Prague menace d'expulser tous les diplomates russes

«Je suis prêt à tout. Même à repartir de zéro. Ce qui signifie que nous les renverrions tous chez eux», a déclaré le ministre des Affaires étrangères et de l'Intérieur, Jan Hamaceka, exhortant les pays de l'Union européenne et de l'Otan à «une action collective» en signe de solidarité avec Prague. (Photo, AFP)
«Je suis prêt à tout. Même à repartir de zéro. Ce qui signifie que nous les renverrions tous chez eux», a déclaré le ministre des Affaires étrangères et de l'Intérieur, Jan Hamaceka, exhortant les pays de l'Union européenne et de l'Otan à «une action collective» en signe de solidarité avec Prague. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 21 avril 2021

Prague menace d'expulser tous les diplomates russes

  • Prague a accusé les services secrets russes d'avoir orchestré une explosion mortelle sur le territoire tchèque en 2014
  • Les auteurs présumés ont été identifiés comme étant deux agents russes soupçonnés par Londres dans une affaire d'empoisonnement

PRAGUE: La République tchèque a menacé mardi d'expulser tous les diplomates russes, accusant Moscou d'une «attaque terroriste sans précédent» sur son territoire en 2014 et en appelant à la solidarité de l'Otan et de l'UE.

«Je suis prêt à tout. Même à repartir de zéro. Ce qui signifie que nous les renverrions tous chez eux», a déclaré le ministre des Affaires étrangères et de l'Intérieur, Jan Hamacek, sur Facebook.

Le Parlement tchèque a entériné mardi soir cette prise de position, appelant le gouvernement à «réinitialiser les relations avec la Fédération de Russie et à réduire de manière significative les effectifs des diplomates à l'ambassade de Russie en application du principe de réciprocité».

Jan Hamacek a quant à lui fait savoir qu'il allait convoquer mercredi l'ambassadeur russe Alexandre Zmeïevski pour lui signifier de nouvelles mesures après l'expulsion de 18 diplomates russes considérés par Prague comme des agents secrets, à laquelle Moscou a répondu en expulsant 20 diplomates tchèques.

Il a exhorté les pays de l'Union européenne et de l'Otan à «une action collective» avec l'expulsion de diplomates russes en signe de solidarité avec Prague.

«L'ambassadeur de la République tchèque a informé le Conseil de l'Atlantique nord (les ambassadeurs des pays de l'Otan) et les Alliés vont organiser des consultations avec le ministre tchèque des Affaires étrangères dans le courant de la semaine», a annoncé mardi soir un responsable de l'Alliance.

«Les Alliés de l'Otan sont solidaires face au comportement déstabilisateur dangereux de la Russie», a-t-il ajouté. 21 des 27 pays de l'UE sont membres de l'Otan.

Prague a accusé les services secrets russes d'avoir orchestré une explosion mortelle sur le territoire tchèque en 2014. Les auteurs présumés ont été identifiés comme étant les deux agents russes soupçonnés par Londres dans l'empoisonnement de l'ancien agent double russe Sergueï Skripal en 2018.

Le Premier ministre tchèque Andrej Babis a déclaré que l'explosion avait été «une attaque terroriste sans précédent» dans son pays.

Un général du GRU russe

Citant un rapport des services de renseignement, le gouvernement tchèque a affirmé samedi que des agents du GRU, le renseignement militaire russe, avaient été impliqués dans l'explosion d'un dépôt de munitions à Vrbetice, dans l'est de la République tchèque, en octobre 2014. 

Cette explosion avait entraîné la mort de deux personnes et provoqué d'importants dégâts matériels.

La police tchèque a pour sa part déclaré rechercher pour leur rôle présumé dans cette explosion deux hommes porteurs de passeports russes aux mêmes noms que les suspects de la tentative d'empoisonnement au Novitchok de l'ex-agent double Sergueï Skripal à Salisbury, en Grande-Bretagne, en 2018. 

Andrej Babis a déclaré lundi que les munitions ciblées dans l'explosion appartenaient à un marchand d'armes bulgare qui vendait selon lui probablement des armes à des entités luttant contre la Russie. 

L'attaque a eu lieu en 2014, après que la Russie avait annexé la péninsule ukrainienne de Crimée et qu'un conflit avait éclaté entre les forces ukrainiennes et des rebelles soutenus par la Russie dans l'est de l'Ukraine.

L'hebdomadaire tchèque Respekt, en collaboration avec d'autres médias, dont le site d'information Bellingcat, a affirmé lundi que six agents du GRU, dont le chef de l'unité 29155 du renseignement militaire russe, le général Andreï Averianov, étaient impliqués dans l'explosion.

«Pour le moment, nous ne connaissons que deux événements impliquant (Andreï) Averianov en dehors de la Russie et compte tenu de sa position élevée au sein du GRU, cela suggère qu'ils ont dû être importants pour le gouvernement russe», a écrit Respekt. 

Selon le magazine, l'explosion en République tchèque était l'un d'entre eux.  

M. Babis a également affirmé lundi que l'attaque contre le dépôt des munitions avait été mal préparée, car le matériel militaire était selon lui censé exploser en route vers la Bulgarie et non sur le territoire tchèque. 

Le marchand d'armes bulgare, la société Emco appartenant à l'entrepreneur Emilian Gebrev, a nié tout accord impliquant le dépôt à ce moment-là. 

M. Gebrev lui-même a été victime d'une tentative d'empoisonnement avec un agent neurotoxique en 2015 dans la capitale bulgare Sofia, et une enquête pour sa tentative de meurtre est en cours.


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

 

 


Des pourparlers indirects en cours entre les États-Unis et l’Iran, dit le Pakistan

Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar. (AFP)
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  • M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais du Pakistan"
  • "Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X

ISLAMABAD: Des négociations indirectes sont en cours pour mettre fin à la guerre en Iran et Islamabad joue le rôle d'intermédiaire, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Ishaq Dar.

M. Dar, qui est également vice-Premier ministre, a qualifié les spéculations sur des "pourparlers de paix" d’"inutiles", ajoutant : "En réalité, des discussions indirectes entre les États-Unis et l’Iran ont lieu par le biais de messages transmis par le Pakistan".

"Dans ce contexte, les États-Unis ont transmis 15 points, qui sont actuellement examinés par l'Iran", a-t-il poursuivi sur X.

"Des pays frères comme la Turquie et l'Égypte, entre autres, apportent également leur soutien à cette initiative", a-t-il ajouté.

Les déclarations de M. Dar constituent la première confirmation officielle de la part d'Islamabad que le Pakistan joue un rôle de facilitateur.

Islamabad a été présenté comme un médiateur potentiel, compte tenu de ses liens anciens avec l’Iran voisin et avec les États-Unis, ainsi que de son réseau de contacts dans la région.

Le Premier ministre Shehbaz Sharif et M. Dar sont tous deux en contact régulier avec de hauts responsables du gouvernement iranien, ainsi qu'avec leurs alliés du Golfe, notamment l’Arabie saoudite.

Le puissant chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, est lui aussi impliqué dans ces efforts diplomatiques et a parlé au président américain Donald Trump dimanche dernier, ont indiqué des responsables.

Mais le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a maintenu que l'Iran n'avait "pas l'intention de négocier" et comptait "continuer à résister".

L'Iran veut "mettre fin à la guerre à ses propres conditions", a-t-il souligné. "Parfois, des messages peuvent être transmis (...) mais ça ne peut en aucun cas être qualifié de dialogue ni de négociation".