De Sara Samir à Dunya Aboutaleb: Cinq femmes arabes à suivre aux Jeux olympiques de Paris

Cinq femmes arabes à suivre aux Jeux Olympiques de Paris, de gauche à droite : Sara Samir, Kaylia Nemour, Dunya Aboutaleb, Ray Bassil et Fatima Ezzahra Gardadi. (Screesnhot/X/Instagram)
Cinq femmes arabes à suivre aux Jeux Olympiques de Paris, de gauche à droite : Sara Samir, Kaylia Nemour, Dunya Aboutaleb, Ray Bassil et Fatima Ezzahra Gardadi. (Screesnhot/X/Instagram)
Short Url
Publié le Lundi 22 juillet 2024

De Sara Samir à Dunya Aboutaleb: Cinq femmes arabes à suivre aux Jeux olympiques de Paris

  • Les Jeux olympiques de Paris 2024 approchent à grands pas et il y a de quoi se réjouir de la présence d'athlètes arabes à ces jeux.
  • Quatre femmes représentant des pays arabes ont réussi à décrocher des médailles à Tokyo 2020.

PARIS : Les Jeux olympiques de Paris 2024 approchent à grands pas et il y a de quoi se réjouir de la présence d'athlètes arabes à ces jeux.

Quatre femmes représentant des pays arabes ont réussi à décrocher des médailles à Tokyo 2020 - le trio égyptien Feryal Abdelaziz (médaille d’or en karaté), Hedaya Malak (médaille de bronze en taekwondo) et Giana Farouk (médaille de bronze en karaté), ainsi que Kalkidan Gezahegne de Bahreïn (médaille d’argent en athlétisme) - et il pourrait y en avoir d'autres à Paris.

Voici cinq femmes arabes à suivre lors de ces Jeux olympiques :

Sara Samir (Égypte) - Haltérophilie

L'haltérophile Sara Samir a marqué son nom dans l’histoire lorsqu'elle a décroché la médaille de bronze dans l'épreuve des 69 kg aux Jeux olympiques de Rio en 2016, devenant ainsi la première femme médaillée de l'Égypte. Elle n'avait que 18 ans à l'époque et a dû sauter ses examens de fin d'année pour participer à la compétition.

Médaillée d'or aux Championnats du monde 2022 et 2023 dans la catégorie des -76kg, Samir se rend à Paris en tant que sérieuse candidate pour la médaille, dans l'épreuve ultra compétitive des 81kg, où elle défiera des athlètes comme la médaillée d'or des -76kg des Jeux olympiques de Tokyo, l'Équatorienne Neisi Dajomes, le Norvégien Solfrid Koanda et l'Australienne Eileen Cikamatana.

Les exploits de Sara Samir, connue dans les compétitions sous le nom de Sara Ahmed, 20 ans, ont stimulé la participation féminine aux championnats égyptiens d'haltérophilie. (AFP)
Les exploits de Sara Samir, connue dans les compétitions sous le nom de Sara Ahmed, 20 ans, ont stimulé la participation féminine aux championnats égyptiens d'haltérophilie. (AFP)

Samir, âgée de 26 ans, a été choisie comme l'un des deux porte-drapeaux de l'Égypte lors de la cérémonie d'ouverture - aux côtés du pentathlonien moderne Ahmed Elgendy, médaillé d'argent aux Jeux olympiques - et vise la plus haute marche du podium à Paris, après avoir été forcée de manquer les Jeux olympiques de Tokyo 2020 en raison de la suspension de la fédération d'haltérophilie de son pays.

“Je m'entraîne rigoureusement pour Paris. Je suis techniquement et physiquement prête à concourir. Mon objectif est de remporter l'or malgré la forte concurrence. Je ne renoncerai pas à mon rêve, quoi qu'il arrive”, a déclaré Samir à l'AFP.

La compétition d'haltérophilie de Samir aura lieu à Paris le 10 août.

Kaylia Nemour (Algérie) - Gymnastique artistique

À 17 ans, Kaylia Nemour est déjà entrée dans l'histoire.

Avec un numéro de barres asymétriques surprenant qui provoque des cris de joie à chaque fois qu'elle l'exécute, Nemour est devenue la première gymnaste représentant un pays africain à décrocher une médaille aux championnats du monde lorsqu'elle a décroché la médaille d’argent à son agrès fétiche à Anvers l'automne dernier.

Cette année, l'Algérienne née en France a poursuivi sur sa lancée en remportant l'or dans trois des quatre épreuves de la Coupe du monde (à Cottbus, Bakou et Doha), et se rend à ses premiers Jeux olympiques en tant que favorite pour le titre aux barres asymétriques.

L'Algérienne Kaylia Nemour a remporté samedi la médaille d'or au sol pour le compte de la  quatrième et dernière étape de la Coupe du monde 2024 de Gymnastique artistique. Doha (Qatar).
L'Algérienne Kaylia Nemour a remporté samedi la médaille d'or au sol pour le compte de la  quatrième et dernière étape de la Coupe du monde 2024 de Gymnastique artistique, Doha (Qatar).

Si elle prend le podium à Paris, elle deviendra la première gymnaste africaine ou arabe à décrocher une médaille olympique en gymnastique.

“C’est magnifique ce qu’elle fait”, a déclaré la championne olympique en titre des barres irrégulières, Nina Derwael, selon sporza.be. “Je ne pense pas que quelqu’un va lui prendre la médaille d’or à Paris”.

La qualification féminine en gymnastique artistique débute à Paris le 28 juillet avec la finale des barres irrégulières prévue pour le 4 août.

Dunya Aboutaleb (Arabie saoudite) — Taekwondo.

La première femme saoudienne à se qualifier directement pour les Jeux olympiques — sans avoir besoin d’une invitation spéciale ou d’un wildcard — cherche à consolider son nom dans les livres d’histoire en prenant le podium dans l’événement -49kg de taekwondo à Paris cet été.

Dunya Aboutaleb a fait une apparition spectaculaire lorsqu’elle a décroché la médaille de bronze aux championnats du monde de taekwondo à Guadalajara en 2022.

Elle a grandi en s’entraînant avec des garçons parce qu’il n’y avait pas de filles qui s’entrainaient au taekwondo en Arabie saoudite et elle se couvraient les cheveux avec un foulard ou un chapeau pour mieux appartenir à la masse.

Shaddad Al-Omari, président de la Fédération saoudienne de taekwondo, avec Donia Abu Taleb (Fédération saoudienne de taekwondo)
Shaddad Al-Omari, président de la Fédération saoudienne de taekwondo, avec Donia Abu Taleb (Fédération saoudienne de taekwondo)

Aujourd’hui, âgée de 27 ans et entraînée par Kurban Bogdaev, qui a aidé le Tunisien Mohamed Khalil Jendoubi à remporter la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Tokyo 2020, Aboutaleb a de grands espoirs pour Paris.

“En tant que première Saoudienne à se qualifier pour les Jeux olympiques, je suis au stade de ‘tuer ou être tuée’”, a déclaré Aboutaleb à l'AFP. “J'ai atteint un stade où je dois accomplir quelque chose”.

La compétition des -49kg d'Aboutaleb aux Jeux olympiques aura lieu le 7 août.

Ray Bassil (Liban) - Tir

Ancien numéro-un mondial du tir au ball-trap et championne d'Asie en titre, Ray Bassil se rend à ses quatrièmes Jeux olympiques ce mois-ci avec les yeux rivés sur le podium.

Âgée de 35 ans, elle a remporté l'or à la Coupe du monde de Bakou il y a deux mois, ce qui a renforcé sa confiance à l'approche des Jeux de Paris.

La Libanaise Ray Bassil, tireuse de ball-trap, se rend aux Jeux olympiques de Tokyo avec pour mission de remporter une médaille et de répandre un peu de joie parmi les Libanais qui luttent contre la crise économique. (AFP)
La Libanaise Ray Bassil, tireuse de ball-trap, se rend aux Jeux olympiques de Tokyo avec pour mission de remporter une médaille et de répandre un peu de joie parmi les Libanais qui luttent contre la crise économique. (AFP)

“Pour moi, c'est spécial parce que cela me redonne beaucoup de confiance. C'est aussi l'occasion d'évaluer l'ensemble de mon entraînement depuis le début de l'année jusqu'à aujourd'hui. Je suis très heureuse que mon travail porte ses fruits”, a-t-elle déclaré dans une entrevue accordée à la Fédération internationale de tir sportif.

“J'espère vraiment que ce sera un bon départ pour les Jeux olympiques. Ce n'est qu'un pas vers l’avant”.

Les qualifications pour le trap féminin aux Jeux olympiques débutent le 30 juillet.

Fatima Ezzahra Gardadi (Maroc) - Athlétisme

L'ascension rapide de Fatima Ezzahra Gardadi dans le monde du marathon est tout à fait remarquable.

La Marocaine de 32 ans courait à l'origine sur les distances de 5 kilomètres, 10 kilomètres et semi-marathon, mais elle est passée au marathon complet en 2019.

Elle a remporté son premier marathon à Marrakech en 2022, battant au passage le record du parcours.

Gardadi est ensuite entrée dans l'histoire lors des Championnats du monde d'athlétisme de Budapest l'année dernière en décrochant la médaille de bronze, devenant ainsi la première femme marocaine ou arabe à remporter une médaille aux Championnats du monde de marathon. Cela lui a permis de se qualifier pour les Jeux olympiques de Paris.

Cette année, Gardadi n'a pas ralenti son rythme. Elle a réalisé un record personnel de 2:24:12 au marathon de Xiamen en Chine en janvier, avant de se classer huitième avec un temps de 2:24:53 parmi l’élite lors du prestigieux marathon de Boston en avril.

Gardadi fera ses débuts olympiques à Paris, où elle espère devenir la première médaillée du Maroc depuis 2008.

Le marathon féminin des Jeux olympiques de Paris est prévu pour le 11 août.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 

 

 


« Arduna » à AlUla : quand l’art contemporain scelle une coopération culturelle historique entre la France et l’Arabie saoudite

Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement. (AFALULA)
Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement. (AFALULA)
Short Url
  • Présentée comme un geste artistique fort autant qu’un acte de confiance entre deux nations, Arduna s’inscrit dans la continuité de l’accord intergouvernemental signé en 2018
  • « Cette décision de nos chefs d’État s’inscrivait dans une vision partagée : celle du soutien de la France à la transformation de l’Arabie saoudite, initiée par le Prince héritier dans Vision 2030»

ALULA: L’inauguration de l’exposition Arduna marque une étape fondatrice dans le développement culturel de l’Arabie saoudite et dans la coopération franco-saoudienne. Inédite par son ampleur et première du genre en Arabie saoudite et au Moyen-Orient, cette exposition est le fruit d’un commissariat conjoint entre le futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla et le Centre Pompidou, avec le soutien de l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA).

Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement :

« C’est un grand honneur d’être à vos côtés ici ce soir pour inaugurer “Arduna”, exposition fondatrice et inédite dans son ampleur. Je dis fondatrice, parce qu’elle est à la fois un geste artistique majeur, et un geste de confiance entre nos deux pays. »

Un jalon issu de l’accord intergouvernemental de 2018

L’exposition s’inscrit directement dans le prolongement de l’accord intergouvernemental signé en 2018 par la France et l’Arabie saoudite, en présence du Président Emmanuel Macron et de Son Altesse Royale le Prince héritier Mohammed ben Salmane. Cet accord a ouvert une coopération ambitieuse autour du développement culturel, patrimonial, environnemental et humain d’AlUla, en cohérence avec la Vision 2030 du Royaume.

Jean-Yves Le Drian a rappelé la vision commune à l’origine de cet engagement :

« Cette décision de nos chefs d’État s’inscrivait dans une vision partagée : celle du soutien de la France à la transformation de l’Arabie saoudite, initiée par le Prince héritier dans Vision 2030. L’art et la culture, la valorisation du patrimoine comme l’élan de la création y jouent un rôle majeur. »

Aujourd’hui, les résultats de cette coopération sont visibles et concrets, notamment à travers l’inauguration du pavillon d’exposition, première étape vers le futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla prévu à l’horizon 2030.

« Arduna », une exposition ancrée dans son territoire

Intitulée Arduna – « Notre Terre » –, l’exposition revendique un lien étroit avec l’identité d’AlUla. Une approche que Jean-Yves Le Drian a tenu à distinguer de modèles d’expositions décontextualisées :

« “Arduna” n’est pas une exposition “posée” sur un territoire, hors sol. C’est un modèle de programmation à l’écoute de son temps et surtout à l’écoute d’AlUla et de son identité très singulière, celle d’un territoire où la nature, l’archéologie, la mémoire et l’avenir se répondent à chaque instant. »

Il insiste également sur la démarche de co-construction :

« L’idée n’était pas d’importer un récit, mais de co-développer une exposition et, au-delà, une vision, ancrée dans l’exceptionnelle magie de ce lieu. »

Les commissaires de l’exposition, Candida Pestana et Anne Hiddleston Galloni, ont été saluées pour leur travail approfondi et leur implication tout au long de la préparation de cet événement.

Une première concrétisation du futur musée d’art contemporain d’AlUla

Au-delà de l’exposition, Arduna constitue la première réalisation tangible du partenariat stratégique conclu en 2023 entre la Commission Royale pour AlUla et le Centre Pompidou. Ce partenariat vise à accompagner la création du futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla, appelé à devenir une institution de référence internationale.

Jean-Yves Le Drian a souligné l’engagement global du Centre Pompidou :

« Je suis reconnaissant au Centre Pompidou d’avoir mobilisé son expertise dans tous les domaines : le commissariat, la scénographie, la production, la médiation, l’édition, mais aussi l’accompagnement architectural du pavillon, ainsi que les actions de formation et de mentorat de la future équipe du musée. »

Le futur musée, conçu par l’architecte Lina Gotmeh, se veut à la fois international et profondément enraciné dans son environnement local, notamment à travers son dialogue avec l’espace voisin de Daïmumah.

Une dynamique culturelle franco-saoudienne durable

L’inauguration de Arduna s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération culturelle entre la France et l’Arabie saoudite à AlUla. Jean-Yves Le Drian a rappelé l’ouverture récente de la Villa Hégra, autre jalon majeur de ce partenariat :

« La Villa Hégra témoigne de ce que nous sommes en mesure de construire ensemble : un lieu de création, de recherche, de résidence et de transmission, où les scènes françaises, francophones et saoudiennes se rencontrent et projettent des coopérations fortes. »

La culture comme langage commun

En conclusion, le président d’AFALULA a résumé l’esprit de cette coopération :

« Ce soir, nous inaugurons une exposition. Mais plus profondément, nous célébrons une belle histoire : celle d’un partenariat qui se construit dans la durée, qui investit dans la confiance, et qui choisit la culture comme langage commun. »

L’exposition Arduna illustre ainsi l’ambition partagée de faire d’AlUla un pôle culturel majeur, où le patrimoine exceptionnel du territoire dialogue avec la création contemporaine, au cœur d’un partenariat stratégique entre le Royaume d’Arabie saoudite et la France.


AlUla: l’exposition « Arduna », fonde un socle de dialogue et de culture

Short Url
  • AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO
  • Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures

PARIS: Au cœur du nord-ouest de l’Arabie saoudite, à plus de 1 100 kilomètres de Riyad, l’oasis d’AlUla s’impose progressivement comme l’un des laboratoires culturels les plus ambitieux du Moyen-Orient.

Territoire aux paysages spectaculaires et au patrimoine plurimillénaire, marqué par les civilisations lihyanite et nabatéenne, AlUla n’est plus seulement un site archéologique d’exception, mais devient un véritable projet de civilisation.

arduna

L’exposition « Arduna » (Notre terre), présentée dans le cadre de la 5ᵉ édition du Festival des arts d’AlUla, en est aujourd’hui l’une des expressions les plus abouties.

Organisée dans les espaces préfigurateurs du futur musée d’art contemporain saoudien, l’exposition incarne une coopération culturelle structurante entre la France et l’Arabie saoudite, portée conjointement par l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA) et la Commission royale pour AlUla (RCU), avec le concours du Centre Pompidou.

Plus qu’un événement artistique, « Arduna » s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à faire de l’art un pilier du développement territorial, social et symbolique d’AlUla.

Un dialogue entre patrimoine et création contemporaine

AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures.

C’est dans le cadre de cet héritage que s’inscrit aujourd’hui la politique culturelle conduite par la Commission royale pour AlUla, en lien étroit avec AFALULA, fer de lance de la coopération franco-saoudienne.

L’objectif est clair : préserver le patrimoine tout en l’inscrivant dans le présent, relier l’histoire longue du territoire à la création contemporaine internationale et faire d’AlUla un espace vivant, habité et partagé.

Depuis cinq ans, le Festival des arts d’AlUla joue un rôle central dans cette transformation. Il a progressivement installé la région comme un foyer de création et de rencontres artistiques, en dialogue constant avec le paysage, les habitants et l’histoire du lieu.

Dans ce contexte, l’exposition « Arduna » marque une étape décisive. Conçue par deux commissaires — Anna Hiddleston, du Centre Pompidou, et Candida Pestana, cheffe des commissaires pour les arts contemporains à la RCU —, elle repose sur un principe fort : le dialogue entre les œuvres, les cultures et les récits.

L’exposition est structurée en six sections, chacune mettant en regard des artistes d’horizons différents.

Ainsi, une œuvre de Vassily Kandinsky dialogue avec celles de l’artiste syro-libanaise Etel Adnan, tandis qu’un échange visuel et conceptuel s’opère entre le photographe palestinien Tarek Al-Ghoussein et l’artiste français Cyprien Gaillard.

À ces confrontations s’ajoutent des installations créées spécifiquement pour AlUla par cinq artistes contemporains : Renaud Auguste-Dormeuil, Dana Awartani, Tarek Atoui, Tavares Strachan et Ayman Zedani.

Ces œuvres inédites ancrent l’exposition dans le territoire même d’AlUla, renforçant son caractère non itinérant et profondément contextuel.

« Arduna » constitue une première majeure à plusieurs titres : il s’agit de la première exposition de cette ampleur organisée à AlUla en co-commissariat avec une grande institution internationale, et de la première exportation temporaire d’un ensemble significatif d’œuvres du Centre Pompidou depuis sa fermeture pour rénovation.

Un modèle culturel fondé sur la co-construction

Contrairement à de nombreux projets culturels dans le Golfe fondés sur la simple importation de contenus occidentaux, le modèle retenu ici privilégie la co-construction.

Sur les 75 œuvres présentées, une partie provient de prêts internationaux, tandis qu’une autre appartient à la collection constituée ces dernières années par la Commission royale pour AlUla, reflétant une politique affirmée d’acquisition et de souveraineté culturelle.

La durée de trois mois (du 31 janvier au 15 avril), conforme aux standards internationaux, permet de toucher un public local, régional et international, dans un territoire encore en phase de montée en puissance touristique, mais dont la fréquentation progresse rapidement, notamment grâce à des équipements culturels et de loisirs déjà largement fréquentés par les habitants.

Au-delà de l’exposition elle-même, « Arduna » s’inscrit dans une compétition culturelle internationale intense, alors que des artistes américains, britanniques, italiens, mais aussi de plus en plus chinois, déploient des moyens considérables en Arabie saoudite.

Pour les responsables du projet, l’horizon est clairement fixé à 2030, en cohérence avec les grandes échéances saoudiennes, dont l’Exposition universelle de Riyad. Leur ambition est de créer un pont entre AlUla, les grands sites patrimoniaux, le futur musée d’art contemporain et les grands rendez-vous internationaux, afin de faire rayonner l’oasis bien au-delà de ses frontières.

En préfigurant le futur musée d’art contemporain, « Arduna » dépasse ainsi le cadre d’une exposition temporaire et propose un nouveau modèle culturel, fondé sur le temps long, la création partagée et l’ancrage territorial.

Ce modèle fait de l’art non pas un simple outil d’attractivité touristique, mais un vecteur de sens, de dialogue et de transformation sociale.


Haute couture: ode à la nature pour les premiers pas de Matthieu Blazy chez Chanel

Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Short Url
  • Débuts très attendus de Matthieu Blazy chez Chanel : une première collection haute couture poétique et aérienne, célébrant la nature à travers transparences, plumes et motifs de champignons, sous la verrière du Grand Palais
  • Une semaine marquée par le renouveau des grandes maisons : Jonathan Anderson chez Dior, Armani sans Giorgio pour la première fois, et des défilés spectaculaires signés Rolland et Fournié, illustrant un vaste mercato qui redessine la haute couture

PARIS: Des oiseaux, des champignons et beaucoup de légèreté: Matthieu Blazy a fait mardi à Paris ses débuts en haute couture chez Chanel avec une collection toute en transparence, délicatesse et plumes, véritable ode à la nature et à la poésie.

Sous la verrière du Grand Palais, métamorphosée pour l'occasion en une forêt onirique peuplée de champignons géants et de saules pleureurs roses, le créateur franco-belge de 41 ans a voulu, à travers ce premier vestiaire, "sonder et explorer le coeur de Chanel", explique un communiqué.

Matthieu Blazy réinvente ainsi une nouvelle fois l'emblématique tailleur de la maison dans une superposition de mousseline de soie transparente aux couleurs pastel et aux broderies en forme de champignons, sous laquelle se dessinent d'élégants sous-vêtements.

Le champignon, envoyé sous forme de pendentif en guise d'invitation, se décline dans les talons de certains escarpins.

La transparence et la légèreté s'invitent également dans des robes vaporeuses et des ensembles débardeurs et jupes, assortis d'écharpes qui traînent jusqu'au sol, et même sur un pantalon en jean.

Progressivement, les matières gagnent en densité: les tissus s’épaississent, se structurent, et la collection bascule vers des tailleurs et des manteaux en tweed, dont les extrémités s'ornent de plumes légères.

--
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)

Ces plumes, d'abord discrètes, finissent par s'imposer. Elles encerclent les ourlets des robes, soulignent les lignes d'une jupe ou d'un top, avant d'envahir entièrement certains tailleurs et silhouettes du soir, transformant les mannequins en femmes-oiseaux.

Le défilé s'est conclu par la traditionnelle mariée en ensemble jupe et haut à manches longues, entièrement rebrodé comme une nuée de minuscules plumes blanches.

Une première incursion dans la haute couture qui a attiré un parterre de stars, de Nicole Kidman à Dua Lipa, en passant par Penelope Cruz et Tilda Swinton.

- Mercato -

Ce premier défilé était l'un des plus attendus de cette semaine de la haute couture, avec celui de Jonathan Anderson lundi chez Dior.

Le créateur nord-irlandais de 41 ans avait également mis la nature à l'honneur, mais à travers des silhouettes très fleuries à la fois sculpturales et aériennes.

La nomination, ces derniers mois, de ces deux quadragénaires à la tête de deux des plus prestigieuses maisons a été le point d'orgue du vaste mercato qui agite la mode depuis près de deux ans.

Débauché de Bottega Veneta en décembre 2024, Matthieu Blazy avait déjà créé l’événement. Lors de son premier défilé de prêt‑à‑porter en octobre, le créateur avait revisité les codes fondateurs de Chanel en jouant sur les contrastes — tweeds effilochés, mailles colorées, tailleurs déhanchés et jupes en plumes — un passage ovationné et salué par une critique unanime.

- Armani sans Giorgio -

Autre temps fort de cette journée, Armani a présenté en début de soirée la première collection haute couture de la maison italienne sans la supervision de son fondateur Giorgio, décédé début septembre à l'âge de 91 ans.

Cette collection est signée par sa nièce Silvana Armani, qui avait travaillé à ses côtés sur le prêt-à-porter féminin et signe ses premiers pas en haute couture.

Un premier vestiaire, que l'Italienne a voulu "comme du Armani classique, mais avec une touche d'originalité", dans lequel se déclinaient de nombreux tailleurs pantalons souples et satinés, de somptueuses robes du soir scintillantes et des blouses rebrodées de perles, dans une palette noire, blanche, rose nude et vert d'eau.

De son côté, le couturier Stéphane Rolland a investi le Cirque d'hiver pour présenter une nouvelle collection aux silhouettes toujours très structurées, entre robes de soirée, combinaisons ajustées ou aux pantalons bouffants, dans ses couleurs fétiches que sont le rouge, le noir et le blanc.

Incarné par les mannequins Adriana Karembeu et Coco Rocha, le show s'est achevé par un lâcher de colombes et la performance aérienne d'une acrobate, le tout sous le regard de la première dame Brigitte Macron, du chanteur Marc Lavoine et du cinéaste Claude Lelouch.

Julien Fournié a de son côté dévoilé un vestiaire mêlant robes de soirée aux jupes volumineuses, pièces richement ornées de strass et de broderies – parfois inspirées du graffiti, des mangas ou du cinéma de genre – ainsi que des ensembles associant vestes en jean et transparences constellées de strass façon tatouage.