A Paris, les Libanais regardent, choqués et impuissants, leur pays plonger dans la guerre

Un nuage de fumée apparaît lors d'une frappe aérienne israélienne dans la région de Haboush, au sud du Liban, le 25 septembre 2024. (AFP)
Un nuage de fumée apparaît lors d'une frappe aérienne israélienne dans la région de Haboush, au sud du Liban, le 25 septembre 2024. (AFP)
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Publié le Mercredi 25 septembre 2024

A Paris, les Libanais regardent, choqués et impuissants, leur pays plonger dans la guerre

  • Depuis trois jours, les frappes massives qui visent les bastions du mouvement islamiste, allié du Hamas palestinien, ont fait au moins 558 morts
  • Rencontré un peu plus tôt dans son restaurant libanais du centre de Paris, Georges Yazbek partage ce constat: "nous avions déjà essayé d'alerter via les réseaux sociaux sur ce qui se passait à Gaza (...) mais personne ne regarde et personne ne s'en soucie

PARIS: Depuis trois jours, Gaëlle Loutfi "ne lâche plus" son téléphone: à plus 3.000 km de chez elle, la jeune Libanaise venue étudier à Paris il y a un mois regarde, impuissante, défiler les images de destruction et les visages de victimes des bombardements israéliens.

"Mes parents ont dû quitter leur maison en catastrophe hier soir", raconte l'étudiante de 21 ans, assise sur les marches de la Maison du Liban, où le calme verdoyant du campus de la cité universitaire internationale semble irréel, en comparaison avec ce que vivent ses proches restés à Beyrouth.

Depuis trois jours, les frappes massives qui visent les bastions du mouvement islamiste, allié du Hamas palestinien, dans le sud et l'est du Liban ainsi que dans la banlieue sud de Beyrouth, ont fait au moins 558 morts et jeté des dizaines voire des centaines de milliers de personnes sur les routes.

"Plus personne ne se sent en sécurité nulle part", abonde un autre étudiant en master, Charbel Tohmé, 24 ans, qui enrage devant l'inaction des Occidentaux et de l'ONU face à l'"agression" en cours. "A force de soutenir Israël, le sentiment d'impunité est total. Ils attendent quoi, que le Liban soit totalement détruit pour réagir?"

Rencontré un peu plus tôt dans son restaurant libanais du centre de Paris, Georges Yazbek partage ce constat: "nous avions déjà essayé d'alerter via les réseaux sociaux sur ce qui se passait à Gaza (...) mais personne ne regarde et personne ne s'en soucie. C'est pareil pour le Liban".

"Nous ne pouvons rien y faire et c'est la pire chose, nous mourons de l'intérieur", lâche-t-il avec amertume.

- "Malédiction" -

Ce sentiment d'abandon, Odette Helou-Chesnot le connaît bien: elle a grandi en pleine guerre civile, celle qui a fait 150.000 morts entre 1975 et 1990. Et puis il y a eu d'autres crises, comme en 2006, le conflit de 33 jours avec Israël, déjà, qui revient "comme une malédiction, sauf que c'est sans doute plus grave cette fois".

A l'époque, cette art-thérapeute de 47 ans avait cofondé l'Association libanaise des victimes du terrorisme pour apporter, avec d'autres spécialistes, un soutien psychologique à ses compatriotes traumatisés.

En plus de la prise en charge des anciens patients, une cellule de crise a été mise en place ces jours-ci, et des collectes de médicaments sont organisées via les réseaux sociaux pour venir en aide aux hôpitaux sur place, débordés par l'afflux de blessés graves.

"Nous sommes inondés d'appels de mères en détresse qui ne savent pas où aller, ni comment expliquer à leurs enfants ce qui se passe", raconte-elle. "Je suis obligée d'annuler mes autres rendez-vous pour faire face à l'urgence."

Quant à l'acheminement de containers vers le Liban, "on est bloqués parce que beaucoup de compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers Beyrouth. On rassemble ce qu'on peut pour l'instant, et on verra plus tard", dit-elle avec fatalisme.

Sur Facebook, les Libanais de la diaspora multiplient eux aussi les appels aux dons de médicaments et d'argent pour aider les familles ayant dû fuir leurs foyers.

- Rancœurs tenaces -

Mais derrière la dénonciation unanime des "crimes israéliens" et la nécessaire solidarité face à la tragédie, les rancœurs restent profondes à l'égard des dirigeants et partis libanais, accusés d'avoir mis le pays à genoux par une gestion politique calamiteuse et une corruption généralisée.

Ces dernières années ont été marquées par la gigantesque explosion au port de Beyrouth du 4 août 2020, qui a fait plus de 200 morts, et l'une des pires crises économiques au monde depuis 1850, avec près de 80% de la population vivant désormais sous le seuil de pauvreté selon l'ONU.

"Ils n'ont cessé d'attiser les tensions religieuses, ils ont mis le pays en faillite, et encore une fois, c'est la population qui sert de bouclier humain", dénonce un autre étudiant devant la Maison du Liban, qui refuse de donner son nom "pour ne pas causer de problème" à sa famille au Liban.

Michel, un retraité en vacances à Paris, en veut au Hezbollah d'avoir entraîné son pays dans la guerre en ouvrant un nouveau front avec Israël, dont l'armée est déjà engagé dans une vaste offensive à Gaza, "à cause d'un conflit qui ne nous regarde pas".

Mais à 75 ans, il en a vu d'autres et reste malgré tout optimiste. "La guerre nous a déjà tout pris, et à chaque fois nous avons tout recommencé à zéro", dit-il en souriant. "Le Liban se relèvera, une fois de plus".


Frappes iraniennes: la France prête à «participer» à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie

 La France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l'Iran, "conformément aux accords qui la lie à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères. (AFP)
La France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l'Iran, "conformément aux accords qui la lie à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères. (AFP)
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  • "Près de 400.000 Français sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays de la région", a ajouté le ministre. "A notre connaissance, aucune victime française n'est à déplorer à ce stade", a-t-il ajouté
  • "Notre dispositif est déjà organisé localement pour faciliter les sorties par voie terrestre lorsque c'est possible, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays concernés", a-t-il détaillé

PARIS: La France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l'Iran, "conformément aux accords qui la lie à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères.

"Aux pays amis qui ont été ciblés délibérément par les missiles et les drones des Gardiens de la révolution et entraînés dans une guerre qu'ils n'avaient pas choisie -Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Irak, Bahreïn, Koweït, Oman et Jordanie- la France exprime son soutien entier et sa pleine solidarité. Elle se tient prête (...) à participer à leur défense", a affirmé Jean-Noël Barrot lors d'une conférence de presse.

"Près de 400.000 Français sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays de la région", a ajouté le ministre. "A notre connaissance, aucune victime française n'est à déplorer à ce stade", a-t-il ajouté.

"Notre dispositif est déjà organisé localement pour faciliter les sorties par voie terrestre lorsque c'est possible, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays concernés", a-t-il détaillé.

Le ministre a appelé à la "désescalade". "L'escalade militaire doit cesser au plus vite", a-t-il répété. "La prolongation indéfinie des opérations militaires sans but précis emporte le risque d'un engrenage qui entraînerait l'Iran et la région dans une longue période d'instabilité".

"Au Liban, le Hezbollah a commis une lourde faute, dont la population a payé ce matin le prix avec des dizaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés, en rejoignant un conflit dans lequel les autorités, comme le peuple libanais, refusent d'être entraînées", a-t-il poursuivi, appelant le Hezbollah à "mettre immédiatement un terme à ces opérations".

 


France - Liban: Report de la conférence de soutien aux forces libanaises

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  • À l’issue de leurs discussions, les deux chefs d’État ont décidé de reporter au mois d’avril la conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises et aux Forces de sécurité intérieure libanaises
  • Les deux dirigeants ont souligné que la gravité de la situation renforce la nécessité de préserver la stabilité libanaise, de soutenir les institutions légitimes du pays et d’assurer le rétablissement complet de sa souveraineté

PARIS: Le président du Liban, Joseph Aoun, et son homologue de la France, Emmanuel Macron, se sont entretenus le 1er mars afin d’examiner les derniers développements affectant la sécurité régionale, y compris celle de pays alliés, selon un communiqué conjoint.

À l’issue de leurs discussions, les deux chefs d’État ont décidé de reporter au mois d’avril la conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises et aux Forces de sécurité intérieure libanaises, initialement prévue le 5 mars à Paris. Les conditions actuelles, marquées par une conjoncture régionale tendue, n’étaient pas réunies pour maintenir l’événement à la date prévue.

Les deux dirigeants ont souligné que la gravité de la situation renforce la nécessité de préserver la stabilité libanaise, de soutenir les institutions légitimes du pays et d’assurer le rétablissement complet de sa souveraineté.

Ils ont également affirmé que Beyrouth, Paris et leurs partenaires internationaux continueront à coordonner leurs efforts afin de soutenir ces objectifs dans un contexte régional jugé particulièrement sensible.


Iran: la France va rehausser sa «posture» militaire dans le Golfe

La France va rehausser sa "posture" de défense au Moyen-Orient pour y protéger ses ressortissants et ses bases et soutenir les pays de la région visés par l'Iran en riposte à l'offensive israélo-américaine, a annoncé dimanche soir Emmanuel Macron. (AFP)
La France va rehausser sa "posture" de défense au Moyen-Orient pour y protéger ses ressortissants et ses bases et soutenir les pays de la région visés par l'Iran en riposte à l'offensive israélo-américaine, a annoncé dimanche soir Emmanuel Macron. (AFP)
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  • Tous les pays du Golfe ont été ciblés par des frappes iraniennes, notamment les Émirats arabes unis où un hangar d'une base française a aussi été "touché dans une attaque de drone" sur le port d'Abu Dhabi
  • La France est également en train de s'organiser pour "pouvoir rapatrier (ses ressortissants) dès que les espaces aériens seront ouverts"

PARIS: La France va rehausser sa "posture" de défense au Moyen-Orient pour y protéger ses ressortissants et ses bases et soutenir les pays de la région visés par l'Iran en riposte à l'offensive israélo-américaine, a annoncé dimanche soir Emmanuel Macron.

"Tout cela nous conduit à rehausser notre posture et notre accompagnement défensif pour être au côté de ceux avec lesquels nous avons des traités de défense", a dit le chef de l'Etat au début du deuxième conseil de défense consacré au conflit en Iran en deux jours.

Il faut "adapter la posture à l'évolution des dernières heures que rien ne justifie et que nous ne laisserons pas passer", a-t-il martelé, suggérant une possible augmentation des moyens militaires français déployés dans la région.

Tous les pays du Golfe ont été ciblés par des frappes iraniennes, notamment les Émirats arabes unis où un hangar d'une base française a aussi été "touché dans une attaque de drone" sur le port d'Abu Dhabi, sans faire de victime, a rappelé Emmanuel Macron.

La France est également en train de s'organiser pour "pouvoir rapatrier (ses ressortissants) dès que les espaces aériens seront ouverts", a-t-il ajouté.

"Nous sommes prêts à procéder aux évacuations pour nos compatriotes qui le demanderaient quand la situation le permettra", avait déjà indiqué la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.

Au deuxième jour des frappes menées par Israël et les États-Unis sur l'Iran et de la riposte de Téhéran notamment sur les pays du Golfe, Maud Bregeon a aussi assuré que la France ne pouvait "que se satisfaire" de la mort du guide suprême, Ali Khamenei.