Les élections palestiniennes, une véritable chance de renouveau

La Commission électorale centrale palestinienne a mis en place des solutions innovantes pour préserver l’intégrité du scrutin. (Reuters)
La Commission électorale centrale palestinienne a mis en place des solutions innovantes pour préserver l’intégrité du scrutin. (Reuters)
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Publié le Mercredi 22 juillet 2026

Les élections palestiniennes, une véritable chance de renouveau

Les élections palestiniennes, une véritable chance de renouveau
  • Si les Palestiniens veulent aujourd’hui influencer la prise de décision, ils ne doivent pas perdre de temps à se plaindre ou à hésiter
  • Ils doivent former des blocs électoraux pour siéger au Parlement, élaborer des programmes réalistes et applicables, et construire des coalitions autour des aspirations du peuple palestinien

Le décret présidentiel palestinien de ce mois-ci, fixant la date des élections législatives au 28 novembre, soulève une question fondamentale : faut-il voir le verre à moitié vide ou à moitié plein ? Les élections législatives offrent une réelle opportunité de réforme et d’apport de sang neuf à un système politique palestinien qui a vieilli sans avoir apporté ni libération ni indépendance.

Dans le même temps, le scepticisme est compréhensible. Certains voient dans ce décret une tentative de manipuler les résultats électoraux afin de protéger les intérêts des dirigeants en place. La décision de séparer les élections législatives et présidentielles peut également être perçue comme un mécanisme visant à empêcher l’émergence de partis susceptibles de contester le pouvoir en place. Cela rappelle ce qui s’est passé en 2006, lorsque le Hamas a remporté les élections dans un contexte de fragmentation du vote national, notamment parmi les factions du Fatah. Dans ce contexte, le maintien de la présidence pourrait être présenté comme une garantie.

Par ailleurs, l’obligation pour les candidats d’accepter par écrit les engagements pris par l’Organisation de libération de la Palestine est souvent évoquée comme un moyen d’exclure le Hamas et le Jihad islamique.

D’autres font valoir que l’abaissement du seuil électoral à 1 % fragmentera le vote et renforcera la présence de candidats liés à des familles et à des clans plutôt qu’à des partis et mouvements politiques.

Toutes ces observations peuvent contenir une part de vérité, mais aucune d’entre elles ne devrait être déterminante pour ceux qui souhaitent véritablement le changement. Si les Palestiniens veulent une réforme, ils doivent cesser de considérer le processus électoral comme un simple sujet de controverse et le considérer plutôt comme une opportunité qui exige un travail politique.

L’argument selon lequel l’obligation d’obtenir l’aval de l’OLP serait une condition internationale, voire israélienne, n’est pas non plus tout à fait nouveau. Dans la pratique, les élections organisées depuis 1993 se sont déroulées dans le cadre de la Déclaration de principes entre l’OLP et l’État d’Israël, dans laquelle il a toujours été clairement établi que l’OLP détient le pouvoir suprême sur l’Autorité palestinienne. Le Hamas a participé aux élections en tenant compte de cette réalité, conscient que les élections se déroulent dans le cadre d’accords signés par le président de l’OLP et que l’OLP est reconnue comme l’autorité palestinienne suprême.

Si le Hamas acceptait auparavant cette structure tout en y participant, il est aujourd’hui confronté à un choix : soit reproduire la même approche et participer dans le cadre de ce décret, soit rester en dehors du processus décisionnel, comme cela s’est produit lors des élections municipales d’avril, auxquelles le Hamas, le Jihad islamique et le Front populaire de libération de la Palestine n’ont pas participé, à quelques exceptions près. La participation du FPLP à Beit Jala s’est faite sous une étiquette « indépendante ».

Quant au modeste seuil de 1 %, il pourrait en effet aboutir à un parlement fragmenté. Mais le problème plus profond n’est pas la fragmentation ; c’est l’absence, jusqu’à présent, de programmes politiques sérieux capables de répondre à la colère palestinienne, au mécontentement et au sentiment largement répandu selon lequel l’intérêt personnel a souvent pris le pas sur l’intérêt national.

Si les Palestiniens veulent aujourd’hui influencer la prise de décision, ils ne doivent pas perdre de temps à se plaindre ou à hésiter. Ils doivent former des blocs électoraux pour siéger au Parlement, élaborer des programmes réalistes et applicables, et construire des coalitions autour des aspirations du peuple palestinien. Cela nécessite également une recherche sincère de nouvelles personnalités, notamment celles qui ne sont pas entachées par la corruption ou les échecs du passé et qui sont prêtes à accomplir le travail difficile de suivi et de contrôle. 

Si les Palestiniens veulent influencer la prise de décision aujourd’hui, ils ne devraient pas perdre de temps à se plaindre.

Daoud Kuttab


Ces groupes doivent également être prêts à collaborer avec d’autres pour élaborer une stratégie nationale sérieuse, modérée et applicable. L’opinion publique palestinienne et arabe est lassée des slogans creux, des objectifs inatteignables et des promesses qui ne peuvent se traduire en actions concrètes sur le terrain.

Les prochaines élections offrent également une opportunité importante pour la jeunesse. L’âge minimum pour se porter candidat a été abaissé à 23 ans, ouvrant ainsi un espace politique qui devrait être occupé par des Palestiniens — en particulier des jeunes hommes et femmes — désireux de s’impliquer et d’élaborer des projets, des programmes et des plans cohérents et raisonnables.

La tenue d’élections à Gaza et à Jérusalem pose bien sûr d’énormes défis. Après des décennies passées sous le joug de factions nationales et islamistes rivales, les Palestiniens de Gaza sont impatients de participer. Les élections municipales de Deir Al-Balah en avril pourraient donner une indication de cette volonté sincère, même si les autorités d’occupation israéliennes ont tenté de bloquer les urnes de la Commission électorale centrale — ce sont finalement des urnes fabriquées localement qui ont permis de mener à bien le scrutin.

À Jérusalem, les Palestiniens ont un besoin urgent de mécanismes permettant de faire émerger une nouvelle direction locale dont la priorité serait la résistance de la ville, et non la simple répétition de slogans nationaux.

Étant donné que les élections israéliennes auront lieu un mois avant le scrutin législatif palestinien, les forces d’occupation pourraient tenter de perturber ou d’entraver le processus. Néanmoins, la Commission électorale centrale dispose certainement de solutions créatives, notamment technologiques, pour répondre aux tentatives d’ingérence et préserver l’intégrité du scrutin.

Certains diront que le décret lui-même est négatif. Il comporte peut-être des éléments qui méritent d’être critiqués, clarifiés ou réformés. Mais les Palestiniens doivent aussi se demander ce qui remplacerait cette opportunité s’ils refusaient d’y participer. L’intérêt national n’attend pas et le peuple ne peut pas se permettre de rester en marge tandis que d’autres restent organisés et prêts à agir.

Certes, le verre est peut-être à moitié vide. Les Palestiniens devraient le remplir d’une direction jeune, consciente, honnête et visionnaire, y compris les dirigeants emprisonnés qui doivent jouer un rôle dans la prochaine phase. La seule façon de passer de la frustration au changement est de participer, de s’organiser et d’exiger la responsabilité des dirigeants par le biais d’élections reflétant de véritables programmes et un engagement réel.

• Daoud Kuttab est un journaliste palestinien primé et ancien titulaire de la chaire Ferris de journalisme à l’université de Princeton. Il est l’auteur de « State of Palestine Now : Practical and Logical Arguments for the Best Way to Bring Peace to the Middle East » (L’État de Palestine aujourd’hui : arguments pratiques et logiques en faveur de la meilleure voie pour instaurer la paix au Moyen-Orient).

X : @daoudkuttab

NDLR : Les opinions exprimées par les auteurs dans cette rubrique sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.