2024, «annus horribilis» d'Emmanuel Macron, piégé par sa dissolution

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Publié le Lundi 30 décembre 2024

2024, «annus horribilis» d'Emmanuel Macron, piégé par sa dissolution

  • Une année de tous les records institutionnels, mais des records peu enviables: un gouvernement démissionnaire pendant 51 jours, puis le bail à Matignon le plus éphémère de la Ve République pour Michel Barnier
  • Et l'avènement juste avant Noël du gouvernement de son premier allié, le centriste François Bayrou - qui devient le quatrième Premier ministre en fonctions depuis le 1er janvier -, est loin de résoudre la crise

PARIS: Emmanuel Macron voulait que ce soit l'année du "réarmement" de la France, il termine 2024 comme désarmé par sa propre dissolution.

"Annus horribilis". Rarement l'expression aura si bien décrit un moment que les douze derniers mois du chef de l'Etat, englué dans la plus grave impasse politique des dernières décennies.

Une année de tous les records institutionnels, mais des records peu enviables: un gouvernement démissionnaire pendant 51 jours, puis le bail à Matignon le plus éphémère de la Ve République pour Michel Barnier, renversé par l'Assemblée nationale lors d'une censure inédite depuis 1962.

Et l'avènement juste avant Noël du gouvernement de son premier allié, le centriste François Bayrou - qui devient le quatrième Premier ministre en fonctions depuis le 1er janvier -, est loin de résoudre la crise.

Face à ce marasme, Emmanuel Macron, tout puissant et protagoniste de tout depuis son arrivée à l'Elysée en 2017, en est réduit par instants à un rôle de figurant.

"C'est une pièce dont le président n'est ni metteur en scène ni acteur", soupirait un conseiller au moment où gauche et droite se rejoignaient pour renverser le gouvernement Barnier.

Pourtant, cette pièce, il en est bien l'auteur.

Psyché présidentielle 

Pour ses opposants comme pour l'essentiel de ses soutiens, la crise a été déclenchée par sa dissolution de l'Assemblée, cette annonce qui a fait l'effet d'une bombe le 9 juin, au soir d'élections européennes largement remportées par l'extrême droite.

La regrette-t-il aujourd'hui? "Inéluctable" et "nécessaire", "cette décision n'a pas été comprise", "et c'est ma responsabilité", a-t-il fini par lâcher devant les Français.

On a connu mea culpa plus explicite.

Edouard Philippe, qui a lui "toujours pensé que c'était une mauvaise décision", suggère dans un sourire que venant d'Emmanuel Macron, peu porté sur le repentir, cela s'y apparente tout de même. "Je connais le président, dans la façon qu'il a eu de le dire (...) moi j'ai compris que le président faisait le premier pas pour l'admettre", dit son ex-Premier ministre.

Car depuis que le chef de l'Etat a chamboulé la vie institutionnelle du pays, ce sont les profondeurs de la psyché présidentielle que son propre camp cherche à sonder pour percer les ressorts de son choix.

Dès le 10 juin, il doit répondre à ceux, nombreux, qui le jugent "fou" pour avoir provoqué un tel séisme.

"Pour moi c'est un mystère, cet oxymore entre cette grande intelligence et cette erreur politique majeure qu'est la dissolution", résume, presque désabusé, un ami de la première heure du président.

"Fiertés françaises" 

2024, ce "millésime" vanté avec une pointe de grandiloquence par Emmanuel Macron, avait pourtant commencé sous d'autres auspices.

Dans ses voeux de la Saint-Sylvestre, il promettait une "année de détermination, de choix, de régénération" et "d'espérance".

Et une année de "fiertés françaises".

Fierté pour les Jeux olympiques de Paris, ouverts par une cérémonie osée et spectaculaire sur la Seine qui a marqué les téléspectateurs du monde entier. Et fierté pour la réouverture de Notre-Dame, brûlée et reconstruite en cinq ans envers et contre tout.

Des paris fous... et réussis, alors que beaucoup les pensaient intenables.

Des parenthèses enchantées, aussi, mais qui se sont aussitôt refermées sans redonner des couleurs dans l'opinion à un chef de l'Etat dont la cote de popularité est au plus bas.

Autre maître-mot de ce mois de janvier 2024: le "réarmement de la Nation", que promet Emmanuel Macron dans ses voeux puis lors d'une grande conférence de presse, en prime time dans la salle des fêtes de l'Elysée.

La formule est de Jonathan Guémas, la plume des discours présidentiels du premier quinquennat, de retour au palais comme conseiller stratégie et communication pour redonner de l'oxygène à un second mandat déjà essoufflé. Elle est déclinée ad nauseam: réarmement économique, industriel, européen, étatique, civique, académique, scientifique, technologique, agricole et même démographique!

Le plus jeune Premier ministre

Pour l'incarner, surprise du chef: Gabriel Attal, 34 ans, entre à Matignon.

"Le plus jeune président de la République de l'Histoire nomme le plus jeune Premier ministre de l'Histoire", clame l'impétrant.

A grand renfort de communication, les stratèges macronistes esquissent le sens d'une nomination qui doit rimer avec "audace", "mouvement", "vitesse".

"Vous incarnez le retour aux sources de ce que nous sommes, le dépassement au service du pays, l'esprit de 2017", lance Emmanuel Macron à ses nouveaux ministres. Comme en écho à "Révolution", son livre-programme avant sa première élection, il leur demande d'être des "révolutionnaires", pas "des gestionnaires".

Un discours offensif qui, en creux, dit crûment ce que le chef de l'Etat et sa garde rapprochée ont nié vingt mois durant: oui, le second quinquennat manquait jusqu'ici d'élan; oui, le président se sentait comme corseté avec une Première ministre, Elisabeth Borne, qui n'avait pas été son premier choix.

L'élan retombe 

Mais la dynamique retombe. Polémique autour de la nouvelle ministre de l'Education, Amélie Oudéa-Castéra, qui s'enferre dans des explications controversées sur la scolarisation de ses enfants dans le privé. Puis une crise agricole inédite, qui oblige le jeune chef du gouvernement à essuyer les plâtres plus vite que prévu.

La belle entente ne dure pas longtemps entre celui dont les tempes ont blanchi en sept ans de pouvoir et son "petit frère", comme il appellera Gabriel Attal devant des enfants.

Emmanuel Macron juge sévèrement sa gestion de la fronde paysanne, d'autant que lui-même vit une journée plus qu'agitée lors de l'inauguration du traditionnel salon de l'agriculture, accueilli par des syndicalistes remontés à bloc.

Un "marcheur" historique assure qu'il "espérait vraiment qu'Attal prenne toute la lumière... et tous les coups". Mais en fait, dès "le jour où il l'a nommé, Macron a vu la petite lumière qui brille dans les yeux d'Attal et il n'a pas dû le supporter", ironise un vieux routier de la politique.

Du coup, il fustige auprès de ses proches un Premier ministre obnubilé par la "com" et son image, et lui reproche de ne pas s'investir assez vite et assez fort dans la campagne des européennes qui démarre.

L'Europe "peut mourir" 

Car ce scrutin, il est "existentiel", martèle la macronie, qui a mis l'Europe au coeur de son ADN politique.

Gabriel Attal avait été choisi en partie comme "arme" censée tenir tête à Jordan Bardella, président et candidat du Rassemblement national pour les européennes, mais les sondages sont en berne face à l'extrême droite.

Le président tarde à choisir sa propre tête de liste, essuie refus sur refus, et finit par adouber, un peu par défaut, l'eurodéputée sortante Valérie Hayer, sans que la campagne décolle. Emmanuel Macron dégaine donc son "discours de la Sorbonne 2", et dramatise les enjeux.

L'Europe "peut mourir", lance-t-il dans le vénérable amphithéâtre parisien.

Au sein du Vieux Continent, sa voix porte: souvent moqués au début, ses concepts d'autonomie stratégique et de souveraineté européenne ont fait leur chemin dans l'esprit des Vingt-Sept.

Mais le président français a aussi semé le trouble auprès de ses alliés de l'Otan, en n'excluant pas, en février, l'envoi de troupes sur le sol ukrainien à l'avenir. Un tabou absolu pour les Etats-Unis et l'Allemagne, qui désavouent ses propos, mais aussi pour l'opinion française et ses opposants hexagonaux, qui en font un argument électoral.

Dans les urnes, le résultat est catastrophique. Le 9 juin, le RN de Jordan Bardella engrange plus que le double des voix de la coalition macroniste, talonnée par Raphaël Glucksmann et les socialistes. L'extrême droite frôle en tout les 40%.

"Cloportes" 

La réponse d'Emmanuel Macron, dans une allocution-surprise, est donc immédiate: il dissout l'Assemblée et organise des élections législatives anticipées.

Son "conseiller mémoire", Bruno Roger-Petit, convoque le général de Gaulle, Raymond Aron et Pierre Mendès-France pour justifier une décision qui assomme tout le monde, à commencer par Gabriel Attal, qui n'est mis dans la confidence qu'à la dernière minute. La rupture est consommée entre le Premier ministre et celui qui l'a nommé.

"On ne se trompe jamais quand on redonne la parole au peuple", assure l'entourage présidentiel, qui mise sur les divisions de la gauche et l'impréparation des adversaires pour "saisir le système", "prendre tout le monde de court" et "gagner".

A ce moment-là, Emmanuel Macron "croit franchement qu'il peut gagner", rapporte un proche qui s'est un peu éloigné, sans jamais rompre. "Et il se dit que s'il rate son coup et qu'au fond c'est Bardella" qui devient Premier ministre, "ce n'est pas un drame".

Las, la gauche s'unit en 24 heures, le RN reçoit le renfort inattendu du président du parti Les Républicains Eric Ciotti, tandis que c'est le camp présidentiel qui semble le plus sonné.

Les soutiens d'Emmanuel Macron lui en veulent. Et beaucoup de Français aussi, pour ce début d'été chamboulé alors que se profilaient tranquillement les vacances et les JO.

Dans une vidéo devenue virale, un sympathisant s'emporte auprès de Gabriel Attal, devenu chef de campagne: "Vous, vous êtes bien, mais il faudra dire au président qu'il ferme sa gueule!".

Edouard Philippe, qui vise l'Elysée en 2027, finit de s'émanciper en enfonçant Emmanuel Macron, accusé d'avoir "tué la majorité présidentielle".

Et d'autres ténors de feu cette majorité s'en prennent sans ménagement aux conseillers du chef de l'Etat, soupçonnés d'avoir ourdi la dissolution sans concertation.

"Les parquets des palais de la République sont pleins de cloportes", tance le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. "Une clique sans expérience politique", renchérit un ex-conseiller, qui regrette l'isolement présidentiel.

"Trêve olympique" 

A des députés, Emmanuel Macron racontera que ses stratèges lui avaient dit: "t'inquiète pas, on est prêt". "Moi j'appuie sur le bouton et je me retourne: en fait personne n'était prêt."

Les législatives se muent en chemin de croix pour le président, qui intervient à tout bout de champ alors que son camp lui demande de rester en retrait. Jusqu'à ce long podcast intimiste de 1h49 dans lequel il affirme que le vote pour le RN ou pour La France insoumise, les "deux extrêmes" renvoyés dos à dos, mènerait à "la guerre civile".

"Un chef d'Etat ne doit pas dire ça", s'étrangle un vieil ami du président.

La dissolution devait favoriser une "clarification". C'est l'inverse qui se produit: si le parti de Marine Le Pen arrive largement en tête au premier tour, le "front républicain" anti-RN débouche au second sur une Assemblée sans majorité, coupée en trois blocs.

La gauche, ressoudée au sein du Nouveau Front populaire arrivé en tête contre toute attente, réclame d'accéder à Matignon.

Mais Emmanuel Macron temporise. La dissolution était urgente, la formation d'un gouvernement attendra!

L'équipe Attal, démissionnaire, gère les affaires courantes pendant tout l'été, bien au-delà de la "trêve olympique" décrétée par le président.

Bernard Cazeneuve, Xavier Bertrand, Thierry Beaudet, David Lisnard... les noms valsent pour le poste de Premier ministre et comme souvent, l'homme de l'Elysée peine à trancher.

"Parfum de cohabitation" 

Il se résout finalement à nommer Michel Barnier, un opposant de droite, ex-commissaire et négociateur européen, pour que le gouvernement exhale ce "parfum de cohabitation" promis au vu de la défaite macroniste.

Mais dès sa naissance, et à rebours du "front républicain", la survie du nouvel exécutif dépend du bon vouloir du RN... qui le censurera trois mois plus tard, avec la gauche, laissant le pays sans budget pour 2025.

Encore un raté pour Emmanuel Macron qui avait justifié la dissolution par la menace de censure à l'automne, en plein débat budgétaire, qui aurait été "dix fois pire", "la crise totale", comme il l'expliquait-il en petit comité.

Finalement, il aura les deux crises pour le prix d'une.

D'autant qu'entre les périodes électorales, la gestion d'affaires courantes et l'absence d'exécutif stable, c'est une année quasiment blanche en termes de réformes qui se termine, et un bilan qui voit ses principales réussites remises en cause: la réindustrialisation marque le pas, et les investissements étrangers sont mis sur pause.

Emmanuel Macron rumine. Aux dires de ses proches, il accuse Michel Barnier, dont il n'a guère goûté l'indépendance, d'avoir écorné le sacro-saint dogme macroniste contre toute hausse d'impôts.

Alors qu'il a fait mine de rester en retrait pendant l'automne, le président veut donc profiter de la censure pour reprendre la main à l'hiver, en nommant un fidèle en la personne de l'inamovible et discret ministre des Armées Sébastien Lecornu.

Mais François Bayrou, persuadé d'être l'homme de la situation, menace de déclencher une crise dans la crise s'il n'est pas envoyé à Matignon. Emmanuel Macron cède, sur fond de montée, lente mais continue, des appels à sa démission.

Cruelle, Marine Le Pen constate, dans Le Parisien: "Emmanuel Macron a même perdu son pouvoir de nomination du Premier ministre, qui s'est nommé lui-même. Il ne lui reste pas grand-chose".


Paris mise sur la société civile pour faciliter la solution à deux États

Les participants de l’Appel de Paris pour la solution à deux États, réunissant des groupes de la société civile israélienne et palestinienne, déploient une banderole portant l’inscription « Deux peuples, deux États, un avenir » sur le pont de la Tournelle, avec la cathédrale Notre-Dame de Paris en arrière-plan, à Paris le 12 juin 2026. (AFP)
Les participants de l’Appel de Paris pour la solution à deux États, réunissant des groupes de la société civile israélienne et palestinienne, déploient une banderole portant l’inscription « Deux peuples, deux États, un avenir » sur le pont de la Tournelle, avec la cathédrale Notre-Dame de Paris en arrière-plan, à Paris le 12 juin 2026. (AFP)
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  • La France a organisé à Paris la deuxième édition de « l’Appel de Paris », réunissant acteurs israéliens et palestiniens de la société civile pour relancer la perspective d’une solution à deux États
  • L’initiative vise à maintenir la question israélo-palestinienne à l’agenda international et à pousser vers des actions concrètes (cessez-le-feu, reconnaissance de la Palestine, fin de la colonisation)

Paris : À Paris, dans le cadre symbolique de l’Institut du monde arabe (IMA), la France a accueilli vendredi la deuxième édition de « l’Appel de Paris », une initiative singulière portée non pas par les seuls États, mais par des acteurs de la société civile israélienne et palestinienne.

Un an après une première rencontre tenue le 13 juin dans la capitale française, ce nouveau rendez-vous s’inscrit dans une volonté assumée de maintenir vivante la perspective d’une solution politique et de faire avancer la solution à deux États, dont la possibilité semble s’éloigner chaque jour.

Le premier « Appel de Paris » était né dans un contexte diplomatique marqué par une dynamique internationale en faveur de la solution à deux États. Portée conjointement par la France et l’Arabie saoudite à l’ONU, cette initiative avait trouvé un écho significatif avec l’adoption de la « Déclaration de New York » par 142 pays et avait permis de tracer les contours d’un cadre politique crédible, tout en contribuant à une série de reconnaissances de l’État de Palestine.

Mais un an plus tard, tout a basculé : la guerre à Gaza, l’expansion continue des colonies en Cisjordanie et l’enlisement des initiatives internationales ont profondément assombri l’horizon.

Dans ce contexte, la réunion parisienne prend une dimension presque contre-courant : celle d’un effort pour empêcher l’effacement pur et simple de la solution à deux États. 

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Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot tient une conférence de presse dans le cadre de l’Appel de Paris pour la solution à deux États, avec des groupes de la société civile israélienne et palestinienne, à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris, le 12 juin 2026. (AFP) 

Inaugurée par deux mots de bienvenue prononcés respectivement par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et la présidente de l’IMA Anne-Claire Legendre, suivis par la projection d’une vidéo en hommage à Ofer Bronchtein, le militant associatif engagé pour la paix, décédé récemment à Paris.

La rencontre s’est organisée autour de trois groupes de travail, réunissant des représentants de la société civile. Puis, l’après-midi, la conférence s’est élargie à l’ensemble des participants, parmi lesquels une quinzaine de ministres dont le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Khalifa Shaheen Al Marar et la ministre de la Coopération du Qatar Mariam bint Ali bin Nasser Al-Misnad, ainsi que des figures européennes comme Kaja Kallas et de nombreux diplomates.

Fait significatif dans le contexte actuel : l’ambassadeur israélien à Paris, Joshua Zarka, a décliné l’invitation, reflétant l’opposition persistante de son pays à la solution à deux États. Les autorités palestiniennes, quant à elles, étaient représentées par l’ambassadrice de Palestine Hala Bouhassira.

Le moment central de la journée a été la lecture du nouvel « Appel de Paris », confiée à deux jeunes voix, une Palestinienne et un Israélien, incarnant cette société civile que la France entend mettre au premier plan.

Le texte, dense et structuré, s’adresse directement aux dirigeants internationaux, en particulier à ceux du G7, qui doivent se réunir à Évian quelques jours plus tard, et constitue un message clair : il est temps de passer des déclarations aux actes.

Parmi les principales demandes figurent : la réaffirmation sans ambiguïté de l’engagement en faveur d’une solution négociée à deux États fondée sur le droit international, la reconnaissance de l’État de Palestine et son admission pleine à l’ONU.

L’appel insiste sur l’exigence d’un cessez-le-feu permanent à Gaza et d’un accès humanitaire immédiat, et demande la fin des mesures unilatérales compromettant la solution à deux États, notamment la colonisation, le renforcement de l’Autorité palestinienne, ainsi que des garanties de sécurité pour Israël dans un cadre régional et international.

Il souligne la nécessité d’un soutien actif aux initiatives de la société civile et la création d’un mécanisme international de suivi.

Au-delà de ces propositions, le texte se distingue par son ton : grave, pressant, presque inquiet. « Chaque jour qui passe sans solution politique aggrave les souffrances », avertissent ses auteurs, insistant sur l’urgence d’un sursaut politique.

L’un des aspects les plus marquants de cette journée réside dans la place accordée aux acteurs non étatiques tels que les artistes, militants et intellectuels, qui ont pris la parole pour porter un discours souvent absent des arènes diplomatiques traditionnelles.

La chanteuse israélienne Noa et la Palestinienne Mira Awad ont livré une intervention particulièrement émouvante. Évoquant plus de deux décennies d’engagement commun, elles ont plaidé pour une « réhumanisation » du conflit, au-delà des slogans et des postures.

Leur message, à la fois simple et puissant, repose sur une idée fondamentale : celle de la possibilité de ne pas être d’accord sur le passé, à condition de s’accorder sur l’avenir.

D’autres intervenants ont insisté sur les valeurs communes identifiées lors des travaux, dont la dignité, la sécurité et l’autodétermination, des principes qui, selon eux, pourraient constituer le socle d’une paix durable, à l’image de ce qui a permis la construction européenne.

Pourquoi un tel accent sur la société civile ? Les autorités françaises avancent plusieurs arguments. D’abord, la nécessité de maintenir une dynamique internationale initiée à l’ONU.

Ensuite, celle de garder la question israélo-palestinienne à l’agenda, alors que d’autres crises, notamment liées à l’Iran, monopolisent l’attention mondiale.

Mais surtout, Paris considère que la société civile peut jouer un rôle de catalyseur. Dans un contexte de radicalisation croissante, il s’agit de montrer que des voix existent, des deux côtés, pour défendre la coexistence et proposer des solutions concrètes.

Cette approche n’est pas sans limites, comme le reconnaissent en privé certains diplomates : l’expérience montre que ces initiatives peinent à infléchir les positions israéliennes, notamment en raison du soutien américain et de la fragmentation de la position européenne.

La rencontre s’est achevée par une intervention du ministre Jean-Noël Barrot, qui a insisté sur l’importance de l’intégration régionale, condition selon lui indispensable à toute paix durable. Il a également repris à son compte l’idée que des valeurs communes existent et peuvent servir de base à une solution.

Sans annoncer de mesures concrètes immédiates, il a néanmoins réaffirmé la volonté de la France de maintenir la pression diplomatique, y compris à travers des sanctions ciblées contre certains colons et responsables israéliens.

Au final, ce deuxième « Appel de Paris » apparaît à la fois comme un acte de résistance et un pari : résister alors que la réalité du terrain semble condamner la solution à deux États, et parier sur la capacité de la société civile à rouvrir des perspectives là où les États échouent.

Reste à savoir si cet appel sera entendu. À l’approche du sommet du G7, la France espère qu’il contribuera à replacer le conflit israélo-palestinien au cœur des priorités internationales.

C’est en tout cas le vœu exprimé par les participants, qui se sont rassemblés autour de Barrot sur le Pont de la Tournelle près du siège de l’IMA, où ils ont déroulé une banderole pour la paix et écouté une performance de Noa et Mira Awad.


Macron et Carney saluent le rapprochement du Canada et de l'Europe face à Trump

Le président français Emmanuel Macron (à droite) s'adresse aux médias lors d'une conférence de presse aux côtés du Premier ministre canadien Mark Carney (à gauche), avant une réunion bilatérale au palais de l'Élysée, à Paris, le 12 juin 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron (à droite) s'adresse aux médias lors d'une conférence de presse aux côtés du Premier ministre canadien Mark Carney (à gauche), avant une réunion bilatérale au palais de l'Élysée, à Paris, le 12 juin 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron et Mark Carney ont réaffirmé leur volonté de renforcer le partenariat entre l’Europe et le Canada face aux tensions géopolitiques et économiques croissantes
  • Les deux dirigeants souhaitent accélérer la coopération dans des secteurs stratégiques tels que la défense, l’intelligence artificielle, l’énergie, le nucléaire civil et les minerais critiques

PARIS: Emmanuel Macron et le Premier ministre canadien Mark Carney ont martelé vendredi à Paris leur volonté d'accélérer le "rapprochement" entre l'Europe et le Canada face au "retour des rapports de force", dans une allusion aux fortes turbulences générées par Donald Trump.

"Aujourd'hui plus que jamais, nous avons une même lecture du monde. Nous constatons que l'ordre international est fragmenté, qu'il est marqué par le retour des rapports de force, par la contestation des règles communes, par la coercition économique, par les ingérences, les luttes informationnelles", a lancé le président français, en référence notamment à la guerre des droits de douane déclenchée par le président américain.

"Au fond, nous croyons dans l'État de droit, dans l'ordre international, dans la science, dans le changement climatique et ce qu'il implique dans le respect de nos valeurs démocratiques et leur protection, et dans la protection aussi de notre enfance", a-t-il ajouté, autant de thèmes sur lesquels Donald Trump fait souvent polémique.

"Face à cela, nos deux pays partagent la même conviction les démocraties doivent être lucides, fortes et capables d'agir ensemble", a-t-il ajouté à trois jours de l'ouverture d'un sommet du G7 à Evian.

Dans ce contexte, "la France et le Canada, l'Europe et le Canada ont des partenariats essentiels à bâtir et renforcer" dans la "défense", "l'intelligence artificielle, le quantique, le nucléaire civil, les minerais critiques et stratégiques et la transition énergétique", a pointé le chef de l'Etat.

"Nos industries de défense ont des complémentarités réelles. L'enjeu est maintenant de passer de la convergence politique à des coopérations industrielles concrètes, durables, mutuellement bénéfiques", a-t-il insisté, alors que la France et l'Allemagne viennent d'enterrer un projet commun d'avion de combat.

Mark Carney a aussi souligné combien le Canada et la France, et plus largement l'Europe, partageaient "de plus en plus les mêmes intérêts".

"Nous sommes plus que des alliés. Nous faisons partie de la même famille", a-t-il souligné en français, alors que Donald Trump exprime régulièrement des velléité d'annexer le Canada.

"En travaillant ensemble, le Canada, la France et l'Europe sont en mesure de devenir une puissante forte pour le siècle à venir", a-t-il ajouté en anglais.

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a multiplié les déclarations hostiles contre le Canada ainsi que les attaques commerciales et économiques, faisant encore référence au Canada comme "51e Etat" le 1er juin sur son réseau Truth Social.


IA, robots et souveraineté numérique au cœur des 10 ans de VivaTech

Des visiteurs parcourent les stands du salon VivaTech dédié aux start-up technologiques et à l’innovation, au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris, le 12 juin 2025. (AFP)
Des visiteurs parcourent les stands du salon VivaTech dédié aux start-up technologiques et à l’innovation, au Parc des Expositions de la Porte de Versailles à Paris, le 12 juin 2025. (AFP)
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  • VivaTech 2026 mettra l’accent sur l’IA, la robotique et la souveraineté numérique, avec la participation de 15.000 start-up et 4.000 investisseurs
  • L’Europe veut renforcer son autonomie technologique face aux États-Unis et à la Chine, tandis que les robots dopés à l’IA seront parmi les grandes attractions du salon

PARIS: L'intelligence artificielle, les robots et la souveraineté numérique face aux géants technologiques américains et chinois seront au centre de la 10e édition du salon VivaTech, plus grand événement européen du secteur, qui s'ouvre à Paris mercredi.

Un anniversaire en grande pompe

Cette "exposition universelle de l'innovation" s'attend à accueillir du 17 au 20 juin à la Porte de Versailles près de 15.000 start-up et 4.000 investisseurs du monde entier.

VivaTech entend fêter sa dixième bougie en grande pompe en présentant en avant-première dès dimanche quelques unes de ses innovations au grand public sur l'avenue des Champs-Élysées, rendue piétonne pour l'occasion, où drones, robots et hélicoptères feront le show.

L'événement change aussi de dimension cette année, passant de 50.000 à 70.000 mètres carrés, avec des représentants de 170 pays et 60 pavillons nationaux, espérant dépasser l'affluence record de l'année précédente, 180.000 visiteurs.

Souveraineté

La souveraineté numérique sera un thème central à l'heure où l'Europe cherche à réduire ses dépendances technologiques aux entreprises étrangères, dans un contexte de concurrence accrue et de relations tendues avec les États-Unis.

L'Allemagne sera le pays mis à l'honneur avec une délégation de près de 200 start-up dans des domaines allant de l'IA à la greentech (start-up spécialisées dans les questions environnementales). Le ministre du Numérique allemand, Karsten Wildberger, sera présent, ainsi que des dirigeants de grands groupes industriels et technologiques comme Siemens et SAP.

Le président français Emmanuel Macron est attendu sur scène jeudi pour défendre la vision d'une France et d'une Europe en pointe sur les technologies de rupture comme l'IA et le quantique. Le Premier ministre indien Narendra Modi, présent en France pour le G7 qui aura lieu à Évian de lundi à mercredi, doit aussi s'exprimer.

Aux côtés de la France émerge ainsi une "coalition de puissances non hégémoniques", ou "non alignées", avec l'Inde, le Canada, le Japon, qui veulent peser face à la sphère d'influence américaine et chinoise dans l'IA, explique à l'AFP Sylvain Duranton, directeur monde de l'entité tech du cabinet de conseil BCG.

Robots à tout-va

Danse, transport de charges lourdes, nettoyage, accueil hôtelier: les robots dopés à l'IA seront sous les feux des projecteurs avec de nombreuses démonstrations prévues tout au long de la semaine.

Les humanoïdes des entreprises chinoises Unitree et Agibot promettent d'émerveiller les spectateurs avec des prouesses en matière de déplacements, tandis que les start-up européennes de robotique comme Genesis, Botiful ou encore Pal Robotics présenteront elles aussi leurs dernières nouveautés.

"C'est une incarnation de l'IA de demain avec tous les fantasmes et les peurs associés", estime Thomas Husson, analyste du cabinet Forrester.

Cette vague de l'IA physique, qui permet d'animer les robots, est due entre autres à la baisse du coût des automates, qui a chuté de 30 à 40% par rapport à l'an dernier, selon M. Duranton, et à une amélioration des modèles d'IA destinés à les entraîner.

Au-delà du "show", le salon offrira aussi une approche plus industrielle avec des acteurs comme l'armateur français CMA CGM qui montrera comment un robot peut fluidifier des activités logistiques.

Invités de marque et surprise

Parmi les personnalités et chefs d'entreprises, seront notamment présents le Français Yann LeCun, ancien responsable de recherche IA au sein de Meta, qui a fondé sa start-up AMI; David Limp, le directeur général de Blue Origin et Peter Steinberger, le créateur autrichien d'OpenClaw, un outil de déploiement d'agents d'IA capables de gérer des tâches de façon autonome pour les utilisateurs, qui a connu un succès mondial fulgurant.

Shantanu Narayen, patron d'Adobe, Christophe Fouquet, directeur général d'ASML et Joe Tsai, président du géant chinois du e-commerce Alibaba sont aussi annoncés. Les organisateurs ménagent le suspense autour de la présence d'un "invité surprise" dont le nom doit être dévoilé en début de semaine prochaine.