Attaque de Rambouillet: la France rend hommage à la policière tuée

La maire de Rambouillet, Véronique Matillon prononce un discours à côté de la ministre de la Citoyenneté Marlene Schiappa , le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et le président du Sénat Gerard Larcher lors d'un hommage à Stéphanie Monfermé le 26 avril 2021. (AFP)
La maire de Rambouillet, Véronique Matillon prononce un discours à côté de la ministre de la Citoyenneté Marlene Schiappa , le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et le président du Sénat Gerard Larcher lors d'un hommage à Stéphanie Monfermé le 26 avril 2021. (AFP)
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Publié le Lundi 26 avril 2021

Attaque de Rambouillet: la France rend hommage à la policière tuée

  • Lundi, citoyens et forces de l'ordre rendent hommage à Stéphanie Monfermé, l'agente administrative assassinée vendredi
  • Trois jours après le choc, les habitants de cette commune paisible et cossue de 26 000 âmes au sud-ouest de Paris sont appelés à se réunir à 17h30 devant l'Hôtel de Ville pour un "moment de recueillement (...) sobre"

RAMBOUILLET: Un millier de personnes à Rambouillet, près de Paris, et des policiers rassemblés devant les commissariats de plusieurs villes de France: lundi, des hommages ont été rendus à Stéphanie Monfermé, l'agente administrative assassinée vendredi par un Tunisien de 36 ans radicalisé. 

Dans son discours prononcé sur les marches de l'Hôtel de Ville, la maire de Rambouillet Véronique Matillon a loué « la femme exceptionnelle » qu'était Stéphanie Monfermé qui « a consacré sa vie » aux « autres ». A ses côtés, les filles et l'époux de la victime ainsi que des reprèsentants de l'Etat.  

« Nous ne fléchirons pas devant une telle abomination », a promis la maire qui a passé sa main avec compassion sur le dos de la plus jeune des filles de la victime, en larmes. 

Trois jours après le choc, plus d'un millier de personnes ont salué la mémoire de Stéphanie Monfermé, même si « ça ne rendra pas leur mère à ses filles », soupire Claire Auber, retraitée de 72 ans. 

A l'appel notamment d'un syndicat de police, des fonctionnaires se sont également rassemblés lundi devant les commissariats dans plusieurs villes de France.  

Devant l'hôtel de police de Marseille (Sud), une cinquantaine d'agents ont marqué leur soutien, a constaté une journaliste de l'AFP.  

Comme tous les collègues de la victime, René Tardiff, agent administratif qui a côtoyé durant 26 ans Stéphanie Monfermé au sein du commissariat de Rambouillet, doit reprendre mardi le chemin du travail.  

Sans sa collègue originaire de la Manche (Nord) qu'il décrit comme « discrète, souriante, investie ». Une « passionnée » de danse country, mariée à un boulanger et mère de deux filles de 13 et 18 ans. 

« Je suis parti vendredi (23 avril) à midi », relate-t-il, « j'ai dit à Stéphanie 'Bonnes vacances et au 4 mai !' car elle partait en congés la semaine d'après ». 

Tout a basculé quelques heures après le départ de René, à 14H25. 

DES POLICIERS «INQUIETS » QUI SE SENTENT «CLAIREMENT VISÉS »

Maria, 37 ans à Paris 

« On n'a pas de mot : on est rentré chez nous pour nous faire du mal », confie cette policière qui travaille dans un service d'investigation et dont le prénom a été modifié. « On est inquiets, mais on n'a pas peur. Je suis inquiète pour ma famille, mes enfants, mon mari. On sait à quelle heure on part le matin, mais on ne sait pas si on les reverra le soir.  

Mais, ça renforce ma détermination. Je sais encore plus pourquoi je suis là. Je suis là pour aider la population. On a fait le choix de ce métier pas pour être des héros, mais parce que la société a besoin de policiers ». 

Céline, 40 ans à Nantes  

« On n'est jamais complètement en sécurité. Aujourd'hui, qu'on fasse notre métier ou un autre métier, on voit bien que tout le monde peut être touché. On a vu des professeurs, on voit des policiers, on voit des personnes lambda qui font des métiers au quotidien moins risqués que le nôtre finalement, donc oui, on se sent en danger, de plus en plus, évidemment, puisque là on est clairement visés ».  

Marc, dans les Yvelines  

« Depuis vendredi, j'ai l'impression que le commissariat est devenu une cible », explique ce membre de la compagnie départementale d'intervention des Yvelines et dont le prénom a été modifié.  

« C'est la psychose générale qui va recommencer (...) Maintenant, on fait tous attention dès qu'on descend de nos véhicules (...) Et par rapport à nos domiciles, on est beaucoup plus discrets. 

Avant Magnanville (où un couple de fonctionnaires de police a été tué à coups de couteau en juin 2016, ndlr) je sortais en panaché, je mettais un blouson et j'avais ma tenue en dessous. Aujourd'hui je rentre toujours en civil complet, même si ça me soule, qu'il est deux heures du matin, je prends plus le risque de rentrer en policier. Ma famille cache que je suis dans la police, je dis que je travaille dans le sport. »  

 Une adjointe administrative à Toulouse 

« Ça a été un choc très violent d'apprendre sa mort. Malheureusement, c'est quelque chose qu'on redoute tous, au même titre que les actifs (qui sont sur le terrain, ndlr), même si on n'est pas en uniforme, on peut tout de même être ciblé. La preuve en est, depuis vendredi... Heureusement, j'essaie de ne pas y penser chaque matin en me levant, mais c'est quelque chose qu'on a au fond de l'esprit. » 

Un policier à Lyon 

« Ce type de drame nous enterre chaque jour un peu plus. On n'attend plus rien des politiques, on ne croit plus en rien. On est nombreux à vouloir quitter la voie publique, voire carrément la police » 

« On sait que c'est un métier dangereux, mais on a quoi comme reconnaissance? Je suis policier parce que j'ai une famille à nourrir, mais j'ai envie de quitter le métier ». 

 

Radicalisation « peu contestable »  

Lorsque Stéphanie Monfermé regagne le commissariat après avoir régularisé le disque de stationnement de son véhicule, elle est agressée par un homme qui s'« engouffre derrière elle dans le sas » d'entrée, a décrit dimanche le procureur antiterroriste, Jean-François Ricard. 

Il lui a alors porté deux coups de couteau « à l'abdomen et à la gorge » et selon des témoins, a crié « Allah Akbar ». 

La fonctionnaire, qui n'était pas armée, est décédée sur place malgré l'intervention des pompiers. 

L'assaillant, abattu par un policier, a été identifié comme Jamel Gorchene, un Tunisien de 36 ans, à la radicalisation « peu contestable » et présentant « certains troubles de la personnalité », selon M. Ricard, qui a décrit l'attaque comme « la 17e action terroriste islamiste commise en France depuis 2014 contre les forces de l'ordre ». 

Vendredi et samedi, quatre personnes ont été placées en garde à vue: le père de Jamel Gorchene, qui habitait avec lui à Rambouillet, un couple habitant dans le Val-de-Marne (région parisienne) qui le domiciliait administrativement et un autre cousin. Dimanche, un autre de ses cousins a également été placé en garde à vue. 

Le couple a été relâché dimanche en fin de journée « sans poursuite à ce stade », selon une source judiciaire. 

Jamel Gorchene, chauffeur-livreur, était dépourvu de casier judiciaire et inconnu des services de renseignement et de la justice. Mais son mode opératoire correspond aux appels récurrents du groupe Etat islamique à s'attaquer aux forces de l'ordre. 

UNE NOUVELLE LOI ANTITERRORISTE PRÉSENTÉE MERCREDI DANS UN CONTEXTE SÉCURITAIRE ALOURDI

Le texte était « dans les tuyaux » avant l'attaque de Rambouillet mais tombe à point nommé pour le gouvernement: Gérald Darmanin présente mercredi en Conseil des ministres un projet de loi qui entérine et renforce des mesures déjà expérimentées en matière de renseignement et d'antiterrorisme. 

La coïncidence est « bien triste » mais « la dernière réunion d'arbitrage était concomitante à l'attentat » vendredi après-midi, confie à l'AFP un conseiller ministériel. 

Son inscription à l'ordre du jour du Conseil des ministres dès ce mercredi, une semaine après l'avis rendu par le Conseil d'Etat, était actée « depuis plusieurs jours », assure une source proche de l'exécutif, balayant la suspicion d'une accélération du calendrier après le drame survenu dans les Yvelines. 

Un an avant l'élection présidentielle, et alors que la sécurité fait partie - après la santé et la crise sanitaire - des principales préoccupations des Français selon les sondages, ce projet de loi est l'une des briques de l'exécutif dans sa riposte aux attaques de l'opposition sur ce terrain, émanant notamment de Xavier Bertrand et de Marine Le Pen, candidats déclarés à la course à l'Elysée. 

Ce meurtre au couteau d'une agente administrative par un Tunisien radicalisé, perpétré au sein-même d'un commissariat, alourdit la charge politique et symbolique d'un texte qui s'ajoute à la vingtaine de lois antiterroristes promulguées en France depuis 1986. 

« L'hydre islamiste est toujours très présente », ce qui justifie de continuer « à renforcer nos moyens pour lutter contre une menace qui évolue », a plaidé Gérald Darmanin dans le Journal du dimanche. 

Ce texte porté par le ministre de l'Intérieur n'est, pour l'essentiel, que le toilettage d'un arsenal de dispositions déjà existantes mais que l'exécutif voulait graver dans le marbre législatif. 

Fort de 19 articles, il vise principalement à conférer « un caractère permanent » aux mesures expérimentées dans le cadre de la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (Silt) votée en octobre 2017 pour sortir de l'état d'urgence en vigueur après les attentats de 2015, explique-t-on au ministère de l'Intérieur. 

Arrêter avec la « naïveté » 

Il s'agit-là des « visites domiciliaires » - les anciennes perquisitions administratives -, des mesures individuelles de contrôles (Micas) - ex-assignations à résidence -, de l'instauration de périmètres de sécurité et de la fermeture de lieux de culte. 

Le projet de loi apporte aussi de nouveaux outils et durcit certaines dispositions.  

Ainsi, les personnes condamnées à au moins cinq ans ferme (ou trois ans en récidive) pour terrorisme pourront faire l'objet de contraintes administratives « jusqu'à deux ans » après leur sortie de prison, contre un an aujourd'hui.  

Cette mesure peut être vue comme la réponse à la censure l'été dernier par le Conseil constitutionnel de l'essentiel d'une proposition de loi LREM prévoyant des « mesures de sûreté » pour les détenus terroristes sortant de prison. 

Le gouvernement souhaitait que les « visites domiciliaires », que Gérald Darmanin avait intensifiées après la décapitation de Samuel Paty en octobre 2020, puissent être menées en cas de simple « menace grave » et non plus en cas de menace d'une « particulière gravité », mais a choisi d'y renoncer après l'avis du Conseil d'Etat. 

Sur le volet renseignement, une révision de la loi de juillet 2015 est nécessaire face à « l'évolution des technologies et des modes de communication, qui se caractérisent, en particulier, par l'utilisation croissante d'outils de communication chiffrés », souligne-t-on au ministère.  

Ainsi, la durée autorisée pour recueillir des données informatiques sera portée à deux mois et les interceptions de correspondances échangées par voie satellitaires seront facilitées. 

Enfin et surtout, le texte propose que la technique controversée de l'algorithme, introduite dans la loi de 2015 et qui permet le traitement automatisé des données de connexion pour détecter les menaces, soit pérennisée, dans le respect du droit européen. 

Interrogé dans le JDD sur le risque d'atteinte aux libertés individuelles, Gérald Darmanin a demandé d'arrêter avec la « naïveté ». « Toutes les grandes entreprises utilisent des algorithmes. Et il n'y aurait que l’Etat qui ne pourrait pas les utiliser ? » 

Le projet de loi, dont la promulgation doit aboutir avant la fin juillet, promet de vifs débats au Parlement comme dans la rue, où il risque de provoquer une nouvelle levée de boucliers des défenseurs des libertés publiques. 

ANTITERRORISME: NUÑEZ PRÔNE UN «MEILLEUR PARTAGE D'INFORMATIONS» AVEC LA PSYCHIATRIE

Le coordonnateur national du renseignement, Laurent Nuñez, a souhaité lundi un « meilleur partage d'informations » entre les services de renseignement et de la psychiatrie dans la lutte antiterroriste, après l'attaque de Rambouillet par un assaillant présentant des « troubles de la personnalité ». 

« Nous travaillons avec le monde de la psychiatrie, il y a des réflexions qui sont en cours. L'idée qui est la nôtre, c'est qu'on pourrait avoir un meilleur partage d'informations », a expliqué M. Nuñez sur France Inter. 

Quand un individu « manifestement est sous l'emprise de la radicalisation religieuse, (...) consulte un psychiatre et fait état par ailleurs de troubles psychiatriques, on a la faiblesse de penser (...) qu'il serait utile peut-être que des services de renseignement puissent bénéficier » de ces informations, a ajouté l'ancien directeur général de la sécurité intérieure (DGSI). 

« Certains individus, qui peuvent être fragiles, avoir des troubles psychologiques à un moment de leur vie, sont sans doute plus influençables et plus perméables à ce genre de thèse et nous serions bien irresponsables de ne pas nous attaquer à ce problème », a-t-il ajouté. 

Jamel Gorchene, le Tunisien qui a tué au couteau vendredi Stéphanie M., agente administrative au commissariat de Rambouillet (Yvelines), avait bénéficié à sa demande de deux consultations psychiatriques le 19 et le 23 février, sans qu'elles débouchent sur une hospitalisation ou un traitement.  

Son père, actuellement en garde à vue avec deux cousins de l'assaillant, avait constaté « des troubles de comportement chez son fils en début d'année », selon le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard, et des membres de sa famille en Tunisie ont évoqué une « dépression ». 

Le projet de loi antiterroriste présenté mercredi par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin propose que les préfets, responsables du suivi des personnes radicalisées dans leur département, soient désormais également destinataires des informations relatives à leur prise en charge psychiatrique. 


Le repas à un euro pour tous les étudiants généralisé lundi

Des personnes déjeunent dans un restaurant du Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) où des repas à un euro sont servis aux étudiants le 9 février 2021 à Paris. (AFP)
Des personnes déjeunent dans un restaurant du Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) où des repas à un euro sont servis aux étudiants le 9 février 2021 à Paris. (AFP)
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  • À partir de lundi, tous les étudiants pourront bénéficier d’un repas à 1€ dans les restaurants universitaires, une mesure intégrée au budget 2026 pour soutenir le pouvoir d’achat et lutter contre la précarité étudiante
  • Malgré un financement de 50 millions d’euros, des inquiétudes persistent sur la capacité des Crous (risque de saturation, manque de personnel) et sur l’accès équitable pour tous les étudiants

PARIS: Tous les étudiants, quels que soient leurs revenus, pourront manger dans les restaurants universitaires pour un euro seulement à partir de lundi, une mesure réclamée par les organisations étudiantes et intégrée au budget 2026 comme une concession du gouvernement aux députés socialistes.

Le repas à un euro dans les restaurants gérés par les Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous) existe déjà pour les étudiants boursiers et en difficulté financière. Les autres étudiants payaient jusqu'à présent 3,30 euros - ils avaient bénéficié provisoirement des repas à un euro pendant le Covid.

Alors en quête d'un compromis sur le budget 2026 pour éviter la censure, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait annoncé en janvier plusieurs mesures en faveur du pouvoir d'achat réclamées par le Parti socialiste, dont le repas à un euro. Une mesure réclamée par les organisations étudiantes pour lutter contre la précarité des étudiants.

Pour 2026, 50 millions d'euros sont alloués, pour compenser le manque à gagner - le coût réel d'un repas est d'environ 8 à 9 euros -, recruter des agents et investir dans le matériel de restauration.

En plus des 7.500 agents qui travaillent dans les quelque 800 points de vente, les Crous pourront recruter 204 emplois équivalents temps plein (ETP), un chiffre calculé sur une affluence de 12% d'étudiants non boursiers en plus.

Insuffisant pour Raymond Rivière, secrétaire fédéral de la CFDT et représentant syndical au Crous d'Amiens-Picardie. Il dénonce une "intensification du travail" des agents.

- "Risque de saturation" ? -

Le plus grand défi, c'est le "risque de saturation", que ce soit au niveau de la capacité d'accueil, de la quantité de repas à servir, des files d'attente, de la zone de stockage disponible, a rappelé la présidente du Cnous, Bénédicte Durand, lors d'un déplacement au restaurant universitaire "l'Amazone", de l'université de Bordeaux à Talence.

A cause des emplois du temps, plus de 50% des passages en caisse au niveau national ont lieu entre 12h00 et 13h00, alors que les files d'attente sont déjà fréquentes devant les Crous et le personnel parfois sous tension.

"Le public boursier, pour moi, reste un public prioritaire. Je pense qu'il faut vraiment veiller (...) à ce qu'il n'y ait pas d'effet d'éviction des boursiers", avait insisté lors d'un déplacement en Seine-Saint-Denis en février le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste. Il visitera lundi le Crous d'Amiens.

Cette généralisation du repas à un euro, au mois de mai, intervient en période creuse. Les prochaines semaines pourraient servir de test avant la rentrée universitaire à l'automne, lorsque la fréquentation est plus élevée.

"Je n'ai pas un énorme budget pour vivre, je venais environ une fois par semaine manger au Crous, mais là clairement à un euro le repas, c'est imbattable", a témoigné auprès de l'AFP Juliette, étudiante en sciences de la vie à Bordeaux.

Suzanne Nijdam, présidente de la Fage, première organisation étudiante, salue auprès de l'AFP la mise en place de cette mesure, qu'elle espère pérennisée au delà de 2026, mais regrette une enveloppe "insuffisante pour couvrir pleinement les besoins".

"Des étudiants, notamment en santé, sont tellement loin des sites universitaires classiques que tout le monde aura du mal à vraiment bénéficier de ce tarif", craint-elle.

Même inquiétude du côté de l'Union étudiante: "faute de moyens, les Crous mettent en place des mécanismes de compensation qui viennent tarir cette avancée pour les droits étudiants", comme ceux de Rennes ou Mulhouse qui ont "annoncé mettre fin au dispositif du repas à emporter".

"L'effectivité de la mesure", pour les étudiants sur les sites dépourvus de restaurant gérés par les Crous, "est une vraie question", abonde Nicolas Oget, co-coordinateur du réseau des vices-présidents d'université chargés de la vie étudiante.

En 2025, les structures gérées par les Crous ont servi plus de 44 millions de repas (+1,4 % par rapport à 2024) dont la moitié au bénéfice des étudiants boursiers et précaires.


1er-Mai en France: des boulangeries ouvertes, les hausses de salaires au coeur des manifestations

Des personnes participent à un rassemblement du 1er mai à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs à Paris, le 1er mai 2026. (AFP)
Des personnes participent à un rassemblement du 1er mai à l’occasion de la Journée internationale des travailleurs à Paris, le 1er mai 2026. (AFP)
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  • Des dizaines de milliers de manifestants ont défilé en France pour réclamer des hausses de salaires et défendre le caractère férié du 1er-Mai
  • La polémique s’est intensifiée autour du travail autorisé dans certaines boulangeries et fleuristes, soutenu par le gouvernement de Sébastien Lecornu, malgré l’opposition des syndicats et des contrôles de l’inspection du travail

PARIS: Syndicats et manifestants ont défilé vendredi partout en France pour des hausses de salaires sur fond de guerre au Moyen-Orient et contre la remise en cause du caractère férié et chômé du 1er-Mai, en ce jour où de nombreux boulangers et fleuristes ont fait travailler leurs salariés avec le soutien de l'exécutif.

Entre 158.000 et plus de 300.000 personnes - selon la police et le syndicat CGT, respectivement -, ont défilé dans le pays. Une participation conforme à celle de l'année passée pour ce 1er-Mai qui tombait pendant les vacances scolaires de certaines régions.

A Paris, où des slogans dénonçaient aussi la guerre en Iran, la mobilisation a été moindre qu'en 2025: de 24.000 selon la police à 100.000 selon la CGT (contre 32.000 l'année dernière, selon les autorités).

"Ce n'est pas le vol du 1er-Mai qu'il faut mettre à l'ordre du jour du Parlement. C'est un grand plan pour l'augmentation des salaires", a estimé la numéro un de la CGT Sophie Binet, en tête du cortège parisien.

Mme Binet a demandé vendredi dans une lettre au Premier ministre Sébastien Lecornu une hausse du salaire minimum de 5% et une indexation des salaires sur les prix.

Son homologue du syndicat CFDT Marylise Léon réclame, elle, une augmentation du salaire minimum en raison de l'inflation mais aussi "des négociations dans les différentes branches professionnelles".

- "Travail dissimulé" -

Pour montrer leur soutien aux boulangers qui veulent faire travailler leur salariés - une tolérance selon le gouvernement en ce 1er-Mai, sous réserve de volontariat et de salaire doublé - Sébastien Lecornu s'est rendu dans une boulangerie en Haute-Loire (sud-est) et son prédécesseur Gabriel Attal - leader du parti macroniste Renaissance - est brièvement passé derrière le comptoir d'une autre à Vanves, commune de la banlieue parisienne où il est élu.

"C'est une provocation passible de deux amendes", a relevé l'inspectrice du travail et responsable CGT Céline Clamme. "L'une pour travail le 1er-Mai, l'autre pour travail dissimulé puisque le bénévolat n'est pas autorisé dans une entreprise à but non-lucratif."

"On a raisonné comme un 1er-Mai classique, il n'y a pas de flou, le droit n'a pas changé", a affirmé cette fonctionnaire, mentionnant des contrôles dans plusieurs départements français.

Sébastien Lecornu a aussi parlé au téléphone avec un boulanger de l'Isère (sud-est) contrôlé par l'inspection du travail après avoir ouvert sa boutique avec ses salariés, Gabriel Attal notant dans Le Figaro que si la proposition de loi qu'il portait avait été adoptée, "il n’y aurait pas de verbalisation".

Devant le rejet unanime des syndicats, le gouvernement a écarté une proposition de loi de Gabriel Attal visant à élargir le travail salarié en ce seul jour obligatoirement férié et chômé: il a recentré le débat sur les seuls artisans boulangers et les fleuristes, sous réserve d'accords dans ces branches, à travers un nouveau projet de loi. Mais la nouvelle règlementation ne sera pas en vigueur, le cas échéant, avant l'année prochaine.

Sébastien Lecornu a confirmé qu'il y avait eu des contrôles, sans en préciser le nombre. "Les contrôles, c'est normal. Y compris parce qu'il y a des conditions, notamment le volontariat du salarié, et ça c'est pas négociable."

- "On n'a pas hésité" -

Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou avait appelé mercredi à "l'intelligence collective", assurant n'avoir donné aucune instruction aux inspecteurs du travail.

La grande majorité des 308 cortèges se sont déroulés pacifiquement.

Pour Bernard Gaillard, employé chez l'avionneur Airbus croisé dans le cortège à Nantes (ouest), "on peut acheter son pain la veille, on devrait y arriver, une fois, une journée dans l'année, quand même!"

Vendredi, un certain flou régnait dans les rues où quelques supérettes de chaînes à Paris et dans l'agglomération de Bordeaux (sud-ouest) étaient ouvertes malgré l'interdiction, a constaté l'AFP.

"On n'a pas hésité une seule seconde à ouvrir. Il n'y a aucune logique à ce que des fast-foods puissent ouvrir et les boulangeries non", a témoigné Morgane, responsable d'une boulangerie à Mérignac, près de Bordeaux, qui a n'a pas voulu donner son nom complet.

Pour Elisa Brugère, vendeuse chez un fleuriste à Bordeaux, "c'est très important de travailler" en ce jour où les Français offrent du muguet. "En plus, on est payé double, ça fait une petite compensation."

Le président de la Confédération nationale de la boulangerie et de la boulangerie-pâtisserie française, Dominique Anract, a assuré que "70% des boulangeries" étaient ouvertes vendredi.


Ormuz: le projet de coalition voulue par Trump "pas concurrent" de l'initiative franco-britannique (Barrot)

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’exprime lors de la 11e Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) au siège des Nations unies à New York, le 27 avril 2026. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’exprime lors de la 11e Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) au siège des Nations unies à New York, le 27 avril 2026. (AFP)
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  • La France et le Royaume-Uni avancent sur une mission « neutre » pour sécuriser le détroit d’Ormuz, que Jean-Noël Barrot juge complémentaire — et non concurrente — du projet de coalition mené par les États-Unis
  • Malgré une trêve, le détroit reste sous tensions avec un double blocus américano-iranien, perturbant l’économie mondiale et faisant grimper les prix du pétrole au-delà de 125 dollars le baril

ABOU DHABI: Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a affirmé vendredi que le projet américain d'une coalition pour rouvrir le stratégique détroit d'Ormuz ne viendrait pas concurrencer une mission que la France et le Royaume-Uni veulent mettre en place.

Avant le début de la guerre opposant les Etats-Unis et Israël à l'Iran, le 28 février, un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde passait par le détroit.

Alors qu'une trêve est en vigueur depuis le 8 avril, ce passage reste soumis à un double blocus américain et iranien, secouant l'économie mondiale.

S'exprimant à Abou Dhabi à l'issue d'une tournée régionale, M. Barrot a indiqué avoir informé ses alliés du Golfe de l'initiative franco-britannique, désormais à un stade "avancé".

M. Barrot a estimé que le projet américain n'était pas "de même nature" que celui initié par la France et le Royaume-Uni, auquel "plusieurs dizaines" de pays ont annoncé qu'ils contribueraient "certainement".

Il s'inscrit "dans une forme de complémentarité" et n'est "pas concurrent" de l'initiative franco-britannique.

Mi-avril, plusieurs pays "non-belligérants", dont la France et le Royaume-Uni, s'étaient dits prêts à mettre en place "une mission neutre" de sécurisation du détroit.

L'objectif est "d'accompagner et sécuriser les navires marchands qui transiteront dans le Golfe", a déclaré le président français Emmanuel Macron. Le Premier ministre britannique Keir Starmer avait parlé d'une force "pacifique et défensive".

Jeudi, un responsable du département d'Etat américain a indiqué que l'administration américaine avait demandé à ses ambassades de convaincre ses alliés de rejoindre une coalition internationale chargée de sécuriser Ormuz.

Le "Mécanisme de liberté maritime" (MFC) prendra "des mesures pour garantir un passage en toute sécurité, notamment en fournissant des informations en temps réel, des conseils en matière de sécurité et une coordination", a expliqué ce responsable.

Un haut responsable américain a indiqué mercredi que la Maison Blanche envisageait de poursuivre son blocus des ports iraniens "pendant des mois si nécessaire", alors que les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis visant à obtenir une fin durable de la guerre, sont au point mort.

En réaction, le pétrole a bondi jeudi à plus de 125 dollars le baril.