La France reconnaît «l'Etat de Palestine», «pour la paix» avec Israël, dit Macron à l'ONU

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Publié le Lundi 22 septembre 2025

La France reconnaît «l'Etat de Palestine», «pour la paix» avec Israël, dit Macron à l'ONU

  • "Le temps est venu de libérer les (...) otages détenus par le Hamas. Le temps est venu d'arrêter la guerre, les bombardements à Gaza, les massacres et les populations en fuite"
  • Il a demandé "à Israël de ne plus rien faire qui entrave" l'"aboutissement" des négociations en ce sens

NATIONS-UNIES: "La France reconnaît aujourd'hui l'Etat de Palestine", "pour la paix entre le peuple israélien et le peuple palestinien", a déclaré lundi solennellement Emmanuel Macron à la tribune des Nations unies.

"Le temps est venu", a estimé le président français dans un discours très attendu à New York lors d'une conférence sur la "solution à deux Etats", affirmant être ainsi "fidèle à l'engagement historique" de la France "au Proche-Orient".

 

Le discours d'Emmanuel Macron

 

Nous sommes là car le temps est venu. Le temps est venu de libérer les 48 otages détenus par  le Hamas. Le temps est venu d’arrêter la guerre, les bombardements à Gaza, les massacres et  les populations en fuite. Le temps est venu car l’urgence est partout. Le temps de la paix est  venu, car nous sommes à quelques instants de ne plus pouvoir la saisir. C’est pour cela que nous  nous retrouvons aujourd’hui ici. Certains diront trop tard, d’autres diront trop tôt. Une chose  est sûre nous ne pouvons plus attendre.  

En 1947, cette Assemblée décidait du partage de la Palestine mandataire entre deux Etats, l’un  juif et l’autre arabe, et reconnaissait ainsi le droit de chacun à l’autodétermination. La  communauté internationale consacrait là l’Etat d’Israël, accomplissant le destin de ce peuple,  enfin, après des millénaires d’errance et de persécution, et qui put fonder là une si belle  démocratie. La promesse d’un Etat arabe, elle, reste, jusqu’à ce jour, inachevée. 

Depuis lors, c’est un long chemin d’espérance et de désespoir mêlés qu’Israéliens et  Palestiniens ont parcouru chacun à leur manière. Et nous, nous avons cheminé avec eux, chacun  d’entre nous selon son histoire et sa sensibilité. Mais la vérité est que nous portons la  responsabilité collective d’avoir failli jusqu’ici à bâtir une paix juste et durable au Proche 

Orient.  

C’est l’évidence même qui s’est imposée à nous le 7 octobre 2023, lorsque le peuple israélien  a subi la pire attaque terroriste de son histoire. 1224 hommes, femmes et enfants tués. 4834  hommes, femmes et enfants blessés. 251 hommes, femmes et enfants enlevés. 

La barbarie du Hamas et de ceux qui ont collaboré à ce massacre a stupéfait Israël et le monde.  Le 7 octobre est une blessure encore vive pour l’âme israélienne comme pour la conscience  universelle. Nous la condamnons sans aucune nuance car rien, jamais, nulle part, ne peut  justifier de recourir au terrorisme. Nous pensons en ce jour, aux victimes et à leurs familles.  Nous disons notre compassion aux Israéliens et exigeons avant toute autre chose que tous les  otages encore détenus à Gaza soient libérés sans aucune condition. Nous Français avons rendu  un hommage national à nos 51 compatriotes assassinés ce jour-là, et à toutes les victimes du 7  octobre 2023. Nous ne les oublierons pas. Jamais. Comme jamais nous ne cesserons le combat  existentiel contre l’antisémitisme.  

Français, nous savons la morsure du terrorisme. Nous portons au cœur le souvenir du  témoignage de fraternité offert après les attentats commis à Paris le 7 janvier 2015, par des  dizaines de dirigeants étrangers manifestant avec eux, au premier rang desquels le premier  ministre israélien et le président de l’Autorité palestinienne.  

Nous savons qu’aucune faiblesse n’est possible face aux terroristes.  

Nous savons aussi le danger des guerres sans fin. Nous savons que le droit toujours doit l’emporter sur la force. Nous savons enfin de notre Histoire que l’attachement à l’universel et  à la paix est l’héritage des siècles passés comme la condition du salut. J’affirme cela au nom de  notre amitié avec Israël, à qui notre engagement n’a jamais fait défaut. Au nom de notre amitié aussi avec le peuple palestinien pour qui nous voulons que la promesse initiale des Nations  unies, celle de deux Etats vivant côte à côte en paix et en sécurité devienne réalité.  

Or à cette heure, Israël étend encore ses opérations militaires à Gaza dans l’objectif déclaré de  détruire le Hamas. Mais ce sont les vies de centaines de milliers de personnes déplacées,  blessées, affamées, traumatisées qui continuent d’être détruites. Alors même que le Hamas a  été considérablement affaibli et que la négociation d’un cessez-le-feu durable reste le moyen le  plus sûr d’obtenir la libération des otages.  

Rien, rien ne justifie plus la poursuite de la guerre à Gaza. Rien. Tout commande au contraire  d’y mettre un terme définitif maintenant, à défaut de l’avoir fait plus tôt. Pour sauver des vies.  Les vies des otages israéliens encore détenus dans des conditions atroces. Les vies des centaines  de milliers de civils palestiniens accablés par la faim, la souffrance, la peur de mourir, le deuil  de leurs proches. Sauver toutes les vies. Car depuis désormais près de deux ans, c’est bien la  négation de l’humanité de l’autre et le sacrifice de la vie humaine qui prévalent. Oui, depuis le  7 octobre, c’est bien la vie de l’autre qui est niée.  

Nous le disons depuis le premier jour de la guerre à Gaza : une vie vaut une vie. Je le sais pour  avoir pris dans mes bras les familles des otages rencontrées à Tel Aviv puis à Paris. Je pense à  cet instant à la mère d’Eyatar David, otage affamé et montré à la foule par ses bourreaux. Je  pense à Nimrod Cohen, otage de dix-neuf ans, dont je viens de saluer le père. Je le sais pour  être aussi allé au chevet des victimes palestiniennes des opérations militaires israéliennes, 

réfugiées à Al-Arish, des femmes, des enfants, dont je n’oublierai pas le regard. Je le sais, pour  avoir rencontré des jeunes de Gaza accueillis en France et je pense à Rita Baroud qui aurait dû  être avec nous aujourd’hui et qui continue de témoigner de la détresse de ses proches à Gaza. 

Une vie vaut une vie. Et notre devoir à tous est de protéger les uns et les autres, devoir indivisible, comme l’est notre humanité commune.  

Une solution existe pour briser le cycle de la guerre et de la destruction. C’est la reconnaissance  de l’autre, de sa légitimité, de son humanité et de sa dignité. Que les uns et les autres rouvrent  les yeux et voient des visages humains là où la guerre a placé le masque de l’ennemi ou les  traits d’une cible. C’est la reconnaissance qu’Israéliens et Palestiniens vivent dans une solitude  jumelle, solitude des Israéliens après le cauchemar historique du 7 octobre 2023, solitude des  Palestiniens à bout de force dans cette guerre sans fin.  

Le temps est venu. Car le pire peut advenir, qu’il s’agisse du sacrifice de tant d’autres civils, de  l’expulsion de la population de Gaza vers l’Egypte, de l’annexion de la Cisjordanie, de la mort des otages détenus par le Hamas, ou des faits accomplis qui changent de manière irréversible  la situation sur le terrain. C’est pour cela, c’est pour cela que nous devons aujourd’hui, ici même  ouvrir ce chemin de paix, car depuis juillet dernier, l’accélération des évènements est terrible.  Au point où nous en sommes, il est à craindre que les accords d’Abraham ou de Camp David  soient remis en cause par l’action d’Israël et que la paix devienne impossible pour longtemps  au Moyen-Orient. Il pèse donc sur nous une responsabilité historique. Nous devons tout faire  pour préserver la possibilité même d’une solution à deux Etats, Israël et la Palestine, vivant  côte-à-côte en paix et en sécurité.  

Le temps est venu. C’est pourquoi, fidèle à l’engagement historique de mon pays au Proche Orient, pour la paix entre le peuple israélien et le peuple palestinien, je déclare que la France  reconnaît aujourd’hui l’Etat de Palestine. 

Cette reconnaissance est une manière d’affirmer que le peuple palestinien n’est pas un peuple  en trop. Qu’il est au contraire ce peuple qui ne dit jamais adieu à rien, pour parler avec  Mahmoud Darwich. Un peuple fort de son Histoire, de son enracinement, de sa dignité.  

La reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien n’enlève rien aux droits du peuple  israélien, que la France a soutenus dès le premier jour et au respect desquels elle n’est pas moins  attachée. Précisément car nous sommes convaincus que cette reconnaissance est la solution qui  seule permettra la paix pour Israël. Jamais la France n’a manqué à Israël quand sa sécurité était  en jeu, y compris face aux frappes iraniennes. 

Cette reconnaissance de l’Etat de Palestine est une défaite pour le Hamas comme pour tous  ceux qui attisent la haine antisémite, nourrissent des obsessions antisionistes et veulent la  destruction de l’Etat d’Israël.  

Cette reconnaissance de la France est accompagnée par celles qui seront annoncées aujourd’hui  entre autres et je les en remercie, celles d’Andorre, de l’Australie, de la Belgique, du Canada,  du Luxembourg, de Malte, de Monaco, du Portugal, du Royaume-Uni, de Saint-Marin qui ont  attendu avec nous ce moment et saisissant l’appel de juillet dernier, ont fait le choix de la  responsabilité, de l’exigence et de la paix. Cela, après le choix fait par l’Espagne, l’Irlande, la  Norvège et la Slovénie en 2024, et tant d’autres auparavant. 

Cette reconnaissance ouvre le chemin d’une négociation utile aux Israéliens comme aux  Palestiniens. 

Ce chemin est celui du plan de paix et de sécurité pour tous que l’Arabie Saoudite et la France ont soumis au vote de cette assemblée, qui l’a adopté à une très large majorité. Il porte notre  ambition commune de briser l’engrenage de la violence et de changer la donne sur le terrain.  Nous avons su faire un pas les uns vers les autres, sortir de nos postures habituelles et nous  donner des objectifs concrets. Il nous appartient maintenant, ensemble, de déclencher une  mécanique de paix répondant aux besoins de chacun.  

Le premier temps ce plan de paix et de sécurité pour tous, est celui de l’urgence absolue, celle  de coupler la libération des 48 otages et la fin des opérations militaires sur tout le territoire de  Gaza. Je salue les efforts du Qatar, de l’Egypte et des Etats-Unis pour y parvenir et demande à  Israël de ne plus rien faire qui entrave leur aboutissement. Le Hamas a été vaincu sur le plan  militaire par la neutralisation de ses chefs et de ses décideurs. Il doit l’être sur le plan politique pour être véritablement démantelé. Dès lors que le cessez-le-feu aura été agréé, c’est un effort  massif que nous devrons produire collectivement pour porter secours à la population de Gaza.  Je remercie l’Egypte et la Jordanie de leur engagement ici et rappelle à Israël l’obligation  absolue qui est la sienne de faciliter l’accès humanitaire à Gaza pour aider une population  aujourd’hui démunie de tout.  

Le deuxième temps est celui de la stabilisation et de la reconstruction à Gaza. Une  administration de transition intégrant l’Autorité palestinienne, la jeunesse palestinienne accompagnée de forces de sécurité dont nous accélérerons la formation, aura le monopole de la  sécurité à Gaza. Elle mettra en œuvre le démantèlement et le désarmement du Hamas, avec le  soutien des partenaires internationaux et les moyens qui seront nécessaires à cette mission  difficile. La France est prête à contribuer à une mission internationale de stabilisation et à  soutenir, avec ses partenaires européens, la formation et l’équipement des forces de sécurité  palestiniennes. Dès lors que la négociation le permettra, le Conseil de sécurité pourra décider  le déploiement d’une mission de soutien civil et sécuritaire, en liaison avec les autorités  palestiniennes, avec le consentement des autorités israéliennes.  

Il reviendra aussi à l’Etat de Palestine de rendre espoir à sa population éprouvée par des années  de violence, d’occupation mais aussi de division et d’incurie. Il lui reviendra donc d’offrir à son  peuple un cadre d’expression démocratique, renouvelé et sécurisé. Le président Mahmoud  Abbas en a pris l’engagement auprès du prince Mohamed bin Salman et de moi-même. Il a  condamné avec force les attaques terroristes du 7 octobre 2023. Il a affirmé son soutien au  désarmement du Hamas et s’est engagé à l’exclure de la gouvernance à venir de Gaza comme  de l’ensemble du territoire palestinien. Il a affirmé son engagement à lutter contre les discours  de haine et a promis une rénovation en profondeur de la gouvernance palestinienne.  

La France sera attentive à la pleine mise en œuvre de chacun des engagements pris auprès d’elle.  Cette Autorité palestinienne renouvelée est une condition nécessaire à la réussite de  l’indispensable négociation qu’il faudra reprendre pour parvenir à un accord sur chacune des  questions relatives au statut final. C’est dans ce cadre, aussi, que je pourrai décider d’établir  une ambassade auprès de l’Etat de Palestine, dès lors que tous les otages détenus à Gaza auront  été libérés et qu’un cessez-le-feu aura été établi.

L’exigence de la France à l’égard d’Israël ne sera pas moins grande. Avec ses partenaires  européens, elle indexera le niveau de sa coopération avec lui sur les dispositions qu’il prendra  pour mettre fin à la guerre et négocier la paix.  

C’est bien grâce à ce chemin que nous obtiendrons un Etat de Palestine souverain, indépendant  et démilitarisé regroupant l’ensemble de ses territoires, reconnaissant Israël, et étant reconnu  par Israël, dans une région qui connaîtra enfin la paix.  

J’attends aussi de nos partenaires arabes et musulmans qui ne l’ont pas encore fait, qu’ils  tiennent leur engagement de reconnaître l’Etat d’Israël et d’avoir avec lui des relations normales  dès lors que l’Etat de Palestine aura été établi. Ainsi ferons-nous la démonstration d’une double  reconnaissance au bénéfice de la paix et de la sécurité de tous au Proche-Orient.  

Voici, Mesdames et Messieurs, quel est notre plan de paix. Il établit un engrenage exigeant pour  sortir de la guerre et entrer dans une phase décisive de négociation. Il permet que la paix israélo palestinienne soit le premier pilier d’une nouvelle architecture de paix et de sécurité au Proche  et Moyen-Orient. Il crédibilise aussi la possibilité d’une plus grande intégration économique. 

Rien ne sera possible sans que les autorités israéliennes s’approprient pleinement notre ambition  renouvelée de parvenir enfin à la solution des deux Etats. Je sais leurs réticences et leurs  craintes. J’entends avec beaucoup de respect le peuple israélien, sa tristesse et sa fatigue, et je veux croire que les autorités israéliennes l’entendront également et sauront s’engager à leur  tour. Je sais que le peuple israélien et ses dirigeants peuvent en avoir la force.  

Je me souviens du jeune homme que j’étais, apprenant l’assassinat terrible d’Yitzhak Rabin, il  y a près de 30 ans, tué pour avoir voulu la paix. Au moment où la mort allait le ravir, le guerrier  héroïque de l’Etat d’Israël venait de prononcer ces mots : « J’ai fait la guerre aussi longtemps  qu’il n’y avait aucune chance de faire la paix ». Cette chance existe là aujourd’hui. 142 Etats  proposent cette paix, main tendue prête à être serrée.  

Alors, oui, le temps est venu d’arrêter la guerre à Gaza, les massacres, la mort, tout de suite.  L’urgence nous le commande. Le temps est venu pour Israël de vivre en paix et en sécurité, de  la Galilée à la Mer Rouge, par la mer Morte, par le lac de Tibériade, et par Jérusalem. Le temps est venu de ne plus discuter nulle part l’existence d’un Etat d’Israël et d’en faire une évidence.  

Le temps est venu de rendre justice au peuple palestinien et ainsi de reconnaître un Etat de  Palestine, frère et voisin, à Gaza et en Cisjordanie et par Jérusalem. Le temps est venu de chasser  de ces terres le visage hideux du terrorisme et de bâtir la paix. Oui, bâtir la paix, c’est ce qui  nous rassemble ici. Et telle est l’espérance qui peut se construire. Alors que pour certains  commence une année nouvelle, c’est un choix à faire et c’est notre devoir. La paix est beaucoup  plus exigeante, beaucoup plus difficile que toutes les guerres. 

Mais le temps est venu.

 

"Le temps est venu de libérer les (...) otages détenus par le Hamas. Le temps est venu d'arrêter la guerre, les bombardements à Gaza, les massacres et les populations en fuite", a-t-il énuméré. La libération de "tous les otages" et le cessez-le-feu sont des préalables à l'établissement d'une "ambassade auprès de l'Etat de Palestine", a confirmé Emmanuel Macron.

Il a demandé "à Israël de ne plus rien faire qui entrave" l'"aboutissement" des négociations en ce sens.

"Le temps est venu car l'urgence est partout. Le temps de la paix est venu, car nous sommes à quelques instants de ne plus pouvoir la saisir", a-t-il martelé.

"Certains diront trop tard, d'autres diront trop tôt", mais "nous ne pouvons plus attendre", a-t-il plaidé.

Le chef de l'Etat français, à l'initiative de ce processus diplomatique qui est accompagné par la reconnaissance d'un Etat palestinien par une dizaine d'autres pays, dont le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie, a assuré vouloir "ouvrir ce chemin de paix".

Selon lui, l'offensive israélienne à Gaza risque de "remettre en cause" les accords de paix déjà conclus par Israël avec des pays arabes.

A Israël et aux Etats-Unis, ainsi qu'à ses détracteurs en France, qui estiment qu'il récompense ainsi le mouvement islamiste palestinien Hamas pour ses attaques sanglantes du 7 octobre 2023 sur le sol israélien, Emmanuel Macron a assuré au contraire que "cette reconnaissance de l'État de Palestine est une défaite pour le Hamas comme pour tous ceux qui attisent la haine antisémite, nourrissent des obsessions antisionistes et veulent la destruction de l'Etat d'Israël".

Car ce futur Etat exclura le Hamas de sa gouvernance, a-t-il insisté, réaffirmant que, selon ce plan, une "mission internationale de stabilisation" serait chargée de sécuriser Gaza, avec "une administration de transition intégrant l'Autorité palestinienne". Objectif: "le démantèlement et le désarmement du Hamas".

"La France est prête à contribuer" à cette mission, a-t-il dit.

Accusé par le Premier ministre israélien de ne pas en faire assez contre l'antisémitisme en France, Emmanuel Macron a fermement dénoncé "la barbarie du Hamas" lors du 7-Octobre, "une blessure encore vive pour l'âme israélienne comme pour la conscience universelle".

"Jamais nous ne cesserons le combat existentiel contre l'antisémitisme", a-t-il encore déclaré.


Villepin retourne dans l'arène, avec 2027 dans le viseur

Dominique de Villepin a déjà la panoplie du candidat. Un parti, La France humaniste, lancé en juin 2025. Une présence médiatique. Un livre politique, sorti l'an dernier. (AFP)
Dominique de Villepin a déjà la panoplie du candidat. Un parti, La France humaniste, lancé en juin 2025. Une présence médiatique. Un livre politique, sorti l'an dernier. (AFP)
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  • L'homme politique de 72 ans, figure de la présidence de Jacques Chirac, prépare plus ou moins discrètement son grand retour
  • Il se montre en tout cas très généreux en indices. En janvier, il clame ainsi, après avoir multiplié les allusions, sa volonté d'être "présent" dans "le grand combat" de 2027

PARIS: Quand se lancera-t-il? L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin entretient un suspense savamment construit, bien que mince, sur sa candidature à l'élection présidentielle, et remet vendredi un pied dans l'arène avec une conférence sur "l'état de la France".

L'homme politique de 72 ans, figure de la présidence de Jacques Chirac, prépare plus ou moins discrètement son grand retour.

Il se montre en tout cas très généreux en indices. En janvier, il clame ainsi, après avoir multiplié les allusions, sa volonté d'être "présent" dans "le grand combat" de 2027.

Dominique de Villepin a déjà la panoplie du candidat. Un parti, La France humaniste, lancé en juin 2025. Une présence médiatique. Un livre politique, sorti l'an dernier.

Une bonne cote de popularité aussi, même si, pour l'instant, elle ne se convertit pas en intentions de vote.

Pour changer cela, Dominique de Villepin veut accélérer le mouvement.

Première étape: une conférence à l'université parisienne de La Sorbonne vendredi à 20H, centrée sur la politique nationale. Ces derniers mois, il avait surtout commenté les questions internationales.

"Le but est de poser un constat sur l'état de la France" et du même coup "les jalons d'une ligne politique", dit son entourage à l'AFP. "C'est la pré-campagne présidentielle qui s'ouvre", ajoute-t-on.

Pour la vraie campagne, patience. Son entourage affirme que l'annonce de candidature pourrait arriver "dès avril comme en décembre".

Questionné sur LCP en janvier concernant son calendrier, Dominique de Villepin répond qu'il faut attendre que les Français soient "dans le temps de la présidentielle". Les élections municipales étant passées, la route est dégagée.

Dostoïevski 

Dominique de Villepin joue sa propre temporalité, volontiers à contre-courant.

Sur les réseaux sociaux, où les formats courts et survoltés règnent, ce passionné de poésie publie des vidéos dans lesquelles il analyse en détail les écrivains Fiodor Dostoïevski, Léon Tolstoï ou Albert Camus - mais aussi l'Evangile selon Saint Jean.

Héraut d'un droit international piétiné, l'énarque au verbe flamboyant signe des messages fleuves disséquant l'actualité du monde, Iran, Gaza ou Venezuela.

Il s'exprime sur ces sujets avec sa légitimité de diplomate de carrière devenu ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac de 2002 à 2004. Et surtout, en tant que visage du "non" français à la guerre en Irak en 2003, son heure de gloire.

Sa position d'observateur, hors du jeu, lui permet pour l'instant de commenter ce qui lui plaît sans trop se mouiller.

Un retour réussi signerait une revanche de taille pour Dominique de Villepin, effacé par l'accession à l'Elysée de son rival Nicolas Sarkozy en 2007 puis la brumeuse affaire Cleastream, dans laquelle il a finalement été relaxé.

Sa tentative présidentielle, en 2012, s'était arrêtée dans la douleur quand il avait échoué à rassembler les parrainages d'élus locaux nécessaires pour candidater. Il dit en avoir tiré les leçons.

A droite, à gauche 

Mais qui constituerait son électorat? Si sa carrière politique s'est faite à droite, ses récentes prises de position tranchent avec cet héritage.

Il s'élève contre le "désastre humanitaire" à Gaza, critique l'impopulaire réforme des retraites, insiste sur le besoin de justice sociale et veut réinventer le monde du travail.

En février, le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard l'a jugé "plus à gauche" que le Parti socialiste quand il a dénoncé la "diabolisation" de LFI dans l'affaire du meurtre de Quentin Deranque.

Dominique de Villepin, acclamé à la Fête de l'Humanité en 2024, chasse même sur les terres des Ecologistes en plaidant pour "mettre fin à l'exploitation aveugle des ressources".

Son créneau un peu à part lui vaut d'être isolé.

Il ne semble pas chercher à se faire des amis dans son ancienne famille politique, dont il dénonce "la course à l'échalote avec l'extrême droite" et la "tentation identitaire".

Pour le Dominique de Villepin version 2026, l'avenir est plutôt vers l'électorat centriste ou de gauche modérée. Mais son profil d'homme fortuné, nourri par ses activités de consultant, et son CV de chiraquien pourraient en irriter une partie.

Sur ce marché, il ne manque aussi pas de concurrents. Rien qu'au centre, deux autres anciens Premiers ministres, Edouard Philippe et Gabriel Attal, se disputent déjà la lumière. A plus d'un an de l'échéance, d'autres encore peuvent éclore.

 

 


Hommage national à Lionel Jospin aux Invalides

Un "grand destin français", une "certaine idée de la gauche": Emmanuel Macron rend un hommage national jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé dimanche, symbole la "gauche plurielle" au gouvernement de 1997 à 2002. (AFP)
Un "grand destin français", une "certaine idée de la gauche": Emmanuel Macron rend un hommage national jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé dimanche, symbole la "gauche plurielle" au gouvernement de 1997 à 2002. (AFP)
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  • La cérémonie se déroulera à 11H00 aux Invalides, dans la cour Sud du Dôme et non dans la cour d'honneur pavée, comme le veut la tradition, en raison de travaux, en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu
  • De nombreuses personnalités de gauche sont également attendues dont l'ancien président François Hollande, qui était très proche de Lionel Jospin, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et les anciens Premiers ministres PS

PARIS: Un "grand destin français", une "certaine idée de la gauche": Emmanuel Macron rend un hommage national jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé dimanche, symbole la "gauche plurielle" au gouvernement de 1997 à 2002.

La cérémonie se déroulera à 11H00 aux Invalides, dans la cour Sud du Dôme et non dans la cour d'honneur pavée, comme le veut la tradition, en raison de travaux, en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu, des membres du gouvernement, des présidents des deux Chambres et ceux des commissions et groupes parlementaires.

De nombreuses personnalités de gauche sont également attendues dont l'ancien président François Hollande, qui était très proche de Lionel Jospin, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et les anciens Premiers ministres PS Laurent Fabius, Édith Cresson ou encore Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls.

Mais sans Jean-Luc Mélenchon, qui s'est plaint jeudi de ne pas avoir été invité, ce que démentent l'Élysée et les proches de l'ancien Premier ministre. L'ancien ministre de l'Enseignement professionnel (2000-2002) a ensuite assuré avoir été invité par sms jeudi "matin", un délai trop court pour "être présent à Paris".

Le cercueil fera son entrée à 11H05 dans la cour, sur une marche funèbre, au pas du tambour. Suivront l'éloge funèbre du chef de l'État, la sonnerie "Aux Morts", une minute de silence et la Marseillaise. La garde républicaine doit interpréter la chanson de Jacques Prévert et Vladimir Kosma, "Les Feuilles mortes", que Lionel Jospin avait lui-même interprétée dans une émission télévisée en 1984.

"Le souvenir d'un homme droit, construit, au service des autres (...) un homme comme il y en a peu aujourd'hui", a déclaré aux journalistes Dominique Strauss-Kahn, son ancien ministre des Finances en arrivant aux Invalides.

Les obsèques de Lionel Jospin, décédé à l'âge de 88 ans, se dérouleront à 14H30 au cimetière parisien du Montparnasse.

Plusieurs milliers de personnes sont attendues pour cet hommage plus personnel ouvert au public, durant lequel François Hollande, à la tête du PS quand Lionel Jospin était à Matignon, Martine Aubry, son emblématique ministre du Travail, Daniel Vaillant, ex-ministre de l'Intérieur ou encore Pierre Moscovici, à l'époque chargé des Affaires européennes, prendront la parole.

A cette occasion, le PS invite chaque militant à apporter une rose et des cahiers d'hommage seront ouverts dans l'ensemble des fédérations.


Le Louvre-Lens explore les orientalismes, des 1001 Nuits à l'art contemporain

Photo de l’exposition « Par-delà les Mille et une nuits » au Louvre-Lens (24 mars 2026). L’exposition réunit une remarquable collection du département des arts de l’islam du Musée du Louvre, avec près de 300 chefs-d’œuvre exposés ensemble pour la première fois. (AFP)
Photo de l’exposition « Par-delà les Mille et une nuits » au Louvre-Lens (24 mars 2026). L’exposition réunit une remarquable collection du département des arts de l’islam du Musée du Louvre, avec près de 300 chefs-d’œuvre exposés ensemble pour la première fois. (AFP)
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  • Au Louvre-Lens, une exposition explore les échanges entre Orient et Occident à travers des œuvres d’art islamique, des objets historiques et des créations contemporaines, en questionnant la frontière entre réalité et imaginaire
  • Elle déconstruit les stéréotypes hérités notamment des Les Mille et Une Nuits et de l’orientalisme, en offrant un contexte historique et un regard critique sur ces représentations

PARIS: Le Louvre-Lens présente jusqu'au 20 juillet plusieurs centaines d'objets et oeuvres d'art islamique ainsi que des créations contemporaines, racontant les échanges entre Orient et Occident avant et après l'orientalisme des Mille et Une Nuits, emmenant le spectateur "au-delà" des clichés.

L'exposition mêle de façon aussi ludique que savante des pièces maîtresses du département d'art islamique du Louvre aux costumes de scènes exubérants du Bourgeois gentilhomme de Molière, exagérant le stéréotype du sultan ottoman, en passant par d'émouvantes collections de céramiques ayant inspiré le peintre Eugène Delacroix.

A l'image des contes des Mille et Une Nuits, les juxtapositions posent la question de la frontière "entre récit historique et imaginaire, ce que nous savons et ce que nous avons construit, à partir de nos connaissances, mais qui dérive vers l'imaginaire", explique Gwenaëlle Fellinger, conservatrice en chef au département des arts de l'islam au Louvre.

Préjugés, stéréotypes: l'exposition "montre le contexte pour comprendre comment ils se construisent (...), voir ce qu'il y a derrière, aller au-delà". L'objectif: "approfondir la connaissance, donner le contexte historique", "à chacun ensuite de se faire son opinion", souligne la conservatrice, commissaire scientifique de l'exposition présentée au coeur du bassin minier du Pas-de-Calais.

On peut ainsi admirer des gemmes enchâssées ou des fioles en cristal de roche ramenées de la rive Est de la Méditerranée dès le Moyen-Âge, dont certains sont auréolés d'une légendaire origine diplomatique: ils sont présentés comme des cadeaux offerts par le calife Haroun al-Rachid à l'empereur Charlemagne.

Des tableaux du XIXe siècle et extraits de films du XXe siècle montrent à quel point le mythe des ambassades fastueuses entre les deux souverains a fasciné à travers les siècles.

Une magnifique cuve mamelouk en laiton martelé, ornée d'un foisonnement d'animaux et chasseurs ou soldats aux traits finement ciselés dans de l'argent incrusté, incarne l'évolution des regards sur le temps long.

D'une virtuosité exceptionnelle, ce chef-d'oeuvre a été nommé au XVIIIe siècle "baptistère de Saint-Louis" en référence à Louis IX. Réalisé en Syrie vers 1340, il est en réalité nettement postérieur au roi de France décédé en Tunisie en 1270 lors d'une croisade, mais la légende royale est si tenace que le bassin a servi pour le baptême de Louis XIII en 1606.

Exposés en écho d'oeuvres d'Ingres ou de Matisse, deux peintres contemporains, l'Iranienne Nazanin Pouyandeh, et le Franco-palestinien Rayan Yasmineh, détournent le motif de l'odalisque, cette femme lascive incarnant une vision exotique et déformée de l'Orient, pour interroger ces clichés associés au colonialisme.

L'exposition qui a ouvert au public mercredi s'achève sur une salle de lecture, comme une invitation à poursuivre ce regard critique et construire sa propre vision.