La France reconnaît «l'Etat de Palestine», «pour la paix» avec Israël, dit Macron à l'ONU

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Publié le Lundi 22 septembre 2025

La France reconnaît «l'Etat de Palestine», «pour la paix» avec Israël, dit Macron à l'ONU

  • "Le temps est venu de libérer les (...) otages détenus par le Hamas. Le temps est venu d'arrêter la guerre, les bombardements à Gaza, les massacres et les populations en fuite"
  • Il a demandé "à Israël de ne plus rien faire qui entrave" l'"aboutissement" des négociations en ce sens

NATIONS-UNIES: "La France reconnaît aujourd'hui l'Etat de Palestine", "pour la paix entre le peuple israélien et le peuple palestinien", a déclaré lundi solennellement Emmanuel Macron à la tribune des Nations unies.

"Le temps est venu", a estimé le président français dans un discours très attendu à New York lors d'une conférence sur la "solution à deux Etats", affirmant être ainsi "fidèle à l'engagement historique" de la France "au Proche-Orient".

 

Le discours d'Emmanuel Macron

 

Nous sommes là car le temps est venu. Le temps est venu de libérer les 48 otages détenus par  le Hamas. Le temps est venu d’arrêter la guerre, les bombardements à Gaza, les massacres et  les populations en fuite. Le temps est venu car l’urgence est partout. Le temps de la paix est  venu, car nous sommes à quelques instants de ne plus pouvoir la saisir. C’est pour cela que nous  nous retrouvons aujourd’hui ici. Certains diront trop tard, d’autres diront trop tôt. Une chose  est sûre nous ne pouvons plus attendre.  

En 1947, cette Assemblée décidait du partage de la Palestine mandataire entre deux Etats, l’un  juif et l’autre arabe, et reconnaissait ainsi le droit de chacun à l’autodétermination. La  communauté internationale consacrait là l’Etat d’Israël, accomplissant le destin de ce peuple,  enfin, après des millénaires d’errance et de persécution, et qui put fonder là une si belle  démocratie. La promesse d’un Etat arabe, elle, reste, jusqu’à ce jour, inachevée. 

Depuis lors, c’est un long chemin d’espérance et de désespoir mêlés qu’Israéliens et  Palestiniens ont parcouru chacun à leur manière. Et nous, nous avons cheminé avec eux, chacun  d’entre nous selon son histoire et sa sensibilité. Mais la vérité est que nous portons la  responsabilité collective d’avoir failli jusqu’ici à bâtir une paix juste et durable au Proche 

Orient.  

C’est l’évidence même qui s’est imposée à nous le 7 octobre 2023, lorsque le peuple israélien  a subi la pire attaque terroriste de son histoire. 1224 hommes, femmes et enfants tués. 4834  hommes, femmes et enfants blessés. 251 hommes, femmes et enfants enlevés. 

La barbarie du Hamas et de ceux qui ont collaboré à ce massacre a stupéfait Israël et le monde.  Le 7 octobre est une blessure encore vive pour l’âme israélienne comme pour la conscience  universelle. Nous la condamnons sans aucune nuance car rien, jamais, nulle part, ne peut  justifier de recourir au terrorisme. Nous pensons en ce jour, aux victimes et à leurs familles.  Nous disons notre compassion aux Israéliens et exigeons avant toute autre chose que tous les  otages encore détenus à Gaza soient libérés sans aucune condition. Nous Français avons rendu  un hommage national à nos 51 compatriotes assassinés ce jour-là, et à toutes les victimes du 7  octobre 2023. Nous ne les oublierons pas. Jamais. Comme jamais nous ne cesserons le combat  existentiel contre l’antisémitisme.  

Français, nous savons la morsure du terrorisme. Nous portons au cœur le souvenir du  témoignage de fraternité offert après les attentats commis à Paris le 7 janvier 2015, par des  dizaines de dirigeants étrangers manifestant avec eux, au premier rang desquels le premier  ministre israélien et le président de l’Autorité palestinienne.  

Nous savons qu’aucune faiblesse n’est possible face aux terroristes.  

Nous savons aussi le danger des guerres sans fin. Nous savons que le droit toujours doit l’emporter sur la force. Nous savons enfin de notre Histoire que l’attachement à l’universel et  à la paix est l’héritage des siècles passés comme la condition du salut. J’affirme cela au nom de  notre amitié avec Israël, à qui notre engagement n’a jamais fait défaut. Au nom de notre amitié aussi avec le peuple palestinien pour qui nous voulons que la promesse initiale des Nations  unies, celle de deux Etats vivant côte à côte en paix et en sécurité devienne réalité.  

Or à cette heure, Israël étend encore ses opérations militaires à Gaza dans l’objectif déclaré de  détruire le Hamas. Mais ce sont les vies de centaines de milliers de personnes déplacées,  blessées, affamées, traumatisées qui continuent d’être détruites. Alors même que le Hamas a  été considérablement affaibli et que la négociation d’un cessez-le-feu durable reste le moyen le  plus sûr d’obtenir la libération des otages.  

Rien, rien ne justifie plus la poursuite de la guerre à Gaza. Rien. Tout commande au contraire  d’y mettre un terme définitif maintenant, à défaut de l’avoir fait plus tôt. Pour sauver des vies.  Les vies des otages israéliens encore détenus dans des conditions atroces. Les vies des centaines  de milliers de civils palestiniens accablés par la faim, la souffrance, la peur de mourir, le deuil  de leurs proches. Sauver toutes les vies. Car depuis désormais près de deux ans, c’est bien la  négation de l’humanité de l’autre et le sacrifice de la vie humaine qui prévalent. Oui, depuis le  7 octobre, c’est bien la vie de l’autre qui est niée.  

Nous le disons depuis le premier jour de la guerre à Gaza : une vie vaut une vie. Je le sais pour  avoir pris dans mes bras les familles des otages rencontrées à Tel Aviv puis à Paris. Je pense à  cet instant à la mère d’Eyatar David, otage affamé et montré à la foule par ses bourreaux. Je  pense à Nimrod Cohen, otage de dix-neuf ans, dont je viens de saluer le père. Je le sais pour  être aussi allé au chevet des victimes palestiniennes des opérations militaires israéliennes, 

réfugiées à Al-Arish, des femmes, des enfants, dont je n’oublierai pas le regard. Je le sais, pour  avoir rencontré des jeunes de Gaza accueillis en France et je pense à Rita Baroud qui aurait dû  être avec nous aujourd’hui et qui continue de témoigner de la détresse de ses proches à Gaza. 

Une vie vaut une vie. Et notre devoir à tous est de protéger les uns et les autres, devoir indivisible, comme l’est notre humanité commune.  

Une solution existe pour briser le cycle de la guerre et de la destruction. C’est la reconnaissance  de l’autre, de sa légitimité, de son humanité et de sa dignité. Que les uns et les autres rouvrent  les yeux et voient des visages humains là où la guerre a placé le masque de l’ennemi ou les  traits d’une cible. C’est la reconnaissance qu’Israéliens et Palestiniens vivent dans une solitude  jumelle, solitude des Israéliens après le cauchemar historique du 7 octobre 2023, solitude des  Palestiniens à bout de force dans cette guerre sans fin.  

Le temps est venu. Car le pire peut advenir, qu’il s’agisse du sacrifice de tant d’autres civils, de  l’expulsion de la population de Gaza vers l’Egypte, de l’annexion de la Cisjordanie, de la mort des otages détenus par le Hamas, ou des faits accomplis qui changent de manière irréversible  la situation sur le terrain. C’est pour cela, c’est pour cela que nous devons aujourd’hui, ici même  ouvrir ce chemin de paix, car depuis juillet dernier, l’accélération des évènements est terrible.  Au point où nous en sommes, il est à craindre que les accords d’Abraham ou de Camp David  soient remis en cause par l’action d’Israël et que la paix devienne impossible pour longtemps  au Moyen-Orient. Il pèse donc sur nous une responsabilité historique. Nous devons tout faire  pour préserver la possibilité même d’une solution à deux Etats, Israël et la Palestine, vivant  côte-à-côte en paix et en sécurité.  

Le temps est venu. C’est pourquoi, fidèle à l’engagement historique de mon pays au Proche Orient, pour la paix entre le peuple israélien et le peuple palestinien, je déclare que la France  reconnaît aujourd’hui l’Etat de Palestine. 

Cette reconnaissance est une manière d’affirmer que le peuple palestinien n’est pas un peuple  en trop. Qu’il est au contraire ce peuple qui ne dit jamais adieu à rien, pour parler avec  Mahmoud Darwich. Un peuple fort de son Histoire, de son enracinement, de sa dignité.  

La reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien n’enlève rien aux droits du peuple  israélien, que la France a soutenus dès le premier jour et au respect desquels elle n’est pas moins  attachée. Précisément car nous sommes convaincus que cette reconnaissance est la solution qui  seule permettra la paix pour Israël. Jamais la France n’a manqué à Israël quand sa sécurité était  en jeu, y compris face aux frappes iraniennes. 

Cette reconnaissance de l’Etat de Palestine est une défaite pour le Hamas comme pour tous  ceux qui attisent la haine antisémite, nourrissent des obsessions antisionistes et veulent la  destruction de l’Etat d’Israël.  

Cette reconnaissance de la France est accompagnée par celles qui seront annoncées aujourd’hui  entre autres et je les en remercie, celles d’Andorre, de l’Australie, de la Belgique, du Canada,  du Luxembourg, de Malte, de Monaco, du Portugal, du Royaume-Uni, de Saint-Marin qui ont  attendu avec nous ce moment et saisissant l’appel de juillet dernier, ont fait le choix de la  responsabilité, de l’exigence et de la paix. Cela, après le choix fait par l’Espagne, l’Irlande, la  Norvège et la Slovénie en 2024, et tant d’autres auparavant. 

Cette reconnaissance ouvre le chemin d’une négociation utile aux Israéliens comme aux  Palestiniens. 

Ce chemin est celui du plan de paix et de sécurité pour tous que l’Arabie Saoudite et la France ont soumis au vote de cette assemblée, qui l’a adopté à une très large majorité. Il porte notre  ambition commune de briser l’engrenage de la violence et de changer la donne sur le terrain.  Nous avons su faire un pas les uns vers les autres, sortir de nos postures habituelles et nous  donner des objectifs concrets. Il nous appartient maintenant, ensemble, de déclencher une  mécanique de paix répondant aux besoins de chacun.  

Le premier temps ce plan de paix et de sécurité pour tous, est celui de l’urgence absolue, celle  de coupler la libération des 48 otages et la fin des opérations militaires sur tout le territoire de  Gaza. Je salue les efforts du Qatar, de l’Egypte et des Etats-Unis pour y parvenir et demande à  Israël de ne plus rien faire qui entrave leur aboutissement. Le Hamas a été vaincu sur le plan  militaire par la neutralisation de ses chefs et de ses décideurs. Il doit l’être sur le plan politique pour être véritablement démantelé. Dès lors que le cessez-le-feu aura été agréé, c’est un effort  massif que nous devrons produire collectivement pour porter secours à la population de Gaza.  Je remercie l’Egypte et la Jordanie de leur engagement ici et rappelle à Israël l’obligation  absolue qui est la sienne de faciliter l’accès humanitaire à Gaza pour aider une population  aujourd’hui démunie de tout.  

Le deuxième temps est celui de la stabilisation et de la reconstruction à Gaza. Une  administration de transition intégrant l’Autorité palestinienne, la jeunesse palestinienne accompagnée de forces de sécurité dont nous accélérerons la formation, aura le monopole de la  sécurité à Gaza. Elle mettra en œuvre le démantèlement et le désarmement du Hamas, avec le  soutien des partenaires internationaux et les moyens qui seront nécessaires à cette mission  difficile. La France est prête à contribuer à une mission internationale de stabilisation et à  soutenir, avec ses partenaires européens, la formation et l’équipement des forces de sécurité  palestiniennes. Dès lors que la négociation le permettra, le Conseil de sécurité pourra décider  le déploiement d’une mission de soutien civil et sécuritaire, en liaison avec les autorités  palestiniennes, avec le consentement des autorités israéliennes.  

Il reviendra aussi à l’Etat de Palestine de rendre espoir à sa population éprouvée par des années  de violence, d’occupation mais aussi de division et d’incurie. Il lui reviendra donc d’offrir à son  peuple un cadre d’expression démocratique, renouvelé et sécurisé. Le président Mahmoud  Abbas en a pris l’engagement auprès du prince Mohamed bin Salman et de moi-même. Il a  condamné avec force les attaques terroristes du 7 octobre 2023. Il a affirmé son soutien au  désarmement du Hamas et s’est engagé à l’exclure de la gouvernance à venir de Gaza comme  de l’ensemble du territoire palestinien. Il a affirmé son engagement à lutter contre les discours  de haine et a promis une rénovation en profondeur de la gouvernance palestinienne.  

La France sera attentive à la pleine mise en œuvre de chacun des engagements pris auprès d’elle.  Cette Autorité palestinienne renouvelée est une condition nécessaire à la réussite de  l’indispensable négociation qu’il faudra reprendre pour parvenir à un accord sur chacune des  questions relatives au statut final. C’est dans ce cadre, aussi, que je pourrai décider d’établir  une ambassade auprès de l’Etat de Palestine, dès lors que tous les otages détenus à Gaza auront  été libérés et qu’un cessez-le-feu aura été établi.

L’exigence de la France à l’égard d’Israël ne sera pas moins grande. Avec ses partenaires  européens, elle indexera le niveau de sa coopération avec lui sur les dispositions qu’il prendra  pour mettre fin à la guerre et négocier la paix.  

C’est bien grâce à ce chemin que nous obtiendrons un Etat de Palestine souverain, indépendant  et démilitarisé regroupant l’ensemble de ses territoires, reconnaissant Israël, et étant reconnu  par Israël, dans une région qui connaîtra enfin la paix.  

J’attends aussi de nos partenaires arabes et musulmans qui ne l’ont pas encore fait, qu’ils  tiennent leur engagement de reconnaître l’Etat d’Israël et d’avoir avec lui des relations normales  dès lors que l’Etat de Palestine aura été établi. Ainsi ferons-nous la démonstration d’une double  reconnaissance au bénéfice de la paix et de la sécurité de tous au Proche-Orient.  

Voici, Mesdames et Messieurs, quel est notre plan de paix. Il établit un engrenage exigeant pour  sortir de la guerre et entrer dans une phase décisive de négociation. Il permet que la paix israélo palestinienne soit le premier pilier d’une nouvelle architecture de paix et de sécurité au Proche  et Moyen-Orient. Il crédibilise aussi la possibilité d’une plus grande intégration économique. 

Rien ne sera possible sans que les autorités israéliennes s’approprient pleinement notre ambition  renouvelée de parvenir enfin à la solution des deux Etats. Je sais leurs réticences et leurs  craintes. J’entends avec beaucoup de respect le peuple israélien, sa tristesse et sa fatigue, et je veux croire que les autorités israéliennes l’entendront également et sauront s’engager à leur  tour. Je sais que le peuple israélien et ses dirigeants peuvent en avoir la force.  

Je me souviens du jeune homme que j’étais, apprenant l’assassinat terrible d’Yitzhak Rabin, il  y a près de 30 ans, tué pour avoir voulu la paix. Au moment où la mort allait le ravir, le guerrier  héroïque de l’Etat d’Israël venait de prononcer ces mots : « J’ai fait la guerre aussi longtemps  qu’il n’y avait aucune chance de faire la paix ». Cette chance existe là aujourd’hui. 142 Etats  proposent cette paix, main tendue prête à être serrée.  

Alors, oui, le temps est venu d’arrêter la guerre à Gaza, les massacres, la mort, tout de suite.  L’urgence nous le commande. Le temps est venu pour Israël de vivre en paix et en sécurité, de  la Galilée à la Mer Rouge, par la mer Morte, par le lac de Tibériade, et par Jérusalem. Le temps est venu de ne plus discuter nulle part l’existence d’un Etat d’Israël et d’en faire une évidence.  

Le temps est venu de rendre justice au peuple palestinien et ainsi de reconnaître un Etat de  Palestine, frère et voisin, à Gaza et en Cisjordanie et par Jérusalem. Le temps est venu de chasser  de ces terres le visage hideux du terrorisme et de bâtir la paix. Oui, bâtir la paix, c’est ce qui  nous rassemble ici. Et telle est l’espérance qui peut se construire. Alors que pour certains  commence une année nouvelle, c’est un choix à faire et c’est notre devoir. La paix est beaucoup  plus exigeante, beaucoup plus difficile que toutes les guerres. 

Mais le temps est venu.

 

"Le temps est venu de libérer les (...) otages détenus par le Hamas. Le temps est venu d'arrêter la guerre, les bombardements à Gaza, les massacres et les populations en fuite", a-t-il énuméré. La libération de "tous les otages" et le cessez-le-feu sont des préalables à l'établissement d'une "ambassade auprès de l'Etat de Palestine", a confirmé Emmanuel Macron.

Il a demandé "à Israël de ne plus rien faire qui entrave" l'"aboutissement" des négociations en ce sens.

"Le temps est venu car l'urgence est partout. Le temps de la paix est venu, car nous sommes à quelques instants de ne plus pouvoir la saisir", a-t-il martelé.

"Certains diront trop tard, d'autres diront trop tôt", mais "nous ne pouvons plus attendre", a-t-il plaidé.

Le chef de l'Etat français, à l'initiative de ce processus diplomatique qui est accompagné par la reconnaissance d'un Etat palestinien par une dizaine d'autres pays, dont le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie, a assuré vouloir "ouvrir ce chemin de paix".

Selon lui, l'offensive israélienne à Gaza risque de "remettre en cause" les accords de paix déjà conclus par Israël avec des pays arabes.

A Israël et aux Etats-Unis, ainsi qu'à ses détracteurs en France, qui estiment qu'il récompense ainsi le mouvement islamiste palestinien Hamas pour ses attaques sanglantes du 7 octobre 2023 sur le sol israélien, Emmanuel Macron a assuré au contraire que "cette reconnaissance de l'État de Palestine est une défaite pour le Hamas comme pour tous ceux qui attisent la haine antisémite, nourrissent des obsessions antisionistes et veulent la destruction de l'Etat d'Israël".

Car ce futur Etat exclura le Hamas de sa gouvernance, a-t-il insisté, réaffirmant que, selon ce plan, une "mission internationale de stabilisation" serait chargée de sécuriser Gaza, avec "une administration de transition intégrant l'Autorité palestinienne". Objectif: "le démantèlement et le désarmement du Hamas".

"La France est prête à contribuer" à cette mission, a-t-il dit.

Accusé par le Premier ministre israélien de ne pas en faire assez contre l'antisémitisme en France, Emmanuel Macron a fermement dénoncé "la barbarie du Hamas" lors du 7-Octobre, "une blessure encore vive pour l'âme israélienne comme pour la conscience universelle".

"Jamais nous ne cesserons le combat existentiel contre l'antisémitisme", a-t-il encore déclaré.


Macron à ArcelorMittal Dunkerque pour soutenir un "investissement massif" pour la décarbonation

Le président français Emmanuel Macron attend d’accueillir le roi de Bahreïn au palais présidentiel de l’Élysée à Paris, le 6 février 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron attend d’accueillir le roi de Bahreïn au palais présidentiel de l’Élysée à Paris, le 6 février 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron doit annoncer à Dunkerque des investissements publics et privés pour la décarbonation d’ArcelorMittal
  • Le dossier illustre les tensions entre souveraineté industrielle, transition climatique et concurrence de l’acier chinois, sur fond de débats politiques (aides publiques, nationalisation, protection européenne)

LILLE: Emmanuel Macron doit officialiser mardi chez ArcelorMittal à Dunkerque des investissements présentés comme "massifs" dans la décarbonation du premier producteur d'acier en France, dont l'Elysée estime qu'ils participeront à assurer l'avenir de cette filière stratégique mais en difficulté.

Selon la CGT, le groupe doit confirmer la construction sur le site dunkerquois d'un four électrique. Ce type de four permet, à l'inverse des hauts fourneaux traditionnels, de produire de l'acier sans charbon, dont la combustion est très émettrice de CO2 et contribue au réchauffement de la planète.

Ces investissements sont très attendus. ArcelorMittal avait annoncé début 2024 un projet de 1,8 milliard d'euros, dont 850 millions d'euros d'aides de l'Etat, qui visait à remplacer un haut fourneau de son site de Dunkerque par deux fours électriques.

Mais face à la concurrence accrue de l'acier chinois, ce projet ne s'est pas concrétisé jusque là, alimentant la crainte que le géant sidérurgique ne renonce à la décarbonation et se désengage d'Europe.

Le projet d'origine a aujourd'hui "évolué" selon l'Elysée, précisant que sa nouvelle version bénéficiera toujours d'aides de l'Etat, qui devraient néanmoins être "moins importantes".

- "Avenir à long terme" -

La CFDT ArcelorMittal, qui a annoncé dans un communiqué "boycotter" la venue du président de la République, a dénoncé lundi une "mascarade", déplorant des investissements qui "ont deux ans de retard", et "largement inférieurs à ceux prévus initialement".

"Ça fait quatre ans qu'on nous promet des choses, quatre ans qu'on voit l'usine sombrer", a renchéri Gaëtan Lecocq de la CGT, redoutant aussi que "rien ne se concrétise".

Pour l'Elysée au contraire, ces investissements sont "le résultat des efforts de la France pour soutenir la sidérurgie française et européenne", et lui assurer un "avenir à long terme".

L'Union européenne a mis en place au 1er janvier un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières et voté des quotas d'importations qui doivent entrer en vigueur courant 2026 afin de protéger son secteur sidérurgique face à la concurrence chinoise.

ArcelorMittal, qui a annoncé jeudi un bénéfice net de plus de 3 milliards de dollars en 2025, multiplié par 2,5 sur un an, a salué à cette occasion ces mesures de Bruxelles, qui redéfinissent "structurellement les perspectives de l'industrie sidérurgique européenne".

- "Insuffisant" -

Cependant la construction d'"un four électrique d'une capacité de 1,5 million de tonnes" serait "insuffisant" pour maintenir la compétitivité d'ArcelorMittal, alors que le projet initial prévoyait "6 millions de tonnes d'acier +vert+", a déploré la CGT dans un communiqué publié dimanche.

Les sites d'ArcelorMittal à Dunkerque représentent "environ la moitié du poids de la filière sidérurgique française" en matière d'émissions de CO2 et "font partie des 50 sites industriels les plus émetteurs de gaz à effet de serre", souligne l'Elysée.

Le sidérurgiste a investi 500 millions d'euros pour lancer début décembre à Dunkerque trois lignes de production d'aciers fortement magnétiques destinés à la production de moteurs pour voitures électriques. Une preuve, selon le groupe, qu'il ne "se désengage pas de la France".

Cela n'a pas convaincu des élus de gauche, qui ont fait adopter à l'Assemblée nationale une proposition de loi visant à nationaliser ArcelorMittal France. Une nationalisation à plusieurs milliards d'euros, à laquelle le gouvernement et l'entreprise sont opposés et dont le sort législatif demeure très incertain.

Le texte doit être étudié au Sénat le 25 février prochain.

Emmanuel Macron entame par ce déplacement une semaine axée sur les questions d'économie, de compétitivité et de souveraineté européennes.

Le chef de l'Etat espère profiter de sa dernière année à l'Elysée pour réhabiliter son bilan économique, son entourage insistant sur le fait que le budget enfin adopté au terme d'une longue séquence parlementaire, sans être "parfait", "préserve in fine les fondamentaux de la politique de l'offre" suivie depuis neuf ans.

Le président se rendra ensuite mercredi à un sommet sur l'industrie européenne à Anvers, puis le lendemain, toujours en Belgique, à une rencontre informelle des dirigeants de l'UE.

Selon un proche, il veut à cette occasion "secouer le cocotier" pour que les Vingt-Sept accélèrent enfin leur agenda de compétitivité pour renforcer l'"indépendance" du Vieux Continent, notamment face aux Etats-Unis de Donald Trump.


Morandini se retire de l'antenne de CNews après la polémique liée à ses condamnations

Sous pression depuis trois semaines, l'animateur Jean-Marc Morandini ne sera plus à l'antenne de CNews à partir de mardi, après la polémique liée à son maintien malgré ses condamnations définitives, notamment pour corruption de mineurs. (AFP)
Sous pression depuis trois semaines, l'animateur Jean-Marc Morandini ne sera plus à l'antenne de CNews à partir de mardi, après la polémique liée à son maintien malgré ses condamnations définitives, notamment pour corruption de mineurs. (AFP)
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  • La direction de CNews a pris acte de ce retrait immédiat proposé par l'animateur. Sa durée n'est toutefois pas précisée
  • M. Morandini entend par là aider à "rétablir le calme nécessaire au travail de la rédaction", a-t-il indiqué sur le réseau social X

PARIS: Sous pression depuis trois semaines, l'animateur Jean-Marc Morandini ne sera plus à l'antenne de CNews à partir de mardi, après la polémique liée à son maintien malgré ses condamnations définitives, notamment pour corruption de mineurs.

La direction de CNews a pris acte de ce retrait immédiat proposé par l'animateur. Sa durée n'est toutefois pas précisée.

M. Morandini entend par là aider à "rétablir le calme nécessaire au travail de la rédaction", a-t-il indiqué sur le réseau social X.

"Je regrette profondément de devoir prendre cette décision mais je pense qu'elle est indispensable pour retrouver le calme et la sérénité", insiste cette figure médiatique dans ce court message.

Première chaîne d'info de France en parts d'audience, CNews (groupe Canal+) est dans la tourmente depuis une première condamnation définitive de Jean-Marc Morandini le 14 janvier et la décision de sa direction de le maintenir à l'antenne.

Sonia Mabrouk, une des vedettes de la chaîne, a présenté vendredi sa démission. Elle avait été la première à prendre ses distances avec ce maintien.

Depuis ses premiers propos, la journaliste a constaté une "altération certaine et effective de (s)a relation avec une partie de la direction de CNews", a-t-elle expliqué dans un communiqué à l'AFP.

Dans une scène inédite, son invité lundi matin, l'eurodéputé François-Xavier Bellamy (LR), a lancé à l'adresse de Jean-Marc Morandini: "Partez, démissionnez!". L'émission était réalisée en direct dans les studios d'Europe 1 et diffusée simultanément sur CNews, deux médias dans la sphère du milliardaire Vincent Bolloré.

Peu après, l'intéressé avait piloté comme habituellement son programme de 10H30 à 12H00, pour un 1.803e numéro du "Morandini Live".

CNews doit maintenant trouver des remplaçants pour l'ensemble de la tranche 10H30-14H00, puisque Sonia Mabrouk enchaînait avec son programme "Midi News".

Pour les prochaines semaines, "L'heure des pros" de Pascal Praud à partir de 09H00 sera prolongée jusqu'à 11H00. Puis de 11H00 à 12H00, le journaliste politique Thomas Bonnet présentera "60 minutes info", a indiqué la chaîne.

Boycott 

La situation était devenue difficilement tenable pour M. Morandini, 60 ans.

De nombreux responsables politiques avaient critiqué son maintien, et boycottaient son émission de débats quotidienne.

De plus, Vincent Bolloré doit être convoqué fin février par la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public et être interrogé sur le cas de Jean-Marc Morandini.

Son maintien, malgré ses condamnations, avait suscité de vifs débats au sein même de CNews. Après Sonia Mabrouk, les autres présentateurs stars Pascal Praud et Laurence Ferrari avaient également pris leurs distances.

Il y a une semaine, Philippe de Villiers, qui anime également une émission, ainsi que le Journal du Dimanche, autre média de la sphère Bolloré, avaient déjà marqué leur désapprobation.

En interne, certains réclament son départ définitif. Le syndicat +Libres de Canal+ a ainsi demandé en janvier "le départ sans indemnité de Jean-Marc Morandini", comme la direction de la chaîne alors appelée iTélé s'y était engagée en 2016 en cas de condamnation.

C'était il y a dix ans: en octobre-novembre 2016, son cas avait été le catalyseur d'une crise ouverte à iTELE, l'ancêtre de CNews, dont M. Bolloré avait pris le contrôle auparavant.

Pendant un mois, la rédaction avait fait grève pour protester contre l'arrivée de M. Morandini à l'antenne. Il venait d'être mis en examen pour "corruption de mineurs" et avait été écarté d'Europe 1.

Le mouvement de grève s'était soldé par le départ de près d'un tiers des journalistes d'iTélé.

Le 14 janvier, la Cour de cassation a rendu définitive la condamnation de M. Morandini pour corruption de mineurs, pour des messages de nature sexuelle envoyés à trois adolescents de 2009 à 2016. Pour ces faits, il a été condamné à deux ans de prison avec sursis. Il a une interdiction définitive d'exercer une profession en contact avec des mineurs.

En outre, l'animateur a renoncé le 22 janvier à contester une condamnation pour harcèlement sexuel dans un autre dossier, ce qui la rend définitive.

Dans ce dossier, il a été condamné en appel en janvier 2025 à 18 mois de prison avec sursis, reconnu coupable d'avoir "usé de pressions pour obtenir un acte sexuel" de la part d'un jeune comédien.


François Villeroy de Galhau écourte son mandat de gouverneur de la Banque de France

C'est une surprise pour le monde économique comme pour les agents de la Banque de France: le gouverneur François Villeroy de Galhau a annoncé lundi qu'il quitterait ses fonctions au début du mois de juin, avant le terme de son mandat prévu fin 2027. (AFP)
C'est une surprise pour le monde économique comme pour les agents de la Banque de France: le gouverneur François Villeroy de Galhau a annoncé lundi qu'il quitterait ses fonctions au début du mois de juin, avant le terme de son mandat prévu fin 2027. (AFP)
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  • La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde a salué dans un communiqué le "réalisme" de M. Villeroy de Galhau, "associé à de solides convictions européennes"
  • Le patron de la banque centrale allemande Joachim Nagel a lui loué "un banquier central d'exception", qui a contribué "à la stabilité et à l'évolution du système financier", et été "un pont vivant entre la France et l'Allemagne"

PARIS: C'est une surprise pour le monde économique comme pour les agents de la Banque de France: le gouverneur François Villeroy de Galhau a annoncé lundi qu'il quitterait ses fonctions au début du mois de juin, avant le terme de son mandat prévu fin 2027.

"Mes près de onze années à la tête de la Banque de France et au service de l'euro sont et resteront l'honneur de mon parcours public", a-t-il déclaré dans un communiqué de la banque centrale française.

Outre ses prérogatives en matière de politique monétaire, la Banque de France est un acteur économique clé, présent partout en France, pour des missions aussi diverses que la lutte contre le surendettement, la fixation du taux du Livret A ou la fabrication des billets.

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde a salué dans un communiqué le "réalisme" de M. Villeroy de Galhau, "associé à de solides convictions européennes".

Le patron de la banque centrale allemande Joachim Nagel a lui loué "un banquier central d'exception", qui a contribué "à la stabilité et à l'évolution du système financier", et été "un pont vivant entre la France et l'Allemagne".

Dans une lettre adressée aux agents de l'institution, le gouverneur démissionnaire fait part d'une décision prise "en toute indépendance personnelle", partagée il y a quelques jours avec le président Emmanuel Macron, le gouvernement et la présidente de la Banque centrale européenne (BCE).

"Le délai d'ici début juin est suffisant pour organiser paisiblement ma succession", assure le gouverneur, ex-banquier de BNP Paribas, arrivé à la tête de la Banque de France en novembre 2015.

Il avait été reconduit en 2021 pour six ans.

Profonde transformation 

En un peu plus de dix ans, le gouverneur, polytechnicien et énarque de 66 ans, a navigué à la barre de la banque centrale française sur une mer économique agitée, marquée par le premier mandat de Donald Trump, la crise du Covid-19 et la guerre en Ukraine.

Aujourd'hui, estime-t-il dans une interview aux Echos lundi soir, "nous sommes dans une bonne position d'un point de vue monétaire". Mais il juge "les risques à la baisse sur l'évolution des prix désormais un peu plus forts que les risques à la hausse", défendant ainsi "plus que jamais un pragmatisme agile en matière de taux".

Tout en prônant la maîtrise des dépenses publiques, M. Villeroy de Galhau a en parallèle mené une vaste réorganisation de la Banque de France, réduisant ses effectifs de près de 30% --son "principal bilan", a raillé la CGT dans une déclaration envoyée à l'AFP--, et lancé le chantier d'une nouvelle imprimerie pour les billets de banque.

"Nous avons transformé cette grande institution publique", s'est félicité le gouverneur. "J'ai avec vous, grâce à vous, la fierté de ce qui a été accompli depuis 2015, même si j'en mesure bien sûr des limites", a-t-il reconnu.

Le ministre de l'Economie Roland Lescure a salué dans un communiqué "l'engagement et le sens du service" de François Villeroy de Galhau, son action "toujours guidée par la rigueur, l'indépendance et le souci de l'intérêt général".

Bal des prétendants 

Ce départ anticipé redonne la main à Emmanuel Macron pour nommer avant la fin de son mandat présidentiel un gouverneur qui pourra être en poste sur toute la durée du mandat du prochain président de la République, jusqu'en juin 2032.

Pour cette succession circulent les noms de la seconde sous-gouverneure de la Banque de France Agnès Bénassy-Quéré, de l'ancienne secrétaire d'Etat Laurence Boone, aujourd'hui à la tête de la branche française de la banque espagnole Santander, et du président de l'Autorité de la concurrence Benoît Cœuré. Une source évoque également le secrétaire général de l'Elysée Emmanuel Moulin.

François Villeroy de Galhau, Strasbourgeois de naissance, issu d'une riche famille industrielle (Villeroy et Boch) de l'Est de la France, présidera désormais bénévolement la Fondation Apprentis d'Auteuil, engagée dans la protection de l'enfance, succédant à Jean-Marc Sauvé.

"J'ai répondu à un appel, dans tous les sens du terme", explique-t-il aux Echos.

"Cette présidence marquera pour moi une étape nouvelle, à la fois exigeante et profondément humaine", a déclaré M. Villeroy de Galhau dans un communiqué de la fondation.