majorité relative, de 220 à 260 sièges.

En cas de franc succès du RN, Marine Le Pen a d'ores et déjà esquissé, dans un entretien au Télégramme, une cohabitation rugueuse: "Chef des armées, pour le président (de la République), c'est un titre honorifique puisque c'est le Premier ministre qui tient les cordons de la bourse". Conséquence, selon elle: "sur l'Ukraine, le président ne pourra pas envoyer de troupes", alors qu'Emmanuel Macron a refusé d'exclure cette option.

Une majorité seulement relative ouvre par ailleurs la perspective d'un éventuel blocage institutionnel, renforcée par le refus de Jordan Bardella de constituer un gouvernement s'il ne dispose pas d'une majorité absolue.

«Faire avancer le pays»

L'hypothèse a conduit mercredi François Hollande à se dire disponible pour "trouver des solutions", "compte tenu des fonctions" présidentielles qu'il a occupées.

Sur BFMTV, l'ex-chef de l'Etat socialiste, candidat dans la première circonscription de Corrèze sous les couleurs du Nouveau Front populaire, a interrogé: "S'il n'y a pas de majorité, (...) qu'est-ce qu'on fait pendant un an? On laisse le pays aller à vau-l'eau ?". "Il faut quand même que des décisions soient prises", a-t-il répondu, en prônant "d'aller chercher un chef du gouvernement qui puisse, sur un programme minimal, faire avancer le pays".

D'ici là, les représentants des trois blocs sont attendus jeudi soir sur France 2 pour un ultime débat, 24 heures avant la fin de la campagne officielle fixée vendredi à minuit.

Comme l'avant-veille sur TF1, Jordan Bardella pour le RN et Gabriel Attal sous la bannière "Ensemble pour la République" croiseront le fer. Mais la gauche a cette fois-ci envoyé le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, pour tenir la contradiction, lorsque c'était l'Insoumis Manuel Bompard qui s'y était collé mardi soir.

La joute pourrait être l'occasion d'une dramatisation accrue des enjeux du scrutin, alors que la première confrontation avait tourné à une bataille de chiffres parfois absconse, voire inaudible.

Reste que l'intérêt pour ces législatives anticipées ne se dément pas: deux tiers des électeurs prévoient d'aller voter dimanche, selon Ifop-Fiducial, ce qui correspondrait au meilleur taux de participation à ce type d'élections depuis 1997.

Lors de la confrontation télévisée, chacun des trois prétendants à Matignon aura quoi qu'il en soit sa partition à jouer.

Mélenchon «capable»

Pour Jordan Bardella, continuer à rassurer sur son sérieux et sa clarté, quand ses adversaires ont pointé les supposées imprécisions de son projet quant aux retraites ou vilipendé son idée d'exclure les binationaux à certains postes jugés sensibles.

Mercredi, sur CNews, le patron du parti d'extrême droite a pourtant dû à nouveau s'amender, en affirmant que son projet de supprimer les impôts sur le revenu pour les moins de 30 ans "aura un plafond, évidemment" - il répondait à une interpellation sur le cas de Kylian Mbappé -, précisant au passage que "cette mesure (n'était) pas prioritaire".

L'actuel locataire de Matignon entend quant à lui sonner à nouveau la "mobilisation générale", comme il l'a scandé mercredi lors d'un déplacement de campagne en Indre-et-Loire, en renvoyant dos à dos le RN qui "stigmatise" et ce qu'il appelle toujours la "Nupes", qu'il accuse de légèreté vis-à-vis du "communautarisme".

Olivier Faure aura pour sa part à jurer de l'unité de la vaste coalition de gauche, toujours prompte à s'enflammer sur le cas de La France insoumise en général et de son leader Jean-Luc Mélenchon en particulier.

Ce dernier est-il toujours candidat à Matignon? "Je ne dis ni oui, ni non", a-t-il répondu mercredi sur LCI, faisant valoir qu'il s'en sentait "capable" et "souhaiter que ça marche", alors que François Hollande avait estimé quelques heures plus tôt que le leader LFI n'était "plus dans le jeu".

"Je ne dirai de mal de personne, même pas de François Hollande", lui a-t-il répondu.


Immigration clandestine: Londres et Paris prolongent un accord, le temps de finaliser leurs négociations

Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
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  • "Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises en matière de maintien de l'ordre"
  • Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros)

LONDRES: Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat.

Le traité de Sandhurst, signé en 2018 entre Londres et Paris, prévoit que le Royaume-Uni finance une partie des actions menées par la France pour sécuriser la frontière, car c'est sur le sol français que se déroulent les contrôles des personnes en partance pour le Royaume-Uni.

Il avait été prolongé de trois ans en 2023, et devait expirer ce mardi à minuit.

Depuis des mois, les deux gouvernements négocient âprement une nouvelle prolongation, mais sont en désaccord sur les objectifs la future contribution financière du Royaume-Uni.

"Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises essentielles en matière de maintien de l'ordre et de surveillance", a indiqué mardi le ministère britannique de l'Intérieur dans un communiqué.

Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros), a-t-il précisé.

Depuis 2023, le Royaume-Uni a versé 540 millions d'euros à la France dans le cadre du traité, selon Paris.

L'an passé, 41.472 migrants ont entrepris la traversée périlleuse de la Manche depuis la France, soit le deuxième nombre le plus élevé après le record de 45.774 enregistré en 2022, selon les données du Home Office. Au moins 29 migrants ont péri en mer en 2025, selon un comptage effectué par l'AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques.

Le gouvernement travailliste de Keir Starmer est sous pression pour réduire ces traversées, dans un contexte de montée du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage.

"Notre collaboration avec la France a permis d'empêcher 42.000 tentatives de traversées de la Manche par des migrants illégaux", a rappelé mardi la ministre britannique de l'Intérieur Shabana Mahmood, citée dans le communiqué.

Selon plusieurs médias britanniques, Londres souhaiterait conditionner le versement d'une contribution financière à l'atteinte d'un objectif d'interception d'embarcations supérieur à celui constaté actuellement.

La France s'y oppose, mettant en avant le droit international de la mer qui donne la priorité à la sécurité des embarcations et de leurs passagers.

 


Moyen-Orient : la France «s'étonne» des reproches de Trump sur l'interdiction de survol de son territoire

La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire". (AFP)
La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire". (AFP)
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  • "Nous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début de ce conflit", a dit l'Elysée à la presse en réponse à un message du président sur les réseaux sociaux.
  • "La France n'a pas changé de position depuis le premier jour", a ajouté la présidence française

PARIS: La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire".

"Nous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début de ce conflit", a dit l'Elysée à la presse en réponse à un message du président sur les réseaux sociaux. "La France n'a pas changé de position depuis le premier jour", a ajouté la présidence française.

"Nous nous étonnons de ce tweet" de Donald Trump, a-t-elle encore affirmé.

Paris n'avait pas annoncé officiellement ou publiquement d'interdiction de survol de son territoire pour les appareils américains impliqués dans le conflit, comme l'a en revanche fait l'Espagne.

La France avait autorisé les Etats-Unis à poser des avions ravitailleurs sur sa base méridionale d'Istres début mars après avoir obtenu la garantie qu'ils ne participaient aux opérations menées en Iran.

"La France n'a pas laissé des avions à destination d'Israël, chargés d'équipement militaire, survoler le territoire français. La France a été TRES PEU COOPERATIVE en ce qui concerne le +boucher iranien+ qui a été éliminé avec succès", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

 


Macron attendu à Tokyo, le conflit au Moyen-Orient en toile de fond

Le président français Emmanuel Macron à l’Élysée, à Paris, le 24 mars 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron à l’Élysée, à Paris, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron entame une visite au Japon pour renforcer les partenariats franco-japonais dans le nucléaire civil, l’innovation technologique et spatiale, et discuter de la crise au Moyen-Orient
  • Le président Emmanuel Macron entame une visite au Japon pour renforcer les partenariats franco-japonais dans le nucléaire civil, l’innovation technologique et spatiale, et discuter de la crise au Moyen-Orient

TOKYO: Emmanuel Macron doit entamer mardi une visite au Japon qui vise a renforcer les partenariats franco-japonais dans le nucléaire civil ou l'innovation technologique et spatiale, mais qui est aussi percutée par la guerre au Moyen-Orient.

Le président français est attendu à 17H30 locales (08H30 GMT) à Tokyo, avant une soirée dédiée à la culture populaire nippone et une rencontre prévue avec Kunihiko Moriguchi, peintre réputé de kimonos.

Les échanges économiques et politiques auront lieu mercredi tandis que le couple présidentiel déjeunera avec l'Empereur Naruhito et l'Impératrice jeudi.

S'il s'agit de son quatrième déplacement dans l'archipel, c'est la première fois qu'Emmanuel Macron s'y rend pour une visite pleinement consacrée aux relations avec le Japon. Et ce sera mercredi son "premier entretien à part entière" avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, après un échange en marge du G20 à l'automne, relève un responsable de la diplomatie japonaise.

Ce responsable a évoqué, parmi les attentes, "la poursuite des communications en vue d'un apaisement rapide de la situation en Iran".

"La crise au Moyen-Orient sera au cœur de nos échanges", a confirmé la présidence française avant le voyage. Les deux dirigeants discuteront de la "façon dont on peut essayer de trouver des solutions communes", a-t-elle ajouté, insistant sur une possible coopération autour d'une initiative française pour rallier une coalition de "volontaires" sur le sujet du détroit d'Ormuz.

Le conflit déclenché il y a un mois par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, et la riposte de Téhéran, ont provoqué le blocage de facto de cet étroit passage maritime dans le Golfe par lequel transite, en temps normal, une grande part des importations de pétrole du Japon mais aussi de la Corée du Sud, où Emmanuel Macron doit se rendre ensuite jeudi et vendredi.

- "Attractivité" -

Ces deux pays asiatiques ont signé avec une vingtaine d'autres, dont la France, une déclaration d'Etats se disant "prêts à contribuer aux efforts" pour accompagner la réouverture du détroit, mais quand les armes se seront tues.

Le G7, présidé cette année par la France qui organisera un sommet en juin, et dont est également membre le Japon, multiplie aussi les messages communs, dont une déclaration lundi pour se dire déterminé à "prendre toutes les mesures nécessaires" pour stabiliser le marché de l'énergie face à la flambée des cours du brut.

Emmanuel Macron, qui a longtemps mis en avant sa capacité à discuter avec son homologue américain Donald Trump avec lequel les relations semblent toutefois s'être tendues dernièrement, pourra échanger à cet égard avec Sanae Takaichi.

La dirigeante japonaise, devenue en octobre la première femme à la tête de l'archipel, s'est imposée avec des positions ultranationalistes et conservatrices et n'a pas ménagé ses efforts pour afficher ses affinités avec le milliardaire républicain.

Au-delà de la crise géopolitique, le président français compte sur cette visite pour mettre l'accent sur "l'attractivité de la France", selon son entourage. Accompagné de nombreux chefs d'entreprises françaises, il doit rencontrer mercredi, en marge d'un forum économique, les dirigeants de Softbank, champion des investissements dans l'intelligence artificielle, de Iwatani, l'entreprise japonaise qui a investi dans la start-up lyonnaise Carester, ou encore du fabricant d'équipements pour la recherche Horiba.

Les deux pays entendent aussi signer une feuille de route en matière de nucléaire civil au Japon, dans la lignée d'une coopération déjà bien établie. Et renforcer les partenariats dans le domaine spatial, la recherche et les "technologies de rupture".

En présence de plusieurs ministres français, dont ceux de la Défense et des Affaires étrangères Catherine Vautrin et Jean-Noël Barrot, un volet consacré à la sécurité est aussi prévu.

Emmanuel Macron arrive à Tokyo en plein pic de floraison des emblématiques cerisiers du Japon, moment fort de l'année. Mais l'instant espéré de "hanami", ou observation des fleurs, pourrait être gâché par la pluie attendue trois jours durant dans la capitale japonaise.