Pourquoi les druzes syriens font confiance à Damas et non à Israël

Des Syriens ont manifesté sur la place Karama, dans la ville de Suweida, le 25 février, en opposition à l'appel d'Israël à la démilitarisation du sud de la Syrie et à la création d'une zone tampon. (AFP/File)
Des Syriens ont manifesté sur la place Karama, dans la ville de Suweida, le 25 février, en opposition à l'appel d'Israël à la démilitarisation du sud de la Syrie et à la création d'une zone tampon. (AFP/File)
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Publié le Mercredi 12 mars 2025

Pourquoi les druzes syriens font confiance à Damas et non à Israël

  • Les druzes semblent avoir répondu au pragmatisme du nouveau régime syrien, en particulier après son accord avec les FDS
  • Dans une région aussi profondément polarisée, l'aide extérieure garantit rarement la sécurité, la stabilité ou la coexistence pacifique

LONDRES: Un jour après l'accord surprenant entre le gouvernement intérimaire de la République arabe syrienne et les Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes, des informations révèlent qu'un accord similaire serait en préparation entre le gouvernement et les représentants druzes de la province de Suwayda.

Cet accord imminent permettrait aux forces de sécurité syriennes d'accéder au bastion druze du sud du pays, grâce à la coopération et aux liens établis avec les deux chefs militaires Laith al-Bal'ous et Suleiman Abdoul-Baqi, ainsi qu'avec les notables locaux.

L'accord prévoit que la population de Suwayda puisse rejoindre les forces de défense et de sécurité du gouvernement et accéder à des emplois dans la fonction publique. Il reconnaît également la communauté druze comme une composante à part entière du peuple syrien.

En contrepartie, l'ensemble des centres et installations de sécurité de la province serait placé sous la responsabilité de l'Autorité générale de sécurité du gouvernement intérimaire. 

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Les Druzes, qui sont répartis en Syrie, au Liban et en Israël, sont une secte islamique ésotérique issue du chiisme ismaélien. (AFP/File)

Contexte de l'évolution de la situation 

La fluidité de la situation politique en Syrie a toujours été destinée à avoir des répercussions régionales, car ce pays est l'un des plus importants sur le plan stratégique au Proche-Orient.

L'annonce par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou que Tel-Aviv s'engageait à «protéger la communauté druze dans le sud de la Syrie» n'a pas été une surprise.

C'était particulièrement le cas pour les observateurs qui ont suivi de près le déroulement de cette saga depuis le soulèvement syrien de 2011 contre le régime de Bachar el-Assad.

Plusieurs facteurs doivent être pris en considération pour tenter de comprendre ce qui se passe.

Il est important de rappeler que le régime des Assad, vieux de 54 ans, n'a pas contribué à sauvegarder les libertés, la démocratie et les droits de l'homme.

L'État sectaire et policier a donné d'énormes avantages à la minorité alaouite du clan Assad, au détriment de la majorité sunnite qui représente plus de 75% de la population syrienne.

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Israël compte une petite communauté druze, et quelque 24 000 Druzes vivent également sur le plateau du Golan occupé par Israël, qu'il a repris à la Syrie lors de la guerre de 1967 et annexé en 1981. (AFP/File)

Règle sous les deux anciens présidents

Compte tenu de sa base minoritaire, le régime a également dû compter sur le soutien d'autres minorités religieuses pour faire face à la frustration persistante des sunnites.

 Le massacre de Hama en 1982 contre les Frères musulmans a intensifié l'animosité et la méfiance et a poussé le pays sur la voie de la polarisation politique et sectaire.

Toutefois, pendant cette période, le leadership fort et l'intelligence tactique de Hafez el-Assad, qui a gouverné entre 1971 et sa mort en 2000, ont permis de tenir l'opposition à distance.

Le régime s'est efforcé de rassurer les minorités religieuses et sectaires en leur faisant croire que sa campagne musclée à Hama était nécessaire pour les sauver d'un prétendu fondamentalisme islamiste.

La lecture et la gestion astucieuses de la situation régionale par Hafez el-Assad ont convaincu le régime iranien – son allié de confiance depuis la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988 – que sa vision du Proche-Orient était entre de bonnes mains.

Cette situation a commencé à changer lorsque l'emprise de Hafez el-Assad sur le régime a commencé à s'affaiblir. Il y a d'abord eu la mort de son fils aîné et héritier présomptif Basel dans un accident de la route en 1994, puis sa santé s'est détériorée jusqu'à sa mort en 2000.

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Le gouvernement intérimaire de la Syrie a annoncé lundi qu'il avait achevé une opération militaire contre une insurrection naissante. (AFP/File)

La Syrie de Bachar

Le deuxième fils de Hafez Assad, Bachar, médecin, qui avait été préparé pour devenir l'héritier après la mort de Maher, est devenu le dirigeant de facto avec la plupart des responsabilités politiques, des alliances et du personnel.

Cependant, Bachar n'avait pas la perspicacité et l'expertise de son père. En outre, il ne jouissait pas d'un grand respect au sein du régime de son père et auprès des alliés régionaux de ce dernier.

De nombreux lieutenants politiques et militaires chevronnés de son père ont été marginalisés. En outre, de nombreux alliés de son père en Syrie et au Liban, devenu une entité politiquement soumise, ont été mis à l'écart.

Plus important encore, peut-être, Bachar n'a pas gagné le respect et la confiance de l'Iran qui, en 2004, était devenu un acteur régional puissant, à la fois au Liban, par l'intermédiaire du Hezbollah, et en Irak, dominé par les chiites après la chute de Saddam Hussein.

En fait, l'Iran est devenu le véritable courtier du pouvoir au Liban et en Irak, laissant au régime de Bachar une façade d'influence. 

Pendant ce temps, Israël, qui surveillait attentivement le changement au sommet de la hiérarchie en Syrie, se préparait à faire face à une plus grande implication de l'Iran.

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Certains critiques considèrent que la préoccupation déclarée d'Israël pour les Druzes est un écran de fumée pour établir de nouvelles zones tampons à l'intérieur de la Syrie afin de protéger ses frontières des menaces extrémistes potentielles. (AFP/File)

La Syrie vue par Israël

 Depuis la guerre de 1973, Israël a été rassuré sur ses frontières pacifiques avec la Syrie. Tel-Aviv a toujours cru que, malgré une rhétorique dure, le régime Assad ne représenterait aucune menace pour son occupation du plateau du Golan.

Toutefois, l'implication directe de l'Iran au Liban nécessite une attention particulière, mais les Israéliens ne sont pas trop inquiets. Ils pensent que l'Iran ne défiera jamais les États-Unis dans la région.

Néanmoins, le chantage constant supposé de l'Iran n'était pas un scénario réconfortant, compte tenu de ses ambitions nucléaires. En outre, le Hezbollah est devenu un sérieux perturbateur.

Après l'assassinat de l'ancien Pministre libanais Rafic Hariri en 2005, le Hezbollah a gagné en puissance, en influence et en confiance. Il avait une forte emprise sur la politique libanaise et contrôlait les frontières méridionales du pays avec Israël.

La guerre frontalière de 2006 entre le Hezbollah et Israël a constitué un événement important. Elle s'est terminée par un retour du Hezbollah du sud vers l'intérieur du Liban en 2008, lorsqu'il a attaqué Beyrouth et le Mont-Liban.

Le soulèvement de 2011

Après le soulèvement syrien de 2011, le Hezbollah a souligné sa mission régionale en rejoignant l'armée du régime syrien pour combattre les rebelles, aux côtés de plusieurs milices chiites alignées sur des groupes iraniens, irakiens, afghans et pakistanais.

Le soulèvement syrien, qui s'est transformé en l'une des guerres les plus sanglantes de la région, a coûté la vie à environ un million de personnes, en a déplacé plus de 10 millions et a laissé de nombreuses villes et villages en ruine.

La guerre a élargi, comme jamais auparavant, le fossé sectaire en Syrie, ainsi qu'au Liban et en Irak. Des éléments plus radicaux, locaux et étrangers, se sont joints aux belligérants, alimentant encore les craintes.

Quant à la communauté druze, elle a souffert comme beaucoup d'autres, en particulier dans les zones de conflit. Plusieurs zones habitées par les Druzes ont été attaquées ou menacées par des groupes radicaux armés.

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Dans une région aussi profondément polarisée, l'aide extérieure garantit rarement la sécurité, la stabilité ou la coexistence pacifique. (AFP/File)

Attaques et craintes

Le premier attentat meurtrier a eu lieu en décembre 2014 et a coûté la vie à 37 civils.

Selon des sources pro-régime, il visait le village d'Arnah et des villages druzes voisins plus petits, sur les pentes orientales du mont Hermon, sur les hauteurs du Golan.

Le second a eu lieu le 10 juin 2015 dans le village de Qalb Lozeh, dans la province d'Idlib, au nord-ouest du pays, par un groupe armé de Jabhat al-Nusra, dirigé par un certain Abdoul-Rahmane al-Tunisi.

Les assaillants ont tenté de confisquer les maisons des villageois qu'ils accusaient de blasphème et de coopérer avec l'armée d'Assad, ce qui a entraîné la mort de 24 personnes.

Les pires attaques, cependant, ont été menées par Daech qui a ciblé huit villages dans la partie orientale de la province de Suwayda en juillet 2018, avec 221 villageois tués et 200 autres blessés, en plus de nombreuses prises d'otages.

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Plusieurs facteurs doivent être pris en compte pour comprendre l'intérêt d'Israël pour les Druzes. (AFP/File)

Le dernier événement avant l'intervention controversée de Netanyahou s'est produit après la chute du régime Assad.

À Jaramana, dans la banlieue de Damas, des frictions sont apparues entre les groupes de défense druzes locaux et les nouvelles forces de sécurité syriennes en raison du refus des premiers de rendre leurs armes.

Cette situation s'est ajoutée aux difficultés rencontrées par l'armée pour maintenir son contrôle sur les régions alaouites de Lattaquié et de Tartous, ainsi que sur le nord-est du pays, tenu par les Kurdes, où les FDS, à majorité kurde, sont actives.

En Israël, où vivent plus de 120 000 druzes, Netanyahou a saisi l'occasion de se présenter comme le protecteur de la communauté, reconnaissant la stratégie éprouvée de diviser pour régner au Levant.

Il était conscient du rôle joué par l'Iran en tant que protecteur des chiites, par certains Turcs en tant que défenseurs des sunnites, et par certains gouvernements occidentaux conservateurs qui prétendent défendre les valeurs de la chrétienté.

Cependant, plutôt que de se tourner vers Israël pour obtenir une protection, les druzes semblent avoir répondu au pragmatisme du nouveau régime syrien, en particulier après son accord avec les FDS, qui témoigne de son engagement à faire respecter les droits de la minorité kurde.

Les récentes attaques contre la minorité alaouite mettent en évidence deux points essentiels: premièrement, le nouveau gouvernement doit démontrer qu'il représente tous les Syriens et, deuxièmement, une intervention étrangère – israélienne ou autre – pourrait avoir un coût politique important.

Dans une région aussi profondément polarisée, l'aide extérieure garantit rarement la sécurité, la stabilité ou la coexistence pacifique.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le pape dans les pas de saint Augustin au 2e jour de sa visite en Algérie

Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté mardi Alger pour Annaba, sur les traces de saint Augustin, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape. (AFP)
Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté mardi Alger pour Annaba, sur les traces de saint Augustin, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape. (AFP)
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  • La veille, dans l'avion qui l'amenait en Algérie, le pape avait estimé que l'Eglise avait "le devoir moral de s'exprimer très clairement contre la guerre"
  • Soulignant ne pas avoir "peur" de l'administration Trump, il avait toutefois indiqué ne pas vouloir "entrer dans un débat" avec elle

ALGER: Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté mardi Alger pour Annaba, sur les traces de saint Augustin, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape.

Le pontife américain est devenu lundi le tout premier pape à fouler le sol algérien, étape initiale d'une tournée dans quatre pays d'Afrique, en partie occultée par une diatribe de Donald Trump à son encontre.

Dans la nuit de lundi à mardi, le vice-président américain JD Vance, récemment converti au catholicisme, a appelé le Vatican à "s'en tenir aux questions morales" et à "laisser le président des Etats-Unis se charger de définir la politique publique américaine".

La veille, dans l'avion qui l'amenait en Algérie, le pape avait estimé que l'Eglise avait "le devoir moral de s'exprimer très clairement contre la guerre". Soulignant ne pas avoir "peur" de l'administration Trump, il avait toutefois indiqué ne pas vouloir "entrer dans un débat" avec elle.

Sur fond de guerre au Moyen-Orient, Donald Trump avait déclaré dimanche ne pas être "un grand fan" du pape, l'accusant de soutenir le programme d'armement nucléaire iranien et de s'être opposé à l'opération militaire américaine au Venezuela en janvier.

Les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l'Eglise catholique, tout comme la Première ministre italienne Giorgia Meloni, réputée proche de M. Trump, qui a jugé "inacceptables" ses déclarations.

Grand penseur 

A Annaba (est), l'antique Hippone, le chef de l'Eglise catholique vivra une étape à la dimension personnelle et spirituelle, dans les pas de saint Augustin (354-430).

Le grand penseur chrétien qui y fut évêque a légué son nom à l'ordre religieux dont est issu le pape américain, fondé au XIIIe siècle et aujourd'hui composé d'environ 3.000 membres à travers le monde prônant la charité et la vie communautaire.

Léon XIV visitera le site archéologique romain et une maison d'accueil pour personnes âgées démunies, majoritairement musulmanes, prises en charge par des religieuses catholiques.

L'islam sunnite est religion d'Etat en Algérie, où les catholiques représentent moins de 0,01 % des 47 millions d'habitants.

L'après-midi, devant environ 1.500 fidèles, il célèbrera une messe à la basilique Saint-Augustin, perchée sur une colline, en présence de religieux africains de différentes nationalités.

Lundi, accueilli avec les honneurs sous un ciel d'Alger inhabituellement pluvieux, Léon XIV a rendu hommage, devant le Monument des martyrs, aux victimes de la sanglante guerre d'indépendance contre la France (1954-1962).

La "paix qui permet d'envisager l'avenir avec un esprit réconcilié n'est possible que par le pardon", a-t-il déclaré, appelant à ne "pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération".

 "Vivante, dynamique et libre" 

Devant les plus hautes autorités dont le président Abdelmadjid Tebboune, Léon XIV a aussi invité les responsables du pays à "ne pas dominer" le peuple et à promouvoir "une société civile vivante, dynamique et libre".

Depuis l'élan du mouvement prodémocratie Hirak en 2019, qui réclamait des réformes profondes et plus de transparence, les autorités algériennes ont repris le contrôle de l'espace public, dénoncent des ONG de défense des droits humains.

L'après-midi, le pape a visité la Grande Mosquée, au plus haut minaret du monde (267 mètres), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique, qui surplombe la baie d'Alger.

Là, il s'est recueilli dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002) entre groupes islamistes et forces gouvernementales, qui a fait 200.000 morts selon un bilan officiel.

Le pape a rappelé que ces religieux étrangers, dont les sept moines de Tibhirine (à 100 km au sud d'Alger), avaient choisi de rester en Algérie malgré des attentats meurtriers.

Mercredi, le pape de 70 ans quittera Alger pour le Cameroun, suite d'un premier voyage africain qui le conduira également en Angola et en Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril, un périple de 18.000 km à l'agenda très dense.

 


Premiers pourparlers entre le Liban et Israël à Washington, sans le Hezbollah

De la fumée s'élève derrière des palmiers et le logo « Golden Arches » de McDonald's, sur le site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé la région d'Al-Hosh, près de la ville côtière libanaise de Tyr, le 14 avril 2026. (AFP)
De la fumée s'élève derrière des palmiers et le logo « Golden Arches » de McDonald's, sur le site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé la région d'Al-Hosh, près de la ville côtière libanaise de Tyr, le 14 avril 2026. (AFP)
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  • Avant même la rencontre prévue à Washington, le chef de la formation libanaise, Naïm Qassem, a réclamé son "annulation", affirmant que de tels pourparlers étaient une "capitulation"
  • Depuis que le Liban a été entraîné début mars par le Hezbollah dans le conflit avec l'Iran, les bombardements israéliens ont fait plus de 2.000 morts -- dont les frappes meurtrières sans précédent du 8 avril -- et déplacé plus d'un million de personnes

WASHINGTON: Washington accueille mardi des pourparlers directs de paix, les premiers du genre depuis 1993, entre des représentants du Liban et d'Israël mais avec un grand absent, le Hezbollah, réduisant les perspectives d'accord.

Parallèlement, le blocus américain des ports d'Iran, jugé mardi "dangereux et irresponsable" par Pékin, se poursuit au lendemain de son entrée en vigueur après l'échec des discussions au Pakistan entre Washington et Téhéran sur un règlement du conflit.

La guerre, déclenchée le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran, a embrasé le Moyen-Orient, déstabilisé l'économie mondiale et fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.

Après plus de cinq semaines de frappes des deux côtés, un fragile cessez-le-feu est en place depuis le 8 avril. Mais selon Israël et les Etats-Unis, il n'inclut pas le Liban, où les frappes israéliennes contre le Hezbollah pro-iranien continuent.

Avant même la rencontre prévue à Washington, le chef de la formation libanaise, Naïm Qassem, a réclamé son "annulation", affirmant que de tels pourparlers étaient une "capitulation".

Depuis que le Liban a été entraîné début mars par le Hezbollah dans le conflit avec l'Iran, les bombardements israéliens ont fait plus de 2.000 morts -- dont les frappes meurtrières sans précédent du 8 avril -- et déplacé plus d'un million de personnes.

La rencontre à Washington doit se dérouler en fin de matinée sous la médiation de Marco Rubio, aux côtés des ambassadeurs israélien et libanais à Washington, Yechiel Leiter et Nada Hamadeh Moawad, ainsi que l'ambassadeur des Etats-Unis au Liban, Nada Hamadeh Moawad.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a posé deux conditions à ces pourparlers: le "désarmement du Hezbollah" et la recherche d'un "véritable accord de paix".

Selon un responsable du département d'Etat, parlant sous couvert d'anonymat, cette discussion a pour objectif "de garantir la sécurité à long terme de la frontière nord d'Israël et à soutenir la détermination du gouvernement libanais à rétablir sa pleine souveraineté sur son territoire et sa vie politique".

"Fatigués" 

Côté libanais, le président Joseph Aoun a dit espérer la conclusion d'un accord sur un cessez-le-feu au Liban, "dans le but d'entamer des négociations directes entre le Liban et Israël", techniquement en état de guerre depuis des décennies.

A Beyrouth, des Libanais, las des guerres successives d'Israël, mettent leurs espoirs dans ces discussions.

"Nous sommes pour (les négociations) si c'est dans l'intérêt du Liban, si cela résout les problèmes", dit à l'AFP Kamal Ayad, un réparateur de fenêtres de 49 ans. "Nous voulons la paix, pour nos enfants et notre avenir, nous sommes fatigués, nous avons vécu tant de guerres".

L'administration Trump insiste sur le désarmement du Hezbollah, regrettant que l'armée libanaise n'ait pas su ou pu le faire jusqu'à présent.

Mais Washington est entre deux feux, exigeant le respect de l'intégrité territoriale du Liban tout en défendant le droit d'Israël à se défendre.

Il va falloir "beaucoup d'imagination et d'optimisme pour penser" que le différend entre Israël et le Liban "puisse être résolu demain à Washington", souligne un ancien responsable israélien de la Défense. "Il sera très difficile de parvenir à un accord, et Israël va créer une zone tampon dans le nord, très similaire à celle que nous avons à Gaza", dit-il à l'AFP sous couvert d'anonymat.

Israël prévoit d'établir une "zone de sécurité" dans le sud du Liban, où les forces israéliennes ont pénétré pour éliminer selon eux la menace que le Hezbollah pose pour les habitants du nord d'Israël.

Le Hezbollah est entré le 2 mars dans la guerre au Moyen-Orient pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février.

Israël a riposté par des frappes aériennes meurtrières au Liban et une invasion dans le sud du pays.

"Dangereux et irresponsable" 

En Iran, le blocus maritime des Etats-Unis contre les ports iraniens dans le Golfe et en mer d'Oman est toujours en cours, suscitant une vive réaction de la Chine.

Pékin, qui dépend largement de l'Iran pour son approvisionnement pétrolier, a appelé au rétablissement d'une navigation "sans entraves" dans le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial, notamment des hydrocarbures, et verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre.

Le blocus américain "ne fera qu'exacerber les tensions, fragiliser un accord de cessez-le-feu déjà fragile et compromettre encore davantage la sécurité du passage dans le détroit", a regretté Guo Jiakun, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, parlant d'un comportement "dangereux et irresponsable".

Le président américain Donald Trump avait menacé lundi de "destruction" tout "navire d'attaque rapide" iranien forçant le blocus. Téhéran, de son côté, dénonçant un acte "illégal" de "piraterie", a averti qu'il s'en prendrait aux ports de ses voisins du Golfe si "la sécurité des ports de la République islamique (...) était menacée".

 


Le Kurde Nizar Amedi élu président de l'Irak, Al-Maliki pressenti pour Premier ministre

Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Nizar Amedi a prêté serment après avoir obtenu la majorité des voix des députés, selon une retransmission en direct du vote par la chaîne officielle Al-Iraqiya. Il succède Abdel Latif Rachid
  • Agé de 58 ans, il était le candidat de l'une des deux principales formations kurdes, le Parti de l’Union patriotique du Kurdistan

BAGDAD: Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient.

Conformément au système de partage du pouvoir en vigueur en Irak, la présidence de la République, un poste largement honorifique, est attribuée à un Kurde, la fonction de Premier ministre à un chiite et la présidence du Parlement à un sunnite.

Nizar Amedi a prêté serment après avoir obtenu la majorité des voix des députés, selon une retransmission en direct du vote par la chaîne officielle Al-Iraqiya. Il succède Abdel Latif Rachid.

Agé de 58 ans, il était le candidat de l'une des deux principales formations kurdes, le Parti de l’Union patriotique du Kurdistan.

M. Amedi a été ministre de l’Environnement entre 2022 et 2024 dans le gouvernement du Premier ministre sortant Mohammed Chia al-Soudani.

Il a également été conseiller des anciens présidents de la République, Jalal Talabani, Fouad Massoum et Barham Saleh.

Après les élections législatives de novembre, la date de l'élection du président avait été fixée à janvier mais avait été reportée deux fois en raison de désaccords politiques, reculant d'autant la nomination d'un Premier ministre.

Le président dispose désormais de 15 jours pour nommer un Premier ministre, qui devrait être Nouri al-Maliki.

Déjà deux fois consécutives à ce poste (entre 2006 et 2014), M. Maliki avait reçu en janvier l'appui de la principale alliance chiite du pays, le Cadre de coordination, qui détient la majorité au Parlement et a des liens avec Téhéran, pour redevenir Premier ministre.

Ce probable retour au pouvoir de M. Maliki avait suscité de vives inquiétudes à Washington.

M. Maliki avait dans un premier temps bénéficié du soutien américain après l'invasion de 2003 et la chute de Saddam Hussein, mais s'était brouillé avec Washington après s'être rapproché de l'Iran.

L'Irak a longtemps été un terrain de confrontation par procuration entre les Etats-Unis et l'Iran, les gouvernements successifs négociant un équilibre délicat entre ses deux partenaires, eux-même ennemis.

Les Etats-Unis et l'Iran ont entamé samedi à Islamabad des négociations pour tenter d'obtenir une trêve durable après plusieurs semaines de guerre au Moyen-Orient.

L'Irak a été happé par le conflit, des groupes pro-iraniens attaquant des intérêts américains dans le pays et ces mêmes groupes étant l'objet de frappes imputées aux Etats-Unis et à Israël.