La solidarité protège les artistes dans un Moyen-Orient touché par le coronavirus

Des amateurs d'art examinent une œuvre présentée à la galerie Hafez. (Avec l'aimable autorisation de Photo Solutions)
Des amateurs d'art examinent une œuvre présentée à la galerie Hafez. (Avec l'aimable autorisation de Photo Solutions)
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Publié le Dimanche 17 janvier 2021

La solidarité protège les artistes dans un Moyen-Orient touché par le coronavirus

  • Les différents réseaux artistiques, les galeries d'art et les institutions culturelles de la région ont uni leurs efforts dans ces moments difficiles
  • Les subventions, les commandes et les exonérations de loyer ont aidé les artistes des pays du Golfe à survivre à la pandémie et au ralentissement économique

DUBAÏ : L'art présente une dimension interculturelle, que ce soit dans sa forme, sa fonction ou sa signification. Cependant, depuis le déclenchement de la pandémie du coronavirus, le monde a vu les foires, les salles d'exposition, les salles de concert, les musées et les théâtres d'art dramatique fermer boutique et annuler des événements. Cette situation engendre une véritable menace pour les artistes et prive les sociétés des plaisirs qui leur semblaient autrefois si évidents.

Ces dernières décennies, le monde de l'art évoluait dans un circuit international d'expositions, de foires artistiques, de biennales et de spectacles. Artistes, conservateurs, collectionneurs, galeristes et amateurs d'art ont parcouru le monde entier pour se réunir dans des événements allant de Dakar à Mexico. Tel fut le paysage artistique avant que les voyages ne ralentissent pour s'interrompre par la suite en mars 2020.

À présent, avec le retour au verrouillage dans de nombreux pays, l'art est exposé en ligne et à travers les médias sociaux ou sur rendez-vous dans les galeries et les musées. En raison de l'effondrement de l'économie mondiale, la création, la valorisation et la vente d'œuvres d'art sont mises sur la touche. En effet, la priorité pour de nombreux artistes consiste désormais à survivre, tant matériellement que moralement.

Galerie Dr. Dorothea van der Koelen (Mayence et Venise), Art Dubaï 2019. (Avec l'aimable autorisation de Photo Solutions)
Galerie Dr. Dorothea van der Koelen (Mayence et Venise), Art Dubaï 2019. (Avec l'aimable autorisation de Photo Solutions)

Toutefois, l'art et la culture ont trouvé le moyen de s'épanouir au Moyen-Orient, une région pourtant déchirée, depuis longtemps, par les conflits, l'incertitude et les turbulences politiques.

Au début de l'année 2020, le tableau semblait déjà sombre, même avant que les restrictions ne soient imposées. Dans ce contexte, les EAU traversaient un ralentissement économique soutenu, et les tensions géopolitiques menaient au désespoir de nombreuses galeries de la région, en particulier celles du Liban et de l'Iran.

Grâce aux réformes sociales entreprises, à la diversification économique et à une scène culturelle en pleine expansion, l'Arabie saoudite représentait la principale lueur d'espoir. Cependant, la fermeture de ses frontières et l'annulation d'événements annoncés après le mois de mars ont freiné le dynamisme de l'industrie artistique.

La communauté d’art du Moyen-Orient a compris d'instinct qu'elle devait s'unir pour faire face aux difficultés économiques et financières auxquelles elle était confrontée.

Nombre de galeries, établissements et théâtres d'art du Golfe ont repris leurs activités, en dépit des mesures strictes de distanciation sociale. (Fourni)
Nombre de galeries, établissements et théâtres d'art du Golfe ont repris leurs activités, en dépit des mesures strictes de distanciation sociale. (Fourni)

Des organisations comme Art Jameel, le ministère de la Culture des Émirats arabes unis, la Fondation Kamel Lazaar en Tunisie et le Alserkal Avenue, centre artistique dynamique de Dubaï, n'ont pas tardé à lancer des initiatives de soutien aux entreprises créatives et culturelles en favorisant le développement des communautés ainsi que les échanges artistiques. Ainsi, Alserkal Avenue a offert aux locataires un forfait de trois mois de loyer gratuit.

Avançons rapidement jusqu'en janvier 2021. De nombreuses galeries, établissements et théâtres d'art du Golfe ont repris leurs activités, en dépit des mesures strictes de distanciation sociale. Art Dubaï a été l'un des premiers événements à annuler sa foire en 2020, et pourtant, il vient d'annoncer qu'il reprendra son activité comme prévu du 17 au 20 mars à son siège à Madinat Jumeirah.

« Pour nous à Art Jameel, la 2020 a été une année de survie collective. 2021 s'annonce comme une année de reprise collective », confie à Arab News Antonia Carver, directrice d'Art Jameel.

« Nous avons distribué plus de 100 micro-subventions grâce à la Plateforme de recherche et de pratique (Research and Practice Platform) que nous avons inaugurée en avril dernier : ce programme, parmi bien d'autres, a montré que le monde arabe est très riche en talents créatifs et qui ont besoin d'un réseau de soutien continu ».

Certes, la crise est loin de se terminer. « Les artistes et les créateurs du Moyen-Orient ont besoin de toute une série de soutiens, y compris les bourses », ajoute Mme Carver.

La communauté d’art du Moyen-Orient a compris d'instinct qu'elle devait s'unir pour faire face aux difficultés économiques et financières. (Avec l'aimable autorisation de Photo Solutions)
La communauté artistique du Moyen-Orient a compris d'instinct qu'elle devait s'unir pour faire face aux difficultés économiques et financières. (Avec l'aimable autorisation de Photo Solutions)

Comme on le dit souvent, « the show must go on » - peu importe de quelle manière -.

« Il est essentiel de soutenir les artistes et de passer de nouvelles commandes, même sans événements physiques, si l'on souhaite que le monde de l'art perdure », explique Bill Bragin, directeur artistique du Centre des arts de l'Université de New York à Abu Dhabi (NYUAD).

« En réalité, nous n'organiserons probablement pas d'événements physiques avant septembre 2021 », confie-t-il à Arab News. « Je me suis vraiment efforcé de passer outre le langage des « événements physiques » ou des « événements en direct » et de les remplacer dorénavant par des événements en temps réel, organisés via Internet ou par téléphone et qui n’en sont pas moins réels ».

« Un point est primordial : il faut veiller à ce que les artistes soient soutenus », dit-il. Dans cette optique, M. Bragin a commandé plusieurs pièces produites par des artistes basés aux Émirats arabes unis. Elles seront présentées plus tard cette année.

« Nous avons constaté que nous devons agir rapidement », explique M. Bragin. « Les personnes qui travaillent dans le domaine de l'art et de la culture aux EAU éprouvent généralement  un certain sentiment de devoir. C'est une mission importante pour nous à titre personnel, mais aussi pour le pays et pour le développement des EAU. Nous souhaitons tous maintenir l'élan déjà engagé dans le pays. Nous ne voulons pas perdre du terrain ».

Il est essentiel de soutenir les artistes et de passer de nouvelles commandes, même en l'absence d’événements physiques, maintenir la scène artistique en mouvement, explique Bill Bragin, directeur artistique du Centre des arts de l'Université de New York à Abu Dhabi (NYUAD). (Fourni)
Il est essentiel de soutenir les artistes et de passer de nouvelles commandes, même en l'absence d’événements physiques, maintenir la scène artistique en mouvement, explique Bill Bragin, directeur artistique du Centre des arts de l'Université de New York à Abu Dhabi (NYUAD). (Fourni)

Il en est de même pour l'Arabie Saoudite. Si les restrictions imposées sur le coronavirus ont temporairement bouleversé les perspectives de différents secteurs économiques, le monde des arts et de la culture a su aller de l’avant.

« L'année 2020, aussi difficile qu'elle ait été, a prouvé que les hommes sont suffisamment flexibles pour affronter les circonstances inhabituelles », affirme à Arab News Farah Abushullaih, directrice du musée Ithra au Centre du roi Abdelaziz pour la culture mondiale à Dhahran.

« À Ithra, nous avons maintenu notre engagement à mettre la culture à la portée de tous, même lorsque nous avons fermé nos portes. Nous avons lancé la plateforme en ligne Ithra Connect pour interagir avec notre communauté. En effet, cette initiative a bénéficié à plus d'un million de personnes, ce qui témoigne de l'intérêt pour la culture dans le Royaume ».

Outre Ithra Connect, le musée a également mis en place Ithra Open-Call pour soutenir les jeunes artistes saoudiens et l'Exposition Covid-19 (« COVID-19 Exhibit »). Quant à l'exposition annuelle Tanween d'Ithra, elle a été présentée en ligne.

EN BREF: 

Les industries artistiques

* Les arts et l'artisanat.

* Le stylisme et la mode.

* La publicité.

* L'architecture.

* Les films, la vidéo, la photographie et la télévision/radio.

* La musique et les arts du spectacle.

* Les publications, les logiciels et les jeux informatiques.

Le musée Ithra entame l'année 2021 avec un calendrier rempli d'événements, dont Al-Sharqia Gets Creative, Ana Mohafeth et le Festival du film saoudien qui est organisé en partenariat avec la Saudi Arabian Society for Culture & Arts à Dammam, grâce au soutien de la Commission du film au ministère de la Culture.

« Malgré le ralentissement incontournable observé en 2020, le monde de l'art en Arabie Saoudite maintient son essor. Cet accomplissement a été réalisé grâce à un nombre considérable de créateurs, ainsi qu'au dynamisme du ministère de la Culture et aux institutions, collections et galeries de plus en plus présentes qui construisent de bonnes infrastructures et créent des opportunités pour tous les acteurs qui forment la scène artistique », souligne Alia Fattouh, directrice de l'Athr Gallery de Djeddah, l'une des plus importantes galeries d'art contemporain du Royaume.

Le Misk Art Institute (MAI), fondé en 2017 par le prince héritier Mohammed bin Salman pour encourager la créativité de tous, a organisé son événement annuel, la Misk Art Week, du 3 au 7 décembre. Au cours de cet événement qui s'est déroulé sur cinq jours à Riyad, 85 000 visiteurs en ligne et plus de 2 500 participants sont venus assister à l'événement, ce qui constitue un record.

« En raison de la pandémie, le  Misk Art Institute (MAI) a adapté sa programmation pour la Misk Art Week. Il a présenté une forme hybride qui propose des sessions virtuelles et en ligne ainsi que des événements en direct pour le public au niveau du pays », déclare à Arab News Reem Al-Sultan, PDG du Misk Art Institute.

En cette période de turbulences et de transitions, le Moyen-Orient a plus que jamais besoin de l'art, confie à Arab News Antonia Carver, directrice du centre Art Jameel. (Fourni)
En cette période de turbulences et de transitions, le Moyen-Orient a plus que jamais besoin de l'art, confie à Arab News Antonia Carver, directrice du centre Art Jameel. (Fourni)

Certains membres de la communauté de l’art espèrent que cet esprit de générosité s'étendra au reste de la région.

« Tout au long de la pandémie, nous avons observé une véritable volonté d'agir et de sauvegarder la scène culturelle et artistique aux EAU», affirme Reem Fadda, directrice de la Fondation culturelle d'Abou Dhabi, dans un entretien avec Arab News.

« Les institutions et les organismes gouvernementaux ont choisi de se concentrer sur la culture dans ces moments difficiles parce qu'ils étaient convaincus qu'elle représentait un catalyseur capable de soutenir et de soulager nos communautés. Il est temps que les EAU tendent également la main à toute la région pour la soutenir, dans la mesure du possible, en fournissant des subventions, en passant des commandes ainsi que par d'autres moyens ».

« À la Fondation culturelle d'Abu Dhabi (« Cultural Foundation in Abu Dhabi »), nous avons lancé une série d'initiatives qui offrent des subventions et passent des commandes dans la région, que ce soit dans le domaine des arts du spectacle, des arts visuels ou dans d'autres secteurs ».

À présent, avec le retour au verrouillage dans de nombreux pays, l'art est exposé en ligne et à travers les médias sociaux ou sur rendez-vous dans les galeries et les musées. (Fourni)
À présent, avec le retour au verrouillage dans de nombreux pays, l'art est exposé en ligne et à travers les médias sociaux ou sur rendez-vous dans les galeries et les musées. (Fourni)

Aussi décourageants qu'ils puissent être, les défis auxquels est confronté le secteur créatif dans le Golfe sont, certes, différents des défis rencontrés dans les autres pays du Moyen-Orient.

Le 4 août dernier, l'explosion du port de Beyrouth a ravagé le cœur de la scène artistique du Moyen-Orient et dévasté une région qui abritait un grand nombre de galeries et de studios d'art.

Beyrouth a été pendant longtemps le centre de la production artistique de la région. Cependant, le Liban ne dispose pas des soutiens public et privé qui est offert dans le Golfe.

Bien que les restrictions liées au coronavirus aient temporairement perturbé les plans dans différents secteurs économiques, le monde des arts et de la culture a trouvé des moyens d'aller de l'avant. (Fourni)
Bien que les restrictions liées au coronavirus aient temporairement perturbé les plans dans différents secteurs économiques, le monde des arts et de la culture a trouvé des moyens d'aller de l'avant. (Fourni)

« La situation à Beyrouth revêt un caractère particulièrement pressant. En effet, il est nécessaire de reconstruire physiquement les galeries d’art, dans un environnement politique précaire ; malheureusement, il en va de même pour la Syrie et d'autres pays », explique Mme Carver.

En cette période de turbulences et de transitions, le Moyen-Orient a plus que jamais besoin des arts, affirme Mme Carver.

« La culture est le creuset où la société découvre et débat des idées et des formes, et où nous définissons le rôle que nous allons jouer à l'avenir.  Aujourd'hui, nous en avons plus que jamais besoin, en particulier dans le monde arabe », ajoute-t-elle.

« En 2020, les phares de la Covid-19 nous ont peut-être aveuglés. En 2021, nous devons chercher à donner un sens à tout cela et aller de l'avant ».

Twitter : @rebeccaaproctor

 

 


À l’IMA, l’exposition d’Ahmed Muhanna exprime l’inhumain devenu quotidien à Gaza

Le peintre gazaoui Ahmed Muhanna à l'œuvre. (Photo IMA)
Le peintre gazaoui Ahmed Muhanna à l'œuvre. (Photo IMA)
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  • Les mots d’Ahmed Muhanna résonnent comme un appel à la survie. Il ne peint pas seulement la guerre ; il peint surtout celles et ceux qui continuent de vivre malgré elle et de la subir
  • Le peintre gazaoui Ahmed Muhanna, affirme : « Mon art, aujourd’hui, est une tentative de saisir ce paradoxe : comment rester humain dans ce chaos, et comment l’espoir peut survivre jusque sous les décombres. »

PARIS: À Gaza, la vie ne se raconte plus, elle se subit. Ici, l’inhumain est devenu quotidien et exister est devenu synonyme de survivre, tandis que le lendemain est synonyme d’incertitude.

Le quotidien des Gazaouis n’est qu’un enchaînement de peur, de privations, de douleurs et d’absences.

Tout manque : l’eau, les soins, la sécurité. Les gestes les plus simples de la vie ont disparu, et le confort n’est plus qu’un souvenir abstrait.

Dans les regards des enfants, quelque chose s’est éteint. Ces yeux, autrefois porteurs d’insouciance, sont désormais voilés par l’horreur et le deuil. La perte d’êtres chers est devenue une expérience précoce, presque banale, et la normalité appartient désormais à un autre temps.

IMA
Alors que les œuvres sont arrivées à Paris après leur passage à Marseille, Muhanna, lui, est resté derrière, dans cette bande de Gaza encerclée par Israël, qui impose à ses habitants un blocus sans fin. (Photo IMA)

À Gaza, la peur et la faim sont devenues des habitudes, et l’âge n’y a plus vraiment de sens puisque le déplacement et la mort frappent les nouveau-nés tout autant que les adultes et les vieillards.

La menace est constante, jour et nuit. Elle plane, elle fait partie de la vie, elle est la vie. Alors on se réveille, on fait semblant de vivre, tandis que tout peut basculer à chaque instant. La peur de mourir ou d’être déchiqueté s’est installée comme une seconde peau.

Et pourtant, malgré tout, Gaza résiste.

On continue de chanter, de sourire parfois. On se marie encore, on apprend, on transmet, on donne la vie. Créer devient un acte de résistance, un refus de disparaître.

Les mots d’Ahmed Muhanna résonnent comme un appel à la survie. Il ne peint pas seulement la guerre ; il peint surtout celles et ceux qui continuent de vivre malgré elle et de la subir.

Car au cœur de ce concentré de violence absurde et d’oppression aveugle, il reste des artistes, des danseurs, des comédiens, des femmes et des hommes qui, par l’art, tentent de témoigner et d’alerter.

Parmi eux, le peintre gazaoui Ahmed Muhanna, qui affirme : « Mon art, aujourd’hui, est une tentative de saisir ce paradoxe : comment rester humain dans ce chaos, et comment l’espoir peut survivre jusque sous les décombres. »

Les mots d’Ahmed Muhanna résonnent comme un appel à la survie. Il ne peint pas seulement la guerre ; il peint surtout celles et ceux qui continuent de vivre malgré elle et de la subir.

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Ses œuvres, réalisées dans un dénuement extrême, portent en elles la trace directe de la réalité gazaouie. Faute de toiles, il utilise les cartons d’aide alimentaire récupérés auprès du Programme alimentaire mondial. Faute de matériel, il improvise avec des couleurs de fortune, trouvées ici et là.

Dans ses dessins, il y a la douleur, les blessures, la tristesse, mais aussi la lumière, la mémoire et, surtout, cette volonté farouche de ne pas céder à l’effacement.

Alors que les œuvres sont arrivées à Paris après leur passage à Marseille, Muhanna, lui, est resté derrière, dans cette bande de Gaza encerclée par Israël, qui impose à ses habitants un blocus sans fin.

L’Institut du monde arabe (IMA), à Paris, a mis en lumière cette voix singulière dans le cadre d’une exposition exceptionnelle consacrée à Ahmed Muhanna et, à travers lui, aux habitants de Gaza.

À travers plus de 60 œuvres, le visiteur est plongé dans une expérience artistique, mais surtout humaine, car chacune des œuvres exposées témoigne d’un quotidien brisé, de vies déchirées et d’enfances volées.

Ces œuvres, élaborées dans la douleur, interrogent : que reste-t-il de l’humanité quand tout s’effondre ? Et comment, malgré tout, continuer à s’exprimer ?

Alors que les œuvres sont arrivées à Paris après leur passage à Marseille, Muhanna, lui, est resté derrière, dans cette bande de Gaza encerclée par Israël, qui impose à ses habitants un blocus sans fin.

La soirée de présentation s’est tenue en présence de plusieurs personnalités : Chawki Abdelamir, directeur général de l’Institut du monde arabe, Audrey Pulvar, adjointe à la maire de Paris, Antoine Renard, directeur du Programme alimentaire mondial, et Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie.

IMA
Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie. (Photo Arlette Khouri)
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Muhanna, pour qui l’art est devenu un ultime refuge, a dû s’exprimer en duplex depuis Gaza, s’interrogeant sur ce que l’art peut encore face à la haine et à la destruction.

Dans un monde où tout vacille, où la mort peut surgir à chaque instant, dessiner, peindre et raconter sans chercher à embellir devient une manière de dire : « Nous sommes encore là. »

Visiblement touchée par ces bouts de carton qui racontent la vie d’un peuple, Éléonore Caroit a déclaré à Arab News en français que les œuvres de Muhanna rendent la guerre à Gaza plus concrète et plus humaine. Elles montrent les visages et la souffrance des civils au-delà des chiffres et des images relayés par les médias.

Caroit souligne que, malgré l’aide apportée par la France, notamment sur le plan alimentaire, celle-ci reste insuffisante face à l’ampleur de la crise. Selon elle, les œuvres exposées permettent de contrer les manipulations et de transmettre une vérité essentielle : les populations souffrent et le conflit doit cesser.


Orthographe : le ministre de l'Education chute sur «dilemme» mais maîtrise «rhododendron»

"Quand on écrit, on fait tous des erreurs (...) prenez 10 minutes pour vous relire", lance le ministre aux futurs candidats du bac.
"Quand on écrit, on fait tous des erreurs (...) prenez 10 minutes pour vous relire", lance le ministre aux futurs candidats du bac.
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  • Le verbe "proscrire", à la première personne de l'imparfait du subjonctif, provoque aussi l'hésitation du ministre - avant que le "que je proscrivisse" sorte de la bouche de l'un des chroniqueurs
  • En ce qui concerne la présence ou non de majuscules sur "ministre de l'Education nationale", Edouard Geffray peut rappeler les règles sans être contesté: ministre n'a jamais droit à une majuscule, "contrairement à Président"

PARIS: Le ministre de l'Education Edouard Geffray, qui prône "l'intransigeance" sur l'orthographe au bac, a subi mardi un test d'orthographe plus rigolard que sérieux sur le plateau de "C à vous", trébuchant sur "dilemme", mais obtenant l'indulgence du jury en se rattrapant avec "rhododendron".

Sur l'ardoise qu'un chroniqueur lui tendait, le ministre a d'abord griffonné sous la dictée, le mot "accueil".

"Il y a un problème!", corrige Anne-Elisabeth Lemoine. Le ministre efface ce qu'il a écrit, avant de ré-écrire, cette fois-ci apparemment sans faute.

Edouard Geffray tombe ensuite dans le piège du mot "dilemme", qui ne prend pas de "n" à la fin, contrairement à ce qu'il écrit sur son ardoise. "Il me semble que les deux orthographes sont possibles. Non ? Au temps pour moi", s'excuse-t-il.

Mais le ministre se rattrape avec "rhododendron", qu'il écrit sans faute. "Coccyx" le fait là encore hésiter, mais il est sauvé par Anne-Elisabeth Lemoine, qui lui propose d'être son assistante IA -même si le ministre venait de rappeler qu'il était contre toute forme d'assistance par une Intelligence artificielle pendant les examens.

Le verbe "proscrire", à la première personne de l'imparfait du subjonctif, provoque aussi l'hésitation du ministre - avant que le "que je proscrivisse" sorte de la bouche de l'un des chroniqueurs.

En ce qui concerne la présence ou non de majuscules sur "ministre de l'Education nationale", Edouard Geffray peut rappeler les règles sans être contesté: ministre n'a jamais droit à une majuscule, "contrairement à Président", rappelle-t-il. Quant à savoir si Education nationale prend une majuscule, "cela dépend des usages", affirme-t-il.

Le ministre finit par obtenir une appréciation mi-figue mi-raisin de ses correcteurs, ( "15 sur 20", "début laborieux, peut mieux faire"), mais opère un rétablissement remarqué en expliquant que ce petit examen démontre bien que "le vrai enjeu, c'est la relecture".

"Quand on écrit, on fait tous des erreurs (...) prenez 10 minutes pour vous relire", lance-t-il aux futurs candidats du bac.


« The Other Bennet Sister » : quand Mary Bennet sort enfin de l’ombre

Ella Bruccoleri dans « The Other Bennet Sister ». (Fournie)
Ella Bruccoleri dans « The Other Bennet Sister ». (Fournie)
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  • The Other Bennet Sister réinvente l’univers d’Orgueil et Préjugés en plaçant Mary Bennet, longtemps éclipsée par ses sœurs, au cœur du récit
  • La série séduit par une héroïne authentique, une évolution crédible et une romance de la Régence portée par chaleur, sincérité et charme

DUBAÏ : Mary Bennet — l’enfant du milieu maladroite dans Orgueil et Préjugés de Jane Austen — a toujours vécu dans l’ombre de ses sœurs plus glamour, davantage connue pour ses faux pas sociaux que pour une grande histoire d’amour.

Mais The Other Bennet Sister braque les projecteurs sur Mary et, ce faisant, livre une série pleine de charme qui mêle récit d’apprentissage et romance de la Régence avec un résultat des plus réjouissants.

Adaptée du roman de Janice Hadlow, la série débute en revisitant les événements familiers d’Orgueil et Préjugés. Plutôt que d’imposer aux spectateurs une nouvelle relecture exhaustive, elle s’appuie sur la voix off de Mary, aussi pragmatique que savoureuse, pour résumer l’histoire emblématique d’Austen avec un mélange d’esprit et d’exaspération. Nous assistons une fois encore aux drames de la famille Bennet, mais cette fois à travers le regard de la sœur perpétuellement reléguée à l’arrière-plan.

Ces premiers épisodes sont particulièrement réussis parce qu’ils permettent au public de retrouver l’univers d’Austen. Mais la série prend véritablement son envol lorsque Mary quitte la maison familiale pour s’installer à Londres. À partir de là, The Other Bennet Sister cesse d’être un simple récit parallèle ludique pour devenir une œuvre plus riche et plus profonde.

À Londres, Mary devient gouvernante chez sa tante et son oncle, interprétés avec charme par Indira Varma et Richard Coyle. Leur demeure devient un refuge où Mary commence peu à peu à découvrir qui elle est, au-delà des attentes et des humiliations qui avaient façonné son existence.

Surtout, sa transformation ne paraît jamais artificielle. Trop souvent, les récits consacrés à des femmes longtemps ignorées gomment leurs aspérités pour les conformer aux standards traditionnels de beauté, d’élégance ou d’assurance. Ici, même lorsqu’elle s’épanouit, Mary reste maladroite, directe et socialement gauche. Elle parle encore avec trop de franchise. Elle continue de mal interpréter certaines situations. Elle ne s’intègre toujours pas complètement. C’est cette honnêteté qui donne à la série sa véritable force émotionnelle.

Et puis il y a la romance. La série comprend parfaitement pourquoi les histoires d’amour situées à l’époque de la Régence fascinent autant le public. Mary attire l’attention de deux prétendants très différents : le charismatique M. Ryder — incarné avec un charme irrésistible par Laurie Davidson — et le sensible avocat M. Heyward (Donal Finn). La série reprend plusieurs codes bien connus du genre, mais avec tant de sincérité et de chaleur que cela n’a finalement aucune importance.

The Other Bennet Sister réussit parce qu’elle comprend quelque chose que les adaptations de Jane Austen oublient souvent : tout le monde n’est pas Elizabeth Bennet. Certaines personnes sont maladroites. Certaines mettent plus de temps à trouver leur voix. Et parfois, ce sont précisément ces histoires-là qui méritent d’être racontées. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com