Un virus, un bateau: quand le commerce mondial, à flux tendu, déraille

Le porte-conteneurs Ever Given a bloqué le canal de Suez et par conséquent une part significative du commerce mondial (Photo, AFP).
Le porte-conteneurs Ever Given a bloqué le canal de Suez et par conséquent une part significative du commerce mondial (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 30 mars 2021

Un virus, un bateau: quand le commerce mondial, à flux tendu, déraille

  • La mécanique à flux tendu du commerce international de marchandises a révélé ses vulnérabilités
  • Le problème, c'est que «moins vous avez de stock, plus vous êtes interdépendant. Et plus vous êtes interdépendant, plus vous êtes vulnérable à des chocs»

PARIS: Un virus, puis un bateau en travers d'un canal : deux grains de sable qui ont enrayé la mécanique à flux tendu du commerce international de marchandises, et révélé ses vulnérabilités, confinant parfois à l'absurde.

« J'ai dit à un de mes clients que son parquet bloquait le canal de Suez, il ne m'a pas cru », plaisantait samedi au micro de la BBC le patron d'une entreprise britannique spécialisée dans le bois.

Le parquet en question, ce sont des planches de chêne français, conditionnées en Chine, et coincées sur le chemin du retour à bord de l'Ever Given, qui transporte aussi une centaine de conteneurs de meubles Ikea.

La remise à flot de ce géant des mers a ouvert la voie lundi à une reprise du trafic sur le canal de Suez, par où transitent les marchandises fabriquées dans « l'atelier du monde » asiatique, et commandées en quelques clics par les consommateurs européens. 

Si le bouchon est en cours de résorption, « cela montre une nouvelle fois la fragilité des chaînes d'approvisionnement, longues et complexes, et les limites du ‘just-in-time’ », à savoir une logistique pensée pour que les marchandises soient livrées « le jour où vous en avez besoin, voire le jour d'après », explique Ian Goldin, professeur à l'université d'Oxford.

Le coût des stocks

Inspirée du taylorisme qui a vu naître la production à la chaîne, popularisée par Toyota, inventeur du « lean management », cette organisation de la production « au plus juste » considère que « stocker n'est pas un investissement, mais un coût, et donc réduit le profit des actionnaires », ajoute ce spécialiste de la mondialisation.

Le problème, c'est que « moins vous avez de stock, plus vous êtes interdépendant. Et plus vous êtes interdépendant, plus vous êtes vulnérable à des chocs », poursuit l'économiste, rappelant le tsunami de 2011 au Japon, qui entraîna des pénuries dans l'industrie automobile. 

Si le commerce mondial n'en est pas à sa première alerte, la crise de la Covid-19 a provoqué un électrochoc : les témoignages de soignants contraints, faute de blouse, à se vêtir de sacs poubelle, travaillant sans masque et sans gants, ont marqué les esprits.

Les ruées sur le papier toilette ou les pâtes ont montré que l'archaïque réflexe de faire des réserves revient bien vite, même chez des consommateurs habitués à des livraisons ultra-rapides...

Recouvrer la maîtrise des chaînes de valeur est devenu une obsession, tant chez les gouvernants que chez les entreprises, qui ont commencé à « repenser leur dépendance aux flux tendus », admet Soren Skou, le PDG de Maersk, dans un entretien au Financial Times de lundi. 

« Le flux tendu, c'est super quand ça marche, mais quand ça ne marche pas, vous perdez des ventes. Et, dans ce cas, les pertes excèdent largement les économies réalisées grâce au ‘just-in-time’ », explique le dirigeant du plus gros armateur mondial (un cinquième de la flotte de porte-conteneurs).

Demande en hausse

La congestion des routes maritimes, qui allonge les délais de livraison, s'explique aussi par l'explosion de la demande qui a suivi la levée des restrictions en Asie, puis en Europe, malgré les reconfinements ponctuels. Une demande soutenue par les plans massifs de relance des deux côtés de l'Atlantique, qui ont porté l'épargne des ménages à des niveaux inédits. 

Faute de pouvoir aller au cinéma, en vacances ou au restaurant, les consommateurs ont acheté des vélos d'appartement pour compenser la fermeture des salles de gym, des imprimantes et des ordinateurs pour le télétravail ou encore des jouets pour leurs enfants privés de distraction. 

Résultat, « nous sommes au septième mois d'une poussée des importations jamais vue, tirée par une demande sans précédent de la part des consommateurs américains », relevait récemment le directeur général du port de Los Angeles. 

Or qui dit pénurie dit flambée des prix - qu'il s'agisse des matières premières, des coûts de transport ou, in fine, des étiquettes. Un risque que les banquiers centraux surveillent attentivement. 

Une partie de la solution pourrait venir des consommateurs, s'ils acceptent de payer plus cher des produits plus respectueux des normes environnementales et sociales : « dans le monde de demain, on devrait voir - espérons-le - moins de ‘fast fashion’, moins de consumérisme, moins de packaging », avance Ian Goldin. « Mais c'est un processus lent et qui a lieu surtout dans les riches métropoles, comme Paris ou Londres », nuance-t-il. 


BMW révise à la baisse ses objectifs à cause du Moyen-Orient et du marché chinois

Le spécialiste de véhicules haut de gamme a vu son bénéfice net chuter de 23,1% au premier trimestre sur un an, à 1,7 milliard d'euros, notamment en raison des droits de douane américains. (AFP)
Le spécialiste de véhicules haut de gamme a vu son bénéfice net chuter de 23,1% au premier trimestre sur un an, à 1,7 milliard d'euros, notamment en raison des droits de douane américains. (AFP)
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  • Selon un communiqué, le groupe basé à Munich prévoit désormais une baisse "significative" de son bénéfice avant impôts, contre une baisse modérée auparavant, ainsi qu'un "léger" recul des livraisons contre une stagnation plus tôt
  • Sa marge opérationnelle devrait s'établir à un niveau très faible de 1 à 3%, et non dans une fourchette de 4 à 6% comme indiqué précédemment

BERLIN: Le constructeur automobile allemand BMW a annoncé mardi revoir à la baisse ses objectifs pour 2026, en raison du conflit au Moyen-Orient et des difficultés sur le marché chinois, et a laissé entendre qu'il pourrait bientôt instaurer un plan d'économies.

Selon un communiqué, le groupe basé à Munich prévoit désormais une baisse "significative" de son bénéfice avant impôts, contre une baisse modérée auparavant, ainsi qu'un "léger" recul des livraisons contre une stagnation plus tôt.

Sa marge opérationnelle devrait s'établir à un niveau très faible de 1 à 3%, et non dans une fourchette de 4 à 6% comme indiqué précédemment.

La dégradation du marché automobile chinois s’est encore accélérée au deuxième trimestre, notamment pour les segments non électrique, note le constructeur.

De plus, les prix de l'énergie demeurent élevés, dans le sillon de la guerre en Iran, et la confiance des consommateurs dans le monde est en berne.

Ces deux effets pèseront "significativement" sur les résultats au deuxième trimestre, prévient le groupe.

Par ailleurs, BMW va "intensifier et accélérer ses initiatives en cours de réduction des coûts" via des mesures de restructuration, qui ne sont néanmoins pas détaillées.

Celles-ci entraîneront un "impact ponctuel négatif" au deuxième semestre et auront des effets sur les prochaines années, prévient le constructeur.

Le spécialiste de véhicules haut de gamme a vu son bénéfice net chuter de 23,1% au premier trimestre sur un an, à 1,7 milliard d'euros, notamment en raison des droits de douane américains.

En mai, le patron de BMW Oliver Zipse notait une conséquence positive du conflit au Moyen-Orient sur l'activité: la hausse de la demande de véhicules électriques en Europe en réponse à la flambée du carburant.

Mais cela ne soulage pas pour autant l'industrie automobile allemande, pilier de la première économie européenne, qui est prise en tenaille entre la rude compétition chinoise et les droits de douane américains.


Carrefour s'engage à retirer 5.000 tonnes de plastique de ses rayons d'ici à 2030

Carrefour s'est engagé mardi à retirer 5.000 tonnes d'emballages plastique de ses magasins d'ici à 2030 au profit de matériaux plus durables et moins coûteux, et revendique avoir déjà enlevé "25.000 tonnes" de plastique de ses rayons depuis 2017. (AFP)
Carrefour s'est engagé mardi à retirer 5.000 tonnes d'emballages plastique de ses magasins d'ici à 2030 au profit de matériaux plus durables et moins coûteux, et revendique avoir déjà enlevé "25.000 tonnes" de plastique de ses rayons depuis 2017. (AFP)
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  • Carrefour veut aussi favoriser les "ventes de produits consignés" avec des prix "en moyenne 5% moins chers au litre que leur équivalent non réutilisable" et "plus de 1.000 références"
  • Objectif: 50 millions de bouteilles réutilisables ainsi commercialisées d'ici à 2030

PARIS: Bouteilles réutilisables, recharges pour les produits d'hygiène... Carrefour s'est engagé mardi à retirer 5.000 tonnes d'emballages plastique de ses magasins d'ici à 2030 au profit de matériaux plus durables et moins coûteux, et revendique avoir déjà enlevé "25.000 tonnes" de plastique de ses rayons depuis 2017.

Cette annonce survient dans "contexte de fortes tensions sur le prix et la disponibilité du plastique", dérivé du pétrole renchéri avec la guerre au Moyen-Orient, selon un communiqué du distributeur.

Le groupe compte ainsi économiser 5 millions d'euros qui seront réinvestis dans des baisses de prix pouvant aller jusqu'à 10%, est-il ajouté.

"La forte instabilité des marchés pétroliers et la hausse des éco-contributions (payées par les producteurs et distributeurs, NDLR) associées au prix des emballages ont entraîné une hausse de la tonne de plastique vierge de 50%", résume Carrefour.

Cinq actions sont prévues "dans des rayons" où le plastique reste "encore trop souvent la norme", avec l'objectif d"'initier une transformation complète" via de "nouveaux standards de marché", explique le groupe dirigé depuis 2017 par Alexandre Bompard.

Après de précédentes mesures de "déplastification" concernant les fruits et légumes, les piles, les ampoules et le textile, le distributeur promet de supprimer le suremballage plastique sur les lots promotionnels dès 2028 pour ses produits en marque propre et dès 2030 pour ceux des marques nationales.

Il entend réduire de 30% les emballages plastiques des produits d'hygiène et d'entretien "via le développement de format recharges en plastique recyclé, à un prix 10 à 20% moins cher" ou encore "de grands contenants", pour "2.000 tonnes de plastique" en moins.

Egalement au programme, un "emballage 100% papier" pour le papier hygiénique, pour une réduction de 1.500 tonnes.

Carrefour veut aussi favoriser les "ventes de produits consignés" avec des prix "en moyenne 5% moins chers au litre que leur équivalent non réutilisable" et "plus de 1.000 références". Objectif: 50 millions de bouteilles réutilisables ainsi commercialisées d'ici à 2030.

Enfin, de nouveaux emballages "associant boîte carton et fenêtre plastique" sont prévus pour les pâtisseries et viennoiseries "au rayon traditionnel".

Ces dernières semaines, des associations ont dénoncé l'omniprésence du plastique dans les supermarchés et leur recours encore trop faible à la consigne du verre pour réemploi.

Le gouvernement envisage par ailleurs la mise en place d'une consigne sur les bouteilles en plastique pour recyclage, objet d'une réunion de concertation mardi.


À Dubaï, L’Oréal accélère sa transition durable entre climat, économie circulaire et beauté inclusive

L’Oréal Middle East a réuni à Dubaï des représentants du gouvernement, des experts du développement durable et des partenaires de l’industrie à l’occasion du L’Oréal For the Future Summit 2026. (Photo: fournie)
L’Oréal Middle East a réuni à Dubaï des représentants du gouvernement, des experts du développement durable et des partenaires de l’industrie à l’occasion du L’Oréal For the Future Summit 2026. (Photo: fournie)
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  • L’Oréal Middle East a signé le UAE Climate-Responsible Companies Pledge avec le ministère du Changement climatique et de l’Environnement, consolidant son engagement en faveur de la stratégie Net Zero 2050 des Émirats arabes unis
  • Le groupe annonce l’extension de ses initiatives de beauté durable grâce au développement des solutions de recharge, tout en renforçant l’inclusion avec le don de plus de 30 dispositifs Lancôme HAPTA au centre Al Noor

DUBAÏ: L’Oréal Middle East a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de développement durable à l’occasion de la troisième édition du L’Oréal For the Future Summit, organisée dans ses bureaux récemment rénovés à Dubaï. Réunissant représentants gouvernementaux, experts du développement durable, partenaires du commerce de détail et acteurs de l’industrie, l’événement a été marqué par la signature du UAE Climate-Responsible Companies Pledge avec le ministère du Changement climatique et de l’Environnement (MOCCAE).

Cette signature formalise l’engagement de L’Oréal Middle East dans la stratégie nationale de décarbonation des Émirats arabes unis et dans l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Réalisée en présence de l’ingénieure Aisha Mohamed Al Abdooli, directrice du département du Développement vert et des Affaires environnementales au sein du ministère, cette initiative illustre la volonté du groupe d’inscrire ses actions climatiques dans un cadre mesurable et transparent. 

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L’ingénieure Aisha Mohamed Al Abdooli, directrice du département du Développement vert et des Affaires environnementales au ministère du Changement climatique et de l’Environnement des Émirats arabes unis, lors du L’Oréal For the Future Summit 2026 à Dubaï. (Photo: fournie)

Pour L’Oréal, les Émirats arabes unis occupent une place centrale dans le déploiement de ses initiatives environnementales. Le pays constitue aujourd’hui un laboratoire régional pour tester et accélérer des solutions de beauté durable conciliant impact environnemental et performance économique.

Le sommet s’est tenu dans les bureaux rénovés de L’Oréal Middle East à Dubaï, conçus pour refléter concrètement les ambitions du programme « L’Oréal For the Future ». Efficacité énergétique, pratiques de travail responsables et choix de matériaux durables font de cet espace un exemple tangible de la transformation environnementale engagée par le groupe.

Lors de l’événement, L’Oréal Middle East a également annoncé le renforcement prochain de ses partenariats avec plusieurs acteurs du commerce de détail afin d’étendre l’accès aux stations de recharge de produits de beauté à travers les Émirats arabes unis.

Après une première collaboration avec BinSina Pharmacy, de nouvelles alliances stratégiques doivent permettre d’accélérer l’adoption de modèles de consommation plus circulaires et de réduire les déchets plastiques. Les solutions rechargeables sont désormais disponibles dans l’ensemble des catégories du groupe, des soins de la peau aux parfums, en passant par le maquillage et les soins capillaires.

Parmi les exemples mis en avant, le parfum rechargeable Prada Paradoxe permet de réduire l’utilisation de matériaux de 44 % pour le verre, 67 % pour le plastique, 100 % pour les métaux et 61 % pour le carton, par rapport aux formats traditionnels.

Le groupe indique également que l’ensemble de ses supports promotionnels en point de vente sont désormais éco-conçus, tandis qu’un travail est mené avec les fournisseurs pour mesurer et réduire les émissions de CO₂ tout au long de la chaîne de valeur.

Au-delà de ses ambitions environnementales, L’Oréal Middle East a réaffirmé son engagement en faveur de l’inclusion. Dans ce cadre, l’entreprise a annoncé le don de plus de 30 dispositifs Lancôme HAPTA au centre de formation Al Noor.

Présenté comme le premier applicateur de maquillage informatisé portable au monde, HAPTA a été développé pour accompagner les personnes souffrant de troubles de la motricité, d’arthrite, de la maladie de Huntington ou de séquelles liées à un accident vasculaire cérébral. Grâce à ses capteurs avancés et à sa technologie de stabilisation du mouvement, l’appareil facilite l’accès au maquillage et favorise l’autonomie des utilisatrices.

« La signature du UAE Climate-Responsible Companies Pledge démontre notre volonté de contribuer concrètement à l’ambitieux programme de durabilité des Émirats arabes unis. L’expansion de nos initiatives de recharge et de nos partenariats dans le commerce de détail permettra également de rendre les choix de beauté durable plus accessibles à un plus grand nombre de consommateurs », a déclaré Laurent Duffier, directeur général de L’Oréal Middle East.

À travers ce sommet, L’Oréal Middle East entend démontrer que leadership environnemental, innovation et croissance économique peuvent avancer de concert, tout en accélérant la transition vers une industrie de la beauté plus responsable dans la région.