Liban: L'Aïd dans le plus grand dénuement

Un volontaire distribue de la nourriture aux personnes dans le besoin à l'organisation Lebanese Grassroots dans le quartier de Mar Mikhael à Beyrouth, qui a été durement touché par l'explosion du port l'année dernière, le 24 mars 2021. (ANWAR AMRO / AFP)
Un volontaire distribue de la nourriture aux personnes dans le besoin à l'organisation Lebanese Grassroots dans le quartier de Mar Mikhael à Beyrouth, qui a été durement touché par l'explosion du port l'année dernière, le 24 mars 2021. (ANWAR AMRO / AFP)
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Publié le Mercredi 12 mai 2021

Liban: L'Aïd dans le plus grand dénuement

  • «Le ramadan a toujours été une occasion de se retrouver en famille, de recevoir frères, sœurs et parents. Cela n’est plus le cas actuellement»
  • «J’ignore comment je parviens tous les soirs à mettre de la nourriture sur ma table. Cela relève du miracle»

BEYROUTH: Tous les après-midi du mois du ramadan, Amina, 50 ans, mère de 8 enfants, habitant Nabaa, un bidonville au nord de Beyrouth, se rend chez un marchand des quatre-saisons situé non loin de chez elle. Amina cherche dans diverses caisses des légumes invendus, à moitié pourris, que le marchand lui offre gracieusement. Certains jours, il lui prépare même un sac qu’elle emporte à la maison pour tenter de faire une salade à ses enfants. 

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Le marchand de quatre saisons à Nabaa, chez qui Amina tente de s'approvisionner. (Photo Patricia Khoder).

 

«Tout est désormais difficile, je me demande ce que nous ferons pour la fête. Les enfants certes n’auront pas de nouveaux vêtements et il n’y aura pas de viande à notre table. Déjà maintenant, il nous est difficile de manger. Chaque repas d’iftar est un casse-tête pour moi. »

Amina

Dans un Liban qui sombre chaque jour de plus en plus dans la pauvreté, le mois du jeûne et la fête du fitr n’ont plus le même goût. La livre libanaise a perdu 90 % de sa valeur face au dollar et plus d’un Libanais sur deux vit désormais sous le seuil de pauvreté. 

Entre la pandémie de coronavirus et la crise que traverse le Liban, le mois du ramadan et la fête du fitr, tout comme Noël et Pâques, ne sont plus cette année dans ce pays multiconfessionnel, synonyme de joie et de retrouvailles. Les familles souffrant de la chute vertigineuse de la livre libanaise se posent une seule et unique question: «Qu’allons-nous mettre sur notre table?».

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Des personnes passent devant des oignons de printemps disposés sur le capot d'une vieille voiture par un colporteur, le dernier jour avant le début du mois sacré musulman du Ramadan pendant la pandémie de coronavirus COVID-19, dans la rue Abu al-Foz principalement habitée par des réfugiés syriens et palestiniens-syriens, dans le camp palestinien de Baddawi, à la périphérie de la ville portuaire de Tripoli. (Ibrahim CHALHOUB / AFP)

Dans un marché de fruits et légumes du même quartier, Hicham, trentenaire, installé à la caisse raconte: «Les ventes baissent d’un mois à l’autre. C’est comme si ce n’était pas le mois du ramadan. Les clients ne sont pas regardants sur la qualité des produits, ils veulent tout simplement le moins cher. Souvent, je vois des personnes incapables d’acheter tous les ingrédients nécessaires pour préparer un fattouch (salade traditionnelle du ramadan)». 

«J’ai remarqué aussi que les gens ne reçoivent plus pour la fête. Ils n’ont pas les moyens d’offrir à manger à leurs invités. Le ramadan a toujours été une occasion de se retrouver en famille, de recevoir frères, sœurs et parents. Cela n’est plus le cas actuellement».

Hicham

L’isolement vient donc s’ajouter à la pauvreté. 

«Chacun mange chez soi. Durant tout ce mois, je n’ai pas invité la famille de mon beau-frère qui vit au-dessus de chez nous. L’année dernière et toutes les années précédentes étaient bien différentes. Nous étions pauvres bien sûr, mais pas autant», note de son côté Tarab, 35 ans et mère de trois enfants. «J’ignore comment je parviens tous les soirs à mettre de la nourriture sur ma table. Cela relève du miracle», s’exclame-t-elle. 

Ce soir, Tarab a confectionné du riz offert par sa voisine. Ses enfants et son mari boiront du jus acheté à crédit. «Ma fille âgée de 16 ans n’aime pas les lentilles et pourtant c’est ce que nous mangeons presque tous les soirs. Elle observe le jeûne et en soirée elle mange très peu car elle n’aime pas les féculents. Nous ne pouvons nous permettre de manger que des lentilles, des fèves et des pommes de terre, et cela même avant le ramadan. Ma fille a perdu treize kilos en trois mois», dit-elle.

La crise, qui dure depuis de longs mois, s’est fait encore plus sentir pendant le mois du ramadan, durant lequel les familles avaient la coutume de préparer de nombreux plats, quatre au moins: une soupe, une salade, un plat chaud avec de la viande et du riz et un dessert. 

Q
Une femme fait griller du poulet près d'une tombe, alors qu'elle prépare le repas de rupture du jeûne "Iftar", consommé après le coucher du soleil pendant le mois sacré musulman du Ramadan, dans le cimetière de Ghoraba (étrangers), nommé d'après le quartier où il est situé dans la ville portuaire de Tripoli, au nord du Liban, le 14 avril 2021, où résident de nombreuses familles marginalisées. (Ibrahim CHALHOUB / AFP)

 

«Nous n’avons pas mangé de poulet ni aucune viande depuis plus de quatre mois et nous ne pouvons pas acheter légumes et fruits régulièrement».

Nagham

Beaucoup aussi comptent sur l’aumône pour survivre durant ce mois, de nombreuses associations distribuant des plats chauds pour la rupture du jeûne. 

Dans la Bekaa, Aicha, 46 ans, vit sous une tente avec son mari handicapé et ses huit enfants. Cette Syrienne originaire du district d’Alep travaille par intermittence dans les champs. «Je suis payée 6 000 livres la journée (environ 0,50 dollar: 1 dollar = 0,82 euro). Cela me permet d’acheter deux sacs de pain. Trois fois par semaine, je reçois des plats chauds d’une association. Même si la quantité n’est pas vraiment suffisante pour dix, cela permet aux enfants de changer un peu des pommes de terre que nous mangeons tous les jours et d’avoir un semblant de plat de fête», dit-elle.

Le Liban abrite 1,5 million de réfugiés syriens et palestiniens et de travailleurs migrants, marginalisés depuis leur arrivée dans le pays. La chute de la livre libanaise n’a fait qu’aggraver leur pauvreté. Certains rêvent de rentrer chez eux alors que d’autres, comme les Libanais qui voient leur pays sombrer, attendent un miracle qui ne viendra pas.


Guerre au Moyen-Orient: le chef de la diplomatie française en visite au Liban jeudi

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot participe à une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères après des entretiens au ministère des Affaires étrangères à Berlin, le 18 mars 2026. (AFP)
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot participe à une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères après des entretiens au ministère des Affaires étrangères à Berlin, le 18 mars 2026. (AFP)
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  • Le ministre français Jean-Noël Barrot se rend au Liban pour exprimer le soutien de la France et discuter d’une désescalade avec les dirigeants libanais
  • Le conflit entre Hezbollah et Israël a causé près de 1 000 morts et déplacé plus d’un million de personnes, tandis que Paris renforce son aide humanitaire

PARIS: Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, se rendra jeudi au Liban, où l'armée israélienne mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien qui ont provoqué des déplacements massifs de population, a annoncé mercredi à l'AFP le ministère des Affaires étrangères.

"Cette visite témoigne du soutien et de la solidarité de la France avec le peuple libanais, entraîné dans une guerre qu'il n'a pas choisie", affirme le ministère, en indiquant que "le ministre consultera les principales autorités du pays sur la situation au Liban et les voies d'une désescalade, dans le prolongement de leurs échanges avec le président de la République".

Selon une source diplomatique, M. Barrot devrait notamment s'entretenir avec le président, Michel Aoun, le Premier ministre, Nawaf Salam et le président du Parlement, Nabih Berri.

Cette visite intervient notamment après des discussions téléphoniques avec ses homologues israélien, Gideon Sarr, et américain, Marco Rubio, mercredi, a-t-on précisé de même source.

Le président français, Emmanuel Macron, s'est entretenu vendredi avec MM. Aoun, Salam et Berri, et a appelé le lendemain Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban. M. Macron s'est dit prêt à "faciliter" ces discussions en "les accueillant à Paris", afin d'empêcher que "le Liban ne sombre dans le chaos".

Le mouvement chiite Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale au Moyen-Orient le 2 mars, en lançant des missiles sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué au premier jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

Israël mène depuis des bombardements massifs sur de vastes parties du Liban, y compris la capitale Beyrouth, et des incursions au sol dans le sud du pays avec des soldats et des blindés.

Les frappes israéliennes ont fait au moins 968 morts parmi lesquels 116 enfants, selon les autorités, et jeté sur les routes plus d'un million de personnes, soit plus du sixième de la population de ce petit pays.

La France a envoyé la semaine dernière 60 tonnes d'aide humanitaire, et Jean-Noël Barrot devrait "annoncer un nouveau paquet d'aide humanitaire pour venir en aide aux Libanais", a indiqué le ministère.


Pour le ministre saoudien des AE, la patience de son pays n'est «pas illimitée»,  se réserve le droit d'agir contre l'Iran

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan. (AFP)
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan. (AFP)
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  • Dans des propos parmi les plus fermes qu'il ait tenus depuis le début du conflit, le prince Fayçal a déclaré que l'Arabie saoudite "se réservait le droit d'entreprendre une action militaire si elle le jugeait nécessaire"
  • Il a ajouté que le "peu de confiance" rétabli avec Téhéran après le rétablissement des liens diplomatiques en 2023 "a été complètement brisé"

RIYAD : Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, a averti jeudi que la retenue du Royaume face à l'escalade des attaques iraniennes "n'est pas illimitée", signalant que l'action militaire reste une option.

"Le Royaume et ses partenaires possèdent d'importantes capacités et la patience dont nous avons fait preuve n'est pas illimitée. Cela pourrait prendre un jour, deux jours ou une semaine - je ne le dirai pas", a-t-il déclaré aux journalistes à l'issue d'une réunion d'urgence des ministres des affaires étrangères arabes et islamiques à Riyad.

Dans des propos parmi les plus fermes qu'il ait tenus depuis le début du conflit, le prince Fayçal a déclaré que l'Arabie saoudite "se réservait le droit d'entreprendre une action militaire si elle le jugeait nécessaire", avertissant que la poursuite de l'escalade iranienne aurait des conséquences politiques et morales.

Il a ajouté que le "peu de confiance" rétabli avec Téhéran après le rétablissement des liens diplomatiques en 2023 "a été complètement brisé" et a averti que de nouvelles attaques pourraient ne laisser "presque rien" à sauver dans les relations.

Depuis le 28 février, l'Iran a lancé des vagues de missiles et de drones armés visant l'Arabie saoudite et les États voisins du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, le Koweït, Bahreïn et le Qatar, en représailles, selon Téhéran, aux frappes américano-israéliennes sur des cibles en Iran.

Le conflit s'est intensifié mercredi après que l'Iran a accusé Israël d'avoir frappé des installations du champ gazier de South Pars et a promis de cibler des infrastructures énergétiques dans tout le Golfe. Les autorités d'Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis ont signalé le même jour des attaques contre des installations pétrolières et gazières.

Dans la capitale saoudienne, les défenses aériennes ont intercepté quatre missiles balistiques visant Riyad, selon le ministère de la défense. Les débris des projectiles interceptés sont tombés près d'une raffinerie au sud de la ville, tandis que les habitants ont signalé avoir entendu des explosions et reçu des alertes d'urgence, ce qui constitue un rare moment où le conflit a été directement ressenti dans la capitale.

Les responsables saoudiens de la défense affirment que les défenses aériennes ont intercepté au moins 457 drones, 40 missiles balistiques et sept missiles de croisière depuis le début de l'escalade. Les Émirats arabes unis auraient été confrontés à un volume d'attaques encore plus important, tandis que d'autres États du Golfe ont également été touchés.

"Préparés à l'avance

Le prince Faisal a déclaré que les frappes semblaient avoir été "préparées à l'avance" et a accusé l'Iran de mener des "actions hostiles préméditées" contre ses voisins, à la fois directement et par l'intermédiaire de mandataires régionaux.

Il a également confirmé que deux raffineries de pétrole saoudiennes avaient été visées, contredisant ainsi les affirmations de l'ambassadeur iranien selon lesquelles les frappes se limitaient aux installations américaines.

"L'Iran n'a pas traité ses voisins dans un esprit de fraternité, mais dans une optique hostile", a-t-il déclaré, ajoutant que les États du Golfe avaient à plusieurs reprises exhorté Téhéran à cesser de soutenir des groupes armés et à assurer la sécurité de la navigation maritime.

L'Iran est accusé de soutenir le mouvement Houthi, qui a pris pour cible la navigation commerciale dans le Bab el-Mandeb, ainsi que le Hezbollah, dont la confrontation avec Israël a intensifié la crise au Liban.

Les frappes israéliennes au Liban depuis le début du mois de mars - déclenchées par les attaques du Hezbollah en soutien à l'Iran - ont tué au moins 968 personnes et en ont blessé plus de 2 400, selon l'Associated Press, citant le ministère libanais de la santé. Plus d'un million de personnes ont été déplacées à la suite d'avertissements d'évacuation généralisés.

Malgré l'escalade, le prince Faisal a déclaré que l'Arabie saoudite préférait toujours la diplomatie, mais il a averti que la poursuite des attaques pourrait fermer la porte à une désescalade.

Plus d'un million de personnes ont été déplacées, Israël ayant émis de nombreux avis d'évacuation dans certaines parties du pays.


L'Arabie saoudite abat 4 missiles balistiques visant Riyad

Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont réussi à intercepter des drones et des missiles tirés sur le Royaume depuis le début du conflit. (Capture d'écran du ministère saoudien de la Défense)
Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont réussi à intercepter des drones et des missiles tirés sur le Royaume depuis le début du conflit. (Capture d'écran du ministère saoudien de la Défense)
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  • Le quartier des ambassades à Riyad est la cible d'un drone, des débris de missiles balistiques tombent près de la base aérienne Prince Sultan.
  • Les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït interceptent également les attaques de drones

RIYAD: Les systèmes de défense aérienne de l'Arabie saoudite ont intercepté des vagues de drones et de missiles balistiques tirés sur le Royaume mercredi.

Un drone a été intercepté et détruit alors qu'il s'approchait du quartier diplomatique de Riyad, a déclaré un porte-parole du ministère de la défense vers midi.

Vers 19h30, le ministère a déclaré que les défenses aériennes traitaient une menace balistique à Riyad.

Plus tôt, un missile balistique lancé vers le gouvernorat d'Al-Kharj a été abattu et les débris de l'interception sont tombés près de la base aérienne Prince Sultan "sans causer de dommages", a déclaré un porte-parole.

Deux autres missiles balistiques lancés vers la province orientale ont été interceptés et détruits dans la soirée.

Le ministère a fait état de neuf drones ciblant la même région depuis minuit heure locale.

Les attaques contre l'Arabie saoudite s'inscrivent dans le cadre d'une nouvelle journée de tentatives iraniennes de frapper les pays du Golfe.

Aux Émirats arabes unis, le ministère de la défense a déclaré avoir abattu 13 missiles balistiques et 27 drones lancés depuis l'Iran mercredi.

De fortes détonations ont été entendues au-dessus de Dubaï dans la matinée.

Les Émirats ont également cité les six victimes civiles des attaques iraniennes depuis le début du conflit, le 28 février.

Il s'agit notamment de la Palestinienne Alaa Mushtaha, qui a été tuée lundi à Abou Dhabi lorsqu'un missile est tombé sur sa voiture. Ses funérailles ont eu lieu mardi soir, ont rapporté les médias locaux.

Le ministre des affaires étrangères, Sheikh Abdullah, a exprimé mercredi ses "sincères condoléances et sa profonde sympathie aux familles des victimes des attaques terroristes non provoquées de l'Iran contre les Émirats arabes unis".

Il a condamné les attaques de missiles et de drones iraniens visant des infrastructures civiles essentielles, des aéroports, des zones résidentielles et des sites civils dans l'ensemble des Émirats arabes unis.

Le Qatar et le Koweït ont également signalé avoir intercepté des attaques de drones mercredi.