Lundi, l’Iran et les États-Unis ont signé un protocole d’accord en 14 points visant à mettre fin à la guerre, plusieurs pays de la région ayant joué un rôle important dans la conclusion de cet accord et déployé des efforts intensifs pour en jeter les bases politiques nécessaires.
Ces efforts diplomatiques témoignent d’une prise de conscience claire de l’importance de la stabilité dans cette région vitale, dont les répercussions dépassent le cadre régional et affectent directement la sécurité internationale. Mais la guerre américaine imposée à l’Iran, avec ses ramifications régionales, représente-t-elle un revers pour l’ordre régional traditionnel que nous connaissons depuis des décennies, ou reflète-t-elle une réévaluation des fondements de l’ancien système et marque-t-elle un tournant dans l’élaboration d’un nouvel ordre ? Et en ce moment historique décisif, les efforts ne devraient-ils pas viser à façonner un nouvel ordre régional fondé sur la sécurité et la stabilité pour tous, tout en mettant davantage l’accent sur la croissance économique et le développement ? Ce sont là des questions auxquelles nous ne cherchons pas à répondre directement, mais plutôt à explorer sous un angle positif, à la recherche de la voie la plus constructive pour l’avenir.
En théorie, le nouvel ordre issu de la guerre des 40 jours pourrait se définir par quatre caractéristiques principales qui le distinguent de l’ancien.
Premièrement, le nouvel ordre régional repose sur un cadre non polaire dans lequel la coopération multilatérale entre les États de la région est fondée sur l’égalité, s’éloignant ainsi de l’ancien schéma de polarisation qui opposait un bloc à un autre. Cet ordre proposé est porté par ses huit États constitutifs, sans exclusion et dans un cadre d’interdépendance durable. Dans ce modèle, la sécurité régionale est une responsabilité partagée, sans rôle direct pour les puissances extérieures, qui coopéreraient plutôt avec le nouveau système.
Le nouvel ordre régional repose sur un cadre non polaire dans lequel la coopération multilatérale est fondée sur l’égalité
Ali Reza Enayati
Deuxièmement, les solutions politiques doivent rester au premier plan pour traiter toutes les questions en suspens dans la région, plutôt que de réduire la réalité dans son ensemble à la seule guerre des 40 jours. Une paix et une stabilité durables ne peuvent être atteintes tant que d’autres conflits restent non résolus et que les sanctions économiques ne sont pas levées.
Troisièmement, il faut dépasser une focalisation excessive sur les fondements géopolitiques des relations entre les pays de la région, notamment au vu de la faiblesse de la coopération économique entre eux. Aucune solution future ne peut aboutir sans un renforcement des échanges commerciaux, un élargissement de la coopération économique entre les États de la région et une priorité accrue accordée aux projets de développement.
Enfin, il est essentiel de respecter la destinée commune des pays de la région en matière de sécurité et de développement, car aucun de ces deux objectifs ne peut être atteint dans une partie de la région au prix de l’instabilité dans une autre. Ce qu’il faut, c’est un cadre global qui englobe tous les États sans fragmenter leur sécurité ni leur développement. L’expérience de la guerre a montré que la sécurité est indivisible et que tous les États doivent contribuer à la préserver et en bénéficier de manière égale.
Il est important de noter qu’il existe un vaste champ d’interdépendance régionale et internationale avec les évolutions de la région dans la poursuite d’intérêts légitimes. Cependant, il convient également de souligner que l’entité sioniste n’a pas sa place dans ces équations car, contrairement aux autres États, elle ne fait pas naturellement partie de la région. Il s’agit plutôt d’un projet colonial imposé aux Palestiniens par le biais d’un système d’apartheid, et qui cherche à générer des crises dans toute la région.
Il est essentiel de souligner que, si la région veut surmonter le dilemme sécuritaire auquel elle est actuellement confrontée, elle doit dépasser l’ordre antérieur et accorder une plus grande priorité à la non-polarité, au règlement pacifique de tous les différends, à la reconnaissance d’un destin commun et au recours à ses propres capacités.
Pour atteindre les objectifs souhaités de mise en place d’un nouveau système de sécurité, la République islamique d’Iran est prête à coopérer avec ses voisins, en particulier le Royaume d’Arabie saoudite, et à œuvrer ensemble à la construction d’un avenir meilleur dans lequel les pays de la région bénéficieront d’une croissance économique et commerciale, garantissant ainsi le bien-être et la prospérité des générations à venir.
Ali Reza Enayati est ambassadeur de la République islamique d’Iran auprès du Royaume d’Arabie saoudite.
NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette rubrique n’engagent qu’eux-mêmes et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.









