Au Caire, des start-up à l'assaut de la jungle des transports

Dans le Caire embouteillé et fortement pollué, les startups recherchent des solutions technologiques pour résoudre les maux de tête de transport d'une mégapole en expansion déjà aux prises avec plus de 20 millions de personnes. Le Caire, la ville arabe la plus peuplée où vit un cinquième de tous les Égyptiens, est classée 30e au monde en termes de congestion, selon TomTom, le fabricant néerlandais de systèmes de navigation pour véhicules. Khaled DESOUKI / AFP
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Publié le Mercredi 03 mars 2021

Au Caire, des start-up à l'assaut de la jungle des transports

  • Le problème de la circulation routière dans le Grand Caire se traduit par une très faible vitesse moyenne de circulation, qui ne dépasse pas 10km/h
  • Plusieurs startups ont décidé de s'atteler à ce problème

Le Caire, mégalopole de plus de 20 millions d'habitants, connue pour ses embouteillages monstres et sa pollution atmosphérique, souffre d'une grave crise des transports à laquelle plusieurs startups ont décidé de s'atteler.

Bus polluants, en mauvais état, souvent bondés, trois lignes de métros seulement: les transports publics ne semblent pas en mesure de relever le défi. Pas plus que le système informel de minibus, microbus ou encore tuk-tuk, taxis, VTC et les myriades de véhicules individuels qui sillonnent les rues de la capitale égyptienne, sans qu'aucune estimation fiable n'en établisse le nombre.

"Le problème de la circulation routière dans le Grand Caire se traduit par une très faible vitesse moyenne de circulation, qui ne dépasse pas 10km/h", explique à l'AFP Oussama Okail, professeur à l'Université du Caire, spécialiste de la circulation. Selon l'universitaire, les temps de trajets au Caire peuvent excéder 90 minutes, soit plus d'une journée entière sur une semaine de cinq jours.

Du covoiturage aux informations sur la circulation en passant par les VTC, une multitude d'applications existent déjà pour aider les usagers cairotes. Mais face à la situation chaotique, toute innovation technologique est bienvenue. Ainsi, plusieurs jeunes sociétés -- lauréates d'un récent concours de startup franco-égyptien -- se sont lancées, chacune à sa manière, dans la bataille.

Cartographier les transports

Parmi les projets les plus ambitieux, la startup "Transport for Cairo" (TfC) s'est lancée dans une cartographie approfondie des transports de la ville. "En cartographiant les grandes villes et en utilisant les données pour la planification future, nous espérons un changement pour le meilleur", explique à l'AFP Mohamed Hegazy, 30 ans, directeur et co-fondateur de TfC. Sur le terrain des équipes de TfC répertorient toutes les trajets possibles, sur toutes les distances. Il s'agit ensuite de numériser et d'analyser les données pour optimiser la circulation et "penser au but ultime: décarboniser le secteur entier". "Tout doit être électrique", lance M. Hegazy en reconnaissant que la startup lancée en 2015 n'en est qu'à ses débuts. "Nous travaillons avec les autorités pour changer la façon de fonctionner du système", dit-il. La Banque mondiale et le ministère des Transports égyptien soutiennent ce projet visant à planifier les transports au Caire "dans les 10, 20 ans".

De son côté, Ocra Wallet, une autre entreprise naissante, se concentre sur un autre aspect de la question des transports: les quelque 500 millions de livres égyptiennes (25 millions d'euros) qui circulent chaque jour en petite monnaie.  Khalid Khaleel, la trentaine, fondateur de cette startup lancée il y a deux ans, ambitionne de "numériser la petite monnaie en Egypte d'ici 2030". "Nous travaillons à rendre les paiements pour les transports plus faciles", dit-il en ajoutant que l'argent liquide est "dangereux", car il peut-être vecteur de virus tel le Covid-19. Parallèlement, Ocra Wallet subventionne les prix des billets pour les usagers en vendant de la publicité aux compagnies de bus privés. "Et l'argent qui vient de cela, nous l'utilisons pour aider les usagers mais aussi les chauffeurs", dit-il.

Touche innovante

Dans le secteur concurrentiel du covoiturage, la startup Tink revendique une touche innovante. "Nous avons transformé le covoiturage davantage en rencontres sociales", dit à l'AFP Adel el-Mahrouky, 38 ans, l'un des fondateurs de Tink. La jeune société s'emploie à répondre au défi de limiter le nombre de voitures sur la route, en utilisant notamment un système de points échangeables contre de l'argent ou de l'essence, afin d'inciter les automobilistes à ne pas faire le trajet seuls.

En 2014, une note de la Banque mondiale estimait que huit milliards de dollars sont perdus chaque année en Egypte en raison des retards et des coûts des carburants. Selon la Banque mondiale, le coût de la pollution de l'air représentait environ 1% du PIB en 2013 et la congestion est "la principale source de pollution issu des transports".

Pour désengorger, l'Etat a relancé, sous l'impulsion du président Abdel Fattah al-Sissi, la construction d'une nouvelle capitale administrative à l'est du Caire. Et les autorités construisent de vastes ponts autoroutiers à travers la ville, au risque de mettre en danger son patrimoine architectural. Mais selon M. Okail, "la solution réside dans (une amélioration des) transports en commun".


Coinbase flambe pour son entrée au Nasdaq et vaut désormais 86 milliards de dollars

Le titre de Coinbase, qui s'échange sous le symbole COIN, a même culminé près de 430 dollars quelques minutes après son arrivée sur le marché boursier américain avant de retomber. (Photo, AFP)
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  • Cela fait de la plateforme d'échanges de bitcoins la plus grosse valorisation jamais accordée à une entreprise américaine entrant en Bourse
  • Le champ d'activité de Coinbase attire la méfiance des régulateurs qui s'inquiètent de l'utilisation des cryptomonnaies à des fins illicites

NEW YORK : Coinbase n'a pas manqué ses grands débuts à Wall Street : pour sa toute première cotation au Nasdaq, l'action de cette plateforme américaine d'échanges de cryptomonnaies a terminé à 328,28 dollars.

C'est bien plus que le prix de référence de 250 dollars communiqué mardi soir à titre indicatif. 

Cela fait de la plateforme d'échanges de bitcoins la plus grosse valorisation, à 86 milliards de dollars, jamais accordée à une entreprise américaine entrant en Bourse.

Le précédent record était détenu par Facebook, dont la valeur boursière s'était élevée à un peu plus de 81 milliards de dollars en 2012 lors de sa cotation initiale.

Le titre de Coinbase, qui s'échange sous le symbole COIN, a même culminé près de 430 dollars quelques minutes après son arrivée sur le marché boursier américain avant de retomber.

Pour son entrée à Wall Street, Coinbase a eu recours non pas à la traditionnelle IPO, mais à une cotation directe.

Ce processus permet à ceux qui sont déjà actionnaires de valoriser leur mise, mais l'entreprise ne lève pas d'argent frais pour l'instant.

Fondée en 2012 à San Francisco (Californie) par Brian Armstrong, 38 ans, ancien ingénieur chez Airbnb et Fred Ehrsam, ex-trader de Goldman Sachs, Coinbase permet d'acheter et de vendre une cinquantaine de cryptomonnaies, dont le bitcoin et l'ether.

M. Armstrong, qui détient 20% des parts de la plateforme et occupe le poste de PDG, devrait prochainement intégrer la liste des 100 hommes les plus riches du monde établie par Forbes, selon le Wall Street Journal.

En amont de l'arrivée de Coinbase, le bitcoin n'a cessé d'enfler ces derniers jours, culminant mercredi à près de 65 000 dollars. Il évoluait mercredi soir aux alentours de 62 000 dollars.

Méfiance des régulateurs

« Le premier jour de cotation ne permet pas de tirer des conclusions », prévient Art Hogan de National Holdings. « Il faudra attendre les trois premiers mois pour savoir si l'action va suivre la volatilité des cryptomonnaies. »

« Il s'agit tout de même d'un lancement réussi en Bourse pour une entreprise dans laquelle de grandes institutions financières vont désormais pouvoir investir », ajoute M. Hogan. 

Le bitcoin a gagné ses lettres de noblesse depuis plusieurs mois, que ce soit auprès d'entreprises comme Tesla, qui permet à ses clients d'acheter une voiture électrique avec cet actif, de banques comme Morgan Stanley, qui rend la devise accessible à ses clients les plus riches, ou de services de paiement comme PayPal, qui a décidé d'accepter les transactions en cryptomonnaies.

Si Coinbase a profité de la flambée de la reine des cryptomonnaies et d'autres devises virtuelles, allant de l'éther au Litecoin, son champ d'activité attire aussi la méfiance des régulateurs qui s'inquiètent de l'utilisation des cryptomonnaies à des fins illicites.

M. Armstrong a reconnu mercredi sur la chaîne CNBC que la régulation était l'une des principales menaces pour l'activité des cryptomonnaies. « Maintenant que Coinbase est une compagnie cotée, nous allons être soumis à davantage de surveillance sur ce que nous faisons et les gens veulent comprendre les implications qui en découlent », a t-il affirmé.

« Nous sommes ravis de respecter les règles. Tout ce qu'on demande c'est d'être traité, a minima, de la même façon que les services financiers traditionnels et de ne pas être punis parce qu'on appartient à l'espace des cryptomonnaies », a-t-il ajouté.

Le patron de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell a qualifié mercredi les cryptomonnaies de « vecteurs de spéculation ».

« Personne ne les utilise pour des paiements de la même façon que le dollar », a jugé M. Powell lors d'un événement par visioconférence.

Coinbase a récemment été épinglée par l'autorité américaine de régulation des marchés à terme et des produits dérivés (CFTC), qui l'accusait d'avoir fourni des informations « fausses, trompeuses ou inexactes » sur des cryptomonnaies et d'avoir manipulé le marché entre 2015 et 2018. 

Sans reconnaître ses torts, l'entreprise s'est acquittée d'une amende de 6,5 millions de dollars et s'est vue contrainte de repousser sa date d'entrée à Wall Street.

Le chiffre d'affaires de la plateforme a presque décuplé en l'espace d'un an, s'établissant à 1,8 milliard de dollars au premier trimestre, selon les estimations du groupe.

Son profit se situe dans une fourchette comprise entre 730 millions et 800 millions de dollars.

 


Les profits des banques américaines s'envolent avec l'amélioration de l'économie

Sur cette photo, le logo de la banque Chase est vu dans une succursale près de Times Square à Manhattan, New York. (Photo, AFP/Archives)
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  • Le bénéfice net de JPMorgan Chase a été multiplié par cinq , celui de Wells Fargo par sept tandis que Goldman Sachs a dégagé un bénéfice net record de 6,8 milliards de dollars
  • Les établissements financiers avaient mis des milliards de côté l'an dernier pour faire face aux éventuels impayés de leurs clients

NEW YORK : Les banques américaines JPMorgan Chase, Wells Fargo et Goldman Sachs ont vu leurs profits bondir au premier trimestre, profitant de l'amélioration de l'économie pour réduire leurs réserves et de la bonne santé des marchés financiers.

Le bénéfice net de JPMorgan Chase a été multiplié par cinq à 14,3 milliards de dollars, celui de Wells Fargo par sept à 4,74 milliards de dollars tandis que Goldman Sachs a dégagé un bénéfice net record de 6,8 milliards de dollars. 

Face à la crise économique provoquée par la pandémie, les établissements financiers avaient mis des milliards de côté l'an dernier pour faire face aux éventuels impayés de leurs clients.

Mais les particuliers et de nombreuses entreprises ayant été soutenus par les aides des autorités américaines, les faillites sont finalement restées limitées. Et les banques sont plutôt optimistes pour les mois à venir.

JPMorgan Chase a en conséquence diminué ses réserves de 5,2 milliards de dollars et Wells Fargo de 1,6 milliard. 

Le risque que les clients ne remboursent pas leurs emprunts « semble désormais derrière nous », a souligné l'analyste Ken Leon du cabinet CFRA.   

Par ailleurs, les géants bancaires ont bien profité de l'intense activité sur les marchés financiers en début d'année, où les indices ont grimpé à des sommets et les introductions en Bourse se sont multipliées.

Goldman Sachs a vu le chiffre d'affaires de son activité de banque d'investissement –  quand l'établissement aide les entreprises à récolter de l'argent sur les marchés ou à mener une opération de fusion-acquisition par exemple –  bondir de 73%.

Chez JPMorgan, les revenus tirés de la banque d'affaires se sont envolés de 46%.

« La question est désormais de savoir si la performance du premier trimestre peut se répéter jusqu'à la fin de l'année », remarque M. Leon. « Pour l'instant les entreprises comme les investisseurs semblent prêts à continuer à prendre des risques (...). Le moment est idéal pour les banques d'affaires. »

L'un des risques qui planent sur les marchés est que l'accélération de la croissance fasse monter l'inflation et incite la banque centrale américaine à resserrer l'argent disponible, a souligné le PDG de Goldman Sachs, David Solomon. Mais ce n'est pas l'option la plus probable « à court terme », selon lui.

 


Le FMI appelle l'Europe à un nouvel effort budgétaire pour surmonter la crise

L'appel du FMI s'est fait à l'occasion de la publication de son rapport régional dans le cadre de ses Réunions de printemps qui sont organisées en mode virtuel cette année, pandémie oblige. (Photo, AFP)
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  • Pour l'heure, l'économie européenne est confrontée à plus de « risques à la baisse à court terme » que de chances d'amélioration en raison des mutations de la Covid-19
  • « Reflétant les vagues d'infection et le rythme des vaccinations, la reprise économique en Europe est toujours hésitante et inégale », a résumé le Fonds

WASHINGTON : Le directeur Europe du Fonds monétaire international, Alfred Kammer, a appelé mercredi les pays européens à donner « un coup de collier » en fournissant plus d'aide budgétaire en 2021 et 2022 pour surmonter la crise et réduire son impact à long terme.

Pour l'heure, l'économie européenne est confrontée à plus de « risques à la baisse à court terme » que de chances d'amélioration en raison des mutations de la Covid-19 et du retard pris dans la campagne de vaccination, a souligné le FMI à l'occasion de la publication de son rapport régional dans le cadre de ses réunions de printemps.

« Reflétant les vagues d'infection et le rythme des vaccinations, la reprise économique en Europe est toujours hésitante et inégale », a résumé Alfred Kammer.

« Pour fin 2021 et 2022, nous suggérons un coup de collier supplémentaire (...) parce que, in fine, c'est ce qui va déterminer si nous parviendrons à limiter les pertes de PIB, si celles-ci seront plus importantes ou moins importantes que ce que nous projetons », a-t-il dit au cours d'un entretien avec l'AFP.

Un effort « concerté » sera « énormément bénéfique pour tout le monde », a-t-il argué, relevant que l'Europe disposait encore d'un espace budgétaire si elle était confrontée à de nouveaux chocs.

Le FMI table sur une croissance de 4,5% cette année en Europe. Mais la croissance du PIB européen ne reviendra pas à son niveau d'avant pandémie avant 2022 et à condition que les vaccins « soient largement disponibles à l'été 2021 et tout au long de 2022 », a souligné M. Kammer, mettant en avant la grande incertitude entourant ces prévisions.

Accélérer la production et la distribution des vaccins « est le défi le plus critique à ce stade" et "les décideurs politiques doivent continuer à fournir une aide d'urgence pour soutenir les ménages et les entreprises », estime ainsi l'institution de Washington.

« Ciblé et temporaire »

Pour autant, « il ne s'agit pas d'un appel à augmenter les dépenses de manière (...) permanente mais d'un coup de pouce bien ciblé et temporaire », a commenté Alfred Kammer.

Les pays doivent stimuler la reprise par des investissements « verts » pour générer une croissance durable et respectueuse de l'environnement.

« En ce qui concerne la restructuration de l'économie, nous ne savons pas combien de temps cela va prendre », a admis Alfred Kammer. « Ce que nous savons, c'est que le soutien budgétaire doit se poursuivre en 2021 et 2022 ».

Il a jugé le plan de relance de l'UE « suffisant à ce stade », à condition qu'il soit effectivement mis en œuvre.

« Le plus tôt sera le mieux », a-t-il dit. « De nouveaux retards dans sa mise en œuvre doivent être évités », a-t-il ajouté alors que ce plan pourrait apporter 1,5% de croissance supplémentaire d'ici 2023. 

Pour l'heure, les pays de l'UE n'ont pas encore tous ratifié ce fonds de relance de 750 milliards d'euros, financé par une dette commune inédite et laborieusement négociée l'été dernier. La justice allemande menace de bloquer cet instrument en raison de doutes sur sa légalité.

« Dose équitable d'opportunités »

Alfred Kammer a toutefois souligné qu'il était « important »" que les pays se donnent du temps pour élaborer de bons projets. 

Le FMI a calculé qu'un soutien supplémentaire, représentant 3% du PIB sur 2021−22, pourrait augmenter le PIB d'environ 2% d'ici la fin de 2022. A moyen terme, les effets de la crise seraient réduits « de plus de la moitié », a-t-il expliqué.

En d'autres termes, plus la reprise sera rapide, moins les effets de la crise seront durables.

Le Fonds est particulièrement inquiet de la possibilité que des personnes ayant perdu leur emploi au cours de la pandémie n'en retrouvent pas à l'avenir. 

« Il est important de travailler sur la cohésion sociale et le contrat social », a déclaré Alfred Kammer, rappelant que la crise avait exacerbé les inégalités et touché plus durement les jeunes, les femmes et les personnes peu qualifiées. S'agissant des jeunes, il est nécessaire « de leur administrer une dose équitable d'opportunités et de les préparer à ces opportunités ».

Si ces problématiques n'étaient pas adressées, les pays pourraient s'exposer à des troubles sociaux, estime le FMI.