Anniversaire de l’invasion du Koweït : les dangers persistent

La sécurité du Golfe ne peut reposer uniquement sur des hypothèses ou des garanties extérieures (Photo d’archives/AFP)
La sécurité du Golfe ne peut reposer uniquement sur des hypothèses ou des garanties extérieures (Photo d’archives/AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 05 août 2026

Anniversaire de l’invasion du Koweït : les dangers persistent

Anniversaire de l’invasion du Koweït : les dangers persistent
  • L’invasion du Koweït en 1990 rappelle que toute atteinte à la souveraineté d’un État du Golfe menace l’ensemble de la sécurité régionale
  • Face à un Iran susceptible de privilégier les guerres par procuration et à un engagement américain moins certain, les pays du Golfe doivent renforcer leurs capacités de défense et leur autonomie stratégique

Ces jours-ci, les souvenirs d’août 1990 ressurgissent, lorsque le régime de Saddam Hussein a envahi le Koweït et plongé le Golfe dans la plus grave menace qu’il ait connue jusque-là.

Cette invasion était-elle une surprise ? Peut-être par son calendrier, mais certainement pas par ses racines idéologiques et politiques. L’hostilité envers les monarchies du Golfe était depuis longtemps ancrée dans le discours politique du parti Baas. De même, les ambitions expansionnistes du régime irakien s’étaient déjà manifestées à travers sa guerre contre l’Iran et sa volonté de s’imposer comme la puissance dominante du Golfe.

Selon de nombreuses analyses de l’époque, l’occupation du Koweït n’était que la première étape d’un projet plus vaste visant à remodeler par la force l’équilibre régional des pouvoirs. Il n’est donc pas surprenant que les États du Golfe aient créé leur propre conseil dix ans avant l’invasion, sans y inclure l’Irak de Saddam.

Conscients des menaces venant à la fois de l’Irak et de l’Iran, ils ont fondé en 1981 le Conseil de coopération du Golfe (CCG) afin d’établir un cadre de coordination politique, sécuritaire et militaire dans une région d’une extrême instabilité.

Saddam n’a jamais caché son mécontentement face à la création de ce bloc réservé aux États du Golfe et a ensuite tenté de constituer une alliance arabe concurrente à travers le Conseil de coopération arabe. Mais cette organisation fut de courte durée et s’est pratiquement effondrée après l’invasion du Koweït.

Cela ne devrait pas être seulement une occasion de se souvenir, mais aussi une opportunité de réfléchir aux leçons de l’histoire.

                                                    Abdulrahman Al-Rashed

De l’autre côté, la République islamique d’Iran ne différait guère dans ses ambitions régionales, même si son idéologie était différente. Depuis sa création en 1979, le régime de Téhéran défend une doctrine révolutionnaire fondée sur l’exportation de la révolution et a étendu son influence en construisant des réseaux d’alliés et de groupes armés dans plusieurs pays arabes. Au cours des quatre dernières décennies, son projet régional est devenu l’une des principales sources d’instabilité au Moyen-Orient.

C’est pourquoi l’anniversaire de l’occupation du Koweït ne devrait pas être uniquement un moment de commémoration, mais aussi une occasion de tirer les enseignements de l’histoire.

Ce qui s’est produit en 1990 a démontré que l’effondrement de la souveraineté du Koweït menaçait immédiatement la sécurité du Golfe et s’est rapidement transformé en crise régionale et internationale, avec des répercussions sur l’économie mondiale et la sécurité énergétique. Cette réalité demeure aujourd’hui, peut-être même de manière plus évidente encore, compte tenu de la complexité des mutations stratégiques actuelles.

L’Iran apparaît de plus en plus agressif et malveillant, ses actions s’étendant désormais jusqu’à la Jordanie et à l’Égypte. Aujourd’hui, Téhéran lutte pour préserver à la fois son régime et son influence régionale, ce qui pourrait le rendre plus enclin à prendre des risques que par le passé.

Pour comprendre le comportement de l’Iran, il faut d’abord comprendre ses calculs internes, qui sont d’une importance capitale pour le régime.

Le scénario le plus probable n’est peut-être pas une confrontation directe, mais plutôt un retour au modèle des guerres par procuration.

                                                        Abdulrahman Al-Rashed

Accepter un règlement qui pourrait être perçu sur le plan intérieur comme une défaite risquerait d’affaiblir la légitimité du régime, aussi bien auprès de ses partisans que de ses opposants, notamment après des années de pressions économiques, de manifestations internes et de revers en Syrie, au Liban et dans l’ensemble de son projet régional.

Par conséquent, Téhéran pourrait chercher à compenser ses pertes par d’autres moyens. Après ces revers et le succès d’Israël dans l’affaiblissement des capacités du Hezbollah au Liban, l’Iran semble déterminé à redéployer son dispositif régional. À mon sens, il accordera désormais une importance accrue à l’Irak et au Yémen, où il exerce une influence directe sur des milices armées et sur les Houthis, utilisant ces théâtres pour exercer des pressions et compenser les pertes subies ailleurs.

Les États du Golfe sont ainsi confrontés à un défi stratégique d’une extrême gravité. Le scénario le plus probable n’est peut-être pas une confrontation militaire conventionnelle directe, mais un retour au modèle des guerres par procuration, dans lequel l’Iran gère les conflits par l’intermédiaire de ses alliés et ouvre plusieurs fronts contre les pays du Golfe plutôt que contre Israël, sous différentes bannières et justifications.

Parallèlement, si les États-Unis choisissent aujourd’hui de ne pas affronter l’Iran, il serait imprudent de supposer que Washington reviendra à l’avenir mener une nouvelle guerre pour défendre ses alliés de la même manière qu’en 1991, même si les partenariats de sécurité demeurent.

La principale leçon à tirer de l’anniversaire de l’invasion du Koweït par l’Irak est donc que la sécurité du Golfe ne peut reposer uniquement sur des hypothèses ou des garanties extérieures. Elle doit s’appuyer sur un renforcement des capacités militaires propres, une intégration plus poussée des dispositifs de défense, le développement d’une base industrielle et militaire plus solide, ainsi qu’une meilleure préparation politique et économique pour faire face à une période qui pourrait s’avérer plus dangereuse et plus complexe que tout ce que la région a connu au cours des dernières décennies.

Après cette guerre, le Golfe sera livré à lui-même. 

Abdulrahman Al-Rashed est un journaliste et un intellectuel saoudien. Il est l'ancien directeur général de la chaîne d'information Al-Arabiya et l'ancien rédacteur en chef d'Asharq Al-Awsat, où cet article a été initialement publié.

X : @aalrashed

NDLR: les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com