Qualifications de l'Arabie saoudite pour la Coupe du monde: tenir compte de cinq critères

Hervé Renard lors de la dernière séance d'entraînement de l'Arabie saoudite avant le match de qualification pour la Coupe du monde contre la Chine à Riyad. (X: @SaudiNT)
Hervé Renard lors de la dernière séance d'entraînement de l'Arabie saoudite avant le match de qualification pour la Coupe du monde contre la Chine à Riyad. (X: @SaudiNT)
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Publié le Mercredi 19 mars 2025

Qualifications de l'Arabie saoudite pour la Coupe du monde: tenir compte de cinq critères

  • Les Faucons verts d'Hervé Renard affrontent la Chine à Riyad jeudi, avant de se rendre au Japon la semaine prochaine
  • L'Arabie saoudite doit absolument gagner le match contre la Chine

LONDRES: Les qualifications pour la Coupe du monde 2026 entrent dans une phase cruciale dans les prochains jours. L'Arabie saoudite reçoit la Chine à domicile jeudi à Riyad et se rend ensuite au Japon pour le match de mardi.

Après six matchs sur dix au troisième tour de qualification, le Japon compte neuf points d'avance, laissant les cinq autres pays en compétition pour l'autre place automatique.

La lutte est acharnée: un seul point sépare l'Australie, deuxième, de la Chine, sixième, et de l'Indonésie, de l'Arabie saoudite et de Bahreïn.

Il y a beaucoup de choses à dire, mais voici cinq points à surveiller dans la semaine à venir.

L'Arabie saoudite doit absolument gagner le match contre la Chine

L'Arabie saoudite n'a remporté qu'un seul de ses six matchs dans le Groupe C et ses espoirs de qualification automatique sont en jeu. La bonne nouvelle pour le sélectionneur Hervé Renard, c'est que ses rivaux pour la deuxième place ont également du mal. Il est encore temps pour une équipe de faire une incursion en Amérique du Nord et de laisser les autres derrière elle.

L'autre bonne nouvelle pour Hervé Renard est que la Chine est la seule équipe que les Faucons verts ont battue jusqu'à présent, grâce à une tête de Hassan Kadesh à la dernière minute. L'Arabie saoudite est largement favorite, mais la pression est là.

La Chine sera ravie de prendre un point, mais elle sait que si elle parvient à maintenir la pression et à frustrer l'équipe locale – et étant donné que l'Arabie Saoudite n'a pas marqué lors des quatre derniers matchs de qualification depuis le but de Kadesh, c'est une réelle possibilité – l'ambiance à Riyad pourrait devenir rapidement anxiogène, donnant aux visiteurs l'occasion de rentrer à la maison avec une victoire. D'une manière ou d'une autre, l'équipe locale doit commencer à se procurer des occasions.

Renard a été audacieux et a choisi des joueurs en forme

Le Français est revenu en octobre pour prendre les rênes de la sélection saoudienne après des débuts difficiles sous la houlette de Roberto Mancini. Son premier match a été un match nul 0-0 en Australie, suivi d'une défaite 2-0 en Indonésie, ce qui n'a pas facilité les choses.

Renard a effectué un certain nombre de changements dans l'équipe depuis cette nuit traumatisante à Jakarta et a ajouté de nouveaux visages – des joueurs comme Jehad Thakri, qui a été impressionnant en défense avec Al-Qadsiah et Muhannad Al-Saad qui a été en action avec Dunkerque en deuxième division française. L'attaquant Abdullah Al-Salem, âgé de 32 ans, pourrait faire ses débuts. Le puissant attaquant est en forme avec Al-Khaleej, où il a atteint les deux chiffres avec le club, qui se situe dans les bas-fonds du classement.

Choisir des joueurs qui jouent bien en club est toujours une bonne idée, mais ce n'est pas toujours le cas dans le football international. Si l'un des nouveaux joueurs peut s'imposer et répondre à la confiance de Renard, cela pourrait faire la différence.

Un voyage au Japon n'est pas de tout repos, mais ...

En octobre, le Japon est venu à Djeddah et s'est imposé 2-0 au terme d'une démonstration de force. Il était déjà clair à l'époque que les Samouraïs bleus étaient en route pour la Coupe du monde en tant que vainqueurs du groupe C. Il est fort probable que l'équipe batte Bahreïn à domicile, après avoir gagné 5-0 à l'extérieur, pour devenir la première équipe à se qualifier pour la Coupe du monde 2026.

C'est une bonne nouvelle pour l'Arabie saoudite. Se rendre à l'Est pour affronter un Japon en quête de points serait la tâche la plus difficile qui soit dans le football asiatique, mais si les hôtes sont déjà qualifiés et d'humeur festive, il y a de l'espoir.

L'Arabie saoudite a terminé au-dessus du Japon lors des qualifications pour la Coupe du monde 2022 et, bien que cela ne se produise pas cette fois-ci, il y a toujours une chance dans un match unique.

Les stars doivent se montrer à la hauteur lors d'un long voyage

Il reste à savoir si le milieu de terrain en forme Mohamed Kanno sera apte à affronter la Chine après s'être blessé, mais la star d'Al-Hilal espère faire le long voyage vers l'est et fouler la pelouse du stade de Saitama. Son énergie, son dynamisme et son expérience seront nécessaires.

L'Arabie saoudite aura besoin de sang neuf dans l'équipe, mais elle comptera aussi sur Salem Al-Dawsari, le talisman, pour faire bouger les choses grâce à un moment de magie. Il en va de même pour Saud Abdulhamid. Le Japon est une équipe pleine de stars européennes, mais le latéral droit est en forme avec Rome.

Il ne s'agit pas seulement de gérer les 90 minutes sur le terrain, mais tout le voyage. Il est regrettable que le Japon ait deux matchs dans le même stade et puisse se reposer, alors que l'Arabie saoudite affronte la Chine à Riyad et doit ensuite effectuer un long voyage à travers six fuseaux horaires. Telle est la vie dans le football asiatique, mais les stars sont déjà passées par là et doivent montrer ce qu'il faut faire.

Quoi qu'il arrive, ce n'est pas fini

Même en cas de deux victoires dans les jours à venir, il y a encore du travail à faire, et il en irait de même en cas de deux défaites. Il y a encore deux matchs de qualification en juin à Bahreïn, puis une finale contre l'Australie. Il y a deux places automatiques, l'une presque certainement réservée au Japon et l'autre à l'Australie, mais il y a une autre voie. Les six équipes qui termineront à la troisième et à la quatrième place des trois groupes accèderont à une autre étape et se disputeront deux places supplémentaires pour la Coupe du monde.

Parmi les cinq équipes en lice pour la deuxième place, l'Australie et l'Arabie saoudite considéreraient leur troisième place comme une déception, mais Bahreïn, la Chine et l'Indonésie seraient certainement d'un autre avis. Cela ajoute une dimension supplémentaire aux prochains matchs. Quoi qu'il en soit, l'Arabie saoudite doit s'assurer qu'elle ne s'éloigne pas des quatre premières places tout en luttant pour une place dans les deux premières.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le décès de Loana pourrait être dû à une chute, selon le parquet

Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours. (AFP)
Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours. (AFP)
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  • Une enquête en recherche des causes de la mort a été confiée à la police judiciaire, et le corps a été transporté à l'institut médico-légal en vue d'une autopsie et d'analyses toxicologiques et de recherches d'éventuelles pathologies
  • "A ce stade des investigations, aucun élément ne permet d'envisager l'intervention d'un tiers en lien avec le décès", a ajouté le procureur

NICE: Le décès de Loana, première vedette de la télé-réalité en France, retrouvée morte mercredi à son domicile à Nice, pourrait être dû à une chute, sans intervention d'un tiers, a annoncé jeudi le procureur de Nice, Damien Martinelli.

Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours.

La porte de l'appartement étant fermée à clé de l'intérieur, les pompiers sont entrés par une fenêtre. Loana était "manifestement décédée depuis plusieurs jours", et son chien a également été retrouvé mort, selon le communiqué du procureur.

Une plaie à l'arrière du crâne et des ecchymoses dans la région lombaire laissent envisager que le décès puisse être lié à une chute en arrière.

Une enquête en recherche des causes de la mort a été confiée à la police judiciaire, et le corps a été transporté à l'institut médico-légal en vue d'une autopsie et d'analyses toxicologiques et de recherches d'éventuelles pathologies.

"A ce stade des investigations, aucun élément ne permet d'envisager l'intervention d'un tiers en lien avec le décès", a ajouté le procureur.

La France avait découvert Loana Petrucciani (de son nom complet) en avril 2001 lorsqu'elle a vécu avec d'autres anonymes dix semaines durant 24 heures sur 24 sous l'oeil des caméras de M6.

Le succès du "Loft" a été immédiat et phénoménal et l'émission, considérée comme culte, a inspiré une série pour la plateforme de streaming d'Amazon, Prime Video, en 2024.

Mais Loana a quitté peu à peu le monde du show business et entamé un long déclin personnel, entre violences subies, problèmes de santé, tentatives de suicide, overdoses et épisodes psychiatriques.

"On peut dire que nous avons vécu un conte de fées. Une vie que jamais nous n'aurions osé imaginer. Un rêve éveillé, intense. Et puis, je t'ai vue tomber, te redresser, te battre, lutter, céder... Tu as tout donné, jusqu'au bout", a témoigné sur Instagram le chroniqueur Steevy Boulay, autre "lofteur" de la première édition.

 

 


A Tyr, dans le sud du Liban, des joyaux de l'antiquité sous les bombes israéliennes

Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
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  • Le site antique de Tyr, classé à l’UNESCO, est protégé symboliquement par l’initiative « Boucliers bleus », mais reste exposé aux frappes israéliennes dans le contexte du conflit avec le Hezbollah
  • Les attaques ont déjà causé des victimes civiles à proximité des vestiges, suscitant des inquiétudes sur la protection du patrimoine archéologique du sud du Liban en pleine guerre

TYR: Le "bouclier" pourra-t-il arrêter la foudre? Sur le site archéologique d'Al-Bass, dans le sud du Liban, aucune présence militaire mais un panneau symbolique de l'Unesco flanqué d'un écusson bleu et blanc, unique rempart pour protéger les ruines antiques des bombes israéliennes.

Située à une vingtaine de km de la frontière avec Israël, Tyr, l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, a été la cible de plusieurs frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah le 2 mars.

L'initiative "Boucliers bleus", lancée par un comité lié à l'Unesco, concerne une trentaine de sites au Liban, dont celui de Tyr. C'est d'abord un message adressé à l'armée israélienne: la convention de la Haye de 1954 oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé.

Le 6 mars, une frappe israélienne s'est abattue à quelques mètres des poteries anciennes. Huit personnes, une famille entière, ont été tuées, selon les autorités. Leur maison, pulvérisée par l'explosion, n'est plus qu'un amas de gravats, à côté d'une voiture calcinée. 

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Un emblème de protection renforcée, symbole du droit international humanitaire, est affiché sur le site de l’hippodrome romain à Tyr, le 23 mars 2026. À Al-Bass, aucun dispositif militaire, seulement un signe censé protéger les ruines antiques, désormais touchées par les frappes. (AFP)

"C'était nos voisins, ils vivaient ici depuis des décennies (...) Ils pensaient que la proximité du site les protégerait parce qu'il est classé au patrimoine mondial de l'Unesco, qu'il ne serait pas touché", raconte Nader Saqlaoui, directeur des fouilles archéologiques dans le sud, rattaché au ministère de la Culture.

Détail macabre, l'équipe venue inspecter d'éventuels dégâts sur les monuments a, dit-il, "découvert des restes humains sur le toit du musée" encore en construction.

Celui-ci a subi quelques dommages, ses vitres ont volé en éclats, mais l'explosion n'a pas atteint la nécropole des IIe et IIIe siècles, ni l'arc de triomphe monumental, les aqueducs ou encore l'hippodrome qui s'élèvent sur le site, témoins d'une époque romaine prospère.

Beaucoup d'habitants de la ville ont fui, à la suite d'un appel à évacuer d'Israël, mais quelques milliers sont restés, avec des combattants du Hezbollah pro-iranien - et les précieux vestiges.

Durant l'Antiquité, la ville fut un important port phénicien, avant d'être conquise par Alexandre le Grand, puis l'Empire romain.

Le ministre de la Culture Ghassan Salamé a dénoncé une "agression" d'Israël.

"Il n'existe aucune présence militaire ou sécuritaire sur ces sites (archéologiques, NDLR) et un tel argument ne peut être utilisé pour les bombarder ou y porter atteinte", a-t-il fustigé dans un communiqué.

Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne, qui dit viser le Hezbollah, n'a pas commenté dans un premier temps.

- Transport risqué -

Les archéologues doivent encore examiner les vieilles pierres pour détecter d'éventuelles fissures ou altérations qui pourraient avoir été provoquées par l'onde de choc.

"Le Liban est plein de richesses archéologiques (...) et les dépôts de Beyrouth n'ont pas la capacité d'accueillir tous ces objets" menacés, raconte David Sassine, expert de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine (Aliph), une fondation qui aide le gouvernement à aménager des lieux sécurisés pour les objets de valeur.

Le dilemme est double: rien ne garantit qu'ils seront davantage en sécurité dans la capitale, elle-même bombardée régulièrement par Israël, et le transport des objets depuis le sud du pays, même sous escorte militaire, "reste risqué", dit-il. 

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Caisses remplies de fragments de poteries antiques après une frappe israélienne près de l’hippodrome romain à Tyr, au sud du Liban, le 23 mars 2026. À Al-Bass, un simple emblème de protection marque un site archéologique désormais touché par les frappes. (AFP)

Lors du précédent conflit de 2023-2024, des pièces d'or, des amphores plurimillénaires et des sarcophages de grande valeur avaient ainsi été transférés à Beyrouth - où ils se trouvent encore.

Les environs immédiats de Tyr avaient déjà été touchés. Et la citadelle de Chamaa, une forteresse médiévale de la zone frontalière, a été à moitié détruite par l'armée israélienne.

Le directeur des fouilles ne se fait pas beaucoup d'illusion.

"Les Israéliens savent tout, même la pointure de vos chaussures (...) Ils savaient très bien où se trouvait le site", assure M. Saqlaoui. "Nous avons vécu au moins six guerres avec Israël (...) ça ne les a pas empêché d'attaquer des sites archéologiques". 

Mustafa Najdi, employé comme gardien, était présent à Al-Bass le jour du bombardement: "j'ai entendu un choc très violent et j'ai pris la fuite avant de prévenir les responsables", dit-il.

"Personne ne s'intéresse à nous", dénonce le trentenaire à la barbe épaisse, appelant "tous ceux qui le peuvent à faire pression pour mettre fin à cette barbarie".

"Cette civilisation représente l'histoire et elle nous représente tous, Libanais comme non Libanais".


Leïla Slimani ausculte son rapport à la langue arabe avec son nouveau livre

L’écrivaine et journaliste franco-marocaine Leïla Slimani, lors d’une séance photo à Paris, le 17 mars 2026. (AFP)
L’écrivaine et journaliste franco-marocaine Leïla Slimani, lors d’une séance photo à Paris, le 17 mars 2026. (AFP)
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  • Leïla Slimani évoque une relation complexe à l’arabe, dont l’enseignement rigide et dévalorisé dans le système scolaire français a accentué son éloignement et son sentiment d’étrangeté culturelle
  • Aujourd’hui, elle adopte une vision plus apaisée et transmet une relation libérée à la langue à ses enfants, affirmant que l’identité et les liens linguistiques peuvent toujours se reconstruire

PARIS: Dans "Assaut contre la frontière", publié jeudi en France, Leïla Slimani interroge son rapport à la langue arabe, qu'elle déplore de ne pas parler, au point d'en "avoir honte" en tant que Franco-Marocaine "aux identités boiteuses".

L'autrice de 44 ans, prix Goncourt (le plus prestigieux en France) en 2016 pour "Chanson douce", explique dans un entretien à l'AFP avoir commencé à parler l'arabe dialectal, la darija, "toute petite avec (sa) grand-mère, (sa) nounou, dans la rue" au Maroc, mais pas avec ses parents, des bourgeois francophiles.

"Ils ne me parlaient qu'en français. Et je les entendais peu discuter en arabe", affirme cette mère de deux enfants qui vit désormais à Lisbonne, où elle s'est mise au portugais.

Elle découvre l'arabe classique en cours préparatoire, car "c'était obligatoire", et poursuit jusqu'en terminale. Mais l'enseignement ne lui plaît pas: "On y allait un peu à reculons" et "j'avais l'impression d'une sorte de langue qui était étrangère".

Et puis, à l'époque, "c'était très dévalorisé: à l'école française, les gens se moquaient des profs d'arabe", se remémore-t-elle. "Il y avait quelque chose de vraiment méchant, de condescendant à leur égard. Ils étaient beaucoup moins bien payés. Et donc, nous, les élèves, on les prenait moins au sérieux."

En arrivant à Paris, où elle est élève en classe préparatoire littéraire puis à Sciences Po, elle est "obligée d'expliquer à des Français pourquoi (elle) ne parle pas l'arabe", ce qu'elle vit comme une "humiliation".

"Parfois, je mens en leur disant que je parle très bien et ça me met dans des situations très inconfortables, parce qu'on commence à me demander de traduire des trucs, ce dont je suis incapable", raconte-t-elle.

- "Mal à l'aise" -

En même temps, "je me rends compte que les gens en France ont une vision très parcellaire, très caricaturale, à la fois de mon pays, de ces questions linguistiques, et je me sens très mal à l'aise vis-à-vis de ça", ajoute-t-elle.

C'est alors que la question de la langue se mêle à celle de son identité arabe, que jusqu'à présent elle ne s'était pas posée, car ses parents en "avaient une vision extrêmement ouverte, extrêmement plastique".

"Quand j'arrive en France, je me retrouve dans une identité qui vient beaucoup plus des autres que de moi-même", analyse la romancière. "Ça m'amène à beaucoup de contradictions, de chagrins aussi parfois et un sentiment de solitude."

Pour en sortir, elle se met à écrire car cela lui permet "de se détacher d'une identité qui (lui) serait assignée par les autres".

L'autrice de la trilogie "Le pays des autres" va plus loin: "Quand on écrit, on peut ajouter de la nuance, de la fêlure. Moi, mes identités, elles sont boiteuses, imparfaites, infirmes, pleines de maladresse."

D'ailleurs, poursuit-elle, "je pense que beaucoup de gens, en France ou ailleurs, sont très insatisfaits de la manière dont on veut nous vendre l'identité: comme une sorte de fierté, de bandoulière héroïque qu'il faudrait qu'on porte en étendard, qu'il faudrait mériter, prouver constamment".

Aujourd'hui, son rapport à l'arabe est "apaisé": il lui arrive toujours d'avoir "honte" de ne pas le parler mais, avec ce livre édité par Gallimard, elle veut dire à ceux qui seraient dans sa situation que "rien n'est jamais perdu".

La preuve: ses enfants apprennent l'arabe, "avec un grand plaisir, en étant détachés de toutes ces pressions, de toutes ces connotations".