Comment les jeunes Américains voient la politique étrangère

Des étudiants font la queue pour voter, dans un bureau de vote placé à l’extérieur, sur le campus de l'Université d'Irvine à Irvine, Californie, États-Unis, le 30 octobre 2018 (Reuters).
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Publié le Vendredi 22 janvier 2021

Comment les jeunes Américains voient la politique étrangère

  • Les générations Z, Y et X priorisent les questions nationales, et ne sont pas favorables aux interférences dans les affaires des autres pays, alors que leurs aînés considèrent le leadership mondial des États-Unis comme crucial
  • Un avenir meilleur pour tous est davantage possible lorsque les générations plus âgées et plus jeunes apprennent les unes des autres, et travaillent de pair

Les jeunes électeurs ont joué un rôle important dans les récentes élections américaines, et ils auront un rôle de plus en plus important dans la politique intérieure et étrangère américaines. Au fur et à mesure que les membres plus âgés de la génération Z entreront dans l'âge adulte, leur expérience et leurs comportements gagneront en influence.

Le Pew Research Center définit la génération Z comme des Américains nés entre 1997 et 2012, autrement dit des personnes qui ont aujourd’hui entre 9 et 24 ans. La génération Z est la génération la plus diversifiée sur le plan ethnique et racial de l'histoire des États-Unis, et a principalement grandi à l'ère des smartphones et des réseaux sociaux. En ce qui concerne la politique étrangère, la génération Z est née dans une période où régnait le sentiment de victoire de l’après-guerre froide, mais aussi à une époque où les États-Unis n'avaient aucun rival dans le monde. Politiquement, elle a aussi de nombreux points communs avec les plus jeunes des Millennials (nés entre 1881 et 1996).

Bien qu'il y existe peu de sondages portant spécifiquement sur les opinions de la génération Z concernant la politique étrangère, les données du Pew Research Center, du Center for American Progress et d'autres sources fournissent quelques indices. De nombreux adultes de la génération Z et les jeunes de la génération Y n'ont pas d'opinion arrêtée sur la politique étrangère, et les Américains de moins de 50 ans sont moins susceptibles de consacrer du temps à l'actualité de la politique étrangère que les générations plus âgées. C’est susceptible de changer, à un certain degré, au fur et à mesure que les générations vieillissent.

Plusieurs grandes tendances se dessinent toutefois dans la manière dont les jeunes Américains perçoivent la place de leur pays dans le monde. La génération Z partage avec les autres générations la conviction que l'amélioration de la vie sur le plan national – comme l'amélioration des infrastructures, de l'éducation et des soins de santé – est importante pour rendre les États-Unis puissants et performants à l'étranger. Consultés sur leurs priorités en politique étrangère, les jeunes Américains ont fait de «la protection de l’emploi pour les travailleurs américains» une préoccupation majeure. Les générations Z, Y et X (née entre 1965 et 1980) sont toutes plus susceptibles de donner la priorité aux questions nationales, sans interférence dans les affaires des autres pays, alors  que les générations plus âgées considèrent le leadership mondial des États-Unis comme crucial.

Un autre point de vue partagé entre ces générations est la lassitude face aux guerres en Afghanistan et en Irak. Les jeunes Américains sont moins enclins que leurs aînés à soutenir les interventions militaires. Les Américains, qu’ils soient jeunes ou vieux sont préoccupés par les relations avec la Chine. Au fil des générations, on constate une tendance à préférer une approche prudente encourageant des efforts pour réduire les tensions politiques avec la Chine, tout en améliorant la coopération économique. Les Américains plus âgés s'inquiètent toutefois davantage de la Chine et de la Russie.

D’autres questions liées à la politique étrangère divisent les Américains selon les générations. Les Américains plus âgés ont tendance à considérer l’immigration comme une menace majeure, contrairement à leurs plus jeunes compatriotes. Le rapport à Israël n’est pas non plus le même. Un sondage du Pew Research Center a révélé qu'une majorité d'Américains de plus de 65 ans avaient une opinion favorable du gouvernement israélien, opinion partagée par seulement 27% des Américains de moins de 30 ans. Les jeunes Américains s'inquiètent des cyberattaques, du terrorisme et de la prolifération nucléaire, mais sont moins susceptibles de les considérer comme des menaces majeures, à l’inverse des Américains plus âgés. Les jeunes Américains sont enfin plus favorables au multilatéralisme.

Le changement climatique est le sujet sur lequel on constate le plus grand fossé entre les générations. Une enquête d’opinion du Pew Research Centre a révélé que 71% des Américains de 18 à 29 ans considéraient le changement climatique comme une menace majeure, alors que ce n’est que le cas que de 54% des Américains âgés de plus de 50 ans. De nombreuses autres études indiquent que les jeunes Américains sont plus susceptibles de prendre conscience du dérèglement climatique anthropique, et considèrent que le combattre est une priorité absolue.

Il est certain que le changement climatique aura un impact beaucoup plus grand pour la génération Z.

                                                Kerry Boyd Anderson

Chaque génération vit des événements spécifiques qui façonnent sa vision du monde. Les baby-boomers, nés entre 1946 et 1964, ont connu la croissance économique américaine après la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide et la guerre du Vietnam. Les générations X et Y ont été marquées par les attaques terroristes du 11 septembre 2001, les guerres en Afghanistan et en Irak. Les membres plus âgés de la génération Z atteignent l’âge adulte au plein milieu d’une pandémie mondiale, et les événements de politique étrangère qui façonneront cette génération ne se sont globalement pas encore produits.

Certains membres de la génération Z réclament une plus grande participation à la politique étrangère américaine. S'ils sont de plus en plus nombreux à voter, ils pourraient peser davantage. Les jeunes générations veulent généralement avoir le pouvoir, tandis que les générations plus âgées ont tendance à s’y accrocher.

Il vaudrait mieux que les générations apprennent les unes des autres. Les générations plus âgées apportent leur expérience et une mémoire historique. Il existe d’importantes leçons à tirer de la guerre froide, des guerres en Irak et en Afghanistan, pour ne citer que celles-là. Il y a toujours une raison qui justifie une politique antérieure, la principale question étant de savoir si les raisons étaient valables, et si les conditions ont changé.

Les plus jeunes font également valoir qu'ils hériteront du monde que créent les personnes âgées. Les jeunes générations ont souvent une vision plus intuitive du monde tel qu'il existe aujourd'hui, avec ses mutations technologiques, économiques et sociales. Ils ne dépendent pas de recettes appliquées par le passé qui pourraient ne pas être applicables au monde moderne.

Un avenir meilleur pour tous est davantage possible lorsque les générations plus âgées et plus jeunes apprennent les unes des autres, et travaillent de pair.

 

Kerry Boyd Anderson est écrivaine et conseillère en risque politique avec plus de seize ans d’expérience en tant qu’analyste professionnelle des questions de sécurité internationale et de risque politique et des affaires au Moyen-Orient. Elle a également occupé le poste de vice-directrice conseil auprès de Oxford Analytica et a été rédactrice en chef d’Arms Control Today. Twitter : @KBAresearch. 

Clause de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cette rubrique par leurs auteurs sont personnelles, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com