Les États-Unis cherchent à rassurer les pays du Golfe au sujet de l'accord avec l'Iran

Des navires naviguent au large de la plage de Suru, à Bandar Abbas, le long du détroit d'Ormuz. (AFP)
Des navires naviguent au large de la plage de Suru, à Bandar Abbas, le long du détroit d'Ormuz. (AFP)
Publié le Lundi 29 juin 2026

Les États-Unis cherchent à rassurer les pays du Golfe au sujet de l'accord avec l'Iran

Les États-Unis cherchent à rassurer les pays du Golfe au sujet de l'accord avec l'Iran
  • La préoccupation la plus immédiate des dirigeants du Golfe concerne le statut futur du détroit d’Ormuz
  • Trump a insisté sur le fait que, dans le cadre de l’accord négocié avec l’Iran, cette voie d’approvisionnement vitale serait entièrement rouverte une fois que l’Iran et les États-Unis auraient accepté de lever leurs blocus respectifs

Alors que le président américain Donald Trump s’est livré à son habituelle hyperbole en décrivant l’accord entre les États-Unis et l’Iran comme ayant atteint « tout ce que nous avions prévu d’accomplir », les dirigeants du Golfe se montrent bien plus circonspects quant à ses implications probables, notamment en ce qui concerne la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et les ambitions nucléaires de l’Iran.

Il est largement admis parmi les dirigeants arabes du Golfe que cet accord favorise globalement l’Iran, et certains craignent que les concessions excessives accordées par Trump pour conclure cet accord ne contribuent en fin de compte à renforcer Téhéran et à redéfinir l’équilibre sécuritaire de la région ainsi que les flux pétroliers.

La préoccupation la plus immédiate des dirigeants du Golfe concerne le statut futur du détroit d’Ormuz. Trump a insisté sur le fait que, dans le cadre de l’accord négocié avec l’Iran, cette voie d’approvisionnement vitale serait entièrement rouverte une fois que l’Iran et les États-Unis auraient accepté de lever leurs blocus respectifs. Mais l’Iran a déclaré qu’il se réservait le droit de percevoir des redevances sur le trafic maritime commercial transitant par le détroit afin de récupérer les coûts liés à la reconstruction de ce que les États-Unis et d’autres acteurs impliqués ont détruit lors de leur guerre contre le pays.

Afin de rassurer les alliés de Washington dans le Golfe, Trump a déclaré que les péages imposés aux navires transitant par le détroit d’Ormuz constitueraient une ligne rouge pour les États-Unis dans les négociations avec l’Iran, qui doivent se dérouler tant que le cessez-le-feu actuel de 60 jours reste en vigueur. Et lors de la première visite d’un membre du gouvernement américain dans le Golfe depuis que les États-Unis ont lancé la guerre contre l’Iran en février, le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est efforcé de rassurer les responsables du Golfe en leur affirmant que l’accord proposé n’était pas excessivement favorable à l’Iran, lors de sa tournée aux Émirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn.

« Nous n’allons rien faire qui compromette la sécurité de nos alliés, nos alliés de longue date dans la région », a-t-il déclaré aux journalistes au Koweït. S’exprimant à Koweït City, M. Rubio a insisté sur le fait que l’accord « serait entièrement aligné sur les intérêts de nos partenaires du Golfe… Si l’Iran souhaite conclure un accord satisfaisant et concret, les États-Unis y sont ouverts. Dans le cas contraire, le président dispose bien sûr d’autres options », a déclaré M. Rubio aux journalistes, ajoutant que les négociateurs devraient se réunir à nouveau en Suisse avant la fin du mois.

L’autre sujet de préoccupation majeur pour les dirigeants du Golfe concerne les ambitions nucléaires de l’Iran et le sort des quelque 400 kg d’uranium enrichi à des fins militaires que Téhéran a acquis avant le déclenchement des hostilités. Alors que Trump continue d’affirmer que l’Iran, dans le cadre du mémorandum, a accepté de diluer la concentration de l’uranium et de se soumettre à des inspections nucléaires, l’Iran continue d’insister sur le fait qu’il n’a jusqu’à présent fait aucune concession lors des négociations. 

Il reste encore beaucoup à faire avant que l’une ou l’autre des parties puisse affirmer avec certitude que le conflit est enfin résolu.

Con Coughlin


Cela a donné lieu à un différend très médiatisé entre les États-Unis et l’Iran concernant la question de la visite des inspecteurs nucléaires de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur des sites dans le pays. La semaine dernière, à l’issue de pourparlers en Suisse avec le négociateur en chef iranien, le vice-président américain J.D. Vance a déclaré que l’Iran avait « accepté de réinviter les inspecteurs de l’AIEA sur son territoire ». Mais le lendemain, un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré qu’il n’y avait pas eu de « discussions approfondies » et que l’Iran n’avait pas l’intention d’accorder aux inspecteurs de l’AIEA l’accès aux installations nucléaires, qui avaient été bombardées par les États-Unis lors d’une guerre de douze jours entre Israël et l’Iran en juin 2025.

Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a ensuite écrit sur X que l’accès aux installations nucléaires endommagées de l’Iran et à ses matières nucléaires ne serait abordé que dans le cadre d’un accord final avec les États-Unis et après que des mesures concrètes auront été prises pour lever toutes les sanctions. « Le tapage médiatique ne peut servir à imposer des faits accomplis », a-t-il ajouté.

Rafael Grossi, le directeur général de l’AIEA, a tenté de minimiser le différend, insistant sur le fait que l’agence de surveillance nucléaire mènerait des inspections en Iran conformément à l’accord de paix préliminaire conclu entre ce pays et les États-Unis.

« Les inspections auront bel et bien lieu », a déclaré M. Grossi aux journalistes au Japon. « Nous allons très prochainement travailler sur les modalités — dates, procédures, lieux. » L’accord stipule « explicitement » que la dilution de l’uranium hautement enrichi de l’Iran sera effectuée sous la supervision de l’AIEA, a-t-il ajouté.

« Il y a ici une guerre des mots. Certains disent “oui”, d’autres disent “non” », a-t-il ajouté. « Je peux comprendre les déclarations politiques. Elles font partie de la réalité. Mais l’essentiel, c’est qu’un protocole d’accord a été signé par les deux présidents », a déclaré M. Grossi. « Il stipule explicitement, en caractères gras, que les activités nucléaires qui vont être menées, en ce qui concerne les matières et les installations nucléaires, seront supervisées par l’AIEA. Cela va se produire. »

Néanmoins, alors que les États-Unis et l’Iran continuent de s’opposer sur l’issue probable d’un éventuel accord final, il est clair qu’il reste encore beaucoup à faire avant que l’une ou l’autre des parties puisse affirmer avec certitude que le conflit est enfin résolu.

• Con Coughlin est l’un des plus éminents journalistes britanniques et un auteur à succès international. Il a notamment occupé le poste de rédacteur en chef chargé des questions de défense et des affaires étrangères au Daily Telegraph de Londres. C’est un expert de premier plan en matière de conflits mondiaux, de sécurité internationale et du Moyen-Orient.

• Cet article a été publié pour la première fois dans Al-Majalla.

NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette rubrique n’engagent qu’eux-mêmes et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.