L'IA inonde la campagne américaine et suscite des craintes de manipulation électorale

L'ancien président des États-Unis et candidat républicain à l'élection présidentielle de 2024, Donald Trump, montre du doigt la foule alors qu'il quitte les lieux après avoir pris la parole lors d'un meeting de campagne au Georgia State University Convocation Center à Atlanta, en Géorgie, le 3 août 2024. (AFP)
L'ancien président des États-Unis et candidat républicain à l'élection présidentielle de 2024, Donald Trump, montre du doigt la foule alors qu'il quitte les lieux après avoir pris la parole lors d'un meeting de campagne au Georgia State University Convocation Center à Atlanta, en Géorgie, le 3 août 2024. (AFP)
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Publié le Mardi 06 août 2024

L'IA inonde la campagne américaine et suscite des craintes de manipulation électorale

  • Des appels ont été lancés aux géants de la technologie pour qu'ils renforcent leurs garde-fous avant l'élection du 5 novembre, alors que plusieurs réseaux sociaux ont supprimé certaines de leurs mesures de modération de contenus
  • La semaine dernière, le patron de X (anciennement Twitter), Elon Musk, a fait face à une pluie de critiques après avoir partagé un "deepfake", une vidéo manipulée, à ses 192 millions d'abonnés

WASHINGTON: Un clip de Joe Biden qui prononce des jurons, une image de Donald Trump en train de se faire arrêter... ces contenus truqués en utilisant l'intelligence artificielle (IA) alimentent une vague de désinformation qui suscite l'inquiétude avant l'élection présidentielle américaine.

Ces fausses images, destinées à orienter les électeurs vers un camp politique, attisent les tensions dans un contexte déjà ultra-polarisé aux Etats-Unis.

Des appels ont été lancés aux géants de la technologie pour qu'ils renforcent leurs garde-fous avant l'élection du 5 novembre, alors que plusieurs réseaux sociaux ont supprimé certaines de leurs mesures de modération de contenus.

La semaine dernière, le patron de X (anciennement Twitter), Elon Musk, a fait face à une pluie de critiques après avoir partagé un "deepfake", une vidéo manipulée, à ses 192 millions d'abonnés.

Elle montre Kamala Harris et une voix imitant celle de la candidate démocrate y qualifie Joe Biden de sénile et affirme "ne pas du tout savoir gérer le pays".

Dans la publication, rien n'indiquait qu'il s'agissait d'une parodie, mis à part un emoji rieur. Certains utilisateurs ignorant qu'il s'agissait d'une vidéo truquée pouvaient donc prendre pour argent comptant ces faux propos, se sont inquiétés des chercheurs.

Dans une autre vidéo circulant en ligne, Joe Biden semble maudire ses détracteurs, y compris en utilisant des insultes anti-LBGT. Cette séquence a en fait été tirée d'un discours du président dans lequel il dénonçait la violence politique.

Le groupe PBS, qui avait diffusé le discours, a dénoncé l'utilisation de son logo sur cette vidéo manipulée.

- "Deepfakes" politiques -

"Ces exemples récents sont très représentatifs de la façon dont les +deepfakes+ seront utilisés dans la politique à l'avenir", a déclaré à l'AFP Lucas Hansen, cofondateur de l'organisation à but non lucratif CivAI.

"Même si la désinformation alimentée par l'IA est une préoccupation, l'utilisation la plus probable sera des images et vidéos truquées, dans le but d'engendrer de la colère et de renforcer la tension" politique, a ajouté l'expert.

M. Hansen a montré à l'AFP la capacité d'un "chatbot", un logiciel conçu pour générer des réponses rapides à des questions, à produire en masse de faux messages.

Alimenté par une simple requête "les bureaux de vote font payer le parking" accompagnée d'un lieu précis, par exemple Allen, au Texas, l'outil, en quelques secondes, génère une publication affirmant que les autorités d'Allen ont "discrètement introduit un ticket de stationnement à 25 dollars au niveau de la plupart des bureaux de vote".

Des tests réalisés avec un outil d'IA, Midjourney, ont par ailleurs permis de créer de fausses images de Joe Biden arrêté ou de Donald Trump à côté d'un double, selon l'organisation Center for Countering Digital Hate (CCDH).

Midjourney avait pourtant bloqué toute tentative de trucage liée aux deux présidents. Mais, selon le CCDH, les utilisateurs peuvent facilement contourner cette contrainte.

- "Toxique" -

Les observateurs préviennent que ce genre de désinformation à grande échelle risque d'aggraver les craintes des électeurs quant à la fiabilité du processus électoral.

Plus de la moitié des Américains pensent que les fausses informations générées par l'IA auront un impact sur le résultat de l'élection présidentielle, selon un sondage l'année dernière d'Axios et Morning Consult.

Et environ un tiers des Américains disent qu'ils feront moins confiance aux résultats à cause de l'IA.

Plusieurs géants de la tech ont déclaré travailler sur des systèmes permettant d'étiqueter tout contenu généré par l'intelligence artificielle.

Dans une lettre adressée aux PDG de ces entreprises, plus de 200 groupes ou organisations ont demandé des efforts urgents pour renforcer la lutte contre la désinformation générée par l'IA, notamment en interdisant les "deepfakes" dans les clips de campagne et en mettant en avant les contenues électoraux vérifiés.

L'un des signataires de la lettre, l'ONG Free Press, a dit avoir "constaté peu de substance" dans les engagements pris les plateformes en cette année électorale.

"Ce qu'on a aujourd'hui, c'est un environnement en ligne toxique où les mensonges (...) sèment la confusion chez les électeurs", a déclaré à l'AFP Nora Benavidez, responsable au sein de l'ONG.

"Il s'agit d'un point de bascule dans notre élection", a-t-elle ajouté. "Les responsables des plateformes doivent s'empresser de renforcer et d'appliquer leurs politiques contre les deepfakes."


«Continuez à manifester», «l'aide est en route», lance Donald Trump aux Iraniens

Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.  Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté. (AFP)
Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran. Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté. (AFP)
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  • La Maison Blanche avait affirmé lundi que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option"
  • Donald Trump a par ailleurs annoncé des sanctions contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25% prenant effet "immédiatement

PARIS: Donald Trump a encouragé mardi les manifestants en Iran à renverser les institutions et a promis que "l'aide" arrivait, Téhéran dénonçant de son côté des "troubles orchestrés" pour servir de prétexte à une intervention militaire américaine.

"CONTINUEZ A MANIFESTER - PRENEZ LE CONTROLE DE VOS INSTITUTIONS!!!", a écrit le président américain sur son réseau Truth social, soulignant que "beaucoup d'aide est en route".

Le président américain a menacé plusieurs fois d'intervenir militairement depuis le début le 28 décembre du mouvement, l'un des plus vastes depuis la proclamation de la République islamique en 1979.

La mission iranienne à l'ONU a accusé mardi les Etats-Unis de chercher à renverser le régime par la force, "des troubles orchestrés et le chaos servant de modus operandi pour fabriquer un prétexte à une intervention militaire".

Fils de l'ancien chah d'Iran chassé du pouvoir en 1979 et figure de l'opposition iranienne en exil aux Etats-Unis, Reza Pahlavi a assuré mardi aux manifestants que "le monde n'a pas seulement vu et entendu votre voix et votre courage, maintenant il répond".

La répression a fait au moins 734 morts selon l'ONG Iran Human Rights (IHR) basée en Norvège, qui estime toutefois que le nombre réel de morts pourrait s'élever à plusieurs milliers.

Des rapports crédibles font état "de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays", affirme également l'ONG Human Rights Watch.

De nouvelles vidéos, authentifiées par l'AFP, sont apparues sur les réseaux sociaux montrant des dizaines de corps alignés dans une mosquée au sud de la capitale iranienne.

"Tirs au hasard" 

Les condamnations internationales ont afflué mardi: l'ONU s'est dit "horrifiée" et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dénoncé un bilan "effroyable" et dit plancher sur de nouvelles sanctions contre Téhéran.

L'UE et des capitales européennes ont convoqué les ambassadeurs iraniens pour dénoncer la "répression la plus brutale et la plus sanglante contre des manifestations" depuis des années, selon Londres.

La Maison Blanche avait affirmé lundi que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option".

Donald Trump a par ailleurs annoncé des sanctions contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25% prenant effet "immédiatement".

L'Iran reste privé d'internet depuis le 8 janvier. Des défenseurs des droits humains accusent Téhéran de chercher ainsi à masquer la répression.

L'IHR évoque 10.000 arrestations.

"La violence augmente, les arrestations aussi. Les oppresseurs tirent au hasard", relate Kian Tahsildari à Istanbul, relayant le témoignage d'amis à Mashad (nord-est de l'Iran).

Téhéran "prêt à toute éventualité" 

Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.

Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté.

Les médias d'Etat diffusent en boucle des images des dégâts et rendent hommage aux membres des forces de sécurité tués.

Les autorités iraniennes ont annoncé la tenue mercredi d'une cérémonie funéraire géante à Téhéran en l'honneur des "martyrs" des derniers jours, en référence essentiellement à ceux-ci.

Depuis le début du mouvement, initialement lié au coût de la vie, le pouvoir dit comprendre les revendications portant sur des questions économiques mais accuse des "émeutiers" pilotés par l'étranger d'être à l'origine des violences.

Mardi, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a affirmé sur Al Jazeera que la décision de couper l'internet avait été prise en raison "d'opérations terroristes" dont "les ordres venaient de l'étranger".

"Nous sommes préparés pour toute éventualité et nous espérons que Washington fera un choix guidé par la sagesse. Peu importe quelle option ils choisiront, nous y sommes prêts", a-t-il ajouté.

Agé de 86 ans, l'ayatollah Khamenei a déjà été confronté à d'importants défis, notamment durant la guerre de 12 jours avec Israël en juin 2025, déclenchée par une attaque massive contre les installations militaires et nucléaires iraniennes.

Mais ces manifestations "représentent sans doute le défi le plus sérieux" pour le guide suprême "depuis des années, tant par leur ampleur que par leurs revendications politiques de plus en plus explicites", relève Nicole Grajewski, professeure au Centre de recherches internationales de Sciences Po.

Des analystes jugent cependant prématuré de prédire dans l'immédiat la chute du pouvoir théocratique iranien, soulignant que la République islamique dispose de solides leviers répressifs, à commencer par le Corps des Gardiens de la Révolution.


Des frappes en Iran sont toujours une option pour Trump, selon la Maison Blanche

Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte. (AFP)
Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte. (AFP)
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  • La répression des manifestations en Iran a fait plus de 600 morts depuis le début de la contestation selon une ONG
  • "Une chose dans laquelle le président Trump excelle est de garder toutes les options sur la table. Et les frappes aériennes sont l'une des très nombreuses options qui s'offrent au commandant en chef"

WASHNIGTON: Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte.

La répression des manifestations en Iran a fait plus de 600 morts depuis le début de la contestation selon une ONG, la République islamique faisant face à l'un de ses plus importants mouvements de contestation depuis sa proclamation en 1979.

"Une chose dans laquelle le président Trump excelle est de garder toutes les options sur la table. Et les frappes aériennes sont l'une des très nombreuses options qui s'offrent au commandant en chef", a affirmé à la presse la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt.

Toutefois, elle a assuré que "la diplomatie (était) toujours la première option pour le président".

Selon elle, une voie diplomatique reste ouverte avec l'Iran, le pouvoir adoptant un "ton très différent" lors de discussions privées avec l'émissaire américain, Steve Witkoff.

"Ce que vous entendez de la part du régime iranien est très différent des messages que l'administration (américaine) reçoit en privé, et je pense que le président veut examiner ces messages", a-t-elle ajouté.

Donald Trump "ne souhaite pas voir des gens se faire tuer dans les rues de Téhéran, et malheureusement, c'est ce à quoi nous assistons actuellement", a également assuré Karoline Leavitt.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a lui déclaré lundi qu'un canal de communication était "ouvert" entre l'Iran et Steve Witkoff, malgré l'absence de relations diplomatiques entre les deux pays ennemis.

Le pouvoir cherche à présent à reprendre la main en faisant descendre dans les rues des milliers de ses partisans, après avoir imposé une coupure totale d'internet depuis le 8 janvier.

Le président américain avait annoncé dimanche qu'une réunion avec des responsables iraniens était "en cours de préparation", sans toutefois écarter l'option militaire. "Nous pourrions devoir agir avant une rencontre", avait-il avancé, en ajoutant que l'armée américaine étudiait des "options très fortes".

 


Partez maintenant! le message des États-Unis à leurs ressortissants en Iran

Cette image, prise le 6 janvier 2026 à partir d'images UGC publiées le même jour sur les réseaux sociaux, montre les forces de sécurité iraniennes utilisant des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants au bazar de Téhéran. (Fichier/AFP)
Cette image, prise le 6 janvier 2026 à partir d'images UGC publiées le même jour sur les réseaux sociaux, montre les forces de sécurité iraniennes utilisant des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants au bazar de Téhéran. (Fichier/AFP)
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  • L'Iran ne reconnaissant pas la double nationalité et traitant les citoyens américains et iraniens ayant une double nationalité uniquement comme des ressortissants iraniens, le fait de montrer des liens avec les États-Unis pourrait conduire à la détention
  • Il a été conseillé aux citoyens américains de quitter le pays par voie terrestre, notamment via l'Arménie ou la Turquie, s'ils peuvent le faire en toute sécurité

DUBAI: L'aide à l'alerte qui montre des liens avec les États-Unis peut conduire à la détention.
Les États-Unis ont demandé à leurs ressortissants en Iran de quitter le pays immédiatement, dans un contexte d'escalade des troubles.

"Quittez l'Iran maintenant", a déclaré l'ambassade virtuelle de Téhéran, gérée par le département d'État, dans une alerte de sécurité diffusée lundi, invitant les Américains à planifier leur départ sans l'aide du gouvernement américain.

L'alerte fait état d'une escalade des manifestations, d'un risque de violence, d'arrestations, de perturbations de l'Internet et d'un renforcement des mesures de sécurité.

L'Iran ne reconnaissant pas la double nationalité et traitant les citoyens américains et iraniens ayant une double nationalité uniquement comme des ressortissants iraniens, le fait de montrer des liens avec les États-Unis pourrait conduire à la détention.

Il a été conseillé aux citoyens américains de quitter le pays par voie terrestre, notamment via l'Arménie ou la Turquie, s'ils peuvent le faire en toute sécurité. Ceux qui ne sont pas en mesure de partir ont été invités à rester dans des lieux sûrs, à éviter les manifestations, à faire profil bas et à s'assurer un accès à la nourriture, à l'eau et aux médicaments.

Les États-Unis n'ont pas de relations diplomatiques ou consulaires avec l'Iran. L'ambassade de Suisse à Téhéran joue le rôle de puissance protectrice des États-Unis en cas d'urgence.