«Ne me vendez pas»: la tragédie du commerce de fillettes au Mexique

Plus de 3 000 femmes âgées de 9 à 17 ans ont accouché l'année dernière à Guerrero, selon les chiffres officiels, qui ne précisent pas combien d'entre-elles ont été «vendues» à leurs maris.
Plus de 3 000 femmes âgées de 9 à 17 ans ont accouché l'année dernière à Guerrero, selon les chiffres officiels, qui ne précisent pas combien d'entre-elles ont été «vendues» à leurs maris.
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Publié le Mercredi 26 mai 2021

«Ne me vendez pas»: la tragédie du commerce de fillettes au Mexique

  • Nichées dans les montagnes, certaines familles de cette communauté tentent d'abolir ce commerce qui enferme les femmes dans un cycle d'abus et de pauvreté
  • Assise au bord d'une rivière d'eau grisâtre et nauséabonde, une autre femme parle à voix basse, par peur de représailles de ses voisins

METLATONOC: Eloina a eu beau supplier sa mère, rien n'y a fait. "Je ne veux pas que tu me vendes", lui avait-elle dit en larmes. Mais au Mexique, cette terrible tradition ancestrale, perdure.

A 14 ans, la jeune fille, âgée aujourd'hui de 23 ans, a rejoint contre son gré la cohorte de celles qui sont "cédées" à de futurs époux en vertu d'un accord d'achat et de vente en vigueur dans l'Etat mexicain de Guerrero (sud-ouest). 

"Ce sont les animaux qui sont vendus", s'insurge la jeune femme, une indigène mixtèque de la communauté de Juquila Yuvinani, dans la municipalité de Metlatónoc, l'une des plus pauvres du Mexique.

Nichées dans les montagnes, certaines familles de cette communauté tentent d'abolir ce commerce qui enferme les femmes dans un cycle d'abus et de pauvreté.

Pas moins de 66 communautés de Guerrero respectent cette tradition.

La dot fixée par les parents des adolescentes pour un mari vivant dans la région, varie de 2.000 à 18.000 USD, ont confié à l'AFP des habitants de la région.

"Les filles sont cédées dans une vulnérabilité absolue à la famille du marié. Elles sont soumises à des tâches domestiques et agricoles, et dans certains cas, sont abusées sexuellement par des membres de leur belle-famille", explique l'anthropologue Abel Barrera, responsable de l'ONG Tlachinollán qui tente de protéger leurs droits.

"En raison de la précarité grandissante" des populations de cette région, "cette tradition ancestrale consistant à livrer les jeunes filles dès leurs premières menstruations, perdure. Elles sont considérées comme des marchandises", s'insurge M. Barrera.

Sur les 19 000 habitants de cette municipalité, 94,3% ne disposent pas du confort de base chez eux et 58,7% ont des difficultés à se nourrir, selon le dernier recensement de l'Institut des statistiques, INEGI, de 2010.

«Je peux faire ce que je veux de toi»

"Ils vous font souffrir pour la seule raison qu'ils ont payé pour vous avoir", constate Maurilia Julio, une sage-femme de 61 ans qui a elle-même été vendue lorsqu'elle était adolescente.

Avec force, elle s'est opposée à ce que ses filles et petites-filles soient soumises à de pareilles pratiques.

Pendant qu'elle raconte sa souffrance, elle pétrit et fait griller de grandes tortillas de maïs, qui constituent l'essentiel de l'alimentation de sa famille.

Dans la cabane posée sur de la terre battue, sa fille de 18 ans, son bébé dans les bras, et ses petits-enfants l'écoutent se lamenter.

"Beaucoup de femmes disent: +Je vais vendre ma fille pour 110 ou 120 000 pesos uniquement par besoin d'argent+, mais cela m'attriste car ils s'agit de leur progéniture", ajoute-t-elle.

Une partie de sa maison est construite avec des briques de boue et de fumier provenant de leurs animaux domestiques, comme c'est l'usage dans la région. Les enfants passent leur temps dehors avec des chiens affamés, dans une nuée de mouches et autres insectes. 

Assise au bord d'une rivière d'eau grisâtre et nauséabonde, une autre femme parle à voix basse, par peur de représailles de ses voisins.

"+Je t'ai payée et je peux te faire ce que je veux...+ Voilà ce qu'ils disent", dit cette mère de deux adolescents, la voix brisée par la peur et qui préfère rester anonyme.

Plus de 3 000 femmes âgées de 9 à 17 ans ont accouché l'année dernière à Guerrero, selon les chiffres officiels, qui ne précisent pas combien d'entre-elles ont été "vendues" à leurs maris.

«Beaucoup de mal à payer»

"Nous aimerions qu'il y ait quelqu'un pour nous aider, qu'une loi soit adoptée pour que cela change", explique Victor Moreno, 29 ans.

Il s'est lui-même marié en "achetant" une femme et assure qu'il ne la maltraite pas. Il s'oppose à cette tradition qui l'a obligé à déménager comme travailleur journalier dans le nord du Mexique pour payer la dot versée en échangé de sa femme.

Pour la même raison, d'autres vont travailler dans des fermes aux Etats-Unis. 

"Ici, nous sommes des gens pauvres, nous n'avons pas assez d'argent pour acheter une belle-fille pour marier nos enfants", ajoute ce père de deux enfants.

Virgilio Moreno, 72 ans, chef de la communauté de Juquila Yuvinani, affirme que seules 300 personnes environ ont accepté de mettre un terme à ces ventes d'adolescentes.

Il en appelle aux autorités fédérales mexicaines.


Iran : l'UE désigne les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste

Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) défilent à Téhéran en 2019. (Via AFP/Fichier)
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  • Les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE ont classé les Gardiens de la Révolution iraniens comme organisation terroriste suite à la répression sanglante des manifestations en Iran
  • L’UE a également sanctionné 21 responsables iraniens, avec interdiction d’entrée sur le territoire et gel de leurs avoirs

BRUXELLES: Les ministres des Affaires étrangères des 27 pays de l'Union européenne sont tombés d'accord jeudi pour désigner les Gardiens de la révolution comme une "organisation terroriste", après la répression sanglante des manifestations en Iran, a annoncé la cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas.

"+Terroriste+, c'est bien ainsi que l'on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang", a aussitôt réagi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

"Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens travaille à sa propre perte", a assuré de son côté Mme Kallas, en marge d'une réunion ministérielle à Bruxelles.

Ces derniers ont donné leur feu vert à l'inscription des Gardiens iraniens dans la liste de l'UE recensant les organisations terroristes. Les Européens rejoignent ainsi d'autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l'Australie.

La France avait annoncé dès mercredi être prête à soutenir cette décision, en réponse à la répression "la plus violente" de l'histoire récente iranienne.

Les Européens ont aussi décidé jeudi de sanctionner plusieurs responsables iraniens, dont le ministre de l'Intérieur, le chef de la police et plusieurs dirigeants des Gardiens de la révolution. La liste de ces responsables iraniens a été publiée jeudi au Journal officiel de l'UE.

Au total, quelque 21 entités et individus sont ciblés par ces sanctions, qui prévoient une interdiction d'entrer dans l'UE et le gel de leurs avoirs sur le territoire des Vingt-Sept.


Trump dit qu'il "semble" que le Hamas va se désarmer

Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
Les membres de l'administration du président américain Donald Trump applaudissent lors d'une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, D.C., États-Unis, le 29 janvier 2026. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme que le Hamas « semble » prêt à se désarmer, une étape clé de son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza
  • La deuxième phase de la trêve prévoit le désarmement du Hamas, un retrait progressif israélien et le déploiement d’une force internationale

WASHINGTON : Donald Trump a dit jeudi qu'il "semblait" que le mouvement palestinien Hamas allait "se désarmer", ce qui est l'une des étapes cruciales prévues dans son plan de règlement du conflit à Gaza.

"Beaucoup de gens disent qu'ils ne se désarmeront jamais. Il semble qu'ils vont se désarmer", a déclaré le président américain pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Il a également relevé que le Hamas "nous a aidé avec les corps, leur rapatriement et sa famille est très reconnaissante", faisant référence au rapatriement des restes du dernier otage israélien du 7-Octobre, Ran Gvili, à qui Israël a rendu hommage mercredi lors de funérailles nationales.

Pour sa part, l'émissaire spécial Steve Witkoff s'est félicité que "nous ayons chassé les terroristes de là-bas et ils vont se démilitariser".

"Ils le feront parce qu'ils n'ont pas le choix. Ils vont abandonner. Ils vont abandonner les AK-47", a-t-il ajouté.

La veille, le Hamas s'était dit prêt à un "transfert complet de la gouvernance" de la bande de Gaza aussi vite que possible.

Aux termes du plan du président américain pour mettre fin à la guerre de Gaza, un Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) doit administrer provisoirement le territoire palestinien sous la houlette du "Conseil de paix" présidé par M. Trump lui-même.

La deuxième phase de la trêve entrée en vigueur le 10 octobre dernier prévoit entre autres le désarmement du Hamas, le retrait progressif de l'armée israélienne, qui contrôle encore plus de la moitié du territoire, et le déploiement d'une force internationale de stabilisation.


Ethiopie: combats entre armée fédérale et forces tigréennes, vols supendus vers le Tigré

Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie. (AFP)
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  • De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar
  • Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés

ADDIS ABEBA: Des combats, selon des sources concordantes, ont opposé ces derniers jours les troupes fédérales à des forces tigréennes et les vols à destination du Tigré ont été suspendus, une première très inquiétante depuis la fin d'une guerre sanglante en 2022 dans cette région du nord de l'Ethiopie.

De premiers affrontements directs entre armée fédérale et forces tigréennes avaient eu lieu en novembre 2025 dans la région voisine de l'Afar. Des tirs d'armes lourdes et des frappes de drones avaient notamment été dénoncés.

Ces tensions font planer le risque d'une reprise d'un conflit après la sanglante guerre qui a opposé entre novembre 2020 et novembre 2022 l'armée éthiopienne aux forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Au moins 600.000 personnes étaient mortes, selon l'Union africaine, des estimations que plusieurs experts pensent sous-estimées.

Ces derniers jours, des combats se sont tenus à Tsemlet (ouest du Tigré), une zone revendiquée par des forces de la région voisine de l'Amhara, ont déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat, des sources diplomatique et sécuritaire en poste en Ethiopie.

"Raisons opérationnelles" 

A Tsemlet, face aux forces tigréennes, "ce sont les ENDF (armée éthiopienne, NDLR) avec des milices amharas", a déclaré la source diplomatique, sous couvert d'anonymat. Des affrontements se sont tenus "ces derniers jours", mais "aujourd'hui on ne sait pas encore" s'il se poursuivent, a-t-elle ajouté, sans plus de détails.

Les combats ont été confirmés par une source locale au Tigré, qui a également requis l'anonymat.

"La situation semble dégénérer", a corroboré la source sécuritaire, se montrant "dubitative sur la capacité des TDF (l'armée tigréenne, NDLR), à récupérer par la force Tselemt".

Le porte-parole de l'armée fédérale et des membres du TPLF n'ont pour l'heure pas donné suite aux sollicitations de l'AFP.

Les liaisons aériennes vers le Tigré d'Ethiopian Airlines, compagnie publique et seule à desservir cette région, ont été suspendues, ont également affirmé les sources diplomatique et sécuritaire.

Les vols, tout comme les services de télécommunications et bancaires, avaient été complètement suspendus durant la guerre, avant de reprendre à la suite de l'accord de paix conclu à Pretoria fin 2022. Leur suspension est une première depuis l'accord de paix.

Selon deux responsables d'Ethiopian Airlines, qui ont requis l'anonymat, les vols ont été interrompus pour "raisons opérationnelles", sans donner plus de détails.

L'un d'eux a toutefois déclaré "suspecter" que l'arrêt pour l'instant temporaire du trafic soit lié "aux tensions politiques" entre les autorités fédérales et l'administration au Tigré.

"Escalade militaire" 

Selon un journaliste à Mekele, joint au téléphone par l'AFP et qui a lui aussi requis l'anonymat, une "anxiété croissante" se ressent dans cette ville, capitale du Tigré.

Depuis plusieurs mois, la situation est tendue dans le nord de l'Ethiopie. Des forces amhara et érythréennes sont toujours présentes dans la région, en violation de l'accord de paix de Pretoria - auquel elles n'ont pas participé - qui prévoyait leur retrait.

Début 2025, le chef de l'administration intérimaire au Tigré, institution mise en place par Addis Abeba, avait été contraint de fuir Mekele, la capitale régionale, en raison de divisions croissantes au sein du TPLF.

Ce parti qui a dominé l'Ethiopie pendant presque trois décennies avant de se retrouver marginalisé après l'arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre Abiy Ahmed et d'être aujourd'hui radié, est accusé par les autorités fédérales de s'être rapproché de l'Erythrée voisine.

Les relations entre les deux voisins de la Corne de l'Afrique, qui s'étaient réchauffées durant la guerre du Tigré, lorsque les troupes érythréennes avaient appuyé les forces fédérales éthiopiennes, sont de nouveau acrimonieuses, nourries de discours belliqueux, faisant planer le risque d'un nouveau conflit.

Pour Kjetil Tronvoll, professeur à Oslo New University College et spécialiste de la zone, cette confrontation entre forces fédérales et tigréennes "n'est pas surprenante". "Le risque d'une escalade militaire est grave, et il est possible que des forces non éthiopiennes viennent appuyer les forces tigréennes", a-t-il confié à l'AFP.