Un nouveau rapport constate que la popularité de TikTok augmente dans le CCG

TikTok continue de croître à un rythme rapide dans le CCG, les principaux influenceurs régionaux de la plate-forme ayant doublé leur nombre d'abonnés au cours de l'année écoulée (Reuters/Photo d’archive)
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Publié le Mardi 23 février 2021

Un nouveau rapport constate que la popularité de TikTok augmente dans le CCG

  • Les influenceurs d'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis dominent toujours le top 10 régional
  • Les 10 meilleurs influenceurs du Golfe publient de 2 à 24 vidéos par semaine, visionnées en moyenne 350 fois

DUBAÏ: TikTok continue de croître à un rythme rapide dans la région du Conseil de coopération du Golfe (CCG), les principaux influenceurs régionaux de la plate-forme ayant doublé leur nombre d'abonnés au cours de l'année écoulée, selon un rapport du cabinet d'analyse et de conseil technologique Anavizio. 

 «Nous surveillons la croissance de TikTok dans la région du CCG depuis un an maintenant et il est clair que la popularité de la plate-forme continue de croître», a déclaré Fares Ghneim, partenaire d'Anavizio à Arab News. 

Fares Ghneim, associé d'Anavizio. (Photo Fournie) 
Fares Ghneim, associé d'Anavizio. (Photo Fournie) 

«La controverse née aux États-Unis autour de la plate-forme, pendant l'été et l'automne 2020, n’a absolument pas freiné la croissance de TikTok dans la région et, de manière anecdotique, nous commençons également à voir certaines marques adopter la plate-forme, ce que nous allons surveiller de plus près dans les mois à venir.» 

Sur TikTok, le nombre total de followers qui s’intéressent aux 10 principales personnalités du CCG est passé de 24,6 millions au début de 2020 à 54,6 millions aujourd'hui, soit une augmentation de 120 %.  

Cette croissance rapide a également provoqué une dynamisation de la scène d'influence, avec de nouveaux influenceurs émergeant fréquemment sur la plate-forme. Un certain nombre d’influenceurs et de tendances sont cependant restés constants. 

À titre d’exemple, les influenceurs d'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis dominent toujours le top 10 régional et Jumana Khan (@jumana_khan_), basée aux Émirats arabes unis, conserve la première place avec 8,9 millions d'abonnés. 

La plus forte croissance enregistrée provient toutefois d'Oman et du Qatar, où le nombre d'abonnés parmi les trois principaux influenceurs a respectivement augmenté de 674 % et 658 %.  

Les 10 meilleurs influenceurs du CCG publient de 2 à 24 vidéos par semaine, visionnées en moyenne 350 fois.  

Le cabinet Anavizio ne suit pas les évolutions des autres plates-formes de réseaux sociaux car elles sont déjà établies, tandis que TikTok est relativement nouveau. Malgré sa croissance rapide, TikTok n’a pas encore atteint le niveau des autres plates-formes. «Un influenceur régional de premier plan sur Instagram peut compter entre 30 et 40 millions d'abonnés et plusieurs accords avec des marques, tandis que le meilleur influenceur TikTok du CCG compte 9 millions d'abonnés», souligne Fares Ghneim. «Cependant, au rythme où les choses évoluent, cet écart se réduira au cours des deux prochaines années.» 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur arabnews.com 


Pour l'artiste syrien Tammam Azzam, « Être un artiste est un rêve sans fin »

Dans la série de photomontages intitulée « Musée syrien » de 2013, Azzam a intégré de célèbres chefs-d'œuvre à des scènes représentant la destruction engendrée par la guerre civile qui se poursuit dans son pays, et a ainsi attiré l'attention de la communauté internationale. (Fourni)
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  • Si les gens tiennent à discuter du « sens » ou du « message » des œuvres d'Azzam, c'est en partie parce que ses images sont particulièrement puissantes
  • Azzam a étudié les beaux-arts à l'université de Damas, avec une spécialisation en peinture à l'huile, passant au design graphique après avoir obtenu son diplôme

LONDRES : Chose étrange pour les artistes d'entendre les théories des gens sur leur art. Quand on parle à l’artiste syrien Tammam Azzam, on a l'impression que, bien qu'il soit heureux de s'engager dans une discussion et d'écouter, il n'est pas particulièrement intéressé à ajouter une couche de ressassement à ce qu'il a déjà exprimé sur la toile.

« Des fois, l'artiste lui-même ne parvient pas à comprendre un message parce qu'il n'y a pas de message – il s’agit simplement d’un langage visuel », dit-il. « Même moi, je ne sais pas exactement ce que cela signifie ».

Si les gens tiennent à discuter du « sens » ou du « message » des œuvres d'Azzam, c'est en partie parce que ses images sont particulièrement puissantes. Devant le montage photo intitulé « Bon voyage », où l'on voit un immeuble résidentiel syrien en ruines suspendu par des ballons devant les Twin Towers en feu, un flot de sentiments contradictoires vous envahit. M. Azzam expose le raisonnement qui sous-tend cette œuvre en disant que « cette pièce illustre le mal et le déséquilibre qui sévissent dans notre monde. Toutes les vies sont importantes, qu'elles soient américaines ou syriennes. Le 11 septembre est bel et bien commémoré chaque année. Mais qui commémore les victimes qui périssent en Syrie?"

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Si les gens tiennent à discuter du « sens » ou du « message » des œuvres d'Azzam, c'est en partie parce que ses images sont particulièrement puissantes (Fourni)

Dans la série de photomontages intitulée « Musée syrien » de 2013, Azzam a intégré de célèbres chefs-d'œuvre à des scènes représentant la destruction engendrée par la guerre civile qui se poursuit dans son pays. Il a ainsi attiré l'attention de la communauté internationale. À la question de savoir pourquoi il a juxtaposé « La nuit étoilée » de Vincent van Gogh avec les décombres d'un bâtiment bombardé, il répond  que « au-delà de mon amour et de mon admiration pour Van Gogh, j'ai choisi de montrer son ciel nocturne - débordant d'énergie et de mouvement - pour faire ressortir un contraste frappant entre la beauté et la destruction ».

Une autre image remarquable de la même série montre la pièce « Femmes de Tahiti dit aussi Sur la plage » de Paul Gauguin, transposée dans un paysage aride avec, en arrière-plan, une tente de réfugiés du HCR. « Cette pièce est inspirée des femmes qui s'assoient et qui attendent dans les camps – en vain », dit-il. « Les femmes de Gauguin étaient assises, contemplatives. Je les ai simplement placées dans un endroit, une situation et une atmosphère différents ».


L'attention de la communauté internationale s'est portée en grande partie sur l’ouvrage « Graffiti de la liberté », qui superposait le tableau « Le baiser » de Gustav Klimt à un immeuble en ruine. C'était le dernier ouvrage de la série. En effet, la publicité qu'il a suscitée a laissé Azzam stupéfait.

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160x240 cm, collage de papier sur toile, 2019 (fourni)

« C'est étrange. En tant qu'artiste, je créais une œuvre, c'est tout. Le secret derrière cette publicité m'échappe », dit-il. « J'ai passé un an à travailler sur ce projet et après l'ouvrage qui a incorporé le tableau de Klimt, j'ai senti qu'il était inutile d'aller plus loin », explique-t-il. « Je me demande toujours pendant combien de temps je vais employer cette technique et pourquoi ».

Azzam a étudié les beaux-arts à l'université de Damas, avec une spécialisation en peinture à l'huile. Après avoir obtenu son diplôme, il est passé au design graphique. La combinaison de ces deux disciplines imprègne nettement son travail, et il raconte que l'artiste syrien d'origine allemande Marwan Kassab Pashi – dont il a fréquenté l'atelier à l'université – a eu une influence majeure sur ses créations.

En 2011, Azzam a été contraint de fuir son pays. C'est la galerie Ayyam qui l'a aidé, ainsi que d'autres artistes, à refaire sa vie à Dubaï et à Beyrouth. Pour Azzam, le chagrin de quitter son pays a été aggravé par la perte de son atelier et de son matériel, sans compter le décalage au niveau des cultures.
 

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L’artiste syrien n'est pas particulièrement intéressé à ajouter une couche de ressassement à ce qu'il a déjà exprimé sur la toile. (Fourni)

« Ça m'a pris trois ans pour m'adapter à la vie à Dubaï. C'est un autre mode de vie et une autre mentalité. Tout était différent, et très cher. A Damas, j'avais mon studio et mes matériaux. À Dubaï, j'avais l'impression d'avoir tout perdu ; je ne pouvais plus me rendre dans le vieux souk où j'avais l'habitude d'acheter mon matériel », confie-il. « Avant Dubaï, je n'ai jamais envisagé de créer de l'art numérique, mais comme j'ai travaillé comme graphiste pendant 10 ans en Syrie, cela m'a aidé à faire ce changement ».

Au bout de cinq ans passés à Dubaï, il s'est installé en Allemagne en 2016, où il a suivi une formation à l'Institut Hanse pour les études avancées de Delmenhorst. Une fois de plus, il s'est retrouvé confronté au défi de s'adapter à un nouvel environnement, une nouvelle culture et une nouvelle langue. C'est en 2018 qu'il s'est installé à Berlin, où il vit actuellement. Sa famille est dispersée en raison de la guerre.

« Comme de nombreuses familles syriennes, nous sommes dispersés à travers le monde », dit-il. « C'est triste, mais ce n'est rien comparé aux misères des gens qui sont restés dans le pays et qui n'arrivent pas à le quitter. Mes parents sont restés dans notre village où mon père, écrivain, possède sa bibliothèque. Il continue d'écrire. Ils ne vivent pas dans une zone de conflit, et pourtant, la vie est difficile au quotidien avec à peine quelques heures d'électricité par jour et sans gaz pour chauffer la maison ».

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La prochaine exposition d’Azzam est prévue à la galerie Kornfeld de Berlin en avril. Elle occupe aujourd'hui une grande place dans les journées soigneusement structurées de l’artiste. (Fourni)

Il raconte que ses parents l'ont toujours soutenu dans son rêve de devenir artiste. « J'ai eu de la chance », dit-il. « C'était mon rêve depuis mon plus jeune âge. Être un artiste est un rêve qui ne connaît pas de fin ».

En Allemagne, il s'est récemment concentré sur l’art du collage. « C'était une nouvelle étape pour moi, un grand défi d'utiliser de nouveaux moyens d'expression », dit-il. Mais, même dans ce nouveau moyen d'expression, le message conserve toute sa cohérence. Une de ses œuvres récentes montre un bâtiment à la façade démolie, laissant entrevoir du papier peint, des murs peints et des tissus, tous exposés aux éléments. « Des bâtiments comme celui-ci, j'en ai vu tellement », dit-il. « Complètement détruits avec des intérieurs qui étaient autrefois vibrants de vie et de couleurs ».

La prochaine exposition d’Azzam est prévue à la galerie Kornfeld de Berlin en avril. Elle occupe aujourd'hui une grande place dans les journées soigneusement structurées de l’artiste.

« Je travaille tous les jours, tout seul. Travailler est très important pour moi, sinon je n’ai rien d’autre à faire », dit-il. « Je reste optimiste même avec les mauvaises nouvelles de tous les jours. Les bonnes choses vont de pair avec les mauvaises ».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


Memory Box, l’unique film arabe en compétition officielle à la 71e Berlinale

"Quatre filles", extrait du film Memory Box du tandem Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (fournie)
"Maia", extrait du film Memory Box du tandem Joana Hadjitomas et Khalil Joreige
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  • «Nous sommes fiers et heureux de pouvoir présenter du Liban autre chose que ce qu’on lit et ce qu’on voit depuis plus d’un an», explique Joana Hadjithomas
  • Memory Box est «une réminiscence des années 1980 revue et imaginée de façon fantaisiste par une jeune adolescente»

BEYROUTH : Plus d’une trentaine d’années après Beyroutou el lika, du réalisateur libanais Borhane Alaouié, Memory Box (Abbout Productions), le cinquième film du couple de réalisateurs Joana Hadjithomas et Khalil Joreige est en compétition officielle de la 71e Berlinale, qui aura lieu au mois de mars prochain. Un événement qui, en raison du contexte sanitaire lié à la Covid-19, se déroulera exceptionnellement en deux étapes cette année. D’abord, du 1er au 5 mars, la presse accréditée aura l’occasion de découvrir les films en ligne, comme si ces professionnels étaient présents dans une salle de cinéma. Le deuxième temps du festival se tiendra au mois de juin et comprendra des projections publiques qui auront lieu à Berlin en présence des équipes des films sélectionnés.

À la fois cinéastes et artistes, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige ont pour habitude d’interroger la fabrication des images et des représentations ainsi que la construction de l’imaginaire. Ensemble, ils ont réalisé de nombreux films qui ont été projetés et primés dans les plus grands festivals internationaux de cinéma.

Rencontre avec Joana Hadjithomas, à la veille du lancement de la Berlinale 2021

Memory Box est le seul film arabe en compétition officielle à Berlin et premier long métrage arabe sélectionné depuis trente-neuf ans. Qu’avez-vous ressenti au moment de l’annonce des résultats?

Bien sûr, j’ai été très heureuse. Étant donné la situation actuelle dans le monde en général et au Liban en particulier, on se demandait si ce film allait trouver une maison pour l’accueillir. Et c’est formidable que ce soit Berlin qui finisse par le sélectionner en compétition officielle parmi les quinze productions que le festival a retenues. C’est encourageant et réconfortant de se trouver aux côtés de cinéastes pour qui on éprouve du respect et dont on admire les films. L’équipe de sélectionneurs du festival nous ont écrit de très beaux courriels qui nous ont convaincus… Et puis, évidemment, nous sommes fiers et heureux de pouvoir présenter du Liban autre chose que ce qu’on lit et ce qu’on voit depuis plus d’un an, quelque chose de différent et, peut-être, qui montre davantage l’art et la culture du pays, son potentiel dans le secteur cinématographique, plutôt que les scandales et la corruption.

Quelle a été la source d’inspiration du film? Dans quelle mesure est-il proche de votre propre passé?

Khalil et moi-même nous inspirons toujours de notre vie dans une certaine mesure, sans qu’il s’agisse pour autant d’autobiographie. On part très souvent de nos rencontres, d’événements qui nous sont arrivés, d’un vécu qui nous a bouleversés à certains moments. Pour Memory Box, il s’agissait d’une évocation de mon passé: de 1982 à 1988, j’ai écrit tous les jours à ma meilleure amie de l’époque. Sa mère étant française, elle a dû aller vivre à Paris. Je lui ai écrit dans des cahiers à un rythme quotidien. Nous avons aussi enregistré des cassettes, on s’échangeait notre correspondance tous les mois. Et, vers 18 ans, nous nous sommes perdues de vue. Nous nous sommes retrouvées vingt-cinq ans plus tard! À cette occasion, elle m’a avoué avoir tout gardé; il en était de même pour moi! Nous avons alors échangé notre correspondance mutuelle. Notre fille Alya, qui avait le même âge que moi lorsque j’ai commencé à écrire ces cahiers, avait envie de les lire. On n’était pas sûrs que ce soit une bonne idée mais, en même temps, nous avons pris conscience du fait que cela pourrait constituer un sujet de film très intéressant.

Nous avons utilisé une partie de ces documents dans le film, notamment les photos de Khalil, et, à partir de là, nous avons créé autour une fiction totale. L’histoire est complètement imaginaire, même si elle s’appuie sur certains documents d’époque.

Pourtant, la mémoire traitée dans le film n’est pas seulement intime et familiale, elle est aussi collective, historique.

Oui, certainement. Je crois que de nombreuses personnes pourront s’identifier aux personnages de cette fiction, qui parle de gens qui sont partis, mais aussi de gens qui sont restés. Moi, je suis celle qui est restée au Liban; mon amie, c’est celle qui est partie. Le film raconte aussi l’adolescence au Liban dans les années 1980 – pas tout à fait la guerre, mais les aventures d’une jeunesse qui veut vivre et aimer. C’est comme une réminiscence des années 1980 revue et imaginée de façon fantaisiste par une jeune adolescente d’aujourd’hui.

Pouvez-vous nous raconter l’intrigue du film?

Maia, une mère célibataire, vit à Montréal avec sa fille adolescente, Alex. Le jour de Noël, elles reçoivent un mystérieux colis en provenance de Beyrouth. Ce sont des cahiers, des cassettes et des photographies – toute une correspondance, que Maia, entre 13 et 18 ans, a envoyée de Beyrouth à sa meilleure amie, partie à Paris pour fuir la guerre civile. Maia refuse d’affronter ce passé, mais Alex s’y plonge secrètement et elle s’immerge dans le monde de l’adolescence tumultueuse et passionnée de sa mère pendant la guerre civile libanaise, dans les années 1980. Ce Liban qu’elle ne connaît pas dévoile les mystères d’un passé caché et de secrets bien gardés…

Les actrices principales sont Rim Turki (lauréate du prix d’interprétation féminine du festival du Caire pour Keswa, le fil perdu), Manal Issa (César 2017 du meilleur espoir féminin pour Peur de rien) et une nouvelle venue, Paloma Vauthier. Pouvez-vous nous parler de ces comédiennes?

Comme il y a trois générations de femmes, il fallait reconstituer une famille; c’était assez compliqué. Toutes sont des actrices avec lesquelles nous avions envie de travailler depuis longtemps. Manal Issa, qui joue Maia dans les années 1980, est une formidable actrice, profonde et généreuse. Ces qualités correspondent bien à la liberté qu’incarne Maia adolescente. Quant à Rim Turki, nous avons beaucoup pensé à elle parce que nous savions qu’elle pouvait faire vivre ce personnage de manière intense en raison de son vécu; mais nous ne savions pas si elle allait accepter le rôle, puisqu’elle n’avait plus joué au cinéma depuis de nombreuses années. On a pensé à elle en écrivant le film. En ce qui concerne Paloma Vauthier (la jeune Alex), nous l’avons rencontrée à Paris et avons été séduit par son talent et son professionnalisme. Nous ne savions pas que son père était d’origine libanaise lorsque nous l’avons choisie. Tout d’un coup, nous avons senti que cela ancrait son personnage: l’histoire de cette jeune fille née loin du pays et qui questionne ses origines.


Quand Winston Churchill s'imprégnait de la lumière de Marrakech

Le leader conservateur a commencé à peindre sur le tard, quand il avait 40 ans. Celui qui aimait fuir les orages politiques et la grisaille londonienne avait découvert la lumière de la cité ocre de Marrakech dans les années 30 (Photo, AFP).
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  • «La tour de la mosquée Koutoubia», tableau peint à l'occasion d'une visite officielle pendant la Seconde Guerre mondiale, attise les spéculations, avec des estimations allant de 1,7 à 2,8 millions d'euros
  • L'huile sur toile mise à la vente par Angelina Jolie est considérée «comme le tableau le plus important de Sir Winston Churchill» en raison de son «imbrication dans l'histoire du XXe siècle»

RABAT: L’emblématique Premier ministre britannique Winston Churchill (1874-1965), peintre et écrivain à ses heures perdues, a trouvé à Marrakech un lieu d'inspiration "captivant". La plus célèbre de ses toiles peintes au Maroc sera mise aux enchères lundi chez Christie's à Londres.

"La tour de la mosquée Koutoubia", tableau peint à l'occasion d'une visite officielle pendant la Seconde Guerre mondiale, attise les spéculations, avec des estimations allant de 1,7 à 2,8 millions d'euros, selon le site de Christie's.

L'huile sur toile mise à la vente par l'actrice américaine Angelina Jolie est considérée "comme le tableau le plus important de Sir Winston Churchill" en raison de son "imbrication dans l'histoire du XXe siècle", écrit l'historien d'art britannique Barry Phipps dans le catalogue.

Le leader conservateur a commencé à peindre sur le tard, quand il avait 40 ans. Celui qui aimait fuir les orages politiques et la grisaille londonienne avait découvert la lumière de la cité ocre de Marrakech dans les années 30, à l'époque du protectorat français, et y effectua au total six voyages en 23 ans.

"Ici, dans ces vastes palmeraies émergeant du désert, le voyageur peut être sûr d'un ensoleillement éternel" et "contempler avec une satisfaction incessante le panorama majestueux et enneigé des montagnes de l'Atlas", écrivait-il en 1936 dans le journal britannique Daily Mail.

Coucher de soleil 

Le monstre politique aimait se perdre dans le dédale des rues de la vieille ville, partir en pique-pique dans la vallée de l'Ourika, sur les hauteurs de Marrakech, et installer son chevalet sur les balcons du grand hôtel La Mamounia ou de la villa Taylor -- qui deviendra un repère de la jet-set européenne dans les années 70.  

C'est depuis cette villa qu'il a peint la mosquée Koutoubia, après la conférence historique d'Anfa, organisée en janvier 1943 à Casablanca avec le président américain Franklin Roosevelt et le chef des Forces françaises libres, le général de Gaulle, et en présence du sultan Mohammed V, pour préparer la stratégie des Alliés.

Une légende rapportée par son entourage veut qu'il ait à l'époque dit à Roosevelt: "vous ne pouvez pas faire tout ce chemin en Afrique du Nord sans voir Marrakech (...) Je dois être avec vous quand vous verrez le coucher du soleil sur les montagnes de l'Atlas". 

Désormais propriété de la famille royale marocaine, la villa Taylor ne se visite plus. Le lieu offre "une vue exceptionnelle sur la médina, côté Bab Doukkala, jusqu'à la mosquée de la Koutoubia et au fond le Haut Atlas couvert de neige", selon Abderrazzak Benchaâbane, un des botanistes du célèbre "jardin Majorelle" à Marrakech.

Une photographie de presse d'époque montre Roosevelt et Churchill y admirer ensemble le coucher de soleil sur le panorama qui inspirera le tableau.

Ce paysage simple et sans fioritures représente le minaret, symbole de puissance de la dynastie Almohade (12e siècle), enlacé par les remparts de l'ancienne ville et adossé aux montagnes enneigées.

Churchill l'offre à l'époque à Roosevelt. Vendu par un des fils Roosevelt dans les années 50, le tableau change plusieurs fois de mains, avant d'atterrir en 2011 dans la collection du couple hollywoodien Angelina Jolie et Brad Pitt -- bien avant leur séparation.

"Panorama remarquable" 

De la première visite de Churchill au Maroc, en 1935, est restée une autre toile, "Scène à Marrakech", également aux enchères chez Christie's début mars. 

Estimé entre 340 000 à 578 000 euros, le tableau représente un détail de la palmeraie au pied de l'Atlas.

A l'époque, le député séjourne à l'hôtel La Mamounia, où il peint sept toiles et travaille sur une biographie de son ancêtre, le général Marlborough, d'après Celia Sandys, une de ses petites-filles qui a entrepris en 2002 un voyage mémoriel au Maroc.

Intarissable sur La Mamounia, M. Churchill apprécie le "panorama vraiment remarquable" de sa chambre, comme il le dit dans une lettre à son épouse Clémentine.

"Il avait pour habitude d'aller de balcon en balcon pour guetter la lumière, comme pour mieux capter les couleurs et les reproduire sur ses toiles", assure Meryem Mikou chargée de communication du palace. 

Au cours de ses rénovations successives, l'hôtel de luxe a perdu toute trace de cet illustre passage, même si une suite et un bar portent toujours son nom.