Au cœur des Puces de Saint-Ouen, la mort d'une cité relance le débat sur le cannabis

Vue du marché aux puces de Saint-Ouen le 18 juillet 2005. (Mehdi Fedouach/AFP)
Vue du marché aux puces de Saint-Ouen le 18 juillet 2005. (Mehdi Fedouach/AFP)
Vue du marché aux puces de Saint-Ouen le 18 juillet 2005. (Mehdi Fedouach/AFP)
Vue du marché aux puces de Saint-Ouen le 18 juillet 2005. (Mehdi Fedouach/AFP)
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Publié le Vendredi 22 janvier 2021

Au cœur des Puces de Saint-Ouen, la mort d'une cité relance le débat sur le cannabis

  • Au fil des années, le quotidien des habitants de la cité est devenu « un enfer »
  • Impuissante, la municipalité a décidé de raser la cité

SAINT-OUEN, France : Au cœur des célèbres Puces de Saint-Ouen prospère dans deux tours HLM un des plus importants trafics de stupéfiants d'Ile-de-France. Impuissante, la municipalité a décidé de raser la cité, une mesure radicale jugée "inutile" par certains élus qui préconisent plutôt un débat sur la dépénalisation du cannabis.

Une retraitée qui vivait depuis l'âge de 8 ans dans cette cité des Boute-en-Train, aux portes de Paris, y résume la situation sans détour : les dealers "font la loi". Lasse, elle a plié bagage cet été pour la Normandie.

"Mes déménageurs ont été refoulés à deux reprises à l'entrée, les dealers contrôlent les identités", s'indigne l'Audonienne de 63 ans qui a souhaité garder l'anonymat.

A l'entrée de son ancienne tour de 16 étages, construite dans les années 60, des jeunes guetteurs masqués scrutent entrées et sorties.

Aux étages, des portes anti-squat installées dans les appartements vacants ont été vandalisées. Au 7e, une femme âgée vit en-dessous d'un appartement qui sert de cache à drogues. Elle a récemment vécu "plus de vingt jours sans lumière".

Au fil des années, le quotidien des habitants de la cité est devenu "un enfer". Insalubrité, insécurité, ascenseurs en panne, éclairage défaillant, gestion défectueuse des ordures ménagères, saturnisme, énumère le nouveau maire (PS) de Saint-Ouen, Karim Bouamrane.

Invoquant "une question de dignité", l'élu a pris la décision en novembre avec le soutien du préfet de Seine-Saint-Denis de reloger "en urgence" les familles des Boute-en-Train dans des logements plus petits mais "aux mêmes conditions tarifaires", assure-t-il.

Victoire illusoire

Une fois le relogement achevé au printemps prochain, les deux tours de 200 logements doivent être détruites.

Pas de quoi se débarrasser des trafiquants, tempère toutefois aussitôt Eric Coquerel, le député LFI de la circonscription. "Ce n'est pas parce qu'on démolit que le trafic s'arrête, il va forcément se déplacer aux points de deal proches, c'est illusoire de penser l'inverse".

Aux Puces de Saint-Ouen, "vous allez chiner votre table vintage et vous allez acheter votre shit en même temps", témoigne sans détour William Delannoy, l'ancien maire (UDI) de la ville.

"A moins de mettre des hommes tous les jours devant une cité, le trafic ne va pas s'arrêter. C'est un coup d'épuisette", renchérit, fataliste, un responsable policier.

Le "four" des Boute-en-train rapporte jusqu'à "40.000 euros par jour" et "les JO (Jeux olympiques de 2024 à Paris) seront du pain béni pour les dealers", analyse une source policière locale.

La lutte contre le trafic de stupéfiants est "une guerre de harcèlement que l'État ne peut pas gagner", estime William Delannoy, désormais dans l'opposition municipale. "On a monté des associations de locataires qui négocient avec les dealers, c'est surréaliste !", estime l'élu du centre droit, qui défend une dépénalisation du cannabis.

"La France est championne d'Europe de la consommation de cannabis", rappelle pour sa part M. Coquerel.

"Table rase du passé"

"Il faut faire en sorte que ce commerce ne soit plus le commerce de délinquants mais qu'il soit organisé sous le monopole de l'État, ce qui permettrait comme pour les cigarettes de faire une politique de prévention", a-t-il martelé en octobre lors des assises de la sécurité organisées après la mort de Tidiane et Sofiane, tués par balles dans la cave d'un immeuble sur fond de trafic de drogue.

Le 13 janvier, une consultation citoyenne a été lancée sur les usages du cannabis "récréatif" par une mission parlementaire.

"Les premières victimes de la drogue sont les habitants des quartiers", insiste le député de la circonscription de Saint-Ouen, qui compte non moins de "8 points de deal identifiés" sur les 4.000 recensés en France par le ministère de l'Intérieur.

En détruisant la cité, la municipalité ambitionne aussi de "changer l'image de Saint-Ouen. Faire du beau", explique M. Bouamrane, qui a grandi dans une cité de la ville qui fait l'objet d'une réhabilitation.

L'édile de gauche veut consulter ses administrés sur l'avenir de la cité des Boute-en-Train, propriété de municipalité, qui pourrait, glisse-t-il, prendre la forme "d'une ferme urbaine".

Pour Camille Gosselin, urbaniste à l'Institut Paris Région, "avoir des tours des années 60 visibles depuis le périphérique, c'est marquant et stigmatisant surtout dans un territoire qui s'est gentrifié".

Détruire une cité permet de "dédensifier le quartier, faire table rase du passé et peut donc améliorer une situation" mais "l'architecture n'est pas responsable du trafic", ajoute-t-il. "Lorsqu'on regroupe dans un même endroit une population qui croule sous les difficultés, cela devient propice à une économie parallèle".

 


Lecornu ferait un "bon candidat" en 2027 pour 30% des Français (sondage)

Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de la cérémonie marquant le retour des athlètes français des JO d’hiver Milano Cortina 2026, à Albertville, le 23 février 2026, à l’arrivée du drapeau olympique pour les JO 2030. (AFP)
Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de la cérémonie marquant le retour des athlètes français des JO d’hiver Milano Cortina 2026, à Albertville, le 23 février 2026, à l’arrivée du drapeau olympique pour les JO 2030. (AFP)
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  • Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro, Sébastien Lecornu serait un « bon candidat » du bloc central en 2027 pour 30% des Français, derrière Édouard Philippe (39%) mais proche de Gabriel Attal (33%) et Gérald Darmanin (28%)
  • Jugé plus humble et compétent qu’Emmanuel Macron, Lecornu souffre toutefois d’une image « d’exécutant » (72% des sondés), tandis qu’Édouard Philippe reste favori, sous réserve des municipales au Havre

PARIS: Le Premier ministre Sébastien Lecornu ferait un "bon candidat" du bloc central à la présidentielle de 2027 pour 30% des Français, à l'image de Gabriel Attal(33%) et Gérald Darmanin (28%) mais loin derrière Edouard Philippe (39%), selon un sondage Odoxa pour Le Figaro paru jeudi.

Le chef du gouvernement, dont la popularité (34%) est supérieure de 13 points à celle d'Emmanuel Macron, est jugé plus humble (+33 points), plus proche des préoccupations des Français (+18) et plus compétent (+17) que le chef de l'Etat, mais aussi moins dynamique (-9).

"Pour renforcer sa stature, il devra peut-être se détacher de son image de simple collaborateur du Président", 72% des Français le qualifiant "d’exécutant", relève encore l'institut.

Sur les réseaux sociaux, les messages sur Emmanuel Macron restent très négatifs alors que la fidélité du "moine soldat" Lecornu est présentée comme une qualité rare, poursuit l'étude.

Edouard Philippe, maire du Havre et premier chef de gouvernement d'Emmanuel Macron, reste le meilleur candidat pour le bloc central, à condition de ne pas perdre les municipales de mars, "une défaite qui pourrait ternir son leadership", poursuit Odoxa.

Un sondage Opinionway publié mercredi le donne pour la première fois perdant dans sa ville contre Jean-Paul Lecoq (PCF) en cas de maintien du candidat RN-UDR au second tour du scrutin.

L'enquête a été réalisée en ligne les 25 et 26 février auprès d’un échantillon de 1.005 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Marge d'erreur comprise entre 1,4 et 3,1 points.


Gouvernement: quatre nouveaux entrants dont Catherine Pégard à la Culture

Le gouvernement compte désormais 36 membres. (AFP)
Le gouvernement compte désormais 36 membres. (AFP)
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  • Ces annonces complètent le mini-remaniement du gouvernement de Sébastien Lecornu provoqué par le départ attendu de Rachida Dati et Charlotte Parmentier-Lecocq, et celui d'Amélie de Montchalin
  • Une députée qui était pressentie pour la Fonction publique s'est désistée à la dernière minute car son suppléant à l'Assemblée a refusé de siéger pour la remplacer, pour des raisons de cumul des mandats

PARIS: Quatre nouveaux ministres font leur entrée au gouvernement, dont Catherine Pégard, conseillère d'Emmanuel Macron, à la Culture en remplacement de Rachida Dati partie pour faire campagne pour la mairie de Paris, a annoncé jeudi l'Elysée dans un communiqué.

Conseillère culture de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, puis à la tête du château de Versailles avant de revenir au palais présidentiel auprès d'Emmanuel Macron, cette ancienne journaliste de 71 ans arrive rue de Valois avec une excellente connaissance du monde de la culture et un solide carnet d'adresses.

Outre cette nomination attendue, l'ex-ministre macroniste Sabrina Roubache fait son retour en tant que ministre délégué chargée de l'Enseignement et de la Formation professionnels et de l'Apprentissage. Elle avait été chargée de la Ville et de la Citoyenneté entre 2023 et 2024, avant d'être défaite aux législatives post-dissolution de l'Assemblée nationale.

La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, proche de Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin, devient aussi ministre déléguée chargée de l'Energie, domaine dont elle a une expertise en tant qu'ingénieure spécialiste du nucléaire.

Le chef de l'Etat a aussi nommé la députée du groupe macroniste Camille Galliard-Minier ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, en remplacement de Charlotte Parmentier-Lecocq qui souhaitait retrouver son siège à l'Assemblée nationale, et le député Les Républicains Jean-Didier Berger auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez.

Ces annonces complètent le mini-remaniement du gouvernement de Sébastien Lecornu provoqué par le départ attendu de Rachida Dati et Charlotte Parmentier-Lecocq, et celui d'Amélie de Montchalin, nommée à la tête de la Cour des comptes et remplacée dès dimanche aux Comptes publics par son ex-ministre délégué David Amiel.

Ce dernier n'a pour l'instant pas de ministre délégué à la Fonction publique, le poste qu'il occupait auparavant. Selon une source au sein de l'exécutif, une ministre déléguée sera nommée d’ici à la reprise des travaux parlementaires après les élections municipales.

Une députée qui était pressentie pour la Fonction publique s'est désistée à la dernière minute car son suppléant à l'Assemblée a refusé de siéger pour la remplacer, pour des raisons de cumul des mandats, ce qui aurait provoqué une législative partielle, selon une source au courant des tractations, qui n'a pas précisé son nom.

Parmi les nouveaux entrants, Jean-Didier Berger, maire de Clamart pendant dix ans, avait rejoint l’Assemblée à l’été 2024 après la dissolution, se faisant élire dans les Hauts-de-Seine. A l’Assemblée, il faisait partie des députés du groupe LR en pointe sur le projet de budget de l’Etat.

Il avait également déposé des propositions de loi aux accents régaliens : pour autoriser le traitement algorithmique des images de vidéoprotection dans les transports en commun, ou pour interdire les signes religieux ostentatoires aux mineurs qui participent à des activités d’une association subventionnée.

Camille Galliard-Minier, élue de l'Isère, est avocate de formation et l'ancienne suppléante d'Olivier Véran qu'elle a remplacé au Parlement entre 2020 et 2022 lorsque celui-ci était ministre de la Santé.

Le gouvernement compte désormais 36 membres.


Narcotrafic: pour Amine Kessaci, il faut «protéger» les personnes menacées mais aussi leur «permettre de vivre»

Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai. (AFP)
Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai. (AFP)
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  • Engagé contre le narcotrafic après la mort de son frère Brahim dans un narchomicide il y a cinq ans, Amine Kessaci vit sous protection policière depuis septembre, après qu'un contrat a été placé sur sa tête
  • Son petit frère, Mehdi, a été assassiné le 13 novembre, dans un probable "crime d'intimidation" en représailles à son engagement. Sa famille vit depuis aussi sous protection

PARIS: Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai.

Sans critiquer le dispositif de protection existant, il appelle le gouvernement à "aller plus loin" pour "accompagner" les personnes protégées dans leur quotidien, qu'il s'agisse d'études, d'emploi ou de logement.

Engagé contre le narcotrafic après la mort de son frère Brahim dans un narchomicide il y a cinq ans, Amine Kessaci vit sous protection policière depuis septembre, après qu'un contrat a été placé sur sa tête.

Son petit frère, Mehdi, a été assassiné le 13 novembre, dans un probable "crime d'intimidation" en représailles à son engagement. Sa famille vit depuis aussi sous protection.

Les écologistes ont fait adopter mi-février à l'Assemblée un texte visant à mieux protéger les personnes ciblées par les réseaux de criminalité organisée. Les sénateurs écologistes comptent le reprendre le 7 mai lors d'une journée réservée.

Ce texte "est né uniquement par l'histoire de mon petit frère (...) Mehdi, assassiné pour rien, parce qu'il était mon petit frère", explique Amine Kessaci.

Membre du parti Les Ecologistes, candidat à Marseille sur la liste du maire sortant Benoît Payan, Amine Kessaci a rappelé avoir été exfiltré début février d'un meeting à Aix-en-Provence, face à une menace imminente.

Il a salué jeudi les "policières et policiers" qui ont réagi "avec un calme absolu". "C'est important, quand beaucoup leur jettent tous les maux de la société" qu'on "leur reconnaisse ça".

S'il estime qu'une personne menacée en France "est protégée", le militant de 22 ans considère que la protection ne peut se limiter à la sécurité physique, et doit permettre de poursuivre des études, d'avoir un emploi et un logement. "On a besoin de tout ce qu'il y a à côté".

Ex-veilleur de nuit dans un foyer, il souligne que le service chargé de sa protection, habitué à protéger des personnalités comme des ministres, a fait face à la nécessité nouvelle de protéger des personnes ayant une vie étudiante ou professionnelle classique.

Il explique avoir dû déménager trois fois depuis sa mise sous protection. "J'ai dû me débrouiller", dit-il.

Il a lancé un appel au gouvernement afin qu'il s'empare du texte écologiste et l'amende, précisant avoir déjà eu des échanges avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez.