La Grande mosquée de Paris prise dans la brouille diplomatique franco-algérienne

En janvier, l'institution a été accusée d'avoir organisé, avec l'appui des autorités algériennes, un très rentable système monopolistique de certification halal pour les produits européens destinés à l'Algérie. (AFP)
En janvier, l'institution a été accusée d'avoir organisé, avec l'appui des autorités algériennes, un très rentable système monopolistique de certification halal pour les produits européens destinés à l'Algérie. (AFP)
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Publié le Lundi 17 mars 2025

La Grande mosquée de Paris prise dans la brouille diplomatique franco-algérienne

  • En janvier, l'institution a été accusée d'avoir organisé, avec l'appui des autorités algériennes, un très rentable système monopolistique de certification halal pour les produits européens destinés à l'Algérie
  • Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot est annoncé à ce repas de rupture de jeune du ramadan, mais pas Bruno Retailleau, alors que le précédent ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin répondait à l'invitation depuis 2022

PARIS: La brouille diplomatique franco-algérienne place en position inconfortable la Grande mosquée de Paris, attaquée plus ou moins directement sur son lien avec Alger, et qui organise mardi son quatrième "iftar des ambassadeurs".

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot est annoncé à ce repas de rupture de jeune du ramadan, mais pas Bruno Retailleau, alors que le précédent ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin répondait à l'invitation depuis 2022.

L'institution doit composer avec d'autres changements, en cette période de ramadan qui voit traditionnellement l'envoi, en renfort temporaire, d'environ 80 "imams psalmodieurs" algériens. Cette année, aucun n'est venu: "le consulat n'a pas reçu de demande de visa" de la part d'Alger, explique une source gouvernementale.

"La situation est compliquée", soupire le recteur de la Grande mosquée Chems-eddine Hafiz.

Pour le sociologue et chercheur au CNRS Franck Frégosi, "la Grande mosquée de Paris fait les frais de la détérioration des relations franco-algériennes".

En janvier, l'institution a été accusée d'avoir organisé, avec l'appui des autorités algériennes, un très rentable système monopolistique de certification halal pour les produits européens destinés à l'Algérie.

Le lien de M. Hafiz avec l'Algérie a aussi été questionné, notamment par l'ancien ambassadeur de France à Alger Xavier Driencourt qui l'a invité début janvier sur CNews à s'occuper "de religion et non de politique", n'étant "pas l'ambassadeur officieux de l'Algérie".

Le recteur, qui a dénoncé des "attaques totalement mensongères", défend son institution. "La Grande mosquée de Paris ne s'est jamais cachée d'avoir une relation (construite) entre l'Algérie et la France. Nous sommes une passerelle vertueuse entre les deux. Ce n'est pas une question d'influence ou de quoi que ce soit", affirmait-il début mars à des journalistes.

Inaugurée en 1926, la Grande moquée bénéficie depuis le début des années 1980 d'un financement annuel de l'Etat algérien d'environ 2 millions d'euros.

L'institution a été montrée du doigt après le refus du recteur de participer à la manifestation contre l'antisémitisme du 12 novembre 2023, pour ne pas défiler aux côtés du Rassemblement national.

Un "tournant" pour Chems-eddine Hafiz: "avant, j'étais le musulman qu'il fallait fréquenter à tout prix. Après je deviens le pire des antisémites".

"Laxisme" 

La Grande mosquée "avait jusqu'à présent été présentée comme le bon soldat de la République, un peu comme le modèle du bon islam républicain", note Franck Fregosi, auteur d'un récent ouvrage "Gouverner l'islam en France" (Ed. Seuil).

Au point d'apparaître comme l'interlocuteur privilégié des pouvoirs publics, après la disgrâce en 2021 du Conseil français du culte musulman (CFCM), représentant de l'islam de France depuis 2003.

En 2022, entre les deux tours de la présidentielle, M. Hafiz avait même organisé un "iftar républicain de soutien à la réélection d’Emmanuel Macron", en présence de l'ancien ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

"La Grande mosquée de Paris s'est sentie pointée du doigt par un ministère qui avait plutôt été bienveillant à son égard", explique M. Fregosi, en soulignant la stratégie de fermeté de Bruno Retailleau, qui "veut apparaître comme celui qui a réussi ce que les autres n'ont jamais osé faire" sur la structuration de l'islam en France.

La crise diplomatique entre Paris et Alger, née de la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental fin juillet 2024, s'est enflammée autour de l'emprisonnement de l'écrivain Boualem Sansal, arrêté le 16 novembre 2024 à Alger. Dans ce contexte le recteur s'est aussi vu reprocher de ne pas avoir appelé à sa libération.

"Le regarde laxiste qu'on portait sur la Grande mosquée de Paris ne peut plus être le même depuis l'affaire Sansal", estime un bon connaisseur du dossier, qui voit l'institution "prise dans ses ambiguïtés".

La crise a aussi un volet migratoire, et Bruno Retailleau a menacé samedi de démissionner si Paris cédait sur le renvoi de ressortissants algériens en situation irrégulière.

Dans un billet très politique début mars, M. Hafiz avait lui dénoncé les "faiseurs de peurs" qui dans la classe politique et les médias nourrissent "une éternelle mise en procès" de l'immigration algérienne.

 


L'ex-Premier ministre Edouard Philippe soupçonné de détournement de fonds publics

L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 en France, fait l'objet d'une enquête menée par un juge d'instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion au Havre (nord-ouest), ville dont il est maire, a-t-on appris mardi. (AFP)
L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 en France, fait l'objet d'une enquête menée par un juge d'instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion au Havre (nord-ouest), ville dont il est maire, a-t-on appris mardi. (AFP)
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  • Une lanceuse d'alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025
  • Sollicité par l'AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d'instruction et de lui désigner un périmètre d'enquête

PARIS: L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 en France, fait l'objet d'une enquête menée par un juge d'instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion au Havre (nord-ouest), ville dont il est maire, a-t-on appris mardi.

Une lanceuse d'alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025 avec constitution de partie civile.

Sollicité par l'AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d'instruction et de lui désigner un périmètre d'enquête.

La lanceuse d'alerte, "Judith" (prénom modifié), "se félicite de l'ouverture d'une information judiciaire sur les faits qu'elle dénonce et attend avec impatience d'être entendue par le juge d'instruction", a réagi auprès de l'AFP son avocat Jérôme Karsenti.

Les faits sont contestés depuis le début par M. Philippe, qui a été le premier chef de gouvernement d'Emmanuel Macron (2017-2020).

La maire du Havre "prend acte de l'ouverture d'une information judiciaire. Il l'apprend par la presse. Et il répondra bien évidemment à toutes les questions que posera la justice", a réagi auprès de l'AFP son entourage.

Etaient également visées par la plainte Stéphanie de Bazelaire, adjointe chargée de l'innovation et du numérique, ainsi que Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine havraise.

La plainte consultée par l'AFP estimait que le juge d'instruction devait "apprécier si un pacte a été conclu entre M. Edouard Philippe et Mme de Bazelaire, caractérisé notamment par un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique", un tiers-lieu d'innovation.

Les soupçons portent sur une convention d'objectifs pluriannuelle pour l'animation de la Cité numérique du Havre, signée en juillet 2020 notamment par Edouard Philippe, président de la communauté urbaine, et Stéphanie de Bazelaire, en tant cette fois que présidente bénévole de l'association LH French Tech.

LH French Tech, créée en juillet 2020, a été désignée pour cette mission après un appel à manifestation d'intérêt lancé par la communauté urbaine en mars 2020 et dans le cadre d'un service d'intérêt économique général (SIEG).

L'association, seule candidate, devait toucher 2,154 millions d'euros de compensation de service public pour mener des projets.

Le conflit d'intérêts "semble absolument évident", a considéré à l'époque la lanceuse d'alerte, directrice générale adjointe à la communauté urbaine de septembre 2020 à avril 2023 et qui avait obtenu le statut de lanceuse d'alerte en janvier 2025.


De retour d'Alger, Darmanin se dit «très rassuré par la façon dont Christophe Gleizes est traité»

Gérald Darmanin a effectué une visite de deux jours en Algérie, "à la demande du président de la République" française, pour évoquer le cas de Christophe Gleizes ainsi que la coopération judiciaire entre les deux pays. (AFP)
Gérald Darmanin a effectué une visite de deux jours en Algérie, "à la demande du président de la République" française, pour évoquer le cas de Christophe Gleizes ainsi que la coopération judiciaire entre les deux pays. (AFP)
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  • Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, s'est dit mardi "très rassuré" par la façon dont le journaliste sportif Christophe Gleizes "est traité" par l'Algérie où il est détenu, au lendemain d'une visite à Alger
  • Le journaliste sportif est détenu depuis près d'un an en Algérie

PARIS: Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, s'est dit mardi "très rassuré" par la façon dont le journaliste sportif Christophe Gleizes "est traité" par l'Algérie où il est détenu, au lendemain d'une visite à Alger.

"Nous avons rappelé qu'il faut rendre Christophe Gleizes non pas à la France, mais à sa mère", a déclaré le garde des Sceaux sur CNews et Europe 1, estimant que le président algérien Abdelmadjid Tebboune "y sera sensible, en tous cas (...) je lui fais confiance pour cela".

Le journaliste sportif est détenu depuis près d'un an en Algérie.

Gérald Darmanin a effectué une visite de deux jours en Algérie, "à la demande du président de la République" française, pour évoquer le cas de Christophe Gleizes ainsi que la coopération judiciaire entre les deux pays.

Ce séjour actait un apaisement entre les deux pays amorcé ces derniers mois après une crise acrimonieuse de presque deux ans.

Le garde des Sceaux a affirmé avoir obtenu des autorités algériennes "la reprise de notre coopération judiciaire".

Il a salué "des échanges extrêmement forts" avec le président Tebboune sur la question de Christophe Gleizes, arrêté dans le cadre d'un reportage en mai 2024 en Kabylie (nord-est) et condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".

"Maintenant, sa peine est définitive, puisqu'il n'a pas fait de pourvoi en cassation", a reconnu mardi Gérald Darmanin. La démarche vise à ouvrir la voie à une possible grâce du président Tebboune.

Le ministre a estimé que le chef de l'Etat algérien était en mesure "de faire ce geste pour cette famille, et bien sûr pour notre bonne relation".

 


L’Institut du monde arabe réunit les jeunes du G7 autour des partenariats internationaux

L'Institut du monde arabe accueille lundi une rencontre internationale organisée dans le cadre du sommet du YOUTH 7 (Y7) 2026, consacré cette année à la réflexion sur les partenariats internationaux dans un contexte de profondes tensions géopolitiques. (AFP)
L'Institut du monde arabe accueille lundi une rencontre internationale organisée dans le cadre du sommet du YOUTH 7 (Y7) 2026, consacré cette année à la réflexion sur les partenariats internationaux dans un contexte de profondes tensions géopolitiques. (AFP)
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  • La soirée-débat, organisée en partenariat avec Open Diplomacy, réunira des délégués internationaux autour du thème: «Au G7, quelle politique des partenariats internationaux à l’heure de la brutalisation du monde?»
  • Plusieurs personnalités prendront part à cette rencontre, parmi lesquelles Anne-Claire Legendre, Éléonore Caroit, Thomas Friang et Aurélien Duchêne

PARIS: L'Institut du monde arabe accueille lundi une rencontre internationale organisée dans le cadre du sommet du YOUTH 7 (Y7) 2026, consacré cette année à la réflexion sur les partenariats internationaux dans un contexte de profondes tensions géopolitiques.

Organisé à Paris du 17 au 20 mai sous présidence française du G7, le Y7 constitue la plateforme officielle d’engagement des jeunes des pays membres du G7. Cette initiative précède d’un mois le sommet des chefs d’État et de gouvernement prévu à Évian.

La soirée-débat, organisée en partenariat avec Open Diplomacy, réunira des délégués internationaux autour du thème: «Au G7, quelle politique des partenariats internationaux à l’heure de la brutalisation du monde?»

Plusieurs personnalités prendront part à cette rencontre, parmi lesquelles Anne-Claire Legendre, Éléonore Caroit, Thomas Friang et Aurélien Duchêne.

Le programme prévoit également une visite privée de l’exposition consacrée à Byblos pour les délégations internationales, avant les interventions officielles et un cocktail de réseautage.

À travers cet événement, l’Institut du monde arabe entend réaffirmer son engagement en faveur du dialogue entre les cultures, de la coopération internationale et de la mobilisation des nouvelles générations face aux grands défis mondiaux.