2024, «annus horribilis» d'Emmanuel Macron, piégé par sa dissolution

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Publié le Lundi 30 décembre 2024

2024, «annus horribilis» d'Emmanuel Macron, piégé par sa dissolution

  • Une année de tous les records institutionnels, mais des records peu enviables: un gouvernement démissionnaire pendant 51 jours, puis le bail à Matignon le plus éphémère de la Ve République pour Michel Barnier
  • Et l'avènement juste avant Noël du gouvernement de son premier allié, le centriste François Bayrou - qui devient le quatrième Premier ministre en fonctions depuis le 1er janvier -, est loin de résoudre la crise

PARIS: Emmanuel Macron voulait que ce soit l'année du "réarmement" de la France, il termine 2024 comme désarmé par sa propre dissolution.

"Annus horribilis". Rarement l'expression aura si bien décrit un moment que les douze derniers mois du chef de l'Etat, englué dans la plus grave impasse politique des dernières décennies.

Une année de tous les records institutionnels, mais des records peu enviables: un gouvernement démissionnaire pendant 51 jours, puis le bail à Matignon le plus éphémère de la Ve République pour Michel Barnier, renversé par l'Assemblée nationale lors d'une censure inédite depuis 1962.

Et l'avènement juste avant Noël du gouvernement de son premier allié, le centriste François Bayrou - qui devient le quatrième Premier ministre en fonctions depuis le 1er janvier -, est loin de résoudre la crise.

Face à ce marasme, Emmanuel Macron, tout puissant et protagoniste de tout depuis son arrivée à l'Elysée en 2017, en est réduit par instants à un rôle de figurant.

"C'est une pièce dont le président n'est ni metteur en scène ni acteur", soupirait un conseiller au moment où gauche et droite se rejoignaient pour renverser le gouvernement Barnier.

Pourtant, cette pièce, il en est bien l'auteur.

Psyché présidentielle 

Pour ses opposants comme pour l'essentiel de ses soutiens, la crise a été déclenchée par sa dissolution de l'Assemblée, cette annonce qui a fait l'effet d'une bombe le 9 juin, au soir d'élections européennes largement remportées par l'extrême droite.

La regrette-t-il aujourd'hui? "Inéluctable" et "nécessaire", "cette décision n'a pas été comprise", "et c'est ma responsabilité", a-t-il fini par lâcher devant les Français.

On a connu mea culpa plus explicite.

Edouard Philippe, qui a lui "toujours pensé que c'était une mauvaise décision", suggère dans un sourire que venant d'Emmanuel Macron, peu porté sur le repentir, cela s'y apparente tout de même. "Je connais le président, dans la façon qu'il a eu de le dire (...) moi j'ai compris que le président faisait le premier pas pour l'admettre", dit son ex-Premier ministre.

Car depuis que le chef de l'Etat a chamboulé la vie institutionnelle du pays, ce sont les profondeurs de la psyché présidentielle que son propre camp cherche à sonder pour percer les ressorts de son choix.

Dès le 10 juin, il doit répondre à ceux, nombreux, qui le jugent "fou" pour avoir provoqué un tel séisme.

"Pour moi c'est un mystère, cet oxymore entre cette grande intelligence et cette erreur politique majeure qu'est la dissolution", résume, presque désabusé, un ami de la première heure du président.

"Fiertés françaises" 

2024, ce "millésime" vanté avec une pointe de grandiloquence par Emmanuel Macron, avait pourtant commencé sous d'autres auspices.

Dans ses voeux de la Saint-Sylvestre, il promettait une "année de détermination, de choix, de régénération" et "d'espérance".

Et une année de "fiertés françaises".

Fierté pour les Jeux olympiques de Paris, ouverts par une cérémonie osée et spectaculaire sur la Seine qui a marqué les téléspectateurs du monde entier. Et fierté pour la réouverture de Notre-Dame, brûlée et reconstruite en cinq ans envers et contre tout.

Des paris fous... et réussis, alors que beaucoup les pensaient intenables.

Des parenthèses enchantées, aussi, mais qui se sont aussitôt refermées sans redonner des couleurs dans l'opinion à un chef de l'Etat dont la cote de popularité est au plus bas.

Autre maître-mot de ce mois de janvier 2024: le "réarmement de la Nation", que promet Emmanuel Macron dans ses voeux puis lors d'une grande conférence de presse, en prime time dans la salle des fêtes de l'Elysée.

La formule est de Jonathan Guémas, la plume des discours présidentiels du premier quinquennat, de retour au palais comme conseiller stratégie et communication pour redonner de l'oxygène à un second mandat déjà essoufflé. Elle est déclinée ad nauseam: réarmement économique, industriel, européen, étatique, civique, académique, scientifique, technologique, agricole et même démographique!

Le plus jeune Premier ministre

Pour l'incarner, surprise du chef: Gabriel Attal, 34 ans, entre à Matignon.

"Le plus jeune président de la République de l'Histoire nomme le plus jeune Premier ministre de l'Histoire", clame l'impétrant.

A grand renfort de communication, les stratèges macronistes esquissent le sens d'une nomination qui doit rimer avec "audace", "mouvement", "vitesse".

"Vous incarnez le retour aux sources de ce que nous sommes, le dépassement au service du pays, l'esprit de 2017", lance Emmanuel Macron à ses nouveaux ministres. Comme en écho à "Révolution", son livre-programme avant sa première élection, il leur demande d'être des "révolutionnaires", pas "des gestionnaires".

Un discours offensif qui, en creux, dit crûment ce que le chef de l'Etat et sa garde rapprochée ont nié vingt mois durant: oui, le second quinquennat manquait jusqu'ici d'élan; oui, le président se sentait comme corseté avec une Première ministre, Elisabeth Borne, qui n'avait pas été son premier choix.

L'élan retombe 

Mais la dynamique retombe. Polémique autour de la nouvelle ministre de l'Education, Amélie Oudéa-Castéra, qui s'enferre dans des explications controversées sur la scolarisation de ses enfants dans le privé. Puis une crise agricole inédite, qui oblige le jeune chef du gouvernement à essuyer les plâtres plus vite que prévu.

La belle entente ne dure pas longtemps entre celui dont les tempes ont blanchi en sept ans de pouvoir et son "petit frère", comme il appellera Gabriel Attal devant des enfants.

Emmanuel Macron juge sévèrement sa gestion de la fronde paysanne, d'autant que lui-même vit une journée plus qu'agitée lors de l'inauguration du traditionnel salon de l'agriculture, accueilli par des syndicalistes remontés à bloc.

Un "marcheur" historique assure qu'il "espérait vraiment qu'Attal prenne toute la lumière... et tous les coups". Mais en fait, dès "le jour où il l'a nommé, Macron a vu la petite lumière qui brille dans les yeux d'Attal et il n'a pas dû le supporter", ironise un vieux routier de la politique.

Du coup, il fustige auprès de ses proches un Premier ministre obnubilé par la "com" et son image, et lui reproche de ne pas s'investir assez vite et assez fort dans la campagne des européennes qui démarre.

L'Europe "peut mourir" 

Car ce scrutin, il est "existentiel", martèle la macronie, qui a mis l'Europe au coeur de son ADN politique.

Gabriel Attal avait été choisi en partie comme "arme" censée tenir tête à Jordan Bardella, président et candidat du Rassemblement national pour les européennes, mais les sondages sont en berne face à l'extrême droite.

Le président tarde à choisir sa propre tête de liste, essuie refus sur refus, et finit par adouber, un peu par défaut, l'eurodéputée sortante Valérie Hayer, sans que la campagne décolle. Emmanuel Macron dégaine donc son "discours de la Sorbonne 2", et dramatise les enjeux.

L'Europe "peut mourir", lance-t-il dans le vénérable amphithéâtre parisien.

Au sein du Vieux Continent, sa voix porte: souvent moqués au début, ses concepts d'autonomie stratégique et de souveraineté européenne ont fait leur chemin dans l'esprit des Vingt-Sept.

Mais le président français a aussi semé le trouble auprès de ses alliés de l'Otan, en n'excluant pas, en février, l'envoi de troupes sur le sol ukrainien à l'avenir. Un tabou absolu pour les Etats-Unis et l'Allemagne, qui désavouent ses propos, mais aussi pour l'opinion française et ses opposants hexagonaux, qui en font un argument électoral.

Dans les urnes, le résultat est catastrophique. Le 9 juin, le RN de Jordan Bardella engrange plus que le double des voix de la coalition macroniste, talonnée par Raphaël Glucksmann et les socialistes. L'extrême droite frôle en tout les 40%.

"Cloportes" 

La réponse d'Emmanuel Macron, dans une allocution-surprise, est donc immédiate: il dissout l'Assemblée et organise des élections législatives anticipées.

Son "conseiller mémoire", Bruno Roger-Petit, convoque le général de Gaulle, Raymond Aron et Pierre Mendès-France pour justifier une décision qui assomme tout le monde, à commencer par Gabriel Attal, qui n'est mis dans la confidence qu'à la dernière minute. La rupture est consommée entre le Premier ministre et celui qui l'a nommé.

"On ne se trompe jamais quand on redonne la parole au peuple", assure l'entourage présidentiel, qui mise sur les divisions de la gauche et l'impréparation des adversaires pour "saisir le système", "prendre tout le monde de court" et "gagner".

A ce moment-là, Emmanuel Macron "croit franchement qu'il peut gagner", rapporte un proche qui s'est un peu éloigné, sans jamais rompre. "Et il se dit que s'il rate son coup et qu'au fond c'est Bardella" qui devient Premier ministre, "ce n'est pas un drame".

Las, la gauche s'unit en 24 heures, le RN reçoit le renfort inattendu du président du parti Les Républicains Eric Ciotti, tandis que c'est le camp présidentiel qui semble le plus sonné.

Les soutiens d'Emmanuel Macron lui en veulent. Et beaucoup de Français aussi, pour ce début d'été chamboulé alors que se profilaient tranquillement les vacances et les JO.

Dans une vidéo devenue virale, un sympathisant s'emporte auprès de Gabriel Attal, devenu chef de campagne: "Vous, vous êtes bien, mais il faudra dire au président qu'il ferme sa gueule!".

Edouard Philippe, qui vise l'Elysée en 2027, finit de s'émanciper en enfonçant Emmanuel Macron, accusé d'avoir "tué la majorité présidentielle".

Et d'autres ténors de feu cette majorité s'en prennent sans ménagement aux conseillers du chef de l'Etat, soupçonnés d'avoir ourdi la dissolution sans concertation.

"Les parquets des palais de la République sont pleins de cloportes", tance le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. "Une clique sans expérience politique", renchérit un ex-conseiller, qui regrette l'isolement présidentiel.

"Trêve olympique" 

A des députés, Emmanuel Macron racontera que ses stratèges lui avaient dit: "t'inquiète pas, on est prêt". "Moi j'appuie sur le bouton et je me retourne: en fait personne n'était prêt."

Les législatives se muent en chemin de croix pour le président, qui intervient à tout bout de champ alors que son camp lui demande de rester en retrait. Jusqu'à ce long podcast intimiste de 1h49 dans lequel il affirme que le vote pour le RN ou pour La France insoumise, les "deux extrêmes" renvoyés dos à dos, mènerait à "la guerre civile".

"Un chef d'Etat ne doit pas dire ça", s'étrangle un vieil ami du président.

La dissolution devait favoriser une "clarification". C'est l'inverse qui se produit: si le parti de Marine Le Pen arrive largement en tête au premier tour, le "front républicain" anti-RN débouche au second sur une Assemblée sans majorité, coupée en trois blocs.

La gauche, ressoudée au sein du Nouveau Front populaire arrivé en tête contre toute attente, réclame d'accéder à Matignon.

Mais Emmanuel Macron temporise. La dissolution était urgente, la formation d'un gouvernement attendra!

L'équipe Attal, démissionnaire, gère les affaires courantes pendant tout l'été, bien au-delà de la "trêve olympique" décrétée par le président.

Bernard Cazeneuve, Xavier Bertrand, Thierry Beaudet, David Lisnard... les noms valsent pour le poste de Premier ministre et comme souvent, l'homme de l'Elysée peine à trancher.

"Parfum de cohabitation" 

Il se résout finalement à nommer Michel Barnier, un opposant de droite, ex-commissaire et négociateur européen, pour que le gouvernement exhale ce "parfum de cohabitation" promis au vu de la défaite macroniste.

Mais dès sa naissance, et à rebours du "front républicain", la survie du nouvel exécutif dépend du bon vouloir du RN... qui le censurera trois mois plus tard, avec la gauche, laissant le pays sans budget pour 2025.

Encore un raté pour Emmanuel Macron qui avait justifié la dissolution par la menace de censure à l'automne, en plein débat budgétaire, qui aurait été "dix fois pire", "la crise totale", comme il l'expliquait-il en petit comité.

Finalement, il aura les deux crises pour le prix d'une.

D'autant qu'entre les périodes électorales, la gestion d'affaires courantes et l'absence d'exécutif stable, c'est une année quasiment blanche en termes de réformes qui se termine, et un bilan qui voit ses principales réussites remises en cause: la réindustrialisation marque le pas, et les investissements étrangers sont mis sur pause.

Emmanuel Macron rumine. Aux dires de ses proches, il accuse Michel Barnier, dont il n'a guère goûté l'indépendance, d'avoir écorné le sacro-saint dogme macroniste contre toute hausse d'impôts.

Alors qu'il a fait mine de rester en retrait pendant l'automne, le président veut donc profiter de la censure pour reprendre la main à l'hiver, en nommant un fidèle en la personne de l'inamovible et discret ministre des Armées Sébastien Lecornu.

Mais François Bayrou, persuadé d'être l'homme de la situation, menace de déclencher une crise dans la crise s'il n'est pas envoyé à Matignon. Emmanuel Macron cède, sur fond de montée, lente mais continue, des appels à sa démission.

Cruelle, Marine Le Pen constate, dans Le Parisien: "Emmanuel Macron a même perdu son pouvoir de nomination du Premier ministre, qui s'est nommé lui-même. Il ne lui reste pas grand-chose".


Agriculture: pour ses cantines, l'Etat ne devra plus se fournir en produits hors UE, promet Lecornu

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse dans le cadre d'une visite visant à promouvoir l'agriculture locale et diversifiée, à Baigneaux, dans le centre de la France, le 30 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse dans le cadre d'une visite visant à promouvoir l'agriculture locale et diversifiée, à Baigneaux, dans le centre de la France, le 30 janvier 2026. (AFP)
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  • Le gouvernement veut que la restauration collective de l’État s’approvisionne exclusivement en produits agricoles et alimentaires issus de l’Union européenne, afin de soutenir les filières locales et réduire l’empreinte carbone
  • Sébastien Lecornu affiche son soutien aux « contrats d’avenir » pour aider les agriculteurs à adapter leurs productions au changement climatique

PARIS: Le Premier ministre Sébastien Lecornu, en déplacement dans une ferme de l'Eure-et-Loir, a souhaité vendredi que la restauration collective dépendant de l'Etat se fournisse exclusivement en produits agricoles et alimentaires venus de l'Union européenne.

"Il est impensable que pour l'ensemble des marchés publics à venir, il y ait des matières premières agricoles, alimentaires qui viennent d'en dehors de l'Union européenne", a-t-il dit à la presse.

Sur quelque 900 millions à un milliard d'euros de commandes de cantines de l'Etat (armées, universités, etc.), "j'ai demandé aux différents services combien allait en dehors de l'Union européenne et combien reste en France, et on n'a toujours pas la réponse", a-t-il admis.

"Cela va nous amener à reprendre complètement en main la commande publique, à devoir aussi récompenser ou punir les acheteurs publics en fonction de ces objectifs" et "nous l'inscrirons (...) dans les lois à venir de décentralisation comme la loi agricole que nous préparons", a-t-il ajouté.

Les agriculteurs, et notamment les éleveurs, largement mobilisés contre le traité commercial UE-Mercosur, accusent régulièrement la puissance publique, qui sous-traite parfois sa restauration collective, de ne pas respecter les quotas de produits locaux ou biologiques figurant dans ses engagements voire dans la loi.

"Certains disent préférence nationale. Je pense que c'est une hérésie parce que la France est un grand pays d'exportation au sein de l'Union européenne", a précisé M. Lecornu vendredi.

"En revanche, plus personne ne peut comprendre dans le monde dans lequel nous vivons que l'argent du contribuable puisse permettre encore d'acheter de la nourriture qui en plus a un bilan carbone et climatique absolument épouvantable et qui vient du bout du monde".

Le chef du gouvernement a aussi exprimé son appui aux "contrats d'avenir", projet porté par le syndicat Jeunes agriculteurs (JA) et destiné à aider les exploitants à diversifier leur production face au réchauffement climatique, via une planification territoriale puis des contrats tripartites entre agriculteurs, pouvoirs publics et transformateurs.

"On est dans un moment dans lequel on n'a pas suffisamment tiré les conclusions du réchauffement climatique et de l'impact sur les productions", a estimé M. Lecornu.

Le Premier ministre qui, chaussé de bottes kaki, a visité une exploitation céréalière diversifiée dans la production d'amandes, n'a cependant pas abordé la mise en action ou le financement de tels "contrats".

Pierrick Horel, le président des JA, a salué "une prise de conscience collective, un engagement pris au plus haut niveau du gouvernement autour de ce sujet, cela pose les bonnes bases".

Les "transitions jusqu'à aujourd'hui se sont opérées de façon individuelle, sur des fonds propres, cela ne répond pas à l'enjeu des dérèglements climatiques. L'agriculteur seul ne peut supporter ces transitions", a-t-il dit à l'AFP, exprimant sa satisfaction "à quelques jours du lancement du Salon de l'agriculture", le 21 février.


Budget: Lecornu dégaine un ultime 49.3, l'épilogue approche

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
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  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu va recourir pour la troisième fois à l’article 49.3 pour faire adopter définitivement le budget 2026, malgré de nouvelles motions de censure attendues lundi
  • Le texte vise un déficit ramené à 5 % du PIB en 2026 et prévoit plusieurs concessions sociales, mais continue de susciter une forte opposition à gauche et à l’extrême droite

PARIS: La ligne d'arrivée du marathon budgétaire est proche: le Premier ministre Sébastien Lecornu va activer vendredi matin pour la troisième fois l'article 49 alinéa 3 de la Constitution à l'Assemblée nationale, ultime étape avant l'adoption définitive du budget de l'Etat, attendue lundi.

Après quatre mois de très denses discussions au Parlement, le projet de loi de finances pour 2026 va pouvoir aboutir.

Examiné à partir de 9H00 à l'Assemblée nationale en lecture définitive, le projet de budget ne sera pas discuté très longtemps: le chef du gouvernement est attendu au Palais Bourbon pour activer d'emblée un nouveau 49.3 sur le texte.

En engageant ainsi la responsabilité du gouvernement, Sébastien Lecornu devrait s'exposer à nouveau à deux motions de censure, issues de la gauche hors-PS et du Rassemblement national.

Celles-ci seront soumises aux députés "probablement lundi après-midi", ont indiqué des sources gouvernementales et parlementaires à l'AFP. Et sauf immense surprise, elles seront rejetées comme les deux précédentes grâce à la clémence des Républicains et surtout du Parti socialiste. Le gouvernement dispose en effet d'un matelas relativement confortable d'une vingtaine de voix d'avance.

Le rejet des motions vaudra alors adoption définitive du budget de l'Etat, qui devra tout de même passer le filtre du Conseil constitutionnel avant d'être promulgué. Sa mise en place mettra fin au régime fragile de la loi spéciale, votée fin décembre faute d'accord parlementaire pour assurer la continuité de l'Etat.

S'il est certes "imparfait", ce budget "est un texte utile pour les Français, car il nous permet de sortir du climat d'incertitude qui s'est installé depuis quelques mois", a salué jeudi la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin.

Elle s'exprimait devant les sénateurs, très mécontents de la copie finale. Ces derniers, qui devaient être saisis du texte avant son retour à l'Assemblée selon les règles de procédure parlementaire, n'ont pas souhaité retarder l'échéance, préférant le rejeter d'emblée sans rouvrir la discussion.

Si certains parlementaires, tout comme l'agence de notation Moody's, en doutent, le texte entend ramener le déficit à 5% du PIB en 2026, contre 5,4% en 2025.

Il prévoit diverses concessions en direction notamment du PS, comme les repas à un euro pour les étudiants ou la hausse de la prime d'activité pour les salariés modestes.

Mais il continue de susciter l'hostilité de l'extrême droite et d'une grande partie de la gauche (Insoumis, écologistes, communistes), qui ont déposé à chaque occasion des motions de censure.

Il s'agira de la troisième utilisation du 49.3 par Sébastien Lecornu, qui s'était engagé à y renoncer au début de l'automne, à la demande du PS. Les deux premiers ont été activés lors de la "nouvelle lecture" du texte, l'un sur la partie "recettes", l'autre sur la partie "dépenses".


Le dernier vendeur de journaux à la criée de Paris fait "chevalier" par Macron

Le président français Emmanuel Macron (à gauche), remet la médaille de Chevalier de l'Ordre national du Mérite à Ali Akbar, qui vend des journaux dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, dans la capitale française, depuis 50 ans, à l'Élysée, à Paris, le 28 janvier 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron (à gauche), remet la médaille de Chevalier de l'Ordre national du Mérite à Ali Akbar, qui vend des journaux dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, dans la capitale française, depuis 50 ans, à l'Élysée, à Paris, le 28 janvier 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron a décoré Ali Akbar, dernier vendeur de journaux à la criée de Paris, chevalier de l'Ordre national du mérite, saluant son parcours exemplaire d’intégration et sa contribution culturelle au VIe arrondissement
  • À plus de 70 ans, Ali Akbar continue de vendre des journaux et de partager son humour satirique dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, symbole vivant de la tradition de la presse à la criée

PARIS: Le président français Emmanuel Macron a décoré mercredi des insignes de chevalier de l'Ordre national du mérite Ali Akbar, dernier vendeur de journaux à la criée de Paris, un "magnifique exemple" d'intégration "qui rend notre pays plus fort et plus fier".

"Très ému", ce Pakistanais âgé de plus de 70 ans, arrivé en France quand il n'en avait que vingt, a expliqué avoir déjà en tête la fausse manchette de journal qu'il criera dans les prochains jours, lui qui aime clamer des titres parodiques: "ça y est, je suis chevalier! J'ai réussi!".

"Vous êtes l'accent du VIe arrondissement, la voix de la presse française", lui a dit le chef de l'État dans la salle des fêtes de l'Élysée, saluant cette figure incontournable du quartier de Saint-Germain-des-Prés, où a longtemps vibré le Tout-Paris littéraire.

Il a souligné qu'après avoir affronté "la pauvreté, le travail imposé, les violences" dans son pays de naissance, "le sol français" lui avait donné "l'espoir d'une vie meilleure".

"C'est un magnifique exemple dans un moment où nous entendons si souvent les vents mauvais (...) il y a aussi beaucoup d'histoires comme Ali qui s'écrivent, de femmes et d'hommes qui ont fui la misère pour choisir un pays de liberté et qui y ont construit une vie qui rend notre pays plus fort et plus fier", a insisté le président.

- "Irrévérence tricolore" -

Dès ses débuts de crieur dans les années 1970, grâce à une rencontre avec le cofondateur des journaux satiriques Hara-Kiri et Charlie Hebdo, Ali Akbar a jeté son dévolu sur le quartier de Sciences Po.

Là, il raconte avoir croisé de nombreux étudiants devenus depuis ministres ou députés. Voire président de la République, à l'instar d'Emmanuel Macron.

Svelte, le visage fin, avec ses journaux sous le bras - essentiellement Le Monde aujourd'hui -, il sillonne encore ces rues de la rive gauche de la capitale en déclamant des manchettes humoristiques. Une manière de parodier les événements politiques avec le sourire.

Le français est "devenu votre langue", "vous apprenez à jouer avec, faisant vôtre, par là, une forme d'irrévérence tricolore", lui a glissé le chef de l'État.

"Vous avez porté, si je puis dire, le monde à bout de bras et la France dans votre cœur", lui a-t-il encore affirmé, dans un clin d'œil au quotidien du soir.

Il y a cinquante ans, Paris comptait une quarantaine de vendeurs de journaux à la criée, postés à des endroits stratégiques comme les bouches de métro. Lui s'était démarqué en choisissant de déambuler puis, dans les années 1980, en commençant à inventer des titres parodiques... et racoleurs.

Il perçoit 1.000 euros de retraite par mois mais continue à travailler de 15H00 à 22H00. À l'heure du tout numérique, il écoule en moyenne une trentaine de journaux par jour, contre 150 à 200 à ses débuts.

Et maintenant? "Je vais rester, je vais continuer à vendre les journaux", confie Ali Akbar, et "amuser les gens avec mes blagues".