Au RN, le flou sur le réservoir pour former un gouvernement

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Publié le Lundi 01 juillet 2024

Au RN, le flou sur le réservoir pour former un gouvernement

Affaires étrangères, éducation, écologie... Le Rassemblement national affirme n'avoir "aucune inquiétude" pour former un gouvernement s'il obtient une majorité absolue aux législatives, mais le parti a peiné à faire émerger des spécialistes dans chaque domaine malgré ses 88 députés sortants.

"La victoire appelle l'amour et les ralliements", estime l'eurodéputé RN Thierry Mariani. "Les offres de coopération se multiplient. On n'aura aucun problème" pour composer une équipe gouvernementale et des cabinets ministériels le cas échéant, claironne-t-il.

Dans l'hypothèse d'un succès aux législatives et d'une nomination de Jordan Bardella à Matignon, le RN assure que "des gens de notre parti, d'autres partis, des anciens politiques" et "de la société civile", pourraient rejoindre le gouvernement, sans donner le moindre nom.

Le député RN Jean-Philippe Tanguy rêve d'obtenir le très convoité ministère de l'Economie, mais le parti entretient le flou sur l'éventuelle nomination d'un grand patron ou d'un haut-fonctionnaire à Bercy.

Après son ralliement, le LR Eric Ciotti pourrait viser un portefeuille régalien. L'Intérieur dont il rêve ? "Ce n'est pas ce que j'ai compris", élude Thierry Mariani, alors que certains mentionnent aussi la Défense pour M. Ciotti.

Pour Beauvau, l'hebdomadaire d'extrême droite Valeurs actuelles évoque également le nouvel eurodéputé RN et ancien patron de Frontex Fabrice Leggeri ou l'avocat Thibault de Montbrial. Ce dernier, contacté par l'AFP, n'a pas souhaité réagir.

L'Outre-mer obtiendrait un ministère d'Etat dédié, a promis Jordan Bardella, qui préside à 28 ans un parti qui n'a encore jamais gouverné.

Pour les Armées comme pour les Affaires étrangères, le RN a déjà laissé augurer d'un bras de fer avec Emmanuel Macron en cas de cohabitation, et n'entend pas laisser le chef de l'Etat gérer à sa guise ce domaine "réservé".

Le dossier ukrainien serait particulièrement délicat, alors que les lepénistes sont régulièrement renvoyés par leurs adversaires à leurs positions jugées "pro-Poutine" avant le déclenchement de la guerre en 2022.

 

- "Assez ridicule" -

 

Dans une tribune anonyme au Monde, 170 diplomates ont souligné ne "pas se résoudre à ce qu'une victoire de l'extrême droite vienne affaiblir la France et l'Europe alors que la guerre est là".

"J'attends de voir le 8 juillet s'il y a 170 lettres de démission. Les gens anonymes, on n'est pas obligé d'y croire", balaie Renaud Labaye, bras droit de Marine Le Pen et secrétaire général du groupe RN à l'Assemblée. "Je n'ai pas d'inquiétude, les fonctionnaires sont des républicains. Et s'il y en a quelques-uns qui partent, ce ne sera que des épiphénomènes".

Mais qui nommer au Quai d'Orsay en cas de victoire aux législatives? Parfois cité, l'ancien ambassadeur de France en Algérie Xavier Driencourt, dont le RN apprécie les analyses, n'a pas l'intention d'être de l'aventure, affirme-t-il à l'AFP. "Mon nom tourne en boucle en effet et c'est assez ridicule. Je n'ai pas les qualités pour faire de la politique active et je l'ai déjà dit lorsqu'on m'a proposé d'être sur les listes des européennes", assure-t-il.

Grosse inconnue à l'Education nationale, où les relations pourraient être houleuses avec les syndicats et où une pétition de fonctionnaires, qui affirment qu'ils "n'obéiront pas" à l'extrême droite, circule.

Le RN a sans doute perdu l'un de ses candidats à ce poste, le député Roger Chudeau, désavoué par Marine Le Pen après son dérapage sur l'ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem, une "Franco-Marocaine" dont la nomination fut "une erreur", avait-il lâché, en pointant le risque de "double loyauté" des binationaux.

Au-delà de son cas, le Rassemblement national a peu de personnalités identifiées pour chaque thématique, par exemple sur l'écologie, pour laquelle le parti vante le "localisme", mais ferraille contre les éoliennes et "l'écologie punitive". Le nom d'Andréa Kotarac, candidat RN aux législatives dans l'Ain et conseiller régional, est parfois évoqué.

Les députées Laure Lavalette et Edwige Diaz pourraient aussi se voir confier des responsabilités.

A la Justice, le nom de l'eurodéputé RN, ex-député UMP et ancien magistrat Jean-Paul Garraud revient régulièrement.

Quant à l'Agriculture, le député vigneron et ancien du Bloc identitaire Grégoire de Fournas s'est investi sur le sujet à l'Assemblée. Mais il avait été exclu 15 jours en novembre 2022 pour avoir lancé "qu'il retourne en Afrique" lors d'une intervention du député noir Carlos Martens Bilongo (LFI) sur un bateau de migrants. M. de Fournas avait contesté tout racisme et affirmé qu'il parlait du bateau.


La Cour de cassation n'a pas à se prononcer «plus rapidement», estime l'avocat de Le Pen

L'avocat de Marine Le Pen a estimé mercredi que la Cour de cassation n'avait pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude" sur le pourvoi de sa cliente, qui suspend sa peine de bracelet électronique à neuf mois de l'élection présidentielle. (AFP)
L'avocat de Marine Le Pen a estimé mercredi que la Cour de cassation n'avait pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude" sur le pourvoi de sa cliente, qui suspend sa peine de bracelet électronique à neuf mois de l'élection présidentielle. (AFP)
  • En janvier, le premier président de la Cour de cassation avait évoqué la possibilité que la plus haute instance judiciaire se prononce autour de la fin de l'année 2026 en cas de pourvoi, vu l'imminence de la présidentielle 2027 au printemps
  • Les délais de la Cour de cassation pour se prononcer sur un pourvoi contre une condamnation pénale sont normalement de huit mois à un an

PARIS: L'avocat de Marine Le Pen a estimé mercredi que la Cour de cassation n'avait pas à se prononcer "plus rapidement que d'habitude" sur le pourvoi de sa cliente, qui suspend sa peine de bracelet électronique à neuf mois de l'élection présidentielle.

La cour d'appel de Paris a condamné mardi Marine Le Pen à trois ans de prison, dont un an ferme sous surveillance électronique, dans l'affaire des assistants parlementaires d'eurodéputés du Front national.

Son inéligibilité ayant été réduite à 15 mois ferme, déjà purgés, la patronne du Rassemblement national a annoncé mardi sa candidature à l'élection présidentielle mais également déposé un pourvoi en cassation, qui suspend l'exécution de sa peine.

"Il avait été évoqué une accélération du calendrier de la Cour de cassation, pourquoi ? Parce qu'au moment où le président de la Cour de cassation l'avait évoqué, il y avait l'exécution provisoire (application immédiate de la peine d'inéligibilité prononcée en première instance, ndlr). L'exécution provisoire n'est plus du tout d'actualité", a déclaré mercredi sur France Inter son avocat Rodolphe Bosselut.

En janvier, le premier président de la Cour de cassation avait évoqué la possibilité que la plus haute instance judiciaire se prononce autour de la fin de l'année 2026 en cas de pourvoi, vu l'imminence de la présidentielle 2027 au printemps.

Les délais de la Cour de cassation pour se prononcer sur un pourvoi contre une condamnation pénale sont normalement de huit mois à un an.

"Quelle est en l'occurrence la situation qui justifierait que la Cour de cassation tranche plus rapidement que d'habitude ?", a interrogé Me Bosselut.

"Ce n'est pas moi qui ai accéléré la cour d'appel (...) Ce n'est pas moi qui ralentirai la Cour de cassation", a-t-il assuré, en référence au traitement de faveur judiciaire pour la tenue rapide d'un procès en appel dont a bénéficié Marine Le Pen.

"Je voudrais que le cours de la justice soit un cours identique à tous les justiciables", a-t-il conclu.

"A partir du moment où Marine Le Pen peut se présenter grâce à cet arrêt de la cour d'appel, il n'y a plus d'urgence à ce que la Cour de cassation se prononce", a abondé sur RMC-BFMTV le maire de Perpignan Louis Aliot, très proche de Marine Le Pen et également condamné dans ce dossier.

"Faites comme pour tout Français", a enjoint le directeur de campagne du RN Julien Sanchez sur RTL, rappelant que "le délai classique pour aller en cassation, en général, c'est douze, quinze mois".

La cour d'appel a déclaré mardi Marine Le Pen, le Rassemblement national et dix autres personnes coupables de la mise en place d'une "organisation" pour salarier au titre d'assistants parlementaires d'eurodéputés des personnes qui travaillaient en réalité pour le parti, "une rupture d'égalité" avec les autres formations politiques.

Sur les contrats litigieux d'assistants parlementaires dont elle était saisie, la cour d'appel a chiffré le préjudice total du Parlement européen à 2,8 millions d'euros entre 2004 et 2016.


France: Marine Le Pen candidate à la présidentielle malgré sa condamnation

La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN, extrême droite), Marine Le Pen, pose avant une interview au journal télévisé de la chaîne française TF1, à la suite du verdict rendu dans son procès en appel concernant le détournement de fonds de l'Union européenne, à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 7 juillet 2026. (AFP)
La présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national (RN, extrême droite), Marine Le Pen, pose avant une interview au journal télévisé de la chaîne française TF1, à la suite du verdict rendu dans son procès en appel concernant le détournement de fonds de l'Union européenne, à Boulogne-Billancourt, près de Paris, le 7 juillet 2026. (AFP)
  • Marine Le Pen annonce sa candidature à la présidentielle de 2027 et va se pourvoir en cassation après la décision de la cour d'appel
  • La décision relance la bataille politique : elle maintient son innocence, tandis que ses adversaires contestent sa candidature

PARIS: Marine Le Pen a annoncé mardi soir sa candidature à l'élection présidentielle de mai 2027, malgré sa condamnation pour détournement de fonds européens, qu'elle entend contester devant la plus haute juridiction française.

"Ce soir, je suis candidate à l'élection présidentielle", a déclaré Mme Le Pen, quelques heures après l'arrêt de la Cour d'appel de Paris.

"Comme j'ai la possibilité de faire un pourvoi en cassation, ce qui n'était pas obligatoirement le cas des autres hypothèses, et que le pourvoi en cassation suspend les effets de l'arrêt (de la Cour d'appel), je ferai donc campagne sans bracelet électronique", a expliqué sur la chaîne TF1 la dirigeante du Rassemblement national (RN), candidate pour la quatrième fois à la présidentielle.

Donnée favorite par les sondages, Marine Le Pen, 57 ans, s'est dit convaincue d'avoir gain de cause auprès de cette dernière instance.

- "Mains propres" -

"J'ai les mains propres et (...) je ferai un pourvoi en cassation pour le démontrer", a-t-elle insisté. "Il n'y a plus de scénario qui ferait que je ne pourrai pas me présenter", a-t-elle ajouté.

La cour d'appel a déjà réduit sa peine d'inéligibilité de cinq ans, prononcée le 31 mars 2025, à 15 mois, lui permettant dès à présent de concourir à toute élection. Mais elle a aussi été condamnée à trois ans de prison, dont un ferme sous bracelet électronique.

Or elle avait conditionné sa participation à la présidentielle à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. "Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n'est pas le cas si vous êtes porteur d'un bracelet électronique", avait-elle estimé mercredi sur la chaîne LCI.

Débarrassée au moins provisoirement de l'encombrant bracelet, elle a indiqué qu'avec Jordan Bardella, président du RN, elle allait dans la foulée démarrer cette campagne présidentielle avec un "ticket gagnant". Le trentenaire sera son Premier ministre en cas de victoire le 2 mai.

"Nous avons offert aux Français un binôme, un binôme que je crois complémentaire, équilibré, cohérent, solide", a-t-elle commenté.

Marine Le Pen, qui a oeuvré à "dédiaboliser" le parti d'extrême droite ces dernières décennies, s'est dit "heureuse qu'on rende aux Français leur liberté de choisir". Interrogée sur l'éventualité de voir sa peine confirmée en pleine campagne, elle a répondu: "Nous verrons".

- "Délinquante" -

Cette décision de justice était attendue par toute la classe politique française.

Marine Le Pen s'est déjà hissée deux fois au deuxième tour des trois dernières élections présidentielles (2017 et 2022). Les scores du RN progressent depuis des années, et le parti est devenu en 2024 le groupe politique le plus nombreux à l'Assemblée nationale (122 députés).

Les sondages la créditent de plus de 30% d'intentions de vote au premier tour prévu le 18 avril.

La classe politique a immédiatement réagi, l'ancien Premier ministre Edouard Philippe, candidat déclaré à la présidentielle, estimant que Marine Le Pen devra "expliquer" son choix de se porter candidate.

Le secrétaire général du parti Les Républicains (droite traditionnelle) Othman Nasrou l'a lui accusée de "prendre la démocratie en otage" et de "fragiliser les institutions" en décidant d'être candidate malgré sa condamnation.

A l'énoncé de la décision de la cour d'appel, le leader de gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, également candidat déclaré, a estimé qu'il fallait "débarrasser le pays du RN", "quelle que soit la candidature", Le Pen ou Bardella.

Interrogé depuis la Syrie, le président Emmanuel Macron a refusé pour sa part de s'exprimer.

- "Faits graves" -

En première instance, le 31 mars 2025, Marine Le Pen avait été reconnue coupable d'avoir mis en place, entre 2004 et 2016, un "système" pour payer avec de l'argent du Parlement européen des salariés du Front national (l'ancien nom du parti), qui traversait alors des difficultés financières.

Elle avait été condamnée à quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme, 100.000 euros d'amende et surtout une peine d'inéligibilité de cinq ans avec exécution immédiate, brisant son élan vers la présidentielle.

Les faits reprochés sont "graves", car ils se sont déroulés "sur 11 années" et "en regard du montant des sommes détournées, plus de 2,8 millions d'euros", a souligné mercredi la présidente de la cour d'appel.

Mais les peines d'inéligibilité ont été pondérées par "la liberté des candidatures" et "le libre choix des électeurs", "condition de l'expression démocratique", a-t-elle ajouté.


Marine Le Pen, condamnée à 15 mois ferme d'inéligibilité, peut a priori être candidate à la présidentielle

Marine Le Pen, condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, peut a priori être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de bracelet électronique. (AFP)
Marine Le Pen, condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, peut a priori être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de bracelet électronique. (AFP)
  • La cheffe de file de l'extrême droite avait conditionné sa candidature à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. Elle doit s'exprimer au journal de 20h de TF1
  • "Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n'est pas le cas si vous êtes porteur d'un bracelet électronique", avait-elle déclaré sur la chaîne LCI

PARIS:  Marine Le Pen, condamnée mardi à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, peut a priori être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de bracelet électronique.

La cheffe de file de l'extrême droite avait conditionné sa candidature à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. Elle doit s'exprimer au journal de 20h de TF1.

Mme Le Pen avait conditionné mercredi sa candidature à l'absence de condamnation au port d'un bracelet. "Quand on est un candidat à la présidentielle, il faut être totalement libre de ses mouvements, et ça n'est pas le cas si vous êtes porteur d'un bracelet électronique", avait-elle déclaré sur la chaîne LCI.