L'Espagne se positionne à contre-courant du reste de l'UE sur les questions migratoires

Le navire de sauvetage Open Arms est à quai avant de partir pour sa mission en Méditerranée centrale, dans le port de Burriana, Castellon, Espagne, le 1er juillet 2024. (Reuters)
Le navire de sauvetage Open Arms est à quai avant de partir pour sa mission en Méditerranée centrale, dans le port de Burriana, Castellon, Espagne, le 1er juillet 2024. (Reuters)
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Publié le Mercredi 23 octobre 2024

L'Espagne se positionne à contre-courant du reste de l'UE sur les questions migratoires

  • Favorable à une politique d'accueil pour des raisons notamment économiques, le gouvernement socialiste espagnol fait figure d'exception sur les questions migratoires au sein de l'Union européenne.
  • La politique migratoire de l’Espagne n'est « pas forcément très innovatrice » ni « très ouverte », mais elle apparaît comme une alternative à mesure que ses voisins européens se tournent vers l'extrême droite selon Lorenzo Gabrielli.

MADRID : Favorable à une politique d'accueil pour des raisons notamment économiques, le gouvernement socialiste espagnol fait figure d'exception sur les questions migratoires au sein de l'Union européenne, à rebours du durcissement opéré par de nombreux pays du bloc.

Avec l'immigration, « c'est le type d'Europe dont nous voulons qui est en jeu (...) Nous devons aborder le phénomène migratoire en pensant aux générations futures et non aux prochaines élections », a mis en garde la semaine dernière le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez en marge d'un sommet européen à Bruxelles.

En ligne de mire du dirigeant socialiste : le plan de la Première ministre italienne Giorgia Meloni pour envoyer des demandeurs d'asile dans des centres situés hors de l'UE, ainsi que les politiques de plus en plus restrictives défendues par ses homologues européens.

À Bruxelles, les 27 ont ainsi haussé le ton contre l'immigration irrégulière en appelant à « agir de manière déterminée, à tous les niveaux, pour faciliter et accélérer les retours » dans les pays d'origine, dans un contexte de poussée de l'extrême droite dans de nombreux pays européens.

Un discours que rejette M. Sánchez. « Si nous voulons relever le défi démographique européen, si nous voulons garantir la durabilité de nos pensions et de notre État-providence (...), nous avons besoin de la contribution de l'immigration », a-t-il insisté.

- « Cas unique » -

Ces déclarations ont mis en lumière le positionnement singulier de l'Espagne, « un cas unique dans le contexte européen », puisque les migrants illégaux peuvent y obtenir un titre de séjour après seulement trois ans de résidence, souligne Blanca Garcés, chercheuse au Centre d'études internationales de Barcelone (CIDOB).

En Espagne, l'immigration n'a pas alimenté la polarisation politique autant que dans la plupart des autres pays d'Europe : le parti d'extrême droite Vox, très hostile aux migrants, a ainsi initialement gagné en popularité pour d'autres raisons, comme la crise séparatiste en Catalogne, rappelle la chercheuse.

Mais le Parti populaire (PP), principale formation de l'opposition de droite, a emboîté le pas à Vox et la situation est en train de changer. Selon un récent sondage, l'immigration serait désormais le sujet d'inquiétude principal des Espagnols.

Pedro Sánchez court ainsi le risque d'être en porte-à-faux vis-à-vis de son opinion publique.

La singularité de l'Espagne s'explique, selon Mme Garcés, par son histoire, marquée par une longue tradition d'émigration et un fort attachement aux droits humains depuis l'avènement de la démocratie en 1975.

Elle est aussi liée aux besoins de son économie, notamment ceux du tourisme et de l'agriculture, qui manquent de main-d'œuvre et dépendent donc de l'immigration.

« Plus de la moitié des entreprises espagnoles déclarent avoir des problèmes de recrutement », a ainsi rappelé M. Sánchez, qui a effectué une tournée en Mauritanie, en Gambie et au Sénégal fin août, principaux pays de départ des migrants clandestins vers l'archipel espagnol des Canaries, où il a plaidé pour le développement de la « migration circulaire ».

Il s'agit de permettre à des migrants de travailler en Espagne avec un contrat pendant une période limitée pour répondre aux besoins d'un secteur précis avant de rentrer chez eux.

Le but est de réduire les arrivées illégales, surtout aux Canaries, débordées par l'afflux de migrants.

M. Sánchez a « une vision pragmatique », tant sur le plan économique que politique, juge Gemma Pinyol-Jiménez, du centre de réflexion InStrategies. Selon elle, le Premier ministre a tout intérêt à développer un discours à rebours de l'extrême droite. À défaut, « les gens finissent par voter pour l'original », affirme-t-elle.

- Marquer sa différence -

Pour Lorenzo Gabrielli, chercheur à l'université Pompeu Fabra de Barcelone, l'approche espagnole est toutefois plus « ambigüe » qu'il n'y paraît.

En effet, même si M. Sánchez rejette les centres de migrants dans les pays tiers, il coopère avec le Maroc et s'appuie sur ce pays pour freiner l'arrivée de migrants dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, les seules frontières terrestres de l'UE avec le continent africain.

La politique migratoire de l’Espagne n'est « pas forcément très innovatrice » ni « très ouverte », mais elle apparaît comme une alternative à mesure que ses voisins européens se tournent vers l'extrême droite, poursuit-il.

M. Sánchez compte bien continuer à marquer sa différence. Le quotidien El País a ainsi fait état cette semaine d'un projet de réforme migratoire qui sera présenté le mois prochain et qui devrait permettre de régulariser des dizaines de milliers de migrants et de réduire les délais d'attente pour obtenir des permis de séjour.


Le roi Charles III en visite d'Etat aux Etats-Unis fin avril

Le roi Charles III et la reine Camilla se rendront en visite d'Etat aux Etats-Unis fin avril, a annoncé mardi le palais de Buckingham, un déplacement contesté en pleine guerre au Moyen-Orient et dans une période de tensions entre Washington et Londres. (AFP)
Le roi Charles III et la reine Camilla se rendront en visite d'Etat aux Etats-Unis fin avril, a annoncé mardi le palais de Buckingham, un déplacement contesté en pleine guerre au Moyen-Orient et dans une période de tensions entre Washington et Londres. (AFP)
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  • Les dates de cette visite, la première de Charles III, seront communiquées ultérieurement, a précisé le palais
  • Le roi et la reine se rendront ensuite aux Bermudes, pour le premier déplacement du monarque dans un territoire d'outre-mer du Royaume-Uni depuis son accession au trône en septembre 2022

LONDRES: Le roi Charles III et la reine Camilla se rendront en visite d'Etat aux Etats-Unis fin avril, a annoncé mardi le palais de Buckingham, un déplacement contesté en pleine guerre au Moyen-Orient et dans une période de tensions entre Washington et Londres.

Leur programme "célèbrera les liens historiques et les relations bilatérales actuelles entre le Royaume-Uni et les États-Unis, à l'occasion du 250e anniversaire de l'indépendance américaine", selon un communiqué.

Les dates de cette visite, la première de Charles III, seront communiquées ultérieurement, a précisé le palais.

Le roi et la reine se rendront ensuite aux Bermudes, pour le premier déplacement du monarque dans un territoire d'outre-mer du Royaume-Uni depuis son accession au trône en septembre 2022.

Londres et Washington, liés par 250 ans d'Histoire, ont forgé une "relation spéciale" caractérisée par des liens diplomatiques, militaires et économiques très étroits.

Au cours de son règne, la reine Elizabeth II avait été reçue à quatre reprises en visite d'Etat aux Etats-Unis, notamment en 1976 pour célébrer le bicentenaire de l'indépendance américaine et en 1991, avec une adresse historique devant le Congrès américain.

Donald Trump, connu pour être un grand admirateur de la famille royale, avait déclaré mi-mars à la Maison Blanche avoir "vraiment hâte de voir le roi".

Le président américain a lui-même été reçu en septembre en visite d'Etat au Royaume-Uni pour la seconde fois, avec tout le faste royal, de la procession en carrosse au somptueux banquet au château de Windsor.

Selon l'ambassadeur américain à Londres, Warren Stephens, le président de la Chambre des représentants Mike Johnson a proposé que Charles III prononce un discours devant les deux chambres du Congrès américain.

Appels au report 

Cette visite aux Etats-Unis est annoncée en pleine guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par les frappes américano-israéliennes contre l'Iran, et aux conséquences économiques planétaires.

Donald Trump n'a pas épargné le Premier ministre Keir Starmer depuis le début du conflit, accusant le dirigeant britannique d'avoir soutenu trop mollement son grand allié américain.

"Ce n'est pas à Winston Churchill que nous avons affaire", avait-il cinglé début mars, se disant "mécontent de Londres" qui avait dans un premier temps refusé que les Etats-Unis utilisent ses bases militaires.

Le dirigeant travailliste a assuré que malgré ces déclarations, la "relation spéciale" avec Washington était "à l'oeuvre".

Son gouvernement, au pouvoir depuis juillet 2024, a pris soin de ménager ses relations avec l'administration Trump. Il s'enorgueillissait d'avoir obtenu un meilleur traitement que de nombreux pays, notamment dans les négociations sur les droits de douane.

Selon un sondage YouGov publié jeudi, près de la moitié des Britanniques (49%) sont contre cette visite.

Plusieurs parlementaires britanniques s'y opposent également. Cet honneur "ne devrait pas être accordé à quelqu'un qui insulte et porte atteinte à notre pays de façon répétée", a déclaré le chef des libéraux-démocrates, Ed Davey.

La présidente de la Commission des Affaires étrangères à la Chambre des Communes, la travailliste Emily Thornberry, a elle aussi jugé "plus sûr de reporter" la visite, par crainte que Charles et Camilla se trouvent dans une situation "embarrassante".

Tenu à une stricte neutralité politique, Charles III n'a pas fait de commentaire public sur les velléités du président américain de faire du Canada --dont le roi est le chef d'Etat-- le 51e Etat américain. Ce qui ne l'a pas empêché de défendre la souveraineté de ce pays lors d'une visite hautement symbolique en mai 2025.

Agé de 77 ans, le roi Charles a connu en plus de trois ans de règne plusieurs crises majeures. Il a été diagnostiqué en février 2024 d'un cancer pour lequel il est toujours soigné. Il est par ailleurs confronté aux répercussions de l'affaire Jeffrey Epstein, qui ont conduit en février à l'arrestation de son frère Andrew Mountbatten-Windsor, soupçonné d'avoir transmis des informations confidentielles au pédocriminel et financier américain décédé en 2019.


Guerre en Iran: «les prochains jours seront décisifs», affirme le ministre américain de la Défense

Les prochains jours de la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran seront "décisifs", a affirmé mardi le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, refusant d'écarter la possibilité de déployer des troupes sur le sol iranien. (AFP)
Les prochains jours de la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran seront "décisifs", a affirmé mardi le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, refusant d'écarter la possibilité de déployer des troupes sur le sol iranien. (AFP)
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  • "Les prochains jours seront décisifs. L'Iran le sait, et ils ne peuvent quasiment rien faire militairement contre cela", a déclaré le ministre lors d'une conférence de presse au Pentagone
  • Le ministre, qui a révélé qu'il avait rendu visite récemment à des troupes américaines déployées dans ce conflit, a affirmé que "les dernières 24 heures ont vu le plus faible nombre de drones et missiles ennemis lancés par l'Iran"

WASHINGTON: Les prochains jours de la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran seront "décisifs", a affirmé mardi le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, refusant d'écarter la possibilité de déployer des troupes sur le sol iranien.

"Les prochains jours seront décisifs. L'Iran le sait, et ils ne peuvent quasiment rien faire militairement contre cela", a déclaré le ministre lors d'une conférence de presse au Pentagone.

Le ministre, qui a révélé qu'il avait rendu visite récemment à des troupes américaines déployées dans ce conflit, a affirmé que "les dernières 24 heures ont vu le plus faible nombre de drones et missiles ennemis lancés par l'Iran".

Selon Pete Hegseth, les discussions avec l'Iran pour mettre un terme à la guerre sont en train de s'intensifier.

Ces discussions "sont bien réelles, elles sont en cours, elles sont actives et -- je pense -- se renforcent", a-t-il affirmé.

Les-Etats-Unis constatent un "va-et-vient" avec l'Iran sur les termes de ces négociations, un "fait nouveau productif", selon Pete Hegseth.

"Nous ne voulons pas avoir à faire plus militairement que ce qui est nécessaire. Mais je n'ai pas dit ça à la légère quand j'ai dit qu'en attendant, nous négocierons avec des bombes", a-t-il déclaré.

Pete Hegseth a également refusé à nouveau d'écarter la possibilité de déployer des troupes américaines sur le territoire iranien.

"Nous n'allons écarter aucune option. Vous ne pouvez pas mener et gagner une guerre si vous dites à votre adversaire ce que vous êtes prêts à faire, ou pas prêts à faire, y compris des troupes au sol", a déclaré le ministre.

"Notre adversaire pense actuellement qu'il existe 15 différentes manières avec lesquelles on pourrait s'en prendre à eux avec des troupes au sol. Et devinez quoi? C'est vrai", a-t-il ajouté.

A ses côtés, le général Dan Caine, chef d'état-major, a déclaré que les Etats-Unis avaient frappé "plus de 11.000 cibles" au cours des 30 jours passés.

 


Trump n'entend pas «aider» les pays affectés par la fermeture du détroit d'Ormuz

Donald Trump a déclaré mardi que les Etats-Unis "ne seraient plus là pour aider" les pays dont l'approvisionnement en pétrole dépend du détroit d'Ormuz. (AP)
Donald Trump a déclaré mardi que les Etats-Unis "ne seraient plus là pour aider" les pays dont l'approvisionnement en pétrole dépend du détroit d'Ormuz. (AP)
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  • Le président américain, qui veut boucler en six semaines maximum l'opération militaire lancée contre l'Iran le 28 février, avait déjà indiqué auparavant que la réouverture de cette artère vitale pour le transport mondial de brut n'était pas un impératif
  • Il a jugé mardi que la France s'était montrée "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran, en la critiquant pour avoir interdit le survol de son territoire, sans que l'on ne sache dans l'immédiat à quoi il faisait référence

WASHINGTON: Donald Trump a déclaré mardi que les Etats-Unis "ne seraient plus là pour aider" les pays dont l'approvisionnement en pétrole dépend du détroit d'Ormuz.

Le président américain, qui veut boucler en six semaines maximum l'opération militaire lancée contre l'Iran le 28 février, avait déjà indiqué auparavant que la réouverture de cette artère vitale pour le transport mondial de brut n'était pas un impératif pour lui.

"J'ai une suggestion pour tous ces pays qui n'ont plus de kérosène à cause du détroit d'Ormuz, comme le Royaume-Uni, qui a refusé de s'impliquer dans la décapitation de l'Iran: 1. achetez auprès des Etats-Unis, nous en avons plein, 2. trouvez du courage, avec retard, allez jusqu'au détroit et PRENEZ le tout simplement", a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.

"Vous allez devoir apprendre à vous défendre vous-mêmes, les Etats-Unis ne seront plus là pour vous, de la même manière que vous n'avez pas été là pour nous. L'Iran a été, pour l'essentiel, décimé. Le plus dur est fait. Allez chercher votre propre pétrole!", a conclu le président américain.

Il a plusieurs fois affirmé que la première puissance mondiale, qui produit une bonne partie du pétrole qu'elle consomme et importe le reste essentiellement du Canada et du Mexique, n'était pas affectée par la fermeture par l'Iran du détroit d'Ormuz.

Ce n'est pas le cas de nombre de pays asiatiques désormais confrontés à une crise énergétique majeure.

Les Etats-Unis n'en subissent pas moins l'impact de la hausse des cours.