Des Libanais du Sud découvrent sur Internet leurs maisons dynamitées par Israël

Des personnes inspectent les destructions sur le site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé le village oriental de Bazzaliyeh dans le district de Hermel de la vallée de la Bekaa au Liban, près de la frontière avec la Syrie, le 1er novembre 2024. (AFP)
Des personnes inspectent les destructions sur le site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé le village oriental de Bazzaliyeh dans le district de Hermel de la vallée de la Bekaa au Liban, près de la frontière avec la Syrie, le 1er novembre 2024. (AFP)
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Publié le Samedi 02 novembre 2024

Des Libanais du Sud découvrent sur Internet leurs maisons dynamitées par Israël

  • Fief du Hezbollah, théâtre depuis un an de tirs transfrontaliers, le sud du Liban est le théâtre d'une guerre ouverte depuis fin septembre entre l'armée israélienne et le mouvement proiranien
  • Fin octobre, l'agence de presse libanaise Ani nommait sept villages frontaliers où les forces israéliennes ont dynamité jour après jour des maisons

BEYROUTH: En regardant en ligne des images des opérations militaires dans le sud du Liban, Ali Mourad découvre que l'immeuble construit par son père et ses oncles dans leur village frontalier a été dynamité par les soldats israéliens.

"Un ami m'a envoyé la vidéo, en me disant de faire attention pour que mon père ne la voie pas", raconte à l'AFP ce juriste originaire d'Aïtaroun.

Le père de M. Mourad y avait sa clinique. C'est ici qu'il vivait depuis les années 2000, avec son épouse, sa fille et sa petite-fille.

En recevant la nouvelle, le pédiatre et communiste de 83 ans "est resté très solide", ajoute son fils.

Sur les images, filmées des airs, des explosions simultanées secouent plusieurs bâtisses au milieu d'un paysage bucolique à flanc de colline. Une déflagration se produit dans le petit immeuble des Mourad --à "moins d'un kilomètre" de la frontière-- qui s'effondre dans un nuage de fumée grise.

Fief du Hezbollah, théâtre depuis un an de tirs transfrontaliers, le sud du Liban est le théâtre d'une guerre ouverte depuis fin septembre entre l'armée israélienne et le mouvement proiranien.

Comme des centaines de milliers d'habitants du sud, la famille de M. Mourad est partie.

Lui-même n'a connu son village qu'à l'âge de 20 ans, après la fin de 22 années d'occupation du sud du Liban, en 2000.

- "Orphelins de leur terre" -

A 43 ans, ce père de deux enfants veut "leur donner un lien avec la terre". "J'appréhende peut-être de les voir vivre orphelins loin de leur terre, comme je l'ai vécu", reconnaît le maître de conférence à l'Université arabe de Beyrouth.

Son retour est "un droit, une obligation, pour la mémoire de mes ancêtres, le futur des enfants".

Fin octobre, l'agence de presse libanaise Ani nommait sept villages frontaliers où les forces israéliennes ont dynamité jour après jour des maisons --notamment celui d'Adaïsseh, le 26 octobre.

Ce même jour, l'armée israélienne assurait avoir utilisé "400 tonnes d'explosifs" pour détruire "un tunnel" abritant des "missiles anti-char" et des "roquettes RPG" du Hezbollah.

Et les réseaux sociaux libanais se sont insurgés lorsque la chaîne israélienne N12 a diffusé des images de son journaliste, accompagnant les militaires israéliens, appuyant sur le détonateur pour déclencher une explosion dans le sud du Liban.

C'est à Adaïsseh que la famille Baalbaki se retrouvait dans l'élégante maison en pierre blanche et tuiles d'argile, conçue par le défunt peintre Abdel-Hamid Baalbaki.

Avec la guerre, pour surveiller la demeure, son fils Lubnan Baalbaki a commencé à acheter des images satellitaires. Fin octobre, des vidéos d'opérations de dynamitage émergent. La maison Baalbaki est détruite, confirme l'artiste de 43 ans, chef d'orchestre du Philharmonique du Liban.

Dans le jardin, se trouve le mausolée de ses parents. "On essaye d'obtenir des photos pour savoir s'il a été endommagé", lâche-t-il.

Pour lui, c'est comme si ses parents étaient "morts une seconde fois".

La maison abritait une librairie renfermant près de 2.000 ouvrages, une vingtaine d'oeuvres d'arts, dont des toiles du patriarche.

"Il y avait son bureau, ses palettes, ses pinceaux, comme il les avait laissés", raconte Lubnan. "Même le tableau sur lequel il travaillait, sur un châssis."

Cette maison "c'était plus que des murs et des colonnes", explique-t-il. "C'est un projet qui nous a accompagné depuis l'enfance, nous a influencé et poussé vers l'art".

- "Crime de guerre" -

"Avec ses frappes aériennes, bulldozers, ses explosions contrôlées manuellement, l'armée israélienne a démoli illégalement des bâtiments civils et rasé des quartiers entiers, dont des maisons, des écoles, des mosquées, des églises", estime dans une récente étude la Commission nationale pour les droits humains libanaise, fustigeant une "campagne de destruction" qui représente "un crime de guerre".

Via des images satellitaires et des vidéos entre octobre 2023 et 2024, l'institution publique identifie plusieurs sites "détruits de manière injustifiée et systématique dans au moins huit villages."

Sur son site Internet, l'ONG libanaise Legal Agenda étudie l'exemple de Mhaibib. Les opérations de dynamitage ont détruit "la majorité du village (...), y compris 92 bâtiments --maisons et infrastructures civiles."

"Le droit de la guerre interdit d'attaquer des biens civils", renchérit Hussein Chaabane, journaliste d'investigation auprès de l'ONG juridique, évoquant aussi, en cas d'attaque, un "principe de proportionnalité" qui n'est pas respecté ici.

"Vous ne pouvez pas faire exploser tout un village parce que vous avez une cible militaire", martèle-t-il.


L'armée israélienne dit frapper des cibles du Hezbollah à Beyrouth

Les images retransmises en direct montrent un épais panache de fumée s'élever du site touché par la frappe sur cette vaste zone, bastion du Hezbollah pro-iranien pilonné par Israël et vidé d'une grande partie de ses habitants depuis le 2 mars. (AFP)
Les images retransmises en direct montrent un épais panache de fumée s'élever du site touché par la frappe sur cette vaste zone, bastion du Hezbollah pro-iranien pilonné par Israël et vidé d'une grande partie de ses habitants depuis le 2 mars. (AFP)
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  • Une frappe a visé lundi la banlieue sud de Beyrouth après un avertissement lancé par l'armée israélienne aux habitants de sept quartiers, selon des images de l'AFPTV
  • Les images retransmises en direct montrent un épais panache de fumée s'élever du site touché par la frappe sur cette vaste zone, bastion du Hezbollah pro-iranien pilonné par Israël et vidé d'une grande partie de ses habitants depuis le 2 mars

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé lundi mener des frappes à Beyrouth contre des infrastructures du mouvement islamiste libanais Hezbollah, un allié de Téhéran, plus d'un mois après le début de la guerre au Moyen-Orient.

L'armée "a commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah terroriste à Beyrouth", indique un court communiqué militaire.

Une frappe a visé lundi la banlieue sud de Beyrouth après un avertissement lancé par l'armée israélienne aux habitants de sept quartiers, selon des images de l'AFPTV.

Les images retransmises en direct montrent un épais panache de fumée s'élever du site touché par la frappe sur cette vaste zone, bastion du Hezbollah pro-iranien pilonné par Israël et vidé d'une grande partie de ses habitants depuis le 2 mars.

 

 

 


L'Iran confirme la mort du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution

L'Iran a confirmé lundi la mort du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, Alireza Tangsiri, qu'Israël avait dit avoir tué la semaine dernière. (AFP)
L'Iran a confirmé lundi la mort du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, Alireza Tangsiri, qu'Israël avait dit avoir tué la semaine dernière. (AFP)
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  • L'Iran a confirmé lundi la mort du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, Alireza Tangsiri, qu'Israël avait dit avoir tué la semaine dernière
  • Tangsiri, l'un des visages des forces armées les plus connus du grand public, "a succombé à des blessures graves", ont indiqué les Gardiens, l'armée idéologique iranienne, sur leur site Sepah News

TEHERAN: L'Iran a confirmé lundi la mort du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, Alireza Tangsiri, qu'Israël avait dit avoir tué la semaine dernière.

Tangsiri, l'un des visages des forces armées les plus connus du grand public, "a succombé à des blessures graves", ont indiqué les Gardiens, l'armée idéologique iranienne, sur leur site Sepah News.

 

 


Les Houthis du Yémen visent à nouveau Israël et entrent dans la guerre au Moyen-Orient

Les Houthis du Yémen ont revendiqué samedi deux attaques en quelques heures contre Israël, marquant l'entrée de ces rebelles alliés de Téhéran dans le conflit au Moyen-Orient, commencé il y a un mois. (AFP)
Les Houthis du Yémen ont revendiqué samedi deux attaques en quelques heures contre Israël, marquant l'entrée de ces rebelles alliés de Téhéran dans le conflit au Moyen-Orient, commencé il y a un mois. (AFP)
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  • Le groupe rebelle a ainsi ciblé Israël pour la première fois depuis le début de la guerre le 28 février, déclenchée par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran
  • Alors que le trafic maritime mondial est largement perturbé par le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, l'entrée des Houthis dans le conflit pourrait encore aggraver la situation

TEHERAN: Les Houthis du Yémen ont revendiqué samedi deux attaques en quelques heures contre Israël, marquant l'entrée de ces rebelles alliés de Téhéran dans le conflit au Moyen-Orient, commencé il y a un mois.

Leur porte-parole a affirmé dans un communiqué sur X que les Houthis avaient lancé "des missiles de croisière et des drones" en direction de "plusieurs objectifs vitaux et militaires" en Israël.

Le groupe rebelle a ainsi ciblé Israël pour la première fois depuis le début de la guerre le 28 février, déclenchée par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Alors que le trafic maritime mondial est largement perturbé par le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, l'entrée des Houthis dans le conflit pourrait encore aggraver la situation: le groupe avait mené de nombreuses attaques contre les navires commerciaux en mer Rouge entre 2023 et 2025, pendant la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza.

En parallèle, l'Iran poursuit ses frappes de riposte, en Israël et à travers le Golfe.

Le port omanais de Salalah, situé à l'extérieur du détroit d'Ormuz sur la mer d'Arabie, a été évacué après une attaque de drones. Ses opérations ont été suspendues pour 48 heures, d'après l'armateur danois Maersk.

Universités américaines menacées 

Les Gardiens de la révolution, armée idéologique de la République islamique, ont menacé tôt dimanche de frapper les universités américaines dans la région, après avoir fait état de deux universités en Iran endommagées par des frappes américano-israéliennes.

"Si le gouvernement américain veut que ses universités dans la région ne subissent pas de représailles (...), il doit condamner le bombardement des universités dans un communiqué officiel avant lundi 30 mars à midi", ont déclaré les Gardiens de la Révolution dans un communiqué publié par des médias iraniens.

De nombreuses universités américaines possèdent des campus dans les pays du Golfe, comme l'université Texas A&M, implantée au Qatar, ou encore la New York University, aux Emirats arabes unis.

Les Etats-Unis avaient condamné avant cela "avec la plus grande fermeté" les attaques "perpétrées en Irak par les milices terroristes agissant pour le compte de l'Iran", et notamment celle "contre la résidence privée du président de la région du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani".

Des attaques qui ont notamment pris pour cible l'ambassade américaine à Bagdad.

A Téhéran, de nouvelles explosions ont été entendues dans la soirée de samedi par des journalistes de l'AFP, dans la partie est de la capitale, déjà lourdement bombardée la nuit d'avant.

Préparatifs du Pentagone 

Les efforts diplomatiques se multiplient ces derniers jours pour tenter de mettre fin à la guerre, et des responsables turcs, pakistanais, égyptiens et saoudiens doivent se réunir dimanche et lundi à Islamabad pour des "discussions approfondies".

Les spéculations vont bon train cependant sur le déploiement de troupes américaines sur le territoire iranien.

Selon le Washington Post, qui cite samedi soir des responsables américains, le Pentagone se prépare à des opérations de plusieurs semaines sur le terrain en Iran.

De telles opérations n'iraient pas jusqu'à une invasion à grande échelle de l'Iran, ont souligné les responsables américains sous couvert de l'anonymat, mais impliqueraient plutôt des raids en territoire iranien à la fois par des membres des forces spéciales et d'autres soldats.

Selon le Washington Post, il n'était pas clair samedi si Donald Trump comptait approuver tout ou partie, voire aucun des plans du Pentagone.

L'armée américaine a annoncé samedi l'arrivée au Moyen-Orient du Tripoli, un navire d'assaut amphibie à la tête d'un groupe naval comprenant "quelque 3.500" marins et soldats du corps des Marines.

Et ces derniers jours, plusieurs médias américains ont rapporté que Donald Trump envisageait d'envoyer prochainement au moins 10.000 militaires au Moyen-Orient.

Lourd tribut des civils 

Un mois après le début de la guerre, les civils continuent de payer un lourd tribut.

En Iran, d'après les médias samedi, au moins 12 personnes ont été tuées par des frappes américano-israéliennes dans la nuit dans différentes régions d'Iran.

Onze personnes ont été blessées samedi par des éclats lors de l'impact d'un missile iranien dans le centre d'Israël, ont annoncé les secours et l'armée.

La situation empire aussi au Liban, entraîné dans la guerre dès le 2 mars lorsque le mouvement chiite Hezbollah, soutenu par Téhéran, a commencé à tirer des roquettes sur Israël.

Trois journalistes libanais ont été tués samedi par une frappe sur leur véhicule dans le sud du Liban, Israël affirmant avoir visé un membre d'une unité d'élite du Hezbollah.

Depuis début mars, les frappes israéliennes ont fait un millier de morts selon des sources officielles et un million de déplacés dans ce pays.