GENEVE : l'ONU a demandé mardi aux talibans au pouvoir en Afghanistan d'annuler l'interdiction faite aux femmes afghanes de travailler pour des ONG, un décret jugé « profondément discriminatoire ».
Depuis le retour des talibans à Kaboul en août 2021, les femmes ont progressivement été chassées de l'espace public, poussant l'ONU à parler d'« apartheid de genre ».
« Je suis profondément alarmé par l'annonce récente des autorités d'Afghanistan selon laquelle les licences des ONG seront révoquées si elles continuent à employer des Afghanes. Cette mesure va absolument dans la mauvaise direction », a déclaré dans un communiqué le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk.
La semaine dernière, le ministère de l'Économie afghan a rappelé aux ONG nationales et internationales qu'il leur était interdit de travailler avec des femmes, après une première annonce en ce sens en décembre 2022.
Les employées des secteurs de la santé et de l'éducation ainsi que celles qui travaillent à distance sont toutefois exemptées, a rapporté dimanche l'organisation ACBAR qui fédère environ 200 ONG en Afghanistan, après une réunion avec le ministère à Kaboul.
« Pour l'avenir de l'Afghanistan, les autorités de facto doivent changer de cap », a appelé M. Türk, rappelant que les organisations non gouvernementales jouaient « un rôle essentiel » dans ce pays où la situation humanitaire « reste désastreuse ».
D'après la Banque mondiale, la moitié de la population afghane (45 millions de personnes) vit sous le seuil de pauvreté.
« Aucun pays ne peut progresser – politiquement, économiquement ou socialement – en excluant la moitié de sa population de la vie publique », a estimé le responsable onusien, qui a exhorté à l'abrogation de « ce décret profondément discriminatoire, ainsi que de toutes les autres mesures visant à éradiquer l'accès des femmes et des filles à l'éducation, au travail et aux services publics, y compris les soins de santé, et qui restreignent leur liberté de mouvement ».
Actuellement, les Afghanes ne peuvent plus étudier au-delà du primaire, se rendre dans les parcs, les salles de sport ou les salons de beauté, ni sortir de chez elles sans chaperon.
Une récente loi leur interdit de chanter ou de déclamer de la poésie, en vertu d'une application ultra-rigoriste de la loi islamique. Elle les incite également à « voiler » leur voix et leur corps hors de chez elles.
Certaines radios et télévisions locales ont également cessé de diffuser des voix féminines.
Le gouvernement taliban assure, lui, que la charia « garantit » les droits des Afghans et des Afghanes.