Des décennies après l'indépendance, les relations entre la France et l'Algérie demeurent très tendues

Le président français Emmanuel Macron (à droite) s'entretient avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune (à gauche) alors qu'ils participent au sommet du G7 organisé par l'Italie au centre de villégiature Borgo Egnazia à Savelletri, le 13 juin 2024. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron (à droite) s'entretient avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune (à gauche) alors qu'ils participent au sommet du G7 organisé par l'Italie au centre de villégiature Borgo Egnazia à Savelletri, le 13 juin 2024. (AFP)
Short Url
Publié le Dimanche 01 septembre 2024

Des décennies après l'indépendance, les relations entre la France et l'Algérie demeurent très tendues

  • Plusieurs historiens estiment que la reconnaissance de la colonisation française comme « crime contre l'humanité » serait plus appropriée.
  • l'Algérie a demandé à la France de restituer des crânes de résistants et des objets historiques et symboliques de l'Algérie du XIXe siècle notamment des objets ayant appartenu à l'émir Abdelkader, figure de l'anticolonialisme algérien.

ALGER : Les relations tendues entre la France et son ancienne colonie, l'Algérie, s'étaient quelque peu apaisées ces dernières années, mais un nouveau désaccord concernant le soutien de Paris au plan d'autonomie du Maroc pour le Sahara occidental contesté a mis un coup d'arrêt aux efforts de rapprochement.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui brigue un second mandat lors des élections présidentielles du 7 septembre, devait se rendre en France pour une visite d'État, mais celle-ci a été reportée à deux reprises et il est désormais douteux qu'elle ait lieu.

Le mois dernier, Alger a retiré son ambassadeur à Paris après que le président français Emmanuel Macron ait déclaré que le plan d'autonomie du Maroc était la seule solution pour le territoire.

L'Algérie, qui soutient le Front Polisario pro-indépendance du territoire, a dénoncé cette décision comme une « mesure qu'aucun autre gouvernement français n'avait prise auparavant ».

La France a colonisé l'Algérie en 1830 et ce pays d'Afrique du Nord n'a obtenu son indépendance qu'en 1962, après une guerre qui, selon les autorités, a tué plus de 1,5 million d'Algériens.

Selon des historiens français, un demi-million de civils et de combattants sont morts pendant la guerre d'indépendance, dont 400 000 Algériens.

Bien que la France ait tenté à plusieurs reprises au fil des ans de panser les plaies, elle refuse de « s'excuser ou de se repentir » pour les 132 années d'un régime souvent brutal qui s'est achevé par une guerre dévastatrice de huit ans.

Les experts accusent aujourd'hui les deux pays d'exploiter la guerre à des fins politiques actuelles.

« Le récit national sur la guerre d'Algérie est toujours dominant et lors d'une campagne comme l'élection présidentielle, les Algériens sont sensibles à ces questions dans leurs choix politiques internes », a déclaré à l'AFP Hasni Abidi, du Centre d'études CERMAM, basé à Genève.

M. Abidi a déclaré que M. Tebboune devait maintenant « réajuster ses discours électoraux pour se protéger des critiques sur la politique étrangère » après le « fiasco complet » des tentatives ratées de rétablir les relations avec M. Macron.

La semaine dernière, l'Algérie a marqué sa Journée nationale du Moudjahid commémorant les combattants de la guerre par un discours de Tebboune, dans lequel il a déclaré que la France avait eu tort de « croire qu'elle pouvait étouffer la révolution du peuple par le fer et le feu. »

En 2022, les deux pays ont créé une commission mixte d'historiens pour tenter d'aplanir les divergences historiques et d'apaiser les tensions.

Mais, selon Abidi, la commission n'a pas travaillé assez vite et « n'a pas réussi à s'affranchir de la tutelle politique ».

L'expert a déclaré que la dernière décision de la France de soutenir le plan du Maroc au Sahara occidental « portera un autre coup à la question de la mémoire » au risque de « rouvrir les vieilles blessures et les stigmates du passé colonial ».

La conquête par la France d'Alger, alors sous domination ottomane, s'est traduite par la destruction des structures socio-économiques, des déplacements massifs de population et la répression sanglante de nombreuses révoltes avant que la guerre n'éclate en 1954.

Ce chapitre de l'histoire des deux pays a été « exploité en fonction des enjeux et des intérêts du moment », a déclaré à l'AFP l'historien Hosni Kitouni.

Lors du débat d'historiens, l'Algérie a demandé à la France de restituer des crânes de résistants et des objets historiques et symboliques de l'Algérie du XIXe siècle, y compris des objets ayant appartenu à l'Emir Abdelkader, figure de l'anticolonialisme algérien.

« Ces objets se trouvent dans des musées en France où, d'un point de vue juridique, leur présence est illégale », a déclaré à l'AFP Amira Zatir, conseillère à la Fondation Emir Abdelkader.

Elle a précisé que nombre de ces objets ont été volés lorsque les forces françaises ont pillé la bibliothèque de l'émir lors de la bataille de la Smala en 1843.

L'Algérie a également demandé la restitution des archives originales des époques ottomane et coloniale qui ont été transférées à la France avant et après l'indépendance de l'Algérie.

L'Algérie demande des réparations pour les actes commis par l'ancienne puissance occupante, tels que les 17 essais nucléaires effectués dans le désert du Sahara entre 1960 et 1966.

Mustapha Boudina, un ancien combattant de 92 ans qui dirige aujourd'hui l'Association nationale des anciens condamnés à mort, estime que l'Algérie devrait exiger encore plus de réparations.

« Nous devons faire pression sur nos ennemis de l'époque pour qu'ils se repentent et s'excusent » pour leurs “nombreux crimes”, a-t-il déclaré.

Plusieurs historiens estiment qu'il serait plus approprié de reconnaître la colonisation française comme un « crime contre l'humanité ».

C'est exactement ainsi que Macron l'a décrite lors d'une visite à Alger en pleine campagne présidentielle en 2017, suscitant un tollé de la part de la droite française.

 


Bernadette Chirac, veuve du président Chirac, est décédée à 93 ans

Le président français Jacques Chirac prononce un discours en présence de son épouse, Bernadette Chirac, lors d’une cérémonie de remise de décorations au Palais de l'Élysée à Paris, le 5 mai 2006. Bernadette Chirac, veuve de l’ancien président français, est décédée le 5 juin 2026 à l’âge de 93 ans. (AFP)
Le président français Jacques Chirac prononce un discours en présence de son épouse, Bernadette Chirac, lors d’une cérémonie de remise de décorations au Palais de l'Élysée à Paris, le 5 mai 2006. Bernadette Chirac, veuve de l’ancien président français, est décédée le 5 juin 2026 à l’âge de 93 ans. (AFP)
Short Url
  • Bernadette Chirac, veuve de Jacques Chirac, est décédée à 93 ans, a annoncé sa fille Claude Chirac
  • Ancienne Première dame et élue de Corrèze pendant plus de 35 ans, elle était également connue pour son engagement avec l’opération Pièces Jaunes

PARIS: Bernadette Chirac, veuve de l'ancien président de la République Jacques Chirac, est décédée vendredi soir à l'âge de 93 ans, a annoncé samedi matin à l'AFP sa fille Claude Chirac.

Mme Chirac, née Bernadette Chodron de Courcel, "s'est éteinte dans la soirée", dans les Hauts-de-Seine, "paisiblement, entourée des siens. Elle venait d'avoir 93 ans", le 18 mai, a déclaré sa fille.

Elle aura été la seule première dame à avoir elle-même exercé un mandat politique sur son nom propre, celui de conseillère générale de Corrèze, département où elle a été élue sans discontinuer de 1979 à 2015.

Emmanuel Macron a aussitôt salué la mémoire d'une "grande dame de coeur", qui "a marqué notre histoire" et "changé tant de vies avec discrétion et obstination".

En hommage à Bernadette Chirac, le président de la République et son épouse Brigitte ont invité sur le réseau X "toutes celles et ceux qui le souhaitent à se rendre dès 15h à la Maison Élysée située en face du Palais" où "un registre de condoléances sera mis à disposition".

Epouse pendant plus de 60 ans de Jacques Chirac, restée longtemps dans l’ombre du "grand", elle a accompagné son époux tout au long de son chemin vers l’Elysée (ministères, Matignon, mairie de Paris, RPR…) jusqu’à la victoire à l’élection présidentielle de 1995, au troisième essai.

Née le 18 mai 1933 à Paris, Bernadette Chodron de Courcel a grandi dans une famille de diplomates du XVIe arrondissement de la capitale. Elève de Sciences-Po Paris, c’est dans cette grande école qu’elle rencontre Jacques Chirac, qu'elle épouse en 1956.

Le couple a eu deux filles: Laurence (1958), longtemps malade et dont le décès en 2016 avait plongé Bernadette Chirac dans une très sévère dépression, et Claude (1962), gardienne du temple chiraquien, qui a pris la suite de sa mère en se faisant élire conseillère départementale de Corrèze en 2021.

Durant le premier mandat présidentiel (1995-2002) de Jacques Chirac, elle est d’abord reléguée au second plan. Avant de jouer un rôle essentiel dans la réélection de son mari en 2002, devenue très populaire auprès des Français, notamment à la tête de l’opération Pièces jaunes en faveur des enfants hospitalisés, et la coqueluche des élus de droite, qui s’arrachent son soutien aux municipales et aux législatives.

D’allure classique et bourgeoise, réputée beaucoup plus conservatrice que son mari, dotée d’un solide sens politique, celle qui avait acquis le surnom de "Bernie" avait mis en garde Jacques Chirac en 1997 contre le désastre d’une dissolution, dont elle accablait le secrétaire général de l’Elysée d'alors Dominique de Villepin, appelé "Néron" en petit comité.

Son époux racontait aussi qu’elle avait été la seule à l’alerter sur la montée du leader du Front national Jean-Marie Le Pen lors de la présidentielle de 2002.

"Elle est la femme de ma vie, nous avons tant accompli ensemble !", disait d’elle Jacques Chirac dans ses "Mémoires". 


Ukraine : Macron, Merz et Starmer rencontreront Zelensky dimanche à Londres, annonce l’Élysée

Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo au début de la réunion E3, dans le cadre de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février 2026 à Munich. (AFP)
Le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo au début de la réunion E3, dans le cadre de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 13 février 2026 à Munich. (AFP)
Short Url
  • Emmanuel Macron, Keir Starmer et Friedrich Merz rencontreront Volodymyr Zelensky dimanche à Londres pour coordonner le soutien à l’Ukraine et accroître la pression sur l’effort de guerre russe
  • Les dirigeants feront également le point sur les initiatives visant une paix juste et durable en Ukraine, notamment dans le cadre de la Coalition des volontaires

PARIS: Emmanuel Macron, Keir Starmer et Friedrich Merz rencontreront dimanche à Londres Volodymyr Zelensky afin d'échanger sur le "soutien à l'Ukraine" et le "renforcement de la pression sur l’effort de guerre russe", a annoncé vendredi l'Elysée.

Le président français, le Premier ministre britannique et le chancelier allemand s'entretiendront d'abord tous les trois, avant de recevoir le président ukrainien. "Cette réunion permettra également de faire le point sur les travaux engagés en faveur d’une paix juste et durable en Ukraine et sur le continent européen, notamment dans le cadre de la Coalition des volontaires", a ajouté la présidence française dans un communiqué.


Algérie: les derniers obstacles judiciaires levés avant une possible grâce de Gleizes

Toutes les procédures judiciaires en Algérie dans l'affaire Christophe Gleizes sont "closes", ont annoncé ses avocats mercredi, estimant que la voie est dégagée pour que le président Tebboune accorde sa grâce au journaliste sportif français qui purge une peine de sept ans de prison. (AFP)
Toutes les procédures judiciaires en Algérie dans l'affaire Christophe Gleizes sont "closes", ont annoncé ses avocats mercredi, estimant que la voie est dégagée pour que le président Tebboune accorde sa grâce au journaliste sportif français qui purge une peine de sept ans de prison. (AFP)
Short Url
  • Le journaliste sportif français avait été arrêté en mai 2024 en Kabylie (nord-est) où il réalisait un reportage sur la JSK, une prestigieuse équipe de foot, puis condamné en juin 2025 à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme"
  • Il avait retiré en mars un pourvoi en cassation et le dernier obstacle à une éventuelle grâce présidentielle résidait dans le pourvoi déposé par le procureur général

ALGER: Toutes les procédures judiciaires en Algérie dans l'affaire Christophe Gleizes sont "closes", ont annoncé ses avocats mercredi, estimant que la voie est dégagée pour que le président Tebboune accorde sa grâce au journaliste sportif français qui purge une peine de sept ans de prison.

Les avocats Amirouche Bakouri et Emmanuel Daoud ont fait savoir dans un communiqué sur Facebook que la Cour de cassation avait "définitivement statué" sur ce dossier en date du 25 mai. Elle a "pris acte du désistement du pourvoi" de M. Gleizes et a "rejeté au fond" un autre recours introduit par le parquet.

Le journaliste sportif français avait été arrêté en mai 2024 en Kabylie (nord-est) où il réalisait un reportage sur la JSK, une prestigieuse équipe de foot, puis condamné en juin 2025 à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme", une peine confirmée en appel en décembre dernier.

Il avait retiré en mars un pourvoi en cassation et le dernier obstacle à une éventuelle grâce présidentielle résidait dans le pourvoi déposé par le procureur général.

"Le débat juridictionnel étant désormais clos, l'avenir de Christophe Gleizes relève à présent des prérogatives discrétionnaires du président" Abdelmajid Tebboune, ont ajouté les avocats à propos de la grâce du journaliste réclamée par sa famille.

L'avocat algérien et son collègue français ont dit exprimer "formellement le voeu" qu'une "mesure de grâce présidentielle soit accordée dans les plus brefs délais afin d'apporter un dénouement rapide et humain à cette affaire".

En Algérie, les présidents accordent traditionnellement leurs grâces lors des fêtes religieuses musulmanes et aussi à l'occasion de la fête du 5 juillet, qui célèbre l'indépendance du pays acquise au terme de 132 ans de colonisation française et huit années d'une guerre sanglante (1954-1962).

"Seule issue" 

"Nous attendions cette nouvelle depuis (...) mi-mars et nous en sommes particulièrement heureux", a déclaré à l'AFP Sylvie Godard, la mère du journaliste.

Le sort de M. Gleizes, qui fait partie de nombreux sujets de tension entre Paris et Alger, a encore été évoqué ce lundi lors d'une rencontre à Paris entre le ministre de l'Intérieur algérien Saïd Sayoud et son homologue français Laurent Nuñez.

Une crise profonde avait éclaté à l'été 2024 entre les deux pays lorsque Paris avait apporté son soutien à un plan d'autonomie sous "souveraineté marocaine" pour le territoire disputé du Sahara occidental. L'Algérie, qui soutient les indépendantistes du Front Polisario, avait immédiatement rappelé son ambassadeur en France.

La crise s'était aggravée avec l'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal (gracié en novembre 2025), puis la mise en examen en avril 2025 d'un agent consulaire algérien accusé d'être impliqué dans l'enlèvement en France d'un influenceur algérien, Amir DZ.

Cette affaire avait conduit à l'expulsion réciproque d'une douzaine de diplomates et agents consulaires et au rappel de l'ambassadeur Stéphane Romatet.

Un dégel a été amorcé depuis février, marqué par le retour de l'ambassadeur à Alger et les visites en Algérie de trois ministres français.

La décision de la Cour de cassation "ouvre la voie à une grâce présidentielle, seule issue pour le drame humain que vivent Christophe Gleizes et sa famille", a indiqué à l'AFP Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières (RSF), qui chapeaute le comité de soutien à Christophe Gleizes.

"A quelques jours du coup d'envoi de la Coupe du monde", qui démarre le 11 juin aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada, "il est indispensable que Christophe retrouve les siens et la tribune presse des stades", a-t-il ajouté.