L'Arctique affiche son unité face au réchauffement, malgré les frictions militaires

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov (à gauche) et le ministre islandais des Affaires étrangères Gudlaugur Thor Thordarson posent avant une réunion lors de la 12e réunion ministérielle du Conseil de l'Arctique à Reykjavik, en Islande, le 20 mai 2021. (Photo, AFP)
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov (à gauche) et le ministre islandais des Affaires étrangères Gudlaugur Thor Thordarson posent avant une réunion lors de la 12e réunion ministérielle du Conseil de l'Arctique à Reykjavik, en Islande, le 20 mai 2021. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Vendredi 21 mai 2021

L'Arctique affiche son unité face au réchauffement, malgré les frictions militaires

  • « Nous nous engageons à promouvoir une région arctique pacifique où la coopération l'emporte en matière de climat, d'environnement, de science et de sécurité »
  • La Russie n'a cessé d'accroître son dispositif militaire dans l'Arctique ces dernières années, y rouvrant et modernisant plusieurs bases et aérodromes

REYKJAVIC : Les pays de l'Arctique se sont engagés jeudi à lutter contre le réchauffement climatique, trois fois plus rapide dans le Grand Nord, et à préserver la paix malgré une compétition géopolitique acharnée et les tensions militaires croissantes entre Moscou et les Occidentaux.

« Nous nous engageons à promouvoir une région arctique pacifique où la coopération l'emporte en matière de climat, d'environnement, de science et de sécurité », a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken à Reykjavik lors du Conseil de l'Arctique, qui réunit aussi la Russie, le Canada, l'Islande, le Danemark, la Finlande, la Norvège et la Suède.

« La compétition stratégique qui caractérise l'Arctique attire l'attention du monde », mais « sa marque de fabrique doit demeurer la coopération pacifique », a-t-il ajouté.

Une mise en garde à peine voilée à la Chine qui, si elle n'a qu'un statut d'observateur dans ce forum, ne cache pas son intérêt pour ce vaste territoire aux conditions extrêmes autour du Pôle Nord, riche en ressources naturelles, dont l'exploitation est facilitée par le recul des glaces et le développement du transport maritime. Mais aussi à la Russie, autre grand rival des Etats-Unis, après les échanges tendus qui ont précédé la réunion dans la capitale islandaise au sujet d'un risque de « militarisation » de l'Arctique.

« Jouer avec les mots »

La Russie n'a cessé d'accroître son dispositif militaire dans l'Arctique ces dernières années, y rouvrant et modernisant plusieurs bases et aérodromes abandonnés depuis la fin de l'époque soviétique.

Mais le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a aussi accusé jeudi les Occidentaux de « jouer avec les mots », en mettant en place une présence militaire américaine aux portes de la Russie par « rotation » plutôt que « permanente » pour contourner les textes qui régissent les relations entre Moscou et l'Otan.

« Nous ne voyons pas de raison pour un conflit ici, et encore moins pour un développement de programmes militaires d'un bloc ou d'un autre », a déclaré M. Lavrov devant la presse.

Principal forum régional, le Conseil de l'Arctique a été créé il y a 25 ans pour gérer des sujets assez consensuels comme la préservation de l'environnement et la coopération internationale, et son mandat exclut explicitement la sécurité militaire.

Sergueï Lavrov, dont le pays prend jeudi le relais de l'Islande à la présidence tournante de l'instance régionale, a néanmoins prôné la relance de rencontres régulières entre les chefs d'état-major de la zone afin « d'étendre nos relations positives à la sphère militaire ». Ces rencontres sont suspendues depuis 2014 et l'annexion de la Crimée par Moscou.

Le ministre russe a surtout défendu « l'esprit de coopération », proposant d'organiser un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement au cours des deux prochaines années.

Antony Blinken, qui a rencontré mercredi Sergueï Lavrov lors d'un premier face-à-face qualifié de « constructif » par les deux pays, a aussi ostensiblement mis l'accent sur la « coopération » avec Moscou et les autres pays membres plutôt que sur les tensions.

Avec la fin aux Etats-Unis de la présidence de Donald Trump, qui avait agité la région en proposant de racheter le Groenland en 2019 et en multipliant les déclarations visant les ambitions russes et chinoises, la nouvelle ligne donnée par son successeur Joe Biden est suivie de près.

Le ministre américain a insisté sur la lutte contre le réchauffement climatique, à l'instar de ses homologues qui se sont réjouis ces derniers jours du « retour » de l'Amérique en première ligne sur ce défi planétaire.

« La crise climatique est notre plus grande menace de long terme, avec l'Arctique confronté à un réchauffement trois fois plus rapide que sur l'ensemble de la planète », a résumé le ministre canadien des Affaires étrangères Marc Garneau.

Ces données alarmantes sont contenues dans un rapport publié jeudi par le Programme de surveillance et d'évaluation de l'Arctique, qui a aussi averti d'un risque accru de voir la banquise emblématique de la région disparaître totalement l'été, avant de se reformer en hiver.

Blinken au Groenland

Lors de la précédente réunion en 2019 en Finlande, le climato-scepticisme de l'administration Trump avait pour la première fois empêché une déclaration commune du Conseil, les Etats-Unis refusant d'y voir figurer le changement climatique.

Cette fois, la déclaration commune a été adoptée sans accroc, ainsi que, pour la première fois, un « plan stratégique » pour les 10 prochaines années.

Signe de l'intérêt confirmé de Washington, Antony Blinken a terminé jeudi après-midi au Groenland sa tournée entamée dimanche à Copenhague.

Après un survol en hélicoptère, il a assuré que les Etats-Unis voulaient un partenariat « encore plus fort » avec le territoire rattaché au Danemark. Mais il a « confirmé », dans un sourire, qu'il n'était plus question de l'acheter.

 


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Short Url
  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.

 

 


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Short Url
  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Short Url
  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.