L'opposant Alexeï Navalny en route vers la Russie en dépit des risques

Alexeï Navalny. (AFP)
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Publié le Dimanche 17 janvier 2021

L'opposant Alexeï Navalny en route vers la Russie en dépit des risques

  • A l'aéroport Vnoukovo de Moscou, où l'opposant est attendu à 19H20 (16H20 GMT), la police antiémeute était présente en force et un groupe de quelque 200 partisans étaient massés devant les barrières installées pour barrer l'accès à la salle des arrivées
  • «Voilà à quel point ils sont lâches, pathétiques et ridicules», a lâché M. Navalny sur Instagram avant le décollage, tournant en dérision dans d'autres messages sur Twitter les mesures drastiques prises par l'aéroport Vnoukovo

MOSCOU : Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, a quitté dimanche Berlin, où il se remettait depuis des mois d'un empoisonnement présumé, vers Moscou, en dépit des menaces d'arrestation quasi-immédiate brandies par la justice russe.

L'avion embarquant M. Navalny et sa femme Ioulia a décollé peu après 15H00 (14H00 GMT) de la capitale allemande, selon des journalistes de l'AFP à bord. «Je suis certain que tout va bien se passer. On va m'arrêter? Ce n'est pas possible, je suis innocent», a lancé M. Navalny en montant à bord, avant d'ajouter: «En Allemagne, c'était bien, mais rentrer à la maison c'est toujours mieux».

A l'aéroport Vnoukovo de Moscou, où l'opposant est attendu à 19H20 (16H20 GMT), la police antiémeute était présente en force et un groupe de quelque 200 partisans étaient massés devant les barrières installées pour barrer l'accès à la salle des arrivées, selon des journalistes de l'AFP.

«Voilà à quel point ils sont lâches, pathétiques et ridicules», a lâché M. Navalny sur Instagram avant le décollage, tournant en dérision dans d'autres messages sur Twitter les mesures drastiques prises par l'aéroport Vnoukovo.

«Comme d'habitude, les autorités russes sont caractérisées par leur peur», a encore dit M. Navalny, 44 ans, en montant dans l'appareil, tout en se disant «très heureux» de revenir et assurant «n'avoir rien à craindre en Russie».

Depuis que le pire ennemi du président Vladimir Poutine a annoncé mercredi son intention de rentrer, les services pénitentiaires russes (FSIN) l'ont mis en garde et assuré qu'ils seraient «obligés» de l'arrêter pour avoir violé les conditions d'une peine de prison avec sursis à laquelle il a été condamné en 2014.

Le chef de file de l'opposition russe était subitement tombé dans le coma en août, alors qu'il revenait d'une tournée électorale en Sibérie. D'abord hospitalisé à Omsk, il avait finalement été évacué vers un hôpital berlinois sous la pression de ses proches.

Trois laboratoires européens ont depuis conclu que l'opposant avait été empoisonné par un agent innervant de type Novitchok, développé à l'époque soviétique à des fins militaires, conclusion confirmée par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) malgré les dénégations de Moscou.

L'opposant accuse les services spéciaux russes (FSB) d'avoir tenté de l'assassiner sur l'ordre direct de Vladimir Poutine.

Enquête pour fraude

Au gré des versions, les autorités russes ont elles mis en cause les services secrets occidentaux, ou l'hygiène de vie d'Alexeï Navalny. Jusqu'à présent, Moscou a refusé d'ouvrir une enquête pour découvrir ce qui est arrivé à Alexeï Navalny, arguant notamment du refus de l'Allemagne de transmettre ses données à la Russie. 

Samedi, Berlin a toutefois annoncé avoir transmis à Moscou des éléments de son enquête judiciaire, notamment «des procès-verbaux» d'interrogatoires d'Alexeï Navalny et «des échantillons de sang et de tissus, ainsi que des morceaux de vêtements», disant s'attendre à ce que Moscou commence désormais à «faire la lumière sur ce crime».

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a confirmé dimanche que Moscou avait reçu les documents envoyés par l'Allemagne mais assuré qu'ils «ne comportaient essentiellement rien» de ce que la Russie voulait. 

Selon le FSIN, Alexeï Navalny n'a pas respecté quand il était en Allemagne les conditions d'une peine de prison avec sursis reçue en 2014, qui l'obligeait à pointer au moins deux fois par mois à l'administration pénitentiaire.

L'opposant est aussi visé depuis fin décembre par une nouvelle enquête pour fraude, soupçonné d'avoir dépensé pour son usage personnel 356 millions de roubles (3,9 millions d'euros) de dons.

S'il est largement ignoré des médias nationaux, non représenté au Parlement et inéligible, Alexeï Navalny reste la principale voix de l'opposition en partie grâce à sa chaîne YouTube aux 4,8 millions d'abonnés et son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), dénonçant la corruption des élites.

Malgré les perquisitions, les pressions et les condamnations à de courtes détentions visant régulièrement M. Navalny ou ses alliés, il a réussi à organiser plusieurs manifestations très suivies ces dernières années, et des revers embarrassants pour le pouvoir lors de scrutins locaux.

Sa notoriété reste toutefois limitée en dehors des grandes agglomérations, un sondage du centre indépendant Levada en septembre révélant ainsi que seulement 20% des Russes approuvaient ses actions.

Pour les experts, le retour d'Alexeï Navalny est une épine dans le pied du Kremlin: le laisser libre serait une démonstration de faiblesse, l'emprisonner risquerait de provoquer un nouveau scandale.

 


Afghanistan: les talibans s'en prennent aux ONG venant en aide aux femmes

Sur cette photo prise le 22 février 2021, des femmes portant des burqas marchent le long d'une route dans le district d'Arghandab de la province de Kandahar. Les talibans s'en prennent aux ONG venant en aide aux femmes. JAVED TANVEER / AFP
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  • A Doha, où ils négocient avec le gouvernement afghan un accord de paix, les talibans se disent prêts à garantir les droits des femmes
  • Mais en Afghanistan, les ONG constatent au contraire ces derniers mois qu'ils ont durci leur position

KABOUL : A Doha, où ils négocient avec le gouvernement afghan un accord de paix, les talibans se disent prêts à garantir les droits des femmes. Mais en Afghanistan, les ONG constatent au contraire ces derniers mois qu'ils ont durci leur position.

Les insurgés ont rendu l'accès aux territoires qu'ils contrôlent plus difficile, ordonné la fermeture de programmes promouvant l'autonomie des femmes et interdit par endroits aux ONG d'employer du personnel féminin, ont indiqué plusieurs de ces organisations.

Les talibans "donnent l'impression d'avoir changé et c'est un exemple vraiment concret que ce n'est pas le cas", déplore un responsable afghan d'une grande organisation internationale. L'AFP a parlé à des représentants d'une dizaine d'ONG, qui ont tous requis l'anonymat par peur de représailles.

Tous décrivent une détérioration de la situation, depuis la signature à Doha en février 2020 de l'accord entre Washington et les talibans sur le retrait total des forces américaines d'ici mai, et plus encore ces derniers mois. Les talibans espèrent revenir au pouvoir et instaurer un régime fondé sur la loi islamique, encadrant les droits des femmes.

"L'Islam a offert aux femmes tous les droits basiques comme l'éducation, le travail, la possession, le commerce", assurait en décembre devant un centre de recherche qatari le mollah Abdul Ghani Baradar, leur co-fondateur.

Mais la communauté internationale se rappelle que quand ils étaient au pouvoir, entre 1996 et 2001, les femmes ne pouvaient ni travailler, ni étudier, et celles accusées d'adultère étaient lapidées. Elle a donc fait du respect des droits des femmes un élément clé des négociations inter-afghanes, qui ont débuté en septembre au Qatar mais sont aujourd'hui au point mort.

Une lettre, datant de novembre, de la commission talibane dédiée aux organisations humanitaires, dont l'AFP a obtenu copie, tend à montrer que les talibans manient le double langage. "Les ONG qui sortent les femmes de leur maison au nom de l'indépendance économique, de l'éducation ou du sport (...) ne sont en aucun cas acceptables", y est-il écrit.

"Comme une gifle"

Ce ton a déstabilisé les ONG, qui avaient graduellement trouvé un modus vivendi avec les talibans leur permettant d'aider dans certains endroits les femmes, parfois même avec des projets éducatifs. "C'est comme une gifle de lire ça", réagit une employée d'une organisation étrangère venant en aide aux communautés isolées.

Si la pression contre ce type d'activités n'a "rien de nouveau", observe un haut responsable humanitaire, le changement tient au fait que cela devient "bien plus officiel et répandu". Dans cette lettre, la commission se dit prête à "prendre les mesures nécessaires" à l'encontre des ONG qui contreviendraient à ses consignes.

Le message a été bien reçu et plusieurs travailleurs humanitaires ont déclaré avoir été contraints d'abandonner des programmes dans certaines zones. "Quand tu reçois une lettre des talibans, ce ne sont pas des rigolos du tout, il faut l'appliquer", assure un haut responsable d'une autre organisation étrangère.

Parallèlement, les talibans ont bloqué l'accès de certaines zones au personnel féminin des ONG. Selon deux organisations, les insurgés ont dit avoir reçu ces ordres de leur bureau politique au Qatar. "Nous avons tout fait pour les convaincre, mais ils ont dit non", précise un responsable humanitaire œuvrant dans le nord du pays.

Sans personnel féminin, les ONG ne peuvent plus travailler avec les femmes, car les talibans refusent qu'elles soient vues par des hommes n'étant pas membres de leur famille. Une employée d'une autre organisation internationale regrette ainsi de n'avoir pu "atteindre que les hommes" dans des zones talibanes au nord.

"Des mots sensibles"

Son ONG a dû se résoudre, pour un nouveau projet, à ne pas recruter de femmes, car "il n'y a aucun intérêt à engager quelqu'un pour rester assis au bureau". Si l'accès des humanitaires aux femmes n'a jamais officiellement été autorisé par les talibans, il se discutait jusqu'ici à l'échelon local entre les communautés et les chefs insurgés du coin.

Dans les zones où les talibans sont plus flexibles, les employées afghanes des ONG doivent porter la burqa et être accompagnées d'un "mahram", un chaperon masculin de leur famille. Pour elles, la pression est constante. "Nous n'utilisons pas les termes +droits humains+ ou +droits des femmes+, car ce sont des mots sensibles", raconte une jeune femme qui se dit terrifiée à chaque fois qu'elle se rend en territoire taliban. "Je peux voir (la peur) sur le visage de toutes mes collègues", ajoute une autre salariée afghane d'une organisation internationale.

D'autres projets humanitaires ont récemment dû être annulés, les talibans ayant multiplié les tracasseries administratives. Comme plusieurs humanitaires, Andrew Watkins, analyste à l'International Crisis Group, établit un lien avec le processus de paix. Leur "légitimité" en ayant été renforcée, les talibans tentent "de se présenter comme une entité gouvernante". Cette attitude ne préjuge toutefois pas de leur politique future, pense Rahmatullah Amiri, un expert indépendant afghan, pour qui ils devraient se montrer plus permissifs que par le passé s'ils reviennent au pouvoir.

Ils "autoriseront les femmes à aller à l'université et étudier (...) mais sous certaines conditions", comme l'absence de classes mixtes et le port obligatoire du hijab, prévoit-il. Ils seraient aussi prêts à les laisser tenir des emplois de médecins, sages-femmes, infirmières, commerçantes ou fonctionnaires, pour peu qu'ils soient non-mixtes. Mais tout cela, dit-il, ne sera décidé qu'après la guerre.


Meghan Markle suggère que Buckingham Palace «colporte des mensonges» sur elle

Dans cette photo prise le 27 novembre 2017, le prince Harry et sa fiancée, l'actrice américaine Meghan Markle, posent pour une photo dans le palais de Kensington dans l'ouest de Londres, après l'annonce de leurs fiançailles. Daniel LEAL-OLIVAS / AFP
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  • Meghan Markle a suggéré que Buckingham Palace était en train de « colporter des mensonges » sur elle et le Prince Harry
  • « Je ne sais pas comment ils pourraient s'attendre qu'après tout ce temps nous puissions tout simplement garder le silence, si la Firme joue un rôle actif dans le fait de colporter des mensonges sur nous ».

WASHINGTON : Meghan Markle a suggéré que Buckingham Palace était en train de "colporter des mensonges" sur elle et le Prince Harry, selon un extrait de l'entretien accordé à Oprah Winfrey et diffusé mercredi soir par la chaîne américaine CBS.

A la question de savoir ce qu'elle imagine que le palais royal pense de ses prises de parole, Meghan Markle a répondu: "Je ne sais pas comment ils pourraient s'attendre qu'après tout ce temps nous puissions tout simplement garder le silence, si la Firme joue un rôle actif dans le fait de colporter des mensonges sur nous". L'interview a été enregistrée avant que le quotidien britannique The Times ne publie des allégations selon lesquelles Meghan Markle aurait fait l'objet d'une plainte pour harcèlement pendant qu'elle vivait au palais de Kensington.

Se disant "très préoccupé", le palais de Buckingham va examiner les accusations de harcèlement visant Meghan Markle, dévoilées mercredi à quelques jours d'une interview choc du couple exilé aux Etats-Unis, potentiellement corrosive pour la couronne britannique.

Dans un communiqué inhabituel pour la monarchie britannique, peu accoutumée à évoquer ses différends sur la place publique, le palais a réagi à un article du quotidien The Times, selon lequel une plainte pour harcèlement envers des assistants avait été formulée en octobre 2018, quand l'ex-actrice américaine vivait encore au sein de la famille royale britannique.

Selon le journal, cette plainte a été adressée au palais par Jason Knauf, alors secrétaire à la communication du couple, quelques mois après le mariage très médiatisé de Meghan avec Harry, petit-fils de la reine Elizabeth II. Invoquant pression des médias et désir d'indépendance, le couple a fini par s'affranchir de la monarchie et s'est installé aux Etats-Unis.

"Nous sommes clairement très préoccupés par les accusations dans le Times à la suite d'affirmations faites par d'anciens employés du duc et de la duchesse de Sussex", a indiqué le palais dans un communiqué. 

"Par conséquent, notre équipe de ressources humaines examinera les circonstances relevées dans l'article", a-t-il ajouté. "Les membres du personnel impliqués à l'époque, y compris ceux qui ont quitté la Maison royale, seront invités à participer pour voir si des leçons peuvent être tirées", a-t-il poursuivi, soulignant que le palais "ne tolère pas et ne tolèrera pas le harcèlement sur le lieu de travail". 

Meghan "attristée"

Par le biais d'un porte-parole, Meghan Markle, 39 ans, s'est dite "attristée" par ces accusations de harcèlement, révélées à quelques jours d'une interview potentiellement préjudiciable à la couronne. 

La duchesse de Sussex est "attristée par cette dernière attaque contre sa personne, en particulier en tant que personne qui a elle-même été victime de harcèlement et qui est profondément impliquée dans le soutien de ceux qui ont subi des souffrances et des traumatismes", a-t-il déclaré. "Elle est déterminée à continuer son travail pour défendre la compassion dans le monde entier et continuera de s'efforcer à montrer l'exemple pour faire ce qui est bien", a-t-il ajouté.

Les avocats du couple ont déclaré au Times que le journal était "utilisé par Buckingham Palace pour colporter un récit totalement faux" avant la diffusion, prévue le 7 mars, de l'interview de Harry et Meghan par la star de la télévision américaine Oprah Winfrey. Cet entretien est très attendu au Royaume-Uni, où presse et experts royaux guettent de possibles révélations de la part du couple, qui n'avait pas caché son malaise au sein de la famille royale avant de s'en mettre en retrait en 2020.

Selon des extraits déjà diffusés, le prince Harry a expliqué que sa "grande inquiétude était que l'histoire soit en train de se répéter", se référant apparemment à la mort de sa mère, tuée en 1997 dans un accident à Paris alors qu'elle tentait d'échapper aux paparazzis qui la pourchassaient.

Installé en Californie avec son épouse, le prince Harry, 36 ans, sixième dans l'ordre de succession à la couronne britannique, a dénoncé à de multiples reprises la pression des médias sur son couple et en a fait la raison principale de sa mise en retrait de la famille royale, effective depuis avril 2020.

Désireux aussi de prendre leur indépendance financière, Meghan et Harry ont depuis signé de juteux contrats avec Netflix et Spotify.  Cette passe d'armes intervient à un moment difficile pour la reine Elizabeth II, dont l'époux, le prince Philip, 99 ans, est hospitalisé depuis plus de deux semaines pour une infection. 

Il a été récemment transféré dans un autre hôpital de Londres et selon sa belle-fille Camilla, sont état de santé est "en légère amélioration". Il "souffre par moments", a ajouté la duchesse de Cornouailles et épouse du prince héritier Charles, ajoutant: "Nous croisons les doigts".


Facebook ré-autorise les publicités politiques aux Etats-Unis

A partir de jeudi, les publicités «politiques, électorales et sur des sujets sociaux» seront de nouveau acceptées, a annoncé le groupe californien (Photo, AFP).
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  • Facebook lève ainsi une interdiction imposée après une élection présidentielle en novembre sous haute tension
  • La plateforme avait pris de nombreuses mesures pour lutter contre la désinformation à l'ère de Donald Trump

SAN FRANCISCO: Facebook va de nouveau autoriser les publicités à caractère politique aux Etats-Unis, levant ainsi une interdiction imposée après une élection présidentielle en novembre sous haute tension, une des nombreuses mesures prises par la plateforme pour lutter contre la désinformation à l'ère de Donald Trump.

A partir de jeudi, les publicités « politiques, électorales et sur des sujets sociaux » seront de nouveau acceptées, a annoncé le groupe californien mercredi.

« Nous avions mis en place cette interdiction après le scrutin de novembre pour éviter la confusion ou les abus » pendant le décompte des voix, rappelle Facebook dans un communiqué.

La période s'est révélée aussi chaotique que le réseau social et de nombreux observateurs le craignaient.

L'ancien président américain et nombre de ses supporteurs ont propagé de fausses accusations de fraude électorale, qui ont culminé avec les émeutes du 6 janvier, quand des centaines de manifestants ont envahi le Capitole pour tenter d'empêcher la certification de la victoire de Joe Biden.

Les publicités à caractère politique devront néanmoins toujours être vérifiées et comporter des messages indiquant qu'elles sont « payées par » telle personne ou telle organisation.