Sur instruction du Serviteur des deux Saintes Mosquées, le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, et à l'invitation du président Emmanuel Macron, le prince héritier Mohammed ben Salmane effectue une visite d'État en France. Par son rang comme par sa portée, elle compte parmi les plus importantes et les plus marquantes que la France accueille cette année.
Au menu: des entretiens et des rencontres de haut niveau, la signature d'accords et de mémorandums d'entente destinés à approfondir la coopération entre deux pays amis, et un cérémonial d'exception.
Temps fort annoncé par l'Élysée: la première réunion du Conseil de partenariat stratégique saoudo-français. Décidé lors de la visite d'État du Président Macron à Riyad en décembre 2024, assorti d'une feuille de route, ce conseil est coprésidé par les deux dirigeants. Les grands dossiers économiques et stratégiques du partenariat seront sur la table, tout comme les questions régionales, dans un contexte régional et international d'une sensibilité rare.
La visite s'ouvre par la cérémonie de clôture de la Coupe du monde d'esport (Esports World Cup), organisée pour la première fois à Paris. L'Élysée y voit «l’ambition commune de la France et de l’Arabie saoudite de faire du sport et de la culture des vecteurs de leur rapprochement». J'ai eu l'honneur d'assister à son ouverture, début juillet, aux côtés du Prince Abdelaziz ben Turki Al Faisal, ministre des Sports, et de son homologue française Marina Ferrari. L'événement a suscité un large écho médiatique et l'enthousiasme de la jeunesse.
La réception offerte par le Président Macron et les séquences protocolaires prévues traduisent l'importance que la France accorde à son hôte, à son rôle sur la scène internationale et au poids du Royaume dans les affaires du monde. Elles disent aussi la volonté française d'approfondir une relation qui progresse à un rythme inédit.
Le calendrier n'est pas anodin. La région traverse une période géopolitique et sécuritaire exceptionnelle, et les deux dirigeants ont multiplié les efforts pour éviter qu'elle ne bascule dans une escalade plus grave. Le Royaume y a confirmé son rôle diplomatique central: appel à la cessation des combats, règlement des différends par la négociation et les voies diplomatiques, respect de la Charte des Nations unies et du droit international, et contribution décisive à l'endiguement de crises qui menacent la stabilité régionale et mondiale.
Cette action dépasse le cadre régional. Sur l'Ukraine, l'engagement personnel du Prince héritier a contribué à l'ouverture des négociations; sa médiation humanitaire avait déjà permis des échanges de prisonniers entre Moscou et Kiev, et Riyad a accueilli l'an dernier les pourparlers américano-russes de haut niveau. Cette politique sage et efficace a recueilli de larges éloges dans le monde. De nombreux pays amis lui ont exprimé leur reconnaissance et leur soutien, au premier rang desquels la France qui partage avec le Royaume l'attachement à ces principes : l'appel à l'arrêt des opérations militaires et au retour aux voies pacifiques et à la négociation pour régler les différends, conformément au droit international et aux principes internationaux en vigueur. Il en va de même de la sécurité énergétique, des chaînes d'approvisionnement et de la liberté de navigation, domaines où la France soutient constamment les positions saoudiennes et en souligne l'importance pour l'économie mondiale. Le Prince héritier et le Président Macron ont encore réaffirmé la convergence de leurs positions lors de nombreux échanges, en dernier lieu par téléphone le 7 août.
Cette coopération a fait ses preuves. La conférence de haut niveau de New York sur la question palestinienne et la solution à deux États, tenue en septembre 2025 sous l'égide de l'ONU et coprésidée par les deux pays, a débouché sur la «Déclaration de New York », adoptée par l'écrasante majorité des États. Elle constitue aujourd'hui le socle des efforts internationaux vers une solution juste, durable et globale.
Riyad et Paris agissent ensemble au renforcement de la sécurité et du développement dans plusieurs pays de la région et au-delà, comme contre le terrorisme, l'extrémisme et les discours de haine, contre la prolifération des armes de destruction massive et la criminalité transnationale, et face aux défis climatiques, à la désertification et à la pauvreté. Ce travail se poursuit au sein des grandes enceintes multilatérales: Accord de Paris sur le climat, dont le Royaume est partie fondatrice, Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), Conseil des droits de l'homme, FMI, Banque mondiale, OMC, FAO, UNESCO et Alliance des civilisations des Nations unies, dont Riyad a accueilli en décembre dernier le 11e Forum mondial, sur le thème « Alliance des civilisations: deux décennies au service de la compréhension mutuelle», en présence d'une participation internationale de haut niveau, dont le Secrétaire général des Nations unies et de nombreuses personnalités internationales.
Le Royaume a par ailleurs affirmé son rôle au sein du G20, qui réunit les vingt premières économies mondiales, et resserré ses liens avec de grandes organisations économiques, notamment l'OCDE, dont le siège est à Paris, pour s'appuyer sur son expertise en matière de performance publique, de réforme des systèmes financiers, d'efficacité de la dépense, de gouvernance et de lutte contre la corruption. Un mémorandum de coopération globale a scellé ce rapprochement à Davos, en janvier 2024.
Riyad et Paris comptent parmi les grandes capitales diplomatiques du monde, des villes qu'aucun pays ne peut ignorer au regard du nombre d'ambassades et d'organisations qu'elles accueillent. Le Royaume abrite de nombreuses organisations et fonds régionaux et internationaux, dont l'Organisation de la coopération islamique, le Secrétariat général du Conseil de coopération du Golfe, le Groupe de la Banque islamique de développement, l'Union des comités olympiques arabes, l'Organisation arabe du Croissant-Rouge et de la Croix-Rouge et l'Institut arabe de développement des villes, ainsi que des bureaux régionaux d'ONU Tourisme, du HCR, du FMI, de la Banque mondiale et de l'UNICEF. Cet attrait ne faiblit pas: un accord a été signé en 2025 avec Interpol pour l'implantation d'un siège régional à Riyad, et un autre en février dernier avec la fondation ALIPH, dédiée à la protection du patrimoine en zone de conflit.
La capitale saoudienne s'affirme aussi comme un grand centre économique, commercial, culturel et médiatique.
La France, figure de proue de l'Union européenne et membre permanent du Conseil de sécurité, pèse de tout le poids d'une grande puissance politique, militaire, économique et culturelle. Elle dispose d'industries de pointe, civiles et de défense, et de ses propres innovations. Sa présence politique et culturelle s'appuie sur un réseau de liens à l'échelle mondiale, dont l'Organisation internationale de la Francophonie offre l'illustration la plus visible : 90 pays y sont rassemblés, dont 53 membres de plein droit, les autres siégeant comme membres associés ou observateurs. Son emprise géographique s'étend bien au-delà du continent européen, à travers les territoires de la France d'outre-mer, et elle dispose de bases militaires, de bâtiments de guerre déployés en haute mer et de partenariats de défense et de sécurité avec de nombreux pays.
Paris héberge l'UNESCO, Interpol, l'Organisation internationale de la Francophonie, l'OCDE, le Bureau international des expositions (chargé de l'organisation des Expositions universelles), l'Organisation mondiale de la santé animale, le Conseil mondial de l'eau, l'Organisation internationale de métrologie légale, le Bureau international des poids et mesures, le Groupe d'action financière (GAFI), le Parlement européen, le Conseil de l'Europe, la Cour européenne des droits de l'homme, l'Agence spatiale européenne, l'Autorité européenne des marchés financiers et l'Autorité bancaire européenne.
Comme indiqué plus haut, cette visite revêt une importance particulière au regard de la phase exceptionnelle d'amitié et de partenariat stratégique que traversent les relations entre les deux pays. Celles-ci ont changé d'échelle depuis le lancement de la Vision 2030, dont le Royaume fête cette année le dixième anniversaire. Nombre de ses objectifs ont été atteints avant terme, et les grands groupes français ont été de la partie. Ils ont trouvé au Royaume une jeunesse hautement qualifiée, une économie stable et solide, étayée par des cadres juridiques modernes, des procédures administratives simplifiées et des outils technologiques; des infrastructures de pointe; et une position géographique privilégiée, aux portes des marchés asiatiques et africains.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La France est devenue le deuxième investisseur étranger du Royaume. Plus de 350 entreprises françaises y opèrent, dont près de 170 avec une implantation permanente et plus de 11,500 salariés. Le rythme d'ouverture de sièges régionaux s'est nettement accéléré ces dernières années.
Dans l'autre sens, le Fonds public d'investissement (PIF) a ouvert en mai 2025 son bureau de Paris, le premier dans la zone euro, en présence du Président Macron et du gouverneur du Fonds. Huit entreprises saoudiennes sont désormais établies en France, avec plus de 800 employés dans l'industrie et les services.
De nouveaux champs s'ouvrent, hier inexistants ou embryonnaires: tourisme, culture et patrimoine, technologies financières, télécommunications, espace, cybersécurité, intelligence artificielle, eau, énergies renouvelables, protection de la biodiversité et des milieux terrestres et marins. Impossible d'en dresser l'inventaire en quelques lignes et un article ne saurait en épuiser la liste.
Parmi les réalisations emblématiques de la Vision 2030 figure le développement touristique et culturel du gouvernorat d'AlUla, porté avec l'expertise française via l'Agence française pour le développement d'AlUla (AFALULA). S'y ajoutent de nombreux chantiers d'infrastructures et de transports, tel le Six Flags Qiddiya City, aux portes de Riyad, construit par Bouygues avec Almabani General Contractors pour plus de 3,75 milliards de riyals, inauguré en décembre dernier comme l'un des plus grands parcs d'attractions au monde.
Au cours de mon mandat d’Ambassadeur du Serviteur des Deux Saintes Mosquées auprès de la République française (décembre 2020 - juillet 2026), j’ai eu l’honneur de contribuer à l’organisation de plusieurs visites au sommet et de participer à leurs travaux.
Parmi les plus importantes figurent les deux visites officielles de Son Altesse Royale le Prince héritier, Premier ministre, que Dieu le protège, en France, en juillet 2022 et en juin 2023, ainsi que les visites de Son Excellence le Président Emmanuel Macron au Royaume, en décembre 2021 et en décembre 2024, cette dernière étant une visite d’État.
Ces visites réciproques ont été couronnées de succès et ont permis de renforcer les cadres de coopération, de consultation et de coordination des positions sur de nombreuses questions régionales et internationales d'intérêt commun. Elles ont notamment abouti à la signature de plusieurs accords de coopération et mémorandums d'entente importants.
Les résultats de ces visites ont contribué à inaugurer une nouvelle phase des relations entre les deux pays, fondée sur le renforcement de la coopération bilatérale et du partenariat stratégique dans tous les domaines importants, politique, sécuritaire, économique, culturel, sportif et autres, de manière à servir les intérêts communs des deux pays et de leurs peuples amis.
La visite d'aujourd'hui souligne la profonde reconnaissance de la France envers Son Altesse et son action bienveillante sur les scènes régionale et internationale. Elle témoigne également du rôle majeur du Royaume et de son engagement constant en faveur de la paix, de la sécurité, de la stabilité et de la prospérité des peuples de la région et du monde.
Par ailleurs, cette visite vient prolonger les efforts engagés lors des précédentes rencontres, en ouvrant de nouvelles perspectives. Elle intervient également alors que nous célébrons le centenaire de l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays, marqué par l’ouverture du consulat de France à Djeddah en 1926, devenu une ambassade à part entière en 1932.
Dans ce contexte historique, et comme je l'ai mentionné précédemment dans un article d'Arab News, les relations entre les deux pays, tant sur le plan populaire que culturel, sont anciennes et remontent à l'époque du premier État saoudien. Les archives officielles françaises conservent de nombreux documents qui le confirment, notamment une carte historique de Diriyah, capitale de ce premier État.
Cette carte figurait dans les mémoires du diplomate et orientaliste français Joseph Rousseau, documentés en 1808, alors qu'il était consul général de France à Bassora sous le règne de Napoléon Bonaparte. Les archives du ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères conservent encore un exemplaire de la carte originale, intitulée « Carte de Diriyah et ses environs », que Rousseau avait adressée au ministre des Affaires étrangères dans le cadre d'une correspondance officielle.
Considérée comme la plus ancienne carte de Diriyah connue à ce jour, elle représente ses quartiers, ses faubourgs, ses vallées et les fermes environnantes. Les mémoires de Rousseau soulignent également la prospérité dont jouissaient alors Diriyah et ses terres.
Sur les plans économique et culturel, Diriyah, et notamment son quartier historique d’At-Turaif, compte parmi les sites du Royaume inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. En juillet 2024, huit sites historiques saoudiens avaient déjà rejoint cette liste, plusieurs mois avant l’échéance prévue, conformément à l’un des objectifs de la Vision 2030.
Un exemple particulièrement marquant de cette coopération culturelle remonte à la création de l’Institut du monde arabe à Paris, inauguré en novembre 1987, à laquelle le Royaume a apporté une contribution majeure aux côtés de la France.
Aujourd'hui, l'Institut rayonne sur les cultures, les arts et l'histoire du monde arabe, offrant aux Français, aux Parisiens et aux visiteurs un aperçu unique de ce monde et contribuant de manière exceptionnelle au renforcement des liens culturels, intellectuels et artistiques entre la France et le monde arabe. L'administration de l'Institut a d'ores et déjà entamé la préparation d'un programme culturel spécial qui sera lancé début 2027 pour célébrer son 40e anniversaire.
En conclusion, cette importante visite de Son Altesse Royale le Prince Mohammed ben Salmane ben Abdulaziz, Prince héritier et Premier ministre, en République française, pays ami, est attendue avec un vif intérêt, tant dans les deux pays que sur la scène internationale. Elle devrait contribuer de manière décisive à approfondir la coopération et le partenariat entre nos deux pays dans tous les domaines, au service des intérêts communs de leurs peuples. Ses résultats devraient également contribuer à consolider la sécurité, la paix et la stabilité au Moyen-Orient, dans la région et, plus largement, dans le monde.
Fahad M. Al-Ruwaily est l’ancien ambassadeur d’Arabie saoudite en France.
X : @Fahadalrwaily
NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com













