Quelles seraient les répercussions d'une guerre totale entre le Hezbollah et Israël dans un Liban en crise ?

Israël a pris pour cible le sud du Liban en représailles aux attaques transfrontalières du Hezbollah. (AFP)
Israël a pris pour cible le sud du Liban en représailles aux attaques transfrontalières du Hezbollah. (AFP)
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Publié le Mercredi 14 août 2024

Quelles seraient les répercussions d'une guerre totale entre le Hezbollah et Israël dans un Liban en crise ?

  • Les préoccupations se sont considérablement accrues à la suite des appels lancés par des ambassades et des gouvernements arabes et occidentaux pour que leurs ressortissants quittent immédiatement le Liban
  • L'ambassade des États-Unis à Beyrouth a déclaré, vendredi, qu'elle « encourageait ceux qui souhaitent quitter le Liban à réserver le premier billet disponible »

BEYROUTH : Alors que le Liban fait face à la possibilité croissante d'une guerre totale entre le Hezbollah et Israël, il est également confronté à une véritable tempête de crises, allant de l'économie à la diplomatie.

Le groupe chiite libanais, soutenu par l'Iran, a échangé des coups de feu quasi quotidiens avec l'armée israélienne pour soutenir son allié, le Hamas, depuis que l'attaque du 7 octobre dernier, menée par le groupe militant palestinien contre Israël, a déclenché un assaut militaire sur la bande de Gaza.

Ces derniers jours, les préoccupations se sont considérablement accrues à la suite des appels lancés par des ambassades et des gouvernements arabes et occidentaux pour que leurs ressortissants quittent immédiatement le Liban. Le ministère allemand des Affaires étrangères s'est dit particulièrement inquiet au sujet du « faux sentiment de sécurité » des citoyens et a mis en garde contre les graves conséquences d'une escalade de la confrontation susceptible de dégénérer en une guerre à grande échelle.

L'ambassade des États-Unis à Beyrouth a déclaré, vendredi, qu'elle « encourageait ceux qui souhaitent quitter le Liban à réserver le premier billet disponible », tout en exhortant les citoyens américains qui choisissent de ne pas quitter le Liban « à préparer des plans d'urgence et à être prêts à s'abriter sur place pendant une période prolongée ».

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De la fumée s'échappe du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé la périphérie du village de Kfar Hamam, dans le sud du Liban, le 9 août 2024. (AFP)

Le risque d'extension du conflit au Moyen-Orient a également conduit d'autres compagnies aériennes, dont Air Algérie et Air India, à suspendre leurs vols vers le Liban. La Grande-Bretagne a conseillé à ses compagnies aériennes « de ne pas pénétrer dans l'espace aérien libanais entre le 8 août et le 4 novembre », évoquant « un risque potentiel pour l'aviation en raison des opérations militaires ».

La crainte d'une escalade à la suite de deux assassinats attribués à Israël à la fin du mois dernier – celui d'Ismaïl Haniyeh à Téhéran et du haut commandant militaire du Hezbollah, Fouad Chokr, à Beyrouth – a poussé des milliers d'expatriés libanais à fuir le pays.

Nombre d'entre eux, qui étaient arrivés quelques semaines auparavant pour passer l'été en famille, ont répondu à l'appel pressant des ambassades étrangères. Ils ont fait leurs valises à la hâte et ont quitté ce pays qui se trouve désormais au bord du gouffre.

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Les flammes ravagent une voiture visée par une frappe israélienne dans la ville méridionale de Sidon, le 9 août 2024. (AFP)

« Bienvenue au Liban. Rien n'a changé. Nous en avons l’habitude », a déclaré l'un des expatriés en partance, reflétant l'attitude résignée de quelqu'un qui connaissait les risques de rester dans le pays et de prendre un vol au départ de Beyrouth.

L'exode des expatriés a porté un coup dévastateur à l'économie libanaise. Le départ des expatriés, qui constituent la principale source de revenus de la nation, est un véritable désastre pour les petites et moyennes entreprises, en particulier dans le secteur du tourisme. Jean Beyrouti, secrétaire général de la Fédération syndicale du tourisme au Liban, a déclaré : « Si nous sacrifions le secteur du tourisme cette année, nous aurons sacrifié le Liban. »

L'économie libanaise, déjà fragile et affaiblie par des années d'instabilité politique, fait aujourd'hui l'objet de menaces encore plus grandes. La Banque mondiale avait prudemment prévu une légère croissance économique de 0,2 % pour 2023, soutenue par les transferts de fonds et le tourisme. Cependant, la situation a radicalement changé.

La monnaie nationale a perdu 95 % de sa valeur depuis l'effondrement de l'économie en 2019 et plus de 80 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté.

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Ces derniers jours, les préoccupations se sont considérablement accrues à la suite des appels lancés par des ambassades et des gouvernements arabes et occidentaux pour que leurs ressortissants quittent immédiatement le Liban. (AFP)

Jassem Ajaka, un économiste libanais, a averti que la guerre de faible intensité au sud du Liban érode l'économie. « Si les attaques se poursuivent, la situation sera plus coûteuse, car les taux d'assurance et les prix en général augmenteront. Par ailleurs, les commerçants du marché noir en profiteront », a-t-il déclaré, en faisant allusion aux opérateurs de l'économie clandestine.

Il estime que les pertes dans l'industrie touristique libanaise pourraient dépasser les 2 milliards de dollars (1 dollar = 0,91 euro), sans compter les perturbations dans les importations et les transactions bancaires. Dans l'éventualité d'une guerre totale impliquant des attaques israéliennes sur les infrastructures fragiles du Liban, les dégâts pourraient être catastrophiques, selon M. Ajaka.

« Les pertes économiques en matière de produit intérieur brut pourraient atteindre 24 à 25 %, les entreprises et les hôpitaux seraient touchés et il pourrait y avoir des pénuries de produits de base tels que le blé et le carburant. »

Depuis octobre dernier, les violences transfrontalières ont tué au moins 565 personnes au Liban, principalement des combattants, mais aussi au moins 116 civils, selon un décompte de l'AFP.

EN CHIFFRES

95 %, tel est le pourcentage de perte de valeur de la monnaie libanaise depuis l'effondrement économique de 2019.
Plus de 80 % de la population libanaise vit désormais sous le seuil de pauvreté.
565 personnes, dont des combattants, ont été tuées au Liban depuis octobre 2023.

Du côté israélien, y compris sur le plateau du Golan annexé, 22 soldats et 26 civils ont été tués, selon les chiffres de l'armée. Des dizaines de milliers de résidents ont été déplacés par les combats de part et d'autre de la Ligne bleue – la ligne de démarcation qui sépare le Liban d'Israël et du plateau du Golan.

Le Liban est profondément divisé quant à l'escalade des tensions. Alors que certains pensent que le pays peut encore éviter le pire, d'autres subissent déjà les dures réalités du conflit.

Des villes entières du Liban-Sud ont été détruites par des frappes militaires israéliennes en représailles, entraînant le déplacement de dizaines de milliers de familles.

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Un discours télévisé du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est retransmis sur des écrans géants alors que des combattants et des personnes en deuil assistent à la cérémonie funéraire du commandant Fouad Chokr, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 1er août 2024. (AFP)

Vendredi, des attaques israéliennes distinctes ont tué deux combattants du Hezbollah à Naqoura et deux membres du Hamas à Sidon, dont le responsable de la sécurité du groupe palestinien dans le camp de réfugiés palestiniens d'Aïn al-Hilwé. C'est la première fois que la ville, située à 44 km de Beyrouth, est prise pour cible.

Des drones israéliens ont été vus survolant des villages libanais le long de la frontière, utilisant des haut-parleurs pour diffuser des messages en arabe contre le Hezbollah et son chef, Hassan Nasrallah. Dans un discours télévisé prononcé lors des funérailles de Chokr le 1er août, Nasrallah a déclaré que le Hezbollah « payait le prix de son soutien à Gaza et au peuple palestinien », mais a également déclaré une « bataille ouverte sur tous les fronts ».

Le consensus général à Beyrouth est que les responsables du gouvernement libanais ont des options limitées pour éviter une catastrophe. « Tout ce que les responsables libanais peuvent faire, c'est recourir à la diplomatie du lobbying pour empêcher Israël de détruire le Liban », a déclaré à Arab News un analyste s'exprimant sous couvert d'anonymat. « Ils sont incapables d'influencer le cours des choses en ce qui concerne le Hezbollah et Israël. »

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Un homme arpente une passerelle sous un panneau d'affichage géant où l’on peut lire : « Ça suffit, nous sommes fatigués, le Liban ne veut pas la guerre » dans une rue de Beyrouth le 7 août 2024. (AFP)

La situation est très différente de celle de la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah, avec moins d'itinéraires sûrs pour ceux qui cherchent à fuir. De nombreux Libanais considèrent désormais les régions à majorité chrétienne, druze ou sunnite comme relativement sûres, contrairement aux régions à majorité chiite qui sont étroitement associées au Hezbollah.

Pour beaucoup, la menace de la guerre est une réalité bien trop familière. Mohammed Sabra, qui vit dans la banlieue sud de Beyrouth, laisse libre cours à sa frustration.

« Nous sommes contrôlés, pas choisis. Israël n'a pas besoin de prétexte pour attaquer le Liban. Tout ce que je peux faire, c'est espérer que les choses demeurent sous contrôle, car je ne peux aller nulle part. J'ai cinq enfants et le déplacement coûtera cher. »

Bilal Ghandour, propriétaire d'une bijouterie à Beyrouth, a fait part de ses inquiétudes : « Nous avons affaire à un ennemi qui n'a aucune ligne rouge. Nous sommes témoins de ce qui se passe dans la bande de Gaza. L'impact de toute guerre future sera sévère à la lumière de la crise économique dont nous souffrons. »

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Les conséquences d'un raid israélien sur le village de Chamaa, au sud du Liban, le 2 août 2024. (AFP)

Ces dernières semaines, les avions de guerre israéliens ont survolé Beyrouth à basse altitude, souvent visibles à l'œil nu. Ils ont fréquemment franchi le mur du son, provoquant les bangs supersoniques les plus forts depuis des années.

Le sentiment de peur dans la capitale libanaise est palpable, en particulier parmi les habitants des zones considérées comme des bastions du Hezbollah, notamment Dahiyé, une banlieue à majorité chiite au sud de Beyrouth.

C'est à Haret Hreik, à Dahiyé, que Chokr a été tué lors d'une frappe aérienne de l'armée israélienne le 30 juillet, apparemment en représailles à la mort de 12 enfants dans la ville majoritairement druze de Majdal Shams, sur les hauteurs du Golan, lors d'un tir de missile imputé au Hezbollah.

Pendant la guerre de 2006, Dahiyé a servi de quartier général au Hezbollah. Cette banlieue sud a été lourdement visée et endommagée par l'armée israélienne. La doctrine Dahiyé, une stratégie militaire israélienne consistant à détruire les infrastructures civiles afin de faire pression sur les régimes hostiles, porte le nom du quartier.

« Manal, une professeure d'université qui vit à Dahiyé, a fait part de ses appréhensions à Arab News sous couvert d'anonymat. « Chacun a peur pour sa famille. Je n'ai aucun plan A ou B pour le déplacement. Tous les sacs de déplacement sont prêts devant les portes des maisons des habitants de Dahiyé, même ceux qui croient en la résistance », a-t-elle déclaré.

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Un couple libanais court dans les rues devant un pont bombardé à la suite d'une attaque aérienne israélienne sur la banlieue de Beyrouth, Dahiyé, le 14 juillet 2006. (AFP)

Le Liban fait aujourd'hui face à un avenir incertain. La crise économique, combinée à la possibilité d'une guerre, a fait naître, chez beaucoup de gens, un sentiment d'impuissance. « Tout le monde est inquiet, tout est possible », a déclaré Fatima Muhaimish, une habitante de la banlieue sud de Beyrouth. « Nous n'avons pas les capacités psychologiques ou physiques pour endurer une guerre et l'horreur qu'elle laisse derrière elle. »

Alors que les Libanais se préparent à ce qui pourrait arriver, ils se posent plus de questions qu'ils n'ont de réponses. « Y a-t-il vraiment un endroit sûr au Liban si Israël lance une guerre contre le pays? » Que se passera-t-il après cette guerre et y aura-t-il d'autres guerres ?

Maher Abi Nader, analyste socio-politique, attribue ce sentiment généralisé de déni au traumatisme psychologique subi par le peuple libanais au cours des dernières décennies et, plus récemment, après l'explosion du port de Beyrouth en août 2020.

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Des sauveteurs se tiennent près d'un immeuble dont les derniers étages ont été détruits à la suite d'une frappe militaire israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth, le 30 juillet 2024. (AFP)

« L'Occident fait fi de notre lecture de la guerre. Le citoyen libanais sait comment gérer les crises aiguës. Il préfère vivre au jour le jour pour éviter le stress fatal », a déclaré M. Abi Nader à Arab News.

Dans son discours prononcé lors des funérailles de M. Chokr, M. Nasrallah a déclaré que des pays avaient demandé au Hezbollah de riposter d'une manière « acceptable », voire de ne pas riposter du tout. Mais il a ajouté qu'il serait « impossible » pour ses combattants de ne pas riposter. « Il n'y a pas de discussion à ce sujet », a-t-il déclaré. 

En l'absence de solution claire, le Liban est à nouveau sur le qui-vive, dans l'attente de ce qui semble être une guerre à grande échelle, retardée mais inévitable, entre le Hezbollah et Israël.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Dans le Kordofan soudanais, une offensive paramilitaire se profile, la ville d'El-Obeid tremble

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
  • El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR)
  • La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays

Al-Ubayyid: Dans un camp de déplacés près d'El-Obeid, dans la région soudanaise du Kordofan, Agsam Hamad brave péniblement la chaleur écrasante pour aller chercher de l'eau trouble dans un puits. Déjà assiégés, les habitants vivent dans la crainte d'un assaut des paramilitaires, qui serait le plus violent à ce jour contre cette grande ville stratégique.

"Nous faisons de longues distances pour cette eau et elle est imbuvable", dit à l'AFP cette femme de 35 ans, mère de sept enfants. "Notre situation est très difficile. Nous avons besoin de nourriture et d'eau" potable.

El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays.

Ces dernières semaines, elle a fait face à des attaques des FSR, les plus intenses jusqu'à présent.

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie.

De récentes attaques ont frappé la principale centrale électrique et les dépôts de carburant, plongeant des quartiers dans l'obscurité et mettant les pompes à eau hors service.

Les habitants doivent aujourd'hui s'en remettre à des camions-citernes, des puits et quelques points de distribution d'eau, ont-ils expliqué à l'AFP.

"Pouvoir et argent" 

L'ONU a alerté sur un renforcement de la présence des FSR autour de la ville avant un possible assaut terrestre, ce qui fait craindre une répétition des atrocités observées à El-Facher.

Cette ville du Darfour est tombée aux mains des paramilitaires en octobre dernier, lors d'une attaque présentant selon l'ONU les caractéristiques d'un "génocide".

D'après Nohad Eltayeb, de l'ONG basée aux Etats-Unis ACLED, des mouvements de troupes ont été observés au cours du mois passé à environ 60 kilomètres au nord, au sud et à l'ouest d'El-Obeid.

El-Obeid se trouve à un carrefour stratégique reliant des régions du centre et de l'est du Soudan contrôlées par l'armée, dont Khartoum, au Darfour sous contrôle des FSR à l'ouest.

Selon des analystes, sa prise consoliderait le contrôle des FSR sur l'ouest du Soudan et pourrait ouvrir la voie à une avancée vers la capitale.

El-Obeid abrite une division d'infanterie, une base aérienne, un oléoduc stratégique et un important marché de gomme arabique.

" La contrôler, c'est une question de pouvoir, de territoire et d'argent ", affirme l'analyste Kholood Khair.

Les combats et les restrictions ont pratiquement coupé tout accès à la ville, rendant de plus en plus difficile toute couverture indépendante.

De rares images obtenues par l'AFP dans le camp d'Al-Rahmaniyah montrent des femmes épuisées avançant sous un soleil accablant, des jerricans sur la tête après des heures passées à attendre de l'eau à un puits éloigné.

Trop fatigués 

Dans le camp, près de 200 familles s'entassent dans des abris précaires.

Des enfants traînent dans l'étroite zone d'ombre projetée par les huttes . Certains sont trop fatigués pour jouer, d'autres suivent silencieusement leur mère.

" Nous n'avons rien. Ni eau, ni nourriture, ni matelas ", lâche Waseela Mohamed, une grand-mère de 70 ans.

Les livraisons d'aide qui avaient réussi à atteindre le camp il y a plusieurs semaines se sont raréfiées.

" Les organisations humanitaires font ce qu'elles peuvent, mais les besoins sont bien plus importants ", explique un bénévole qui a requis l'anonymat.

A l'intérieur d'El-Obeid, les drones bourdonnent presque en permanence, raconte Adam Hussein - un pseudonyme.

"Nous ne savons pas ce qui se passe vraiment. Tout est en crise. Les civils et les infrastructures sont constamment pris pour cible ", a-t-il confié à l'AFP.

Au moment où il parlait, un drone s'est écrasé tout près, sans faire de victimes.

Alors que le prix de l'eau a doublé, que celui de la nourriture a augmenté jusqu'à 300 % et que les tarifs des transports ont aussi grimpé en flèche, de nombreux habitants sont désormais, de fait, "encerclés ", selon Kholood Khair.

"Boucliers humains" 

Mohamed Refaat, de l'Organisation internationale pour les migrations, a averti que la ville se rapprochait d'un siège total, les civils pouvant bientôt "ne plus être capables de partir ni de revenir".

Sans aide immédiate, les conditions pourraient "en quelques semaines" ressembler à celles observées à El-Facher, où les civils ont survécu en se nourrissant d'aliments pour animaux pendant 18  mois de siège, a-t-il prévenu.

Selon l'ONU, plus de 6. 000 personnes ont été tuées durant les trois premiers jours de sa chute.

Une source gouvernementale a indiqué à l'AFP que l'armée avait tenté de ralentir l'avancée des paramilitaires.

Une source proche des FSR a elle accusé l'armée d'utiliser des civils comme " boucliers humains ", estimant qu'ils devraient être évacués.

Bien que la composition démographique de la ville diffère de celle d'El-Facher, où les violences ont suivi des lignes ethniques, Noha Eltayeb prévient que les civils "pourraient néanmoins être confrontés à des pillages, des violences sexuelles et des attaques contre ceux accusés de soutenir l'armée".


Liban: nouvelles frappes israéliennes, le chef du Parlement enterre déjà l'accord-cadre

Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
  • "Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri
  • Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région

BEYROUTH: Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté.

"Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri, allié du Hezbollah pro-Iran, dans un communiqué diffusé par son parti, le mouvement Amal, dénonçant un "accord de +diktats+, pas un accord qui préserve les droits du Liban".

Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région.

Le ministère de la Santé a en outre fait état dimanche de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud.

Dans un communiqué, le Hezbollah "réaffirme que ce qu'a fait l'ennemi est une violation flagrante du cessez-le-feu auquel il s'était tenu jusque-là, et qu'il surveille et recense ces violations, se réservant le droit de défendre sa patrie et son peuple".

De son côté, l'armée israélienne a affirmé cibler des combattants du Hezbollah près de ce qu'elle appelle sa "zone de sécurité".

Elle a aussi annoncé la mort d'un soldat lors de combats, portant à 38 ses pertes dans le pays voisin, où elle affronte le mouvement islamiste. L'auteur, un "terroriste du Hezbollah", a ensuite été localisé et "éliminé par les soldats", a précisé l'armée.

Tunnel détruit 

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont par ailleurs indiqué que l'armée avait détruit un long tunnel construit par le Hezbollah dans le sud du pays.

Celui-ci "s'étendait sur plus de 200 mètres et atteignait une profondeur de plus de 25 mètres, contenait des centaines d'armes ainsi que plusieurs puits de lancement destinés à frapper l'État d'Israël et ses civils", détaille un communiqué conjoint.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à l'Iran, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.

Israël a lancé en représailles de vastes frappes aériennes et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon Beyrouth.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.

Parallèlement, Israël et le Liban ont entamé des discussions directes sous l'égide de Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Et ils ont conclu vendredi un accord-cadre, qualifié d'"historique" par Benjamin Netanyahu.

Dans un entretien téléphonique avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun a assuré que l'Etat "assumerait ses responsabilités" dans la mise en œuvre de l'accord, qui conditionne un retrait israélien du pays au désarmement du mouvement chiite. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

"Sédition" 

Le Hezbollah s'était déjà fermement opposé à l'accord, son député Hassan Fadlallah affirmant dès dimanche qu'il "ne serait pas appliqué".

Ce qu'ont fait les autorités "équivaut à une sédition" visant à passer "d'un conflit avec l'ennemi à un conflit interne", avait-t-il ajouté.

Dénonçant une "grave erreur", le chef du groupe Naïm Qassem avait fustigé samedi un texte "humiliant, honteux, qui représente un abandon de souveraineté", accusant les autorités libanaises de "légitimer la poursuite de l'occupation" israélienne.

Des partisans du Hezbollah ont manifesté vendredi soir et un correspondant de l'AFP a vu, sur la route de l'aéroport de Beyrouth longeant la banlieue sud, bastion du Hezbollah, des pancartes portant l'inscription "Le Liban d'abord" incendiées.

L'Iran a, lui, réitéré ses exigences d'un retrait total d'Israël.

"Notre objectif est de mettre fin à la guerre au Liban, permettre le retour des déplacés dans leurs foyers, mettre un terme à l'occupation et obtenir le retrait du régime sioniste du territoire libanais", a souligné le président du Parlement iranien et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, dans un appel avec son homologue libanais Nabih Berri.

 


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.