L’Iran étend le conflit au Koweït et au Yémen

Des boutres naviguent dans le détroit de Bab el-Mandeb, au large des côtes du Yémen, le 2 avril 2026. (Reuters)
Des boutres naviguent dans le détroit de Bab el-Mandeb, au large des côtes du Yémen, le 2 avril 2026. (Reuters)
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Publié le Vendredi 24 juillet 2026

L’Iran étend le conflit au Koweït et au Yémen

L’Iran étend le conflit au Koweït et au Yémen
  • L’Iran cherche à compenser l’érosion de son influence sur le détroit d’Ormuz en faisant de Bab el-Mandeb et du Golfe nord de nouveaux leviers de pression régionale
  • Face à cette évolution, une réponse coordonnée, régionale et internationale, est présentée comme indispensable pour protéger la sécurité du Golfe et la liberté de navigation

Sur le terrain, le régime iranien a commencé à mettre à exécution ses menaces d’élargir le conflit en ouvrant deux nouveaux fronts. Le premier se situe dans le sud de la mer Rouge, avec la menace de fermer le détroit de Bab el-Mandeb par l’intermédiaire des Houthis. Le second se trouve dans le nord du Golfe arabique, à travers des menaces directes et sans précédent visant le Koweït.

La portée de cette évolution ne se limite ni au Koweït ni à la mer Rouge ; elle concerne l’ensemble de l’architecture de sécurité régionale. L’Iran ne cantonne plus la confrontation à ses adversaires initiaux, les États-Unis et Israël. Il déplace désormais le conflit vers les pays voisins et les voies maritimes stratégiques. Ce comportement ne relève pas tant d’une réaction défensive que d’une trajectoire stratégique que le projet militaire iranien construit depuis des décennies, fondée sur l’extension de son influence et de son contrôle géopolitique sur les pays environnants.

Les déclarations émanant des institutions iraniennes méritent une attention particulière, tant l’intensité des menaces contre le Koweït s’est accentuée. L’agence de presse Tasnim a diffusé des déclarations qui rappellent étroitement celles émises par Bagdad avant l’invasion irakienne du Koweït en 1990. Téhéran invoque la présence militaire américaine limitée au Koweït comme prétexte à une attaque, en ignorant totalement que cette présence remonte à plusieurs décennies et vise avant tout à dissuader toute éventuelle invasion, plutôt qu’à servir de base majeure aux récentes opérations américaines contre l’Iran.

La question qui se pose aujourd’hui est la suivante : comment le Koweït, et avec lui les États du Golfe, peuvent-ils faire face à cette menace ?

Le défi dépasse les capacités nationales individuelles et exige un retour au principe de l’action collective, par la constitution d’un front régional cohérent, soutenu par une alliance internationale rejetant explicitement tout prétexte à l’élargissement de la guerre ou à la légitimation d’une agression contre les pays voisins.

Alors que Washington, absorbé par la gestion de la confrontation militaire, ne devrait pas être le chef de file de l’initiative diplomatique, il peut néanmoins tracer des lignes rouges claires en affirmant que la sécurité du Golfe et de ses voies maritimes relève de ses intérêts stratégiques vitaux. L’Iran ne s’est pas contenté de menaces verbales contre le Koweït ; il a également frappé à plusieurs reprises des installations d’eau et d’électricité et élargi le cercle des menaces jusqu’à Bahreïn.

Il semble que Téhéran ait compris que le renforcement du blocus naval de ses ports, ainsi que l’éventuelle extension des opérations américaines le long de ses côtes, pourraient le priver de son influence sur le détroit d’Ormuz, principal levier dont il dispose tant dans la guerre que dans les négociations. Il cherche donc à créer d’autres moyens de pression. Parmi ces efforts figure la transformation de Bab el-Mandeb en point de chantage stratégique grâce aux Houthis, ainsi que la volonté d’imposer une nouvelle réalité sécuritaire dans le nord du Golfe — une tentative qui rappelle, malgré des circonstances différentes, certains aspects de la politique du fait accompli poursuivie par le régime de Saddam Hussein en 1990.

Il est frappant de constater que le comportement de l’Iran est devenu cyclique : chaque fois qu’il perd une carte stratégique, il s’empresse d’ouvrir un nouveau front afin de recréer ses instruments de pression et de chantage. Pour limiter les coûts politiques et juridiques, et éviter d’apparaître comme un État agresseur agissant directement, il est très probable qu’il s’appuie davantage sur ses relais régionaux, notamment les milices yéménites et irakiennes.

Quelles sont les chances de succès de ce nouveau repositionnement iranien ?

La réponse n’est pas simple, car l’analyse du comportement iranien ne peut reposer uniquement sur les hypothèses d’une rationalité traditionnelle. Les dirigeants iraniens sont également confrontés à des équations internes complexes et redoutent qu’une impression de défaite ne fragilise leur position intérieure, après avoir consacré pendant des décennies les ressources du pays au développement de capacités militaires et au financement de conflits.

Il semble que les Houthis au Yémen aient reçu pour mission de faire de Bab el-Mandeb une alternative opérationnelle au détroit d’Ormuz, compte tenu de la capacité décroissante de l’Iran à utiliser ce dernier comme levier à la suite des frappes militaires américaines. Les Houthis ayant déjà multiplié les menaces contre la navigation maritime, les forces yéménites, aux côtés de la Coalition pour le rétablissement de la légitimité au Yémen, devraient très probablement bénéficier d’un soutien régional et international afin d’empêcher la perturbation de l’une des artères commerciales les plus vitales au monde.

La réponse attendue ne se limitera pas au volet militaire ; sur ce front précis, le terrain diplomatique pourrait s’avérer encore plus déterminant. Les grandes puissances dépendantes de la navigation en mer Rouge — au premier rang desquelles la Chine et l’Inde, ainsi que les pays européens — ont un intérêt direct à garantir la liberté de navigation. Par conséquent, toute action militaire destinée à mettre fin à la menace houthie contre cette voie maritime pourrait bénéficier d’un consensus international plus large, puisqu’elle viserait à défendre le principe de la liberté de navigation internationale plutôt qu’à prolonger la guerre en cours dans le Golfe.

Il semble que les Houthis au Yémen aient reçu pour mission de faire de Bab el-Mandeb une alternative opérationnelle au détroit d’Ormuz, compte tenu de la capacité décroissante de l’Iran à utiliser ce dernier comme levier à la suite des frappes militaires américaines. 

                                                       Abdulrahman Al-Rashed

Quoi qu’il en soit, la constitution de ce bloc régional et international n’est plus un simple choix politique. Elle est devenue une nécessité stratégique, non seulement pour faire face aux menaces actuelles, mais aussi pour répondre aux nouvelles réalités que l’issue de la guerre pourrait imposer.

L’Iran ne cherche pas seulement à gérer une crise temporaire ; il tente de redessiner la carte stratégique de la région selon son propre récit, afin de sortir de la guerre — même si celle-ci devait s’interrompre prématurément — avec des zones d’influence et des règles d’engagement différentes de celles qui prévalaient auparavant. Dès lors, le débat ne porte plus seulement sur la manière de mettre fin à la guerre, mais sur la forme que prendra le prochain ordre régional. 

Abdulrahman Al-Rashed est un journaliste et un intellectuel saoudien. Il est l'ancien directeur général de la chaîne d'information Al-Arabiya et l'ancien rédacteur en chef d'Asharq Al-Awsat, où cet article a été initialement publié.

X : @aalrashed

NDLR: les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com