Neom et The Line: un projet saoudien pour l'avenir mondial de la vie urbaine

Le projet Neom repose sur le développement futuriste d'une mégapole de 500 milliards de dollars qui sera construite dans le nord de l'Arabie saoudite. (Neom/Gary Cummins)
Le projet Neom repose sur le développement futuriste d'une mégapole de 500 milliards de dollars qui sera construite dans le nord de l'Arabie saoudite. (Neom/Gary Cummins)
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Publié le Jeudi 14 janvier 2021

Neom et The Line: un projet saoudien pour l'avenir mondial de la vie urbaine

  • Les experts révèlent pourquoi les mégaprojets sont si importants et ce qui les distingue des autres développements de villes intelligentes
  • «Je sais que nous sommes à la pointe de l’avenir et j’ai hâte de voir l’Arabie saoudite être la première à réussir»

DJEDDAH: Le lancement de The Line, un projet révolutionnaire de développement urbain zéro carbone de 170 kilomètres de long, avec plusieurs communautés hyper-connectées, suscite un immense engouement dans le monde entier depuis qu’il a été dévoilé cette semaine. Il se révèle également extrêmement populaire parmi les Saoudiens, qui le tiennent pour le projet le plus ambitieux de leur pays à ce jour.

Arab News s'est entretenu avec certains des experts qui ont joué un rôle essentiel dans le développement de l'infrastructure du Royaume afin de comprendre en quoi The Line est révolutionnaire; pour savoir, aussi, ce qui le distingue des autres projets de villes intelligentes; enfin, pour découvrir les innovations qui sont au cœur d’un projet plus vaste: Neom, le développement futuriste d’une mégapole. Un projet qui s’élève à 500 milliards de dollars.

L'ingénieur saoudien Faysal Abdel Aziz Abdellah Alzaibag travaille depuis plus de douze ans dans la gestion et la mise en œuvre de mégaprojets. Il met ses compétences professionnelles au service de la planification de villes intelligentes du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il considère que The Line représente un aperçu de l'avenir du monde.

«Il y a sur la Terre plus d’êtres humains qu’il n’y en a jamais eu auparavant, et les villes sont obligées de faire face à nos nouvelles demandes», observe-t-il. «Avec le rythme d'expansion qui est le nôtre actuellement – et si l’on considère la façon dont les métropoles sont conçues aujourd'hui –, des études montrent que, dans un avenir très proche, les villes ne seront tout simplement plus en capacité de se maintenir.»

Il déclare qu'il trouve formidable de voir l'Arabie saoudite amorcer un projet «mondialement inégalé» aussi innovant que The Line.

«The Line est le premier projet de ville intelligente dans lequel les technologies scientifiques et les techniques révolutionnaires actuelles sont réunies afin d’offrir une ville intelligente du plus haut niveau possible. Une ville capable de repenser le design, l'innovation et la technologie, construite sur les cinq nouveaux piliers qui font d'une ville une ville intelligente: la proximité, la densité, la diversité, la mobilité et la durabilité», indique-t-il.

En tant qu'expert, Alzaibag fait savoir qu'il est tout à fait prometteur que l'Arabie saoudite soit à l'avant-garde de la résolution des problèmes urbains et fasse office de pionnière pour les villes intelligentes du futur.

Il affirme également que, contrairement à une croyance répandue, les révolutions automobiles du passé ont tellement élargi les villes qu'elles ont contribué à détériorer les conditions de vie, les rendant intenables.

«Cela a également incité les villes à adopter une approche de zonage euclidien, ou zonage à usage unique, ce qui a sollicité de manière insoutenable nos infrastructures, notre énergie et nos habitudes en matière de transport et de mobilité, entre autres», explique-t-il. «C’est pourquoi les “applications intelligentes” exigent aujourd’hui un changement.»

«Le changement de paradigme recherché depuis longtemps par les ingénieurs et les urbanistes consiste à réorganiser les villes et leur définition. Il s’agit de traiter tous ces problèmes en utilisant des stratégies de conception d'avant-garde et des applications d'ingénierie qui fassent en sorte que les villes où nous vivons puissent évoluer: de zones à usage unique lointaines, elles doivent devenir des zones multiusages plus proches. D'où l’intérêt de “5-minute walk”, un concept de mobilité des piétons dans la conception urbaine moderne.»

Rappelant l'importance des cinq piliers qu'il a mentionnés, Alzaibag révèle que The Line offre un nouveau modèle de ce qu'une ville intelligente devrait être, et évoque l’«effet sur l'habitabilité» qui en résulte.

«En tant que professionnel, je suis conscient que nous sommes à la pointe de l’avenir et j’ai hâte de voir l’Arabie saoudite être la première à réussir», affirme-t-il.

Il n'y aura ni routes ni voitures dans The Line, ce qui en fait le premier projet de ville intelligente à résoudre un problème connu sous le nom de «loi fondamentale de la congestion». Cela signifie que, quand d'énormes sommes d'argent sont dépensées pour de nouvelles routes afin de faire face à l'expansion des villes et à l'augmentation du trafic, au bout d’environ cinq ans, le trafic a augmenté de manière proportionnelle à l'infrastructure qu’on a ajoutée – donc tout le monde se retrouve à la case départ.

Alzaibag insiste également sur l’importance du projet Neom. Ce dernier exploitera des énergies renouvelables efficaces et adoptera des systèmes d’infrastructure décentralisés qui utilisent des microréseaux pour conduire l’électricité. Cela signifie que les unités seront entièrement autonomes, ce qui constitue un changement majeur par rapport à l'infrastructure énergétique traditionnelle, fortement centralisée et coûteuse, dont on se sert généralement aujourd'hui.

Une ville «zéro émission» construite en pleine nature, sans voitures ni routes, représente une manière résolument moderne d’intégrer le progrès à l'environnement naturel plutôt que de remplacer ce dernier.

«En tant que designer, il sera intéressant de voir si la ville forme une chaîne de superblocs connectés à travers un système de transport en commun efficace», déclare Alzaibag. Un système de transport en commun intelligent et efficace facilitera les déplacements et donnera aux résidents une chance de récupérer du temps qu'ils peuvent utiliser pour améliorer leur santé et leur bien-être, explique-t-il.

«Je considère que The Line est résiliente, liée au concept économique où la blockchain et la propriété fractionnée pourraient changer notre définition de la façon dont nous comprenons l'espace et l'immobilier polyvalents et polyvalents», confie-t-il encore.

Les communautés de The Line seront cognitives, ce qui signifie qu’elles «apprendront» grâce à une interaction constante avec leurs résidents pour devenir plus efficaces, durables et résilientes. Cela sera alimenté par l'intelligence artificielle, et l'objectif est d'utiliser environ 90% des données disponibles pour améliorer les capacités de l'infrastructure – bien au-delà du 1% généralement utilisé dans les villes intelligentes existantes.

Tom Hudson, directeur général du cabinet de conseil stratégique Kestrel Global et conseiller de certaines des entreprises technologiques les plus innovantes du monde, a assisté à la présentation officielle de Neom à l’occasion du premier Forum de l’initiative pour les investissements futurs à Riyad, en 2017, et il a visité l’emplacement de la future mégapole, qu’il décrit en ces termes: «Il s’agit, littéralement, d’une toile vide qui s’étend de l’Ouest, avec des îles qui ressemblent aux Maldives, dans les eaux cristallines de la mer Rouge, de l’autre côté du désert, jusqu'aux montagnes situées à l'Est.»

Neom est en réalité «un pays dans un pays», observe-t-il. C’est parce qu'il est construit à partir de rien qu’il offre une multitude d'opportunités.

«Au cours des trois dernières années, presque tous mes clients qui travaillent dans le secteur de la technologie, que ce soit dans le domaine de la mobilité, de l'énergie ou des déchets, par exemple, ont eu des discussions passionnantes avec les membres des différentes sections de Neom, dans le but rendre cette vision concrète», se réjouit-il.

«L'annonce de The Line, qui place la planète et ses habitants en son cœur, est un moment passionnant de l'histoire d’un des plus grands projets du monde. Je crois qu’il constituera véritablement un phare destiné à montrer au reste du monde comment les humains peuvent habiter en pleine nature de manière totalement viable, avec une technologie qui permette aux résidents d'optimiser leur vie avec un impact minimal sur l'environnement.»

Toute l'énergie utilisée par Neom sera 100% renouvelable – y compris la production d'énergie solaire, éolienne et hydrogène – afin de garantir des environnements urbains, propres et sans pollution.

Une technologie révolutionnaire fournie par la société Solar Water aidera Neom à atteindre son objectif: révolutionner le processus de dessalement.

Dans une interview exclusive avec Arab News, le PDG de Solar Water, David Reavley, déclare: «C'est formidable de faire partie du processus entrepreneurial et de l'innovation» en Arabie saoudite.

Il ajoute: «Notre technologie de dessalement révolutionnaire est à 100% neutre en carbone et entièrement durable. Dans le projet de Neom, nous avons trouvé un partenaire qui possède une vision forte de ce à quoi ressemble un nouvel avenir, en harmonie avec la nature.»

Neom pourrait donc jouer un rôle clé dans la résolution de l’un des problèmes les plus urgents du monde: l’absence d’accès à l’eau douce pour de nombreuses personnes. Plus d'un milliard de gens dans le monde n'ont pas accès à l'eau potable chaque jour. Le projet de dessalement Solar Water/Neom servira donc de test pour d'autres pays pauvres en eau qui se battent pour produire des sources d'eau douce respectueuses de l'environnement et durables.

La construction de The Line devrait commencer au premier trimestre de cette année.

«C'est un grand moment de fierté pour moi», se félicite Salma Al-Sheikh, professeur à Djeddah. «Ce que j'aime le plus à propos de la Vision 2030, c'est qu’elle ne récompense pas seulement les plus grandes idées, mais qu'elle y intègre le bien-être humain.»

«The Line vise à créer 380 000 emplois et à contribuer à hauteur de 180 milliards de riyals saoudiens (38 milliards de dollars, soit 31 milliards d’euros) au PIB intérieur d'ici à 2030. Je vois de nombreuses opportunités pour les Saoudiens, dans des domaines qui dépassent notre imagination.»

Neom est l’initiative du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et un élément essentiel de la Vision 2030 de l’Arabie saoudite, dont l’objectif est de diversifier l’économie du Royaume et de jouer un rôle majeur dans le développement mondial.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 


Le Conseil du Golfe veut participer à toutes les discussions sur la guerre avec l’Iran

Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi. (Archive/AFP)
Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi. (Archive/AFP)
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  • Le chef du CCG a appelé à un arrêt immédiat des attaques visant les infrastructures énergétiques dans le Golfe
  • Le Conseil du Golfe a indiqué que ses membres souhaitent être impliqués dans toute discussion sur la guerre avec l’Iran

DUBAÏ : Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi, a accusé jeudi l’Iran d’alimenter l’escalade régionale et a appelé à un arrêt immédiat des attaques visant les infrastructures énergétiques dans le Golfe, tout en exhortant à inclure les États du Golfe dans tout effort diplomatique visant à résoudre la crise.

Dans une série de déclarations, Jasem Mohamed Al-Budaiwi a affirmé que l’Iran était responsable de la récente escalade et a averti que ses actions constituaient une menace directe pour la stabilité régionale.

Il a indiqué que des attaques iraniennes avaient visé des raffineries de pétrole en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Koweït, qualifiant ces frappes de « systématiques » et dirigées contre des installations énergétiques critiques.

« Nous insistons sur la nécessité d’impliquer les pays du CCG dans toute discussion ou accord visant à résoudre cette crise, de manière à renforcer leur sécurité et leur stabilité », a déclaré Al-Budaiwi dans une allocution télévisée, ajoutant que si les États du Golfe ont le droit de se défendre, ils privilégient la voie diplomatique.

« La communauté internationale doit adresser un message unifié à l’Iran pour qu’il mette fin à ses attaques », a-t-il ajouté, appelant à une pression mondiale coordonnée pour éviter une nouvelle escalade.

Le secrétaire général a également rejeté toute tentative de redessiner la carte de la région après le conflit, mettant en garde contre toute modification des frontières géopolitiques une fois la crise terminée.

Al-Budaiwi a en outre accusé l’Iran d’exiger des paiements de la part des navires transitant par le détroit d’Ormuz, une voie maritime essentielle par laquelle transite une part importante du pétrole mondial.

Le chef du CCG est le premier haut responsable régional à formuler publiquement une telle accusation.

Al-Budaiwi, qui dirige le bloc composé de Bahreïn, du Koweït, d’Oman, du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, a fait ces déclarations lors d’une conférence de presse à Riyad. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Pourquoi Israël bombarde-t-il des ponts strategiques dans le sud du Liban ?

Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
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  • Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage visent à créer une division géographique qui isolerait une grande partie du sud du pays
  • Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales

BEYROUTH : Le ciblage systématique par Israël des ponts sur le Litani marque une escalade significative dans sa campagne militaire au Liban, qui passe des frappes aériennes et des avertissements d'évacuation à la coupure délibérée du Sud-Liban du reste du pays.

Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage reliant les zones situées au nord et au sud du Litani visaient à créer une division géographique qui isolerait de grandes parties du sud, perturberait les opérations d'aide et de secours et restreindrait les déplacements dans la région.

Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales.

Le ministre israélien de la défense, Israël Katz, a déclaré qu'il avait ordonné à l'armée de détruire tous les ponts qui enjambent le fleuve reliant le sud à Beyrouth et à la région de la Bekaa, car ils étaient utilisés pour transporter des armes vers le Hezbollah.

Pourquoi les ponts sont-ils si importants ?

Le Litani, le plus long fleuve du Liban (environ 170 km), prend sa source à l'ouest de Baalbek et traverse la vallée de la Bekaa. Il se situe entre 6 et 30 km de la frontière israélo-libanaise, ses points les plus proches se trouvant dans le secteur oriental et le district de Nabatieh.

Les zones situées au sud de la rivière sont connues sous le nom de "frontière sud". Elles comprennent des parties des gouvernorats du Sud et de Nabatieh, notamment les districts de Tyr, de Bint Jbeil et de Marjayoun.

L'armée israélienne a identifié au moins 15 ponts et ponceaux, s'étendant de la région côtière à la Bekaa occidentale, comme cibles à détruire.

Parmi les plus importants figurent les ponts de Qasmiyeh, Tayr Falsay et Khardali, dont la perte couperait des voies de transport essentielles reliant le Sud-Liban au reste du pays et isolerait effectivement les régions situées au sud du fleuve.

Les frappes sur les ponts interviennent dans un contexte d'intensification des combats entre Israël et le Hezbollah dans des villes frontalières comme Khiam et Naqoura et d'une augmentation des démolitions, par les forces israéliennes, de maisons dans les villages de la ligne de front - des mesures qui, selon les observateurs, pourraient préparer le terrain pour une incursion terrestre plus large.

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre contre l'Iran le 2 mars en lançant six roquettes sur un site militaire dans le nord d'Israël. Cette action répondait à ce que le groupe militant décrit comme la poursuite des attaques israéliennes contre le Liban, malgré l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024 et l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le même jour, Israël a lancé une nouvelle offensive contre le Liban, menant des frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth ainsi que sur des zones situées au sud et à l'est du Liban. Le lendemain, il entame une incursion terrestre limitée dans le sud.

Quel est l'impact des bombardements sur les ponts ?

Le pont d'Al-Qasmiyeh, qui a été visé dimanche par des frappes aériennes israéliennes intensives, est l'un des points de passage les plus importants. Situé près de l'endroit où le fleuve rencontre la mer Méditerranée, il fait partie de la principale route côtière reliant Sidon et Tyr et est utilisé par les piétons, les voitures et les camions.

Sa destruction a gravement perturbé la principale artère reliant le sud du pays à la capitale.

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié le bombardement des ponts d'"escalade dangereuse et de violation flagrante de la souveraineté libanaise", de "prélude à une invasion terrestre" et de "tentative de rompre le lien géographique entre la région méridionale du Litani et le reste du territoire libanais".

Une source militaire a déclaré à Arab News qu'Israël avait jusqu'à présent visé 70 % des ponts.

"D'un point de vue militaire, l'objectif est de couper les lignes d'approvisionnement du Hezbollah.

Pourquoi Israël veut-il isoler le Sud-Liban ?

La source a déclaré que l'incursion dans le Sud-Liban et l'isolement de cette région avaient pour but d'accroître les gains d'Israël sur le terrain afin de renforcer sa position dans les négociations.

"L'impact que la supériorité israélienne imposera au Liban dans les étapes à venir reste incertain", a déclaré la source.

"Nous savons seulement qu'elle possède des capacités militaires supérieures et redoutables, inégalées par toute autre force au Moyen-Orient, ainsi qu'une importante supériorité aérienne et technologique.

"En revanche, le Hezbollah ne dispose d'aucune ligne de ravitaillement, ni depuis la Syrie ni depuis l'Irak, et l'armée libanaise est confrontée à d'importantes limitations en termes de capacités et de ressources, s'efforçant de maintenir sa présence militaire par tous les moyens possibles."

La source a indiqué que, sur la base d'informations fournies par des unités de l'armée libanaise stationnées au sud du Litani, à environ 10 km de la frontière, les forces israéliennes étaient entrées dans la ville de Khiam, sans que l'on connaisse l'ampleur de l'incursion.

L'analyste politique Ali Al-Amin a déclaré à Arab News que les opérations menées par le Hezbollah dans le sud du Liban n'empêcheraient pas les Israéliens d'avancer, mais qu'elles en augmenteraient le coût.

"L'objectif d'Israël était d'établir une zone tampon, ce dont il avait déjà discuté lors de la dernière guerre, sur une région vidée de sa population, de ses installations résidentielles et agricoles et de ses infrastructures.

La zone tampon s'étendrait probablement sur une profondeur de 3 à 5 km.

"L'armée israélienne pourrait pénétrer plus loin, mais je pense que l'opération se limitera à des incursions et à des retraits sans maintenir une présence permanente.

Sur la base de ses précédentes guerres au Sud-Liban, Israël a compris qu'une occupation terrestre serait coûteuse, a déclaré M. Al-Amin.

"Grâce à sa supériorité technologique, il n'a pas besoin d'occuper un territoire. Il a déjà forcé des gens à quitter leurs maisons par des menaces et des barrages routiers aériens, sans avoir besoin de troupes au sol."

Il a ajouté qu'il pensait que les Israéliens poursuivraient leurs destructions et chercheraient à relier les zones méridionales à Hasbaya, Arqoub et aux villages chrétiens - des zones qui n'ont pas été détruites, contrairement aux villages chiites.

Les habitants de ces zones pourraient être contraints d'évacuer après avoir perdu l'accès aux routes d'approvisionnement en nourriture ou de recourir aux provisions israéliennes, a-t-il ajouté.

"Toutefois, cela ne signifie pas un retour à la bande frontalière que le Liban a connue dans les années 1970. Elle pourrait au contraire devenir une bande frontalière sans chiites, car ceux-ci seraient empêchés de reconstruire leurs villages ou d'y retourner.

"Si des négociations devaient s'ouvrir entre le Liban et Israël, la situation changerait alors, car Israël, disposant d'un levier important, serait en mesure d'imposer ses conditions", a-t-il ajouté.

Quel est le coût de cette nouvelle escalade ?

Il n'existe pas encore d'estimation officielle des pertes résultant de la destruction des ponts dans le sud du Liban.

La Banque mondiale a déjà estimé le coût de la réhabilitation des infrastructures libanaises à plusieurs milliards de dollars. La reconstruction des ponts ne ferait qu'alourdir les dépenses.

Le bilan humanitaire est également lourd : plus de 1 070 personnes ont été tuées et plus d'un million ont été déplacées, soit environ 14 % de la population, selon l'unité de gestion des risques de catastrophes du bureau du Premier ministre et du ministère des Affaires sociales.


Le Hezbollah refuse toute négociation «sous le feu» avec Israël

Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban. (AFP)
Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban. (AFP)
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  • Dans un communiqué retransmis par la chaîne du Hezbollah, le chef du groupe, Naïm Qassem, a affirmé que toute négociation "sous le feu" avec Israël était une "capitulation"
  • Il a demandé aux autorités libanaises de revenir sur leur décision de "criminaliser" l'action militaire de sa formation, que Beyrouth a décidé d'interdire début mars.

BEYROUTH: Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban.

Les frappes israéliennes ont tué 1.094 personnes, dont 121 enfants, fait plus de 3.000 blessés et plus d'un million de déplacés depuis le 2 mars, selon un nouveau bilan mercredi du ministère de la Santé.

Dans un communiqué retransmis par la chaîne du Hezbollah, le chef du groupe, Naïm Qassem, a affirmé que toute négociation "sous le feu" avec Israël était une "capitulation", alors que le gouvernement libanais appelle à des pourparlers avec le pays ennemi.

Il a demandé aux autorités libanaises de revenir sur leur décision de "criminaliser" l'action militaire de sa formation, que Beyrouth a décidé d'interdire début mars.

Sur le terrain, le Hezbollah a affirmé avoir mené mercredi plus de 80 attaques contre des positions de l'armée israélienne et des localités en Israël, le nombre d'attaques en un jour le plus élevé depuis le début de la guerre avec Israël.

La formation pro-iranienne a aussi affirmé avoir visé des troupes israéliennes dans neuf villages libanais à la frontière.

Le groupe a aussi revendiqué une série d'attaques contre des localités du nord d'Israël, notamment Kiryat Shmona, qui n'ont pas fait de victimes selon les autorités israéliennes.

"Transformer en profondeur" 

Selon une vidéo diffusée par son bureau, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui affirmé en soirée qu'Israël était en train d'élargir la "zone tampon" au Liban pour "éloigner la menace des missiles" du Hezbollah. "Nous sommes résolus à transformer en profondeur la situation", a-t-il dit.

La veille, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait affirmé que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

Dans le même temps, l'aviation israélienne avait mené une frappe dans la nuit de mardi à mercredi contre la banlieue sud de la capitale, selon l'agence libanaise ANI.

Israël avait ordonné mardi aux habitants de sept quartiers de cette banlieue qu'il considère comme un fief du Hezbollah d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Un correspondant de l'AFP a vu une rue jonchée de débris, de morceaux de ciment et de métal tordu, et un appartement endommagé, après une frappe tôt mercredi matin.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, Israël pilonne la banlieue sud de Beyrouth, vidée de la majorité de ses habitants qui ont fui.

Huit personnes tuées 

Huit personnes ont par ailleurs été tuées dans les frappes israéliennes dans le sud du Liban, selon le ministère libanais de la Santé.

A Nabatiyeh, dans le sud, deux secouristes, vêtus de leur uniforme et qui circulaient sur un scooter, ont été tués par une frappe israélienne mardi, a indiqué mercredi le ministère, portant à 42 le nombre de soignants libanais tués par Israël.

Celui-ci a dénoncé dans un communiqué "une obstruction délibérée des opérations de sauvetage et une violation flagrante du droit international humanitaire".

L'armée israélienne a déclaré de son côté mercredi matin avoir visé "un centre de commandement" du Hezbollah dans la banlieue sud, ainsi que des stations essence de l'entreprise Al-Amana dont elle dit qu'elles appartiennent au mouvement et le financent.

Israël avait aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants de la formation, sans en préciser le nombre.

"Le Hezbollah doit cesser de lancer des attaques contre Israël. Et Israël doit cesser ses opérations militaires et ses frappes contre le Liban, où les civils sont le plus touchés", a pour sa part plaidé mercredi le secrétaire général de l'ONU. "Le modèle de Gaza ne doit pas être reproduit au Liban", a insisté Antonio Guterres.

Dans la ville millénaire de Tyr, à une vingtaine de km de la frontière israélienne, environ 20.000 personnes dont quelque 15.000 déplacés des villages environnants s'entassent dans le quartier chrétien - le seul encore épargné par les frappes - et dans quelques écoles.

"Nous n'abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici", a affirmé Khalil, l'un de ceux qui ont décider de rester dans la ville, désormais très isolée.