Macron se rend au Havre chez Philippe, entre commémoration et politique

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors d'une session du Conseil constitutionnel à l'occasion de la réouverture du Conseil d'État, à Paris, le 11 septembre 2024. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors d'une session du Conseil constitutionnel à l'occasion de la réouverture du Conseil d'État, à Paris, le 11 septembre 2024. (AFP)
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Publié le Jeudi 12 septembre 2024

Macron se rend au Havre chez Philippe, entre commémoration et politique

  • Le chef de l'Etat se rend dans le port normand, dont son ancien Premier ministre est le maire, pour commémorer sa libération du joug nazi en septembre 1944
  • Un échange entre eux est possible au Havre, théâtre d'une de leurs dernières sorties communes lors de la campagne de 2022

PARIS: "Ça se passera très bien, je vous le garantis." Edouard Philippe le sait, la venue d'Emmanuel Macron au Havre, jeudi, sera scrutée tant ces deux alliés peinent à cacher leur mésentente, qui s'est encore aggravée avec la candidature du premier à la succession du second.

Le chef de l'Etat se rend dans le port normand, dont son ancien Premier ministre est le maire, pour commémorer sa libération du joug nazi en septembre 1944.

Une étape imprévue dans son cycle mémoriel de ce 80e anniversaire. C'est "la première fois" que Le Havre organise "de grandes cérémonies", "en raison du traumatisme" causé par les bombardements alliés, fait-on valoir à l'Elysée.

En fin de journée, devant l'imposant monument aux morts, le maire et le président prononceront chacun un discours.

L'invitation remonte au printemps.

Une éternité: c'était avant la dissolution de l'Assemblée nationale, cette dissolution "mal pensée, mal expliquée, mal préparée", par laquelle Emmanuel Macron "a tué la majorité présidentielle", selon les mots d'Edouard Philippe, d'une dureté rare venant d'un "ami" politique.

C'était avant la défaite macroniste aux législatives, et la situation inextricable d'une Assemblée sans majorité.

- Président jusqu'au bout -

Et c'était avant l'annonce de la candidature du Havrais "à la prochaine présidentielle", le 3 septembre dans Le Point.

Le président ne peut pas briguer un troisième mandat, et les ambitions de son ancien second n'étaient un mystère pour personne. Pourtant, il a été "surpris" par l'interview, de l'aveu d'un proche.

D'abord car les deux hommes s'étaient vus la veille pendant deux heures, et que le sujet n'avait pas été évoqué. Ensuite par son timing "décalé", alors que le chef de l'Etat était en quête d'un Premier ministre.

Enfin par sa formulation. Interrogé sur l'hypothèse d'une présidentielle anticipée -- autrement dit d'une démission d'Emmanuel Macron --, Edouard Philippe "confirme" qu'il se tient prêt.

"Déstabiliser la fonction présidentielle, c'est dangereux. Surtout quand on se veut héritier du gaullisme", proteste une ministre démissionnaire, tandis qu'Emmanuel Macron fait savoir que la prochaine présidentielle "sera bien en 2027", au bout de son mandat.

Depuis, l'ex-proche d'Alain Juppé a réfuté toute "entreprise de déstabilisation du président". "Il est essentiel pour les institutions qu'il aille au bout de son mandat", a-t-il insisté.

Il n'empêche, les deux hommes se toisent depuis qu'Emmanuel Macron, lors de sa première élection en 2017, est allé chercher Edouard Philippe pour l'installer à Matignon, lui qui est alors un cadre des Républicains inconnu du grand public.

Même si le chef du gouvernement a l'habitude de dire, à l'époque, qu'il n'y a pas "une feuille de papier à cigarette" entre eux, les récits successifs convergent sur un constat: le courant n'est jamais réellement passé.

- "L'inverse" -

Et pour cause.

Là où Emmanuel Macron professe le "en même temps", Edouard Philippe a toujours continué à se dire "de droite". Le président l'encadre d'emblée, en prononçant son propre discours devant le Parlement juste avant la déclaration de politique générale de son Premier ministre.

Ce dernier, au lieu de jouer les paratonnerres, bénéficie par moments à Matignon, notamment lors du Covid, d'une popularité supérieure à celle du locataire de l'Elysée, qui finit par s'en séparer en juillet 2020.

Le gaulliste n'adhèrera jamais au parti présidentiel mais fonde, dès 2021, sa propre formation, Horizons.

"Loyal mais libre", promet alors Edouard Philippe.

Mais plus le quinquennat avance, "plus l'accent tonique" est "mis sur le mot libre", prévient aujourd'hui Christophe Béchu, secrétaire général d'Horizons. Or, ajoute-t-il, la dissolution a précipité "l'étape dans laquelle cette liberté s'est manifestée".

Le néo-candidat ne cache plus les divergences. "Généralement, quand je lui donne un conseil, il fait l'inverse", lâche-t-il en juillet.

Idem sur la lecture des institutions. "Il faut que le président préside, que le gouvernement gouverne, Michel Barnier a parfaitement raison de souligner cette nécessité", a-t-il lancé mercredi sur BFMTV, apportant un soutien enthousiaste, bien plus que le reste des macronistes, à cet autre baron de la droite que le chef de l'Etat vient de nommer à Matignon.

Un échange entre eux est possible au Havre, théâtre d'une de leurs dernières sorties communes lors de la campagne de 2022.

L'occasion de purger les différends? En attendant, Emmanuel Macron est dans une situation paradoxale, contraint de coexister avec un Premier ministre d'un camp adverse et en froid avec ses deux principaux héritiers putatifs, Edouard Philippe et Gabriel Attal.


Un défilé «massif» et européen pour le dernier 14-Juillet d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens. (AFP)
Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens. (AFP)
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  • Pour la présidence française, c'est un "symbole fort de l'Europe qui prend conscience de la dangerosité du monde et qu'il faut prendre en main son destin"
  • Cette coalition, initiée par la France et le Royaume-Uni et composée essentiellement d'Européens, s'est engagée à soutenir militairement l'Ukraine, y compris par l'envoi de soldats sur le terrain une fois un cessez-le-feu conclu

PARIS: Emmanuel Macron préside mardi pour la dernière fois le traditionnel défilé militaire du 14-Juillet, une édition 2026 voulue "massive" et qui mettra à l'honneur l'Ukraine et ses alliés, essentiellement européens.

Près de 6.700 troupes à pied, 98 avions, 31 hélicoptères et 315 véhicules: jamais autant de militaires n'auront défilé sur les Champs-Elysées afin d'illustrer "le réarmement de la France, l'autonomie stratégique de la France et le réveil stratégique européen", selon l'Elysée.

Au lendemain d'un nouveau sommet dans la capitale française des 37 pays de la "coalition des volontaires" pour l'Ukraine, la France met à l'honneur des contingents de chacun de ces pays -500 défilants au total- ainsi que 25 militaires ukrainiens qui défileront à leur suite.

Pour la présidence française, c'est un "symbole fort de l'Europe qui prend conscience de la dangerosité du monde et qu'il faut prendre en main son destin", alors que la Russie menace la sécurité du continent et que les Etats-Unis de Donald Trump sont perçus comme imprévisibles.

Cette coalition, initiée par la France et le Royaume-Uni et composée essentiellement d'Européens, s'est engagée à soutenir militairement l'Ukraine, y compris par l'envoi de soldats sur le terrain une fois un cessez-le-feu conclu, afin de dissuader la Russie de toute nouvelle offensive. "Une coalition d'illuminés et de va-t-en-guerre", a réagi lundi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky ainsi que 24 chefs d'Etat ou de gouvernement européens, parmi lesquels l'Allemand Friedrich Merz, le Britannique Keir Starmer, le Polonais Donald Tusk ou encore la Danoise Mette Frederiksen, doivent assister au défilé.

"Le message que nous envoyons au monde est le suivant: oui, la paix est notre but, oui, nous chérissons la liberté et le droit. Et oui, nous nous tenons prêts à combattre pour les défendre toujours et au prix du sang s'il le faut", a déclaré le chef de l'Etat lors de son traditionnel discours aux Armées à la veille de la fête nationale.

"Signalement stratégique" 

Le défilé sera ouvert par la Patrouille de France suivie de deux Mirage 2000 français, avec à leur bord des copilotes ukrainiens formés en France. Des avions de dix pays européens y participeront également.

Pour son dernier défilé en tant que chef des Armées, Emmanuel Macron, qui avait invité le président américain Donald Trump pour son premier en 2017, entend aussi montrer la remontée en puissance des armées sous sa présidence, au cours de laquelle le budget de défense aura doublé.

"L'engagement a été tenu, les faits sont là et l'histoire jugera", a-t-il fait valoir lundi.

La loi de programmation militaire, dont l'actualisation a été approuvée le 1er juillet par le Parlement, prévoit 436 milliards d'euros sur la période 2024-2030, soit 36 milliards de plus que dans sa version adoptée en 2023.

Selon l'Elysée, "il faut concevoir ce défilé comme un signalement stratégique, c'est-à-dire un message que la France envoie, celui d'armées puissantes qui sont capables d'entrer en premier dans un conflit, de combattre".

La France entend donc montrer ses muscles avec des avions qui voleront au-dessus des Champs-Elysées avec des maquettes d'armements sous les ailes, une première pour un 14-Juillet, ou encore des hélicoptères qui défileront "au-dessus des chars, de façon à reproduire un petit peu ce qui se passe sur le champ de bataille", explique-t-on à l'Elysée, qui entend montrer "une armée modernisée prête au combat".

Au cours du défilé seront également mis à l'honneur les militaires français déployés sur le flanc Est de l'Europe, notamment en Estonie et en Roumanie, ainsi que la Marine nationale qui célèbre ses 400 ans.


14 juillet : dans un Golfe en transformation, la France mise sur des partenariats de long terme

De gauche à droite : Sheikh Faisal Al Rawas, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Oman ; Emmanuel Macron, président de la République française ; Gérard Wolf, MEDEF International ; et Lionel Rabin, président du Conseil d'affaires conjoint Oman-France. (Fournie)
De gauche à droite : Sheikh Faisal Al Rawas, président de la Chambre de commerce et d'industrie d'Oman ; Emmanuel Macron, président de la République française ; Gérard Wolf, MEDEF International ; et Lionel Rabin, président du Conseil d'affaires conjoint Oman-France. (Fournie)
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  • Les pays du Golfe redéfinissent leurs partenariats autour de la sécurité, de l’innovation et de la création de valeur à long terme, au-delà des seuls échanges commerciaux
  • La France, grâce à son ancrage historique et à une coopération diversifiée, reste un partenaire stratégique pour des pays comme Oman et les Émirats arabes unis

DUBAÏ: Le 14 juillet ne se limite pas à la célébration de l’histoire et des valeurs françaises. Il offre aussi un regard sur la place de la France auprès de ses partenaires internationaux. Dans le Golfe, où les équilibres économiques et géopolitiques évoluent rapidement, les attentes en matière de coopération changent. Les États de la région ne recherchent plus uniquement des fournisseurs ou des investisseurs, mais des partenaires capables de s’inscrire dans la durée.

Sécurité, diversification économique, innovation technologique, souveraineté industrielle et développement des compétences sont désormais au cœur des relations entre les pays du Golfe et leurs partenaires internationaux. Dans un environnement régional en mutation rapide, les questions de défense et de sécurité sont de plus en plus liées aux enjeux économiques.

La relation entre la France et Oman illustre cette évolution. Pour Lionel Rabin, fondateur et Managing Director de Haltiqa – Bridging Energies et président du Oman–France Joint Business Council, « la relation avec la France illustre ce qui définit aujourd’hui un partenariat stratégique de long terme : la confiance, la continuité et la capacité à contribuer concrètement aux priorités nationales ».

Selon lui, la coopération franco-omanaise s’est progressivement étendue « à la défense, à l’énergie, à la logistique, aux infrastructures, à l’industrie, aux technologies et à l’intelligence artificielle », avec l’objectif de transformer le dialogue politique en projets économiques concrets.

Cette évolution concerne également les Émirats arabes unis, où la relation avec la France s’est renforcée autour de secteurs stratégiques. Agnès Lopez Cruz, directrice de la CCI France-Émirats, souligne que ce partenariat repose sur « la qualité et la continuité du dialogue », mais aussi sur une coopération élargie à « l’énergie, l’innovation, les technologies de pointe et, de plus en plus, l’intelligence artificielle ».

Face aux incertitudes régionales et à la volonté des pays du Golfe de diversifier leurs économies, la France conserve plusieurs atouts : une présence historique, un dialogue stratégique établi et une coopération qui dépasse désormais les secteurs traditionnels.

À l’occasion du 14 juillet, l’enjeu est donc moins de dresser le bilan d’une relation historique que d’observer sa transformation. Dans un Golfe qui cherche à construire de nouveaux équilibres, les partenariats se mesurent désormais à leur capacité à accompagner les ambitions nationales sur le long terme.


Iran: pas de levée de sanctions «tant que» Téhéran ne renonce pas à son programme nucléaire 

Le ministre français des Affaires étrangères a assuré lundi qu'il n'y aurait "aucune levée de sanctions" européennes contre l'Iran tant que Téhéran n'aura pas renoncé à son programme nucléaire et ses actions déstabilisatrices dans la région. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères a assuré lundi qu'il n'y aurait "aucune levée de sanctions" européennes contre l'Iran tant que Téhéran n'aura pas renoncé à son programme nucléaire et ses actions déstabilisatrices dans la région. (AFP)
  • "Il n'y aura aucune levée de sanctions sur le régime iranien tant qu'il n'aura pas renoncé à son programme nucléaire, renoncé à son projet révolutionnaire qui déstabilise sa région, renoncé à son programme de missiles balistiques"
  • Interrogé sur le regain de tensions entre l'Iran et les Etats-Unis, le ministre français s'est refusé à dire que la guerre avait repris

PARIS: Le ministre français des Affaires étrangères a assuré lundi qu'il n'y aurait "aucune levée de sanctions" européennes contre l'Iran tant que Téhéran n'aura pas renoncé à son programme nucléaire et ses actions déstabilisatrices dans la région.

"Il n'y aura aucune levée de sanctions sur le régime iranien tant qu'il n'aura pas renoncé à son programme nucléaire, renoncé à son projet révolutionnaire qui déstabilise sa région, renoncé à son programme de missiles balistiques dont certains pourraient un jour être en capacité de viser l'Europe", a déclaré Jean-Noël Barrot sur BFM TV/RMC.

"Et tant qu'il n'aura pas rendu aux Iraniens la liberté de construire leur propre avenir", a-t-il ajouté.

Interrogé sur le regain de tensions entre l'Iran et les Etats-Unis, le ministre français s'est refusé à dire que la guerre avait repris.

"Le constat, c'est qu'il y a un accord qui a été trouvé et qui permet des choses très simples, c'est-à-dire l'arrêt des hostilités, la réouverture du détroit d'Ormuz et le démarrage d'une négociation pour encadrer strictement le programme nucléaire iranien", a-t-il dit.

Il a de nouveau appelé toutes les parties à revenir "au protocole de négociation qui a été fixé par cet accord parce que (...) elles n'ont aucun intérêt à l'escalade".

Les Etats-Unis ont encore bombardé l'Iran, Téhéran ripostant lundi en visant des pays de la région alliés de Washington, des frappes d'une ampleur sans précédent des deux côtés depuis le cessez-le-feu du 8 avril.